CHAPITRE I. — HISTORIQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES. 'r-/i
On sait, d’un autre coté, que la Carte dite de V État- major, qui a remplacé celle de Cassini, a été exécutée, en effet, par les officiers du corps de l’État-major dans lequel on avait fait entrer les derniers ingénieurs-géographes qui étaient généralement d’excellents observateurs et avaient effectué, à la suite d’éminents astronomes, les triangulations des différents ordres et les nivellements géodésiques non moins importants pour atteindre le but que l’on s’était proposé. Il s’agissait, en effet, d’indiquer sur la nouvelle Carte, non plus seulement un figuré plus ou moins expressif, mais le relief même du terrain audessus du niveau de la mer.
L’élément fondamental remis entre les mains des officiers d’Élat-major était la réduction, convenablement effectuée, des plans des communes ('), souvent désignés sous le nom de mappes cadastrales, qu’ils assemblaient en se conformant aux indications des triangulations qui leur procuraient des repères en nombre suffisant. Le travail sur le terrain consistait à vérifier, à rectifier au besoin et à compléter les détails de la planimétrie; mais d’un autre côté on devait, en partant des repères de nivellement fournis par les géodésiens (-), procéder au tracé de courbes horizontales équidistantes qui, sur les minutes, répondaient immédiatement à l’objet qui vient d’être défini et qui étaient en outre, destinées à servir de guides aux graveurs chargés de faire ressortir, d’après certaines conventions, tous les mouvements du terrain au moyen de hachures sur la carte définitive.
Ce que nous venons de dire des opérations qui ont précédé et préparé la construction de notre Carte d’État-major s’applique à celles qui ont été faites dans les autres pays, dont le cadastre était assez avancé. Mais pour l’exécution des détails, ou plutôt pour leur révision et pour le lever des courbes de
(’) Ces réductions étaient faites avec une grande exactitude, mais assez péniblement à l’aide du pantographe, que l’on peut remplacer aujourd’hui avantageusement, sous tous les rapports et surtout sous celui de la rapidité des opérations, par les appareils photographiques.
(^) Ces repères seraient aujourd’hui bien plus nombreux et de la plus grande exactitude dans tous les pays où est organisé l’important service du Isivellement général de précision.
y./G LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.
niveau, on sait que l’on a eu recours lanlôl à la planchelle avec alidade à éclimèlre, tantôt à la boussole nivelante et que cette dernière a été exclusivement adoptée en France. La marche à suivre était cependant toujours la même et nous allons la rappeler en quelques mots.
La minute étant préparée comme on vient de l’expliquer plus haut, et en supposant la révision et les corrections de la planimétrie achevées, l’opérateur trouvait les cotes des points du terrain qu’il avait choisis pour s’y installer, ou bien il rattachait ces derniers à ceux dont les cotes figuraient sur la minute. A chacune de ses stations il déterminait les distances et les cotes d’autant d’autres points qu’il le Jugeait nécessaire pour lui faciliter le tracé des courbes de niveau qu’il effectuait et qu’il se bornait même le plus souvent à amorcer, en s’inspirant des formes du terrain, et c’est en vue de se bien rendre compte de ces formes que le choix des stations devait avoir été fait. Souvent le point qu’il s’agissait de relever était reconnaissable sur la minute et il n’y avait alors qu’à en évaluer la distance d’après l’échelle, au moyen d’une règle divisée, et l’angle lu sur l’éclimètre de l’instrument permettait d’en calculer la cote. Mais, dans bien des cas, il n’en était pas ainsi, et il fallait obtenir la distance, soit en la faisant mesurer à la chaîne, soit en laissant un jalon au point considéré, puis en en déterminant la position par la méthode des intersections, en visant le jalon de deux stations distinctes.
On comprend, d’après cet exposé, combien l’emploi de la stadia aurait contribué à faciliter et à simplifier le travail, et l’on se demande comment il a pu se faire que, malgré la recommandation expresse du Ministre de la Guerre, après les expériences entreprises avec les instruments du chevalier de Lostende, sous les auspices de Maissiat (*), la boussole nivelante de ce dernier a seule été mise à la disposition de nos officiers.
On se souvient cependant que, dans le même temps, les ingénieurs suisses se servaient de la planchette stadimétrique;
(') Maissiat avait lui-même fait construire un instrument un peu différent de celui de de Lostende.
CriAPITRR I. — niSTOniQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES. 277
mais on paraît avoir hésité, un peu partout, à cette époque, à associer définitivement la stadia à la boussole dont la lunette paraissait trop faible, et il faut arriver à la date de i85g pour voir adopter les deux instruments réunis, en Belgique où l’on entreprenait de lever la Carte topographique à l’échelle de
Le capitaine (depuis général) Liagre, à l’initiative duquel est due cette importante mesure, avait commencé lui-même, en
Fig. 92.
Boussole toute en métal d’Oberhauser.
i853 et 1854, à faire construire par l’habile artiste Sacré une sorte de niveau-cercle analogue à celui de Lenoir (' ), qu’il
{ ') Nous supposons cet instrument connu du lecteur ainsi que les autres niveaux de précision en usage; notre intention n’a jamais été de donner dans ces recherches, sur la Topographie proprement dite, la description des instruments spéciaux de nivellement.
désignait sous le nom de stadia nivelante et avec lequel il fit de nombreuses expériences pour se rendre compte de la précision que l’on pouvait obtenir en mesurant les distancés à la stadia, sans recourir à de forts grossissements. 11 avait appliqué aux résultats obtenus le calcul des probabilités, qui lui était très familier, et indiqué l’erreur moyenne que comportait le procédé avec une lunette d’un grossissement déterminé et modéré ( ' ). La cause était gagnée, mais le savant officier qui avait toujours fait passer l’intérêt du service avant les satisfactions d’amour-propre, ne chercha pas à imposer sa stadia nivelante et n’hésita pas à donner la préférence à une boussole entièrement en métal dont la disposition, la môme que celle de la boussole de Goulier, a été imaginée tout à fait indépendamment, peut-être même antérieurement, par Oberhauser (-). Nous donnons la figure de cet instrument 92), moins délicat que celui de Goulier, mais qui répondait parfaitement à sa destination et paraît avoir été mis le premier en usage, dès les débuts des travaux de la Carte topographique de Belgique (*).
En résumé, indépendamment de nos prévisions, sinon de nos préférences concernant le choix des méthodes à appliquer au cadastre, aux études de terrain et à la construction des cartes topographiques, dans les conditions habituelles, nous avons émis le vœu que les opérations du cadastre comprissent le nivellement par courbes, et nous ne croyons pas nécessaire de revenir sur les avantages incalculables qui résulteraient d’une semblable mesure. U est à peine besoin, d’un autre côté, d’ajouter que les grandes divisions du travail consacrées
(') Voyez les Bulletins de l’Académie des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, tuines XX et XXI, 1" série, années i853 et 1864.
(“) Voyez la Notice sur les travaux topographiques de l’Institut cartographique militaire; Bruxelles, 1881 (A. Cnophez et fils).
(^) Ces travaux ont été commencés en i85g et l’on s’était d’abord servi de la chaîne pour la mesure des distances aux environs d’Anvers et au camp de Beverloo, mais on n’avait pas tardé à reconnaître combien cette pratique était gênante dans un pays aussi coupé d’obstacles que la Belgique et l’on avait aussitôt compris l’avantage qu’il y aurait à adopter la boussole nivelante stadimétrique d’Oberliauser. Voyez la Notice mentionnée cidessus et le n° 2i du Mémorial de l’Officier du Génie.