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CHAPITRE III

— IC0N0MÉTR1E ET MÉTROPIIOTOÜRAPIIIE. r)

icctes du plus grand mérite chargés de lever les plans des champs de bataille, des villes, des magnifiques monuments des pharaons, on n’avait pas oublié de leur adjoindre d’habiles dessinateurs, cl il arrivait même souvent que les talents de savant, d’ingénieur et d’artiste se trouvaient réunis chez le même opérateur.

Si les plans et les vues des édifices, des villes ou des sites célèbres ne sont pas toujours rapprochés, mis en regard les uns des autres, dans cet admirable Ouvrage, il n’est pas moins facile, dans la plupart des cas, de reconnaître l’étroite relation qui existait entre les deux opérations (■).

(') Deux des plus jeunes membres de cet Institut cl’Égypte, donL notre pays aura toujours le droit de s’enorgueillir et le devoir de se souvenir, Caristie et Jomard, sortis de l’École Polytechnique à peine créée et que j’ai eu l’insigne honneur de connaître, déclaraient chacun à qui voulait l’entendre que leurs collègues comme eux-mêmes n’avaient jamais séparé les deux conditions essentielles de l’œuvre entreprise : la précision des mesures et des relevés de touLe sorte et reflet artistique des monuments représentés en perspective ainsi que des paysages qui les encadraient le plus souvent.

Caristie, qui était entré à l’École des Beaux-Arts à sa sortie de l’École Polytechnique, et qui dessinait admirablement, avaiL souvent fait usage do la chambre obscure en Égypte, en attendant la chambre claire dont il se servit en Italie dès les premiers temps de son invention. II devint membre de l’Académie des Beaux-Arts et a laissé la réputation d’un très savant et très habile architecte. C’est avec la chambre claire qui lui avait appartenu que j’ai fait mes premiers essais d’Ieonométrie et je devais lui payer ici un tribut de reconnaissance.

Jomard était ingénieur-géographe et, en dessinant les monuments couverts d’hiéroglyphes en môme temps qu’il exécutait ses- travaux topographiques, il avait acquis une véritable érudition qui l’aida à entrer à la Bibliothèque nationale en qualité de Conservateur au département des Cartes et Plans; il s’était beaucoup occupé de la gravure des plauches de l’Atlas du grand Ouvrage sur l’Égypte, ce qui fut cause, lors de son élection' à l’Académie des Inscriptions, de la célèbre boutade de l’un de ses concurrents qui n’était autre, malheureusement pour lui, que Paul-Louis Courier. ( Voyez dans les OEuvres du célèbre pamphlétaire la Lettre à Messieurs de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres .)

Malgré le talent incontestable des architectes eL des ingénieurs de l’Institut d’Égypte et malgré l’emploi accidentel fait par quelques-uns d’entre eux delà chambre obscure, on ne saurait comparer l’exactitude de leurs dessins, surtout au point de vue des détails, avec celle que donne aujourd’hui sans peine la Photographie. C’est ce que faisait déjà si bien ressortir Arago dans le Chapitre X de sa Notice sur le Daguerréotype, intitulé : Avantages de la Photographie (t. IV des Notices scientifiques dans les OEuvres complètes. Paris, Gide; i858).

« A l’inspection des premiers tableaux que M. Daguerre a fait voir au

fi les instruments, les méthodes et le dessin topographiques.

On n’avait pas attendu, d’ailleurs, l’expédition d’Égypte pour attacher des dessinateurs, en même temps que des naturalistes, aux missions scientifiques et géographiques confiées à nos hardis et illustres navigateurs du siècle dernier, dont la tradition s’est conservée jusqu’à nos jours (').

La lâche de ces artistes commençait dès que les navires sur lesquels ils étaient embarqués arrivaient en vue d’une terre dont ils dessinaient les aspects, même du large, et l’on aperçoit là l’origine des vues de côtes si merveilleusement utilisées par Beaulemps-Beaupré qui, même avant d’avoir servi à la construction des caries et en dehors de cette préoccupation, avaient été et continuent à être annexées à celles qui contiennent des rades, des ports ou des mouillages pour guider les navires qui veulent y entrer ou les atteindre sûrement.

L’association des vues et des plans est ici des plus évidentes, des plus intimes, les points d’où ont été prises les vues étant marqués sur les cartes, ce qui permet dès lors d’orienter chacune des premières et de constater l’accord des détails qu’on y découvre avec ceux qui figurent sur la carte.

public, disait l'illustre physicien, chacun a songé à l'immense parti qu’on aurait tiré pendanl l’expédition d’Égypte d'un moyen de reproduction si exact et si prompt; chacun a été frappé de celte réflexion que, si la Photographie avait été connue en 1798, nous aurions aujourd’hui des images fidèles d’un bon nombre de tableaux emblématiques dont ta cupidité des Arabes et le vandalisme de certains voyageurs ont privé le monde savant. Pour copier les millions et millions d’hiéroglyphes qui couvrent, même à l’extérieur, les grands monuments de Thèbes, de Memphis, de Karnak, etc., il faudrait des vingtaines d’années et des légions de dessinateurs. Avec le Daguerréotype, un seul homme pourrait mener à bonne fin cet immense travail. Munissez l'Institut d’Égypte de deux ou trois appareils de M. Daguerre, et sur plusieurs des grandes planches de l’Ouvrage célèbre, fruit de notre immortelle expédition, de vastes étendues d’hiéroglyphes réels iront remplacer des hiéroglyphes fictifs ou de pure convention; et les dessins surpasseront partout en fidélité, en couleur locale, les œuvres des plus habiles peintres; et les images photographiques étant soumises, dans leur formation, aux règles de la Géométrie permettront, à l’aide d’un petit nombre de données, de remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices. »

(■) M. le Dr Ilamy rappelait encore récemment les services rendus à la Géographie et à l’Ethnographie par les dessinateurs attachés à la mission de d’Enlrecasteaux. Dans bien des cas, les aptitudes artistiques des officiers de terre et de mer ont été mises elles-mêmes à profit avec le plus grand succès, par exemple, pendant l’exploration du Mékong par Doudart de Lagréc.

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