CHAPITRE II
Limnanthème faux-Nénuphar (Limnanthemum Nymphoides Hoffms. et Link).
Comme le Trèfle d’eau, le Limnanthème est une Gentianée aquatique ; mais on le rencontre plutôt dans les rivières ou les fleuves que dans les marais.
Le Limnanthème est une plante glabre, nageante, ressemblant parfaitement à un petit Nénuphar. Les feuilles ont un pétiole très allongé et le limbe arrive flotter à la surface de l’eau. La fleur possède un long pédoncule et vient s’épanouir au-dessus de l’eau. Elle est relativement grande et d'un beau jaune vif. Elle apparait au mois de juillet ou d’août.
Certains auteurs ont prétendu que le Limnanthème faux- Nénuphar possédait les mêmes propriétés que le Trèfle d'eau, sans doute parce que ce sont les deux seules Gentianées aquatiques que l’on rencontre dans nos régions (1). J’ai voulu vérifier cette assertion en appliquant à cette plante la méthode biochimique.
J’ai cueilli 3.500 grammes de feuilles de Limnanthème sur les bords de la Seine, aux environs de Fontainebleau, le 26 juin 1910. 11 m’a été impossible de me procurer le rhizome qui était, à cette époque, enfoui dans la vase, sous 1 mètre d’eau environ.
. La saveur des feuilles n’est nullement amère, à l'inverse de celles de Ményanthe qui sont d'une amertume très prononcée.
On les a traitées, par l’alcool bouillant, le lendemain de leur récolte.
(1) Planchon et Collin. — Les drogues simples d’origine végétale. (I, p. 654, Paris 1895).
— ni —
On va voir, par l'examen des résultats fournis par l’essai, quelle profonde différence il existe entre les feuilles de Limnanthème et celles de Ményanthe (Voir l’essai des feuilles de Ményanthe à la page 96).
Rotation initiale (1 = 2). +19’
Rotation après action de l’invertine. — 15’
Rotation après action de l’émulsine. — 15’
Sucre réducteur initial. 0 gr.,074
Sucre réducteur après action de l’invertine.. 0 , 425 Sucre réducteur après action de l’émulsine.. 0 , 425
Sous l’action de l’invertine, on a constaté un recul de la déviation vers la gauche de 34’ avec formation de 0 gr.,351 de sucre réducteur.
En supposant que ce soit du sucre interverti, cette quantité aurait été fournie par l’hydrolyse de 0 gr.,333 de saccharose, et l’on aurait observé un changement de déviation de 34’. La concordance est parfaite et le Limnanthème ne renferme que du saccharose comme hydrate de carbone hydrolysable par l’invertine
L’émulsine n'a produit, dans cet essai, aucune action hydrolysante : il n’existe donc pas de glucoside hydrolysable par ce ferment dans cette Gentianée et l’on peut dire que c’est par erreur que l’on a attribué à cette plante les mêmes propriétés qu'au Ményanthe.
La seule indication donnée par l’essai était que le Limnanthème devait renfermer environ 3 grammes de saccharose par kilogramme de feuilles fraîches. On a essayé d'en extraire ce principe.
Pour cela, on a appliqué à l’extrait alcoolique provenant de 3.500 grammes de feuilles, la méthode qui consiste, après défécation à l’extrait de Saturne, à combiner le sucre avec l’hydrate de baryte et à précipiter la combinaison par addition d’alcool fort. La combinaison barytiqueest ensuite décomposée, en solution aqueuse, par un courant de gaz carbonique (1).
(1) Ce procédé est employé depuis de longues années. Pour les détails de l’opération, voir la thèse de Piault, sur le slachyose, p. 17 {ouvrage cité).
On a obtenu, de la sorte, un extrait incolore qui pesait 2 grammes environ et qu’on a traité par l’alcool absolu et par l’alcool à 95'. be saccharose a cristallisé de ces deux dissolvants ; on l’a recueilli et on l’a fait recristalliser dans l’alcool à 95'. On a obtenu finalement 0 gr.,70 environ de produit pur que son pouvoir rotatoire identifie avec le sucre de canne.
Pouvoir rotatoire : a ^ — +66”,34.
En résumé, par l’application de la méthode biochimique aux feuilles de Limnantheniuin Nyniphoides Hoffms. et Link, on a reconnu qu’il existait une grande différence entre la composition de celte plante et celle du Trèfle d’eau. Lesfeuilles du Limnanlhème faux-Néniiphar ne contiennent pas de glucoside hydrolysable par l’émulsine, et c’est la seule plante de la famille des Gentianées dans laquelle on n’a pu déceler la présence d’un principe glucosidique.
Les feuilles de lumnanthème renferment du sucre de canne que l’on a préparé à l’état pur et cristallisé, mais on sait que l’on rencontre ce sucre dans tous les organes des plantes phanérogames