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XIX. — Détermination de la distance du point de vue

au tableau.

Celte dislance qui règle, comme on sait, la longueur des lignes de visée et, par suite, celle des lignes de construction, doit être déterminée avec toute l’exactitude possible. On l’évalue indirectement en mesurant,' d’une part, soit sur la glace dépolie, soit sur une épreuve positive, la distance linéaire du point principal à un autre point situé sur la ligne d’horizon, et, de l’autre, sur le cercle azimutal, l’angle compris entre les. deux mêmes points du paysage naturel.

Revenons, par exemple, à la fig. 3p sur laquelle le point O représente le point de vue rabattu sur le plan du tableau. En joignant un point quelconque b' de la ligne d’horizon au point de vue, nous formerons un triangle rectangle en P, qui sera déterminé quand on connaîtra le côté P b' de l’angle droit et l’angle aigu en O. Or, ces deux quantités sont celles dont il vient d’être question et que l’on peut facilement mesurer avec l’approximation d’une minute pour l’angle et d’une fraction de millimètre pour le côté.

La distance cherchée du point de vue au tableau, qui est le côté OP, se calcule ensuite par la formule

OP = Vb' col PO b' .

Si l’on se reporte à l’époque déjà éloignée où le Mémoire dont nous avons extrait la plus grande partie de ce paragraphe a été écrit, on comprendra que l’étude des déformations produites par les objectifs, même sur les épreuves d’un champ restreint, et celle des mo}rens de corriger les erreurs qui en

(’) On se souvient, sans doute, qu'avec la chambre claire le champ vertical était indéfini; il convient de reconnaître qu’aujourd'hui, avec lesohj ec Lits grands angulaires, le champ vertical des épreuves photographiques n est en quelque sorle limité que par les dimensions de l’appareil.

pouvaient résulter, constituaient à elles seules un chapitre important. Nous ne reproduirons pas ce chapitre devenu inutile depuis les merveilleux perfectionnements apportés à la construction des objectifs. Nous ne donnerons pas davantage les détails relatifs à la pratique de la Photographie; les publications nombreuses et excellentes répandues aujourd’hui sur un art devenu familier à tant de personnes nous en dispensent.

XX. — Expériences officielles faites sur des vues photographiées , de 1859 a 1864.

Commission de V Académie des Sciences . — Avant même que l’appareil en construction chez Brunner nous eût été livré, nous avions soumis le >4 novembre 1859, a l’Académie des Sciences, une copie du Mémoire déjà déposé au Secrétariat du Comité des fortifications et qui 11e devait paraître qu’en 1864 dans le n° 17 du Mémorial de l'Officier du Génie (‘), par suite d’un retard de près de dix ans apporté à la publication de ce recueil.

Les commissaires nommés par l’Académie pour l’examen de ce Mémoire, MM. Daussy et Laugier, nous ayant invité à opérer devant eux, nous dûmes emprunter une chambre noire dont l’objectif avait une distance focale de om,4a6, voisine de celle que nous avions adoptée, à l’un de nos camarades, M. Laveine, ancien élève de l’École Polytechnique, qui nous aida aussi à préparer des plaques au collodion sec.

Un niveau à bulle d’air ayant été disposé temporairement à la partie supérieure de l’appareil pour sa mise en station, la ligne d’horizon fut déterminée à part, au moyen d’un niveau de précision dont la lunette était dirigée successivement sur trois des points de chacune des épreuves sur lesquelles il était facile de la tracer ensuite.

Voici l’extrait du Rapport de M. Laugier qui fait connaître

(') Mémoire sur V emploi de la Photographie dans le lever des plans et spécialement dans les reconnaissances militaires.

CHHMTRË III. — ICONÜ.M ÉTUI K ET MÉrROPHOTOUlUPllIlî. 1 i I

les résultats déjà très concluants de celle expérience improvisée (’ ) :

« Pour s’assurer de l'exactitude de la méthode, M. Lausse- » dat s’est servi d’un plan de Paris exécuté en 1839, à l’échelle » (je l sous la direction de M. Emmery, ingénieur en chef » des Ponts et Chaussées (2). Il a choisi pour stations la tour » nord de Saint-Sulpice et l’observatoire de l’École Polytech- » nique et a photographié, en plusieurs épreuves, une cer- » laine étendue des panoramas pris de ces deux stations. » Empruntant ensuite au plan de Paris- la distance de l’Ecole » à Saint-Sulpice (i233,n), il a placé ces deux points sur un » plan; puis, au moyen des perspectives photographiées, il a « construit les lignes de visée relatives à quelques points re- » marquables, tels que la lourde l’Horloge (Conciergerie), la » flèche du clocher de Notre-Dame, etc. ; les intersections de » ces lignes de visée ont donné tes positions de ces points » avec une exactitude telle qu'on a pu opérer la coïncin de/ice du plan de M. Laussedat et du plan de Paris. Les » points ainsi déterminés sont éloignés des stations de [dus » d’un kilomètre, mais nous nous sommes assurés qu’avec » cette base de 1233™ on aurait obtenu avec une exactitude » suffisante les positions des points situés à des distances » beaucoup [dus grandes. A la station de Saint-Sulpice, les » épreuves avaient été prises dans les conditions les plus dé- » favora-bles ; c’est celle circonstance qui nous a déterminés » à opérer sur des points plus rapprochés. Nous avons pareil- » lement cherché l’élévation de la flèche Notre- Dameau-dessus » de l’arête du toit de la nef. La hauteur obtenue (5om),

» d’après une des photographies prises de l’Ecole Polylech- » nique, s’est accordée avec la hauteur (47'") mesurée sur le » plan même de la cathédrale (3). »

(') Rapport sur un Mémoire de M. Laussedat, etc., dans les Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences, t. L, janvier-juin 1860, p. 1127 et suivantes.

(“) Ce plan avait été apporLé par l’autre commissaire, M. Daussy, qui désigna les monuments dont il désirait voir retrouver la position au moyen des vues photographiées, au nombre de dix ou douze.

(’) Cette comparaison faite, en présence de Viollct-le-Duc, par les

l/|2 LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.

Nous joindrons à celle citation du Rapport, qui concluait neilement à l 'approbation de la méthode, un second passage qui nous dispensera de décrire nous-même la manière expéditive dont nous appréciions l’une des qualités essentielles des objectifs que nous expérimentions, à savoir l’étendue du champ de l’image exempte de déformations :

« Pour que les plans construits d’après les photographies, » est-il dit dans le Rapport, présentent toute l’exactitude dont la » méthode est susceptible, il faut s’assurer que les images pho- » tographiées n’ont éprouvé aucune déformation sensible; voici » le moyen dont M. Laussedat s’est servi dans cet examen :

» Au point même d’où la vue photographiée a été prise, on » établit une planchette sur laquelle on fixe la photographie. » Deux tiges articulées qui supportent le prisme d’une » chambre claire s’adaptent sur les côtés de la planchette; en » faisant varier la distance du prisme au plan et en réglant sa » position, on arrive facilement à superposer l’image (vir- » tuelle) de la chambre claire et celle de la photographie. La » superposition ainsi établie pour les objets situés près du » point principal de perspective doit avoir lieu également pour » les objets qui en sont éloignés; et comme l’image fournie » par la chambre claire dépasse de beaucoup celle de l’épreuve » (il en était ainsi, en effet, à celte époque), on a d’excellents » points de repère dans les lignes qui sont sur les bords de » celle-ci et qui doivent se trouver dans le prolongement des » mêmes lignes prises sur l image de la chambre claire, si » l’objectif de l’appareil ne donne lieu à aucune déforma- » lion (■). Dans cette position du prisme, sa distance au plan

commissaires eux-mêmes, ne me satisfaisait pas entièrement et je n’ai pas craint d’aftirmer et de prouver que l’on pouvait obtenir une plus grande approximation en procédant moins hâtivement qu’on ne l’avait fait et en recommençant l’expérience; cette fois la hauteur trouvée fut de 48m.

(>) 11 y aurait de légères modifications «à apporter à cette rédaction, mais nous supposons que le lecteur les fera lui-même sans difficulté. L’expérience dont il s’agit, et dont l’un des effets les plus intéressants était de rendre la couleur à l’image photographiée par la superposition de l’image virtuelle qui est naturellement colorée, avait beaucoup frappé les commissaires; elle est très facile à réaliser à la condition toutefois que la distance focale de l’objectif employé ne s’écarte pas trop de la distance de la vue distincte.

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