CIIAPITUK I. — IIISTOIUQÜE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES
observer la déclinaison du Soleil, divisés en degrés, minutes et même de six en six secondes.
Ils ne s’étaient donc pas bornés à copier servilement Ptolémée, et, de son quart de cercle, par exemple, dont l’usage semble avoir été très limité, ils avaient fait un mural, précurseur de Vinstriiment des passages, bien longtemps avant Tyclio-lîrahé qui croyait l’avoir imaginé (').
Dans l’Ouvrage d’Aboul Hhassan, après la Cosmographie et la Chronologie, la Gnomonique occupe une place importante; on y trouve, notamment sur la théorie et la construction des cadrans solaires chez les Grecs, de très intéressants détails, bien plus complets que ceux que donne Vitruve et, en outre, la preuve de l’ingéniosité des astronomes arabes eux-mêmes, qui ont imaginé plusieurs appareils portatifs que l’on peut qualifier de montres solaires, employées concurremment avec les horloges mécaniques qu’elles servaient souvent à régler.
Enfin, et c’est surtout ce qui nous importe, Aboul Hhassan a terminé ce que l’on pourrait aussi appeler sa grande composition, par une description détaillée des instruments astronomiques proprement dits, quarts de cercle et sextants, sphères, hémisphères creux, armilles, planisphères, astrolabes variés, au nombre de dix au moins et d’autres encore, dont plusieurs se sont perpétués sous ditférents noms, mais dont les plus connus et les plus répandus, à partir de la Renaissance, sont les astrolabes, les seuls d’ailleurs sur lesquels il soit utile de donner quelques détails.
Nous ne saurions mieux faire, pour préciser la destination principale de ces instruments chez les Arabes, que d’emprunter les lignes suivantes au savant Mémoire de L.-Am. Sédillot ;
« On a donné le nom d'astrolabe à plusieurs espèces d’instruments très différents; nous avons décrit plus haut l’instru-
(') Voir L.-Am. Sédillot, Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. i8, et dans la Tychonis IJrahe astronomicœ instauratœ mechanica; Norinbergæ, MDCir, la description et l’usage du « Quadrans mural is sive 7j'cho/iicus ».
ment de Ptolémée, qui se rapproche beaucoup des armilles. L’astrolabe des Arabes, au contraire, n’est à proprement parler que le planisphère de l’astronome d’Alexandrie, sur lequel on plaçait une règle avec deux pinnules pour mesurer la hauteur d’un astre. Cet astrolabe-planisphère est donc une projection des cercles de la sphère sur un plan qui permet de trouver les ascensions droites, les déclinaisons, les amplitudes, les hauteurs, les levers et les couchers des étoiles, etc. Les Arabes sont arrivés à un très haut degré de perfection dans la construction de cet instrument, et l’on sait que plusieurs de leurs astronomes ont reçu, comme titre honorifique, le surnom A' Asterlabi. »
On peut, d’un autre côté, d’après l’Ouvrage d’Aboul Illiassan^ se faire une idée très suffisante de la conslruclion et des usages les plus habituels de l’astrolabe. Le type des instruments de ce nom, qui ne différaient guère au surplus les uns des autres que par le choix du plan sur lequel on traçait le planisphère, consistait dans une plaque circulaire de métal d’une certaine épaisseur, avec une/ac6î et un dos. Le bord de la face ou le limbe était divisé en 36o degrés et souvent aussi en 24 heures; cette face présentait ensuite, sur sa plus grande étendue, une cavité appelée mère de Vastrolabe qui constituait une sorte de boîte ou de magasin destiné à recevoir une pile de planches minces ou feuillets également métalliques, sur les deux faces desquels étaient tracés des planisphères pour différentes latitudes et que l’on pouvait substituer les uns aux autres, en amenant en dessus celui dont on devait se servir. Sur ces feuillets (en arabe shajlahs) se trouvaient l’horizon, les almicantarats et les azimuts (*)^ les deux tropiques, le cercle équinoxial et, au-dessous de l’horizon, les arcs des heures inégales la ligne du crépuscule et de l’aurore.
Au-dessus de ce planisphère était disposé un autre disque
( ’ ) Nous ne devons pas manquer de rappeler, à ce propos, que ces deux mots et bien d’autres encore restés en usage, alidade, zénith, nadir, etc. ainsi que les noms d’un grand nombre d’étoiles sont arabes.
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découpé et mobile appelé Varaignée, conlenanl les douze signes du zodiaque el un certain nombre d’étoiles remai quables avec leur position marquée par une dent ou un crochet plus ou moins orné, disposition qui donnait à rinstrumenl un aspect tout à fait pittoresque.
Sur le dos de l’astrolabe [fig.6) étaient tracées plusieurs circonférences concentriques pour les degrés de bailleur, répartis en quatre cadrans de 90° cbacun, les degrés du zodiaque, les noms des signes, les jours de l’année pour cbaque mois, les noms des douze mois. Il restait encore à l’intérieur assez de place pour que l’on pût y graver les arcs des heures inégales, le carré des ombres, etc. Enfin, l’instrument était complété par une alidade et un anneau de suspension.
On a retrouvé un assez grand nombre d’astrolabes arabes, répondant à cette description, dont quelques-uns ont des écritures en caractères coufiques, par conséquent antérieurs au iv“ siècle de l’IIégire, et d’autres plus modernes et môme provenant des pays chrétiens, mais généralement copiés sur les instruments arabes. Nous donnons le dessin {fig. 7 ) delà face de l’un de ceux que possède le Conservatoire des Arts et Métiers et qui, malgré sa décoration el les inscriptions qui semblent appartenir au xvi® siècle, reproduit presque rigoureusement le type qui vient d’être décrit (‘).
Quant aux observations et aux mesures que servait à faire l’astrolabe, elles n’étaient pas seulement destinées à des recherches astronomiques, mais aussi et surtout à d’assez nombreux usages civils et religieux. Après avoir déterminé la méridienne (zaoual) el les quatre points cardinaux, à l’aide du cercle de Proclus ou du cercle indien, et la latitude par une observation méridienne de la hauteur du Soleil ou d’une étoile remarquable, connaissant la déclinaison de l’astre (et
(') La Bibliothèque Nationale possède quatre astrolabes d’origine arabe ou persane et trois autres, dont deux datés de Nuremberg, en 1626, et un de Rome, de 1622. La collection Spitzer en comprenait dix-liuit, d’origine arabe, allemande, italienne el française, dont le diamètre variait de o'", 10 à o"',.5o. Le Conservatoire des Arts et Métiers en possède deux de construction hollandaise dont il sera question pins loin. 11 en existe beaucoup d’autres dans les collections publiques ou particulières, en France et à l’étranger.
38 LES INSTIIÜMENTS, LES MÉTHOnES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.
l’ascension droite pour l’étoile), les astronomes arabes construisaient au besoin (s’il n’existait pas déjà dans leur collection) le planisphère sur l’horizon du lieu, et ensuite ils observaient souvent les hauteurs extra-méridiennes de l’un de ces astres pour trouver de jour et de nuit les heures égales ou les heures temporaires ; ils déterminaient, en particulier, le commencement et la fin de l’a^/ireàla Mecque, c’est-à-dire de la sieste, réglée par les prescriptions du Coran. Ils se servaient
Fig.
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Dos d’un astrolabe du xvi“ siècle.
encore de l’astrolabe disposé horizontalement pour trouver