DES PRONOMS, EN GALLOIS
Les pronoms, en gallois et en breton, et je dirai dans toutes les langues celtes, par leur emploi dans la conjugaison et par le jour vif qu'ils jettent sur un des points les plus intéressants de la grammaire générale, présentent un grand intérêt. Ces considérations viendront dans la suite ; nous nous bornerons actuellement à examiner ces pronoms en euxmêmes, et dans leurs rapports avec les langues anciennes et modernes qui nous intéressent particulièrement. On voit de prime abord, par le matériel des mots employés pour désigner plusieurs d'entre eux, qu'ils sont exactement les mêmes que dans le grec et le latin , et, par suite, les mêmes que dans les langues néo-latines. Et de cette ressemblance, comme il s'agit d'une partie du discours si essentielle dont
1 Remarquons ici en passant (nous y reviendrons ailleurs) que dans les langues gaëles l'adjectif exprime le genre.
l'influence s'étend sur d'autres parties du discours et sur le génie de la langue , on pourrait peut être bien conclure que ces langues appartiennent à la famille indo-germanique. C'est ce que, d'ailleurs, on aura occasion de vérifier amplement dans la suite. '
Il y a en gallois un luxe et une profusion de formes pour les pronoms personnels , qui peuvent d'abord paraître compliqués et embarrassants; mais, en y regardant attentivement, on peut les réduire à un petit nombre d'éléments et à des combinaisons faciles à saisir, et pour ainsi dire constantes. Nous allons les considérer dans leurs modifications et dans leurs combinaisons.
D'abord, rien de plus simple que ces éléments, rien de plus varié que leurs modifications, et rien, pour ainsi dire, de plus constant que l'ordre de leurs combinaisons. Les éléments matériels de ces pronoms sont : mi, pour la première personne; ti, pour la seconde; ev, pour la troisième au masculin. Or, on voit manifestement que les deux premiers sont grecs et latins. Il en est réellement de même pour le troisième , mais la ressemblance est d'abord moins apparente : ev gallois, pour il ou lui, correspond au grec s et à la première racine du pronom composé en latin ip-se ; de façon que le pronom gallois est intermédiaire entre le grec et le latin. Je n'ai pas besoin de dire que le v gallois est parfaitement analogue au p latin , puisque ce sont deux labiales , et que nous allons d'ailleurs voir des transformations de cette espèce employées par le gallois pour varier la forme du pronom. Comme ces transformations se font par la mutation naturelle des consonnes de même classe les unes dans les autres , je n'ai pas besoin d'insister sur ce point; je dirai seulement que, dans la partie étymologique et lexicographique , nous développerons avec soin les mutations des consonnes, trait saillant
du caractère des langues celtes proprement dites. Voyons d'abord les variations du pronom de la première personne, mi : Ym peut se changer en l'aspirée v , ce qui fait vi; voilà le premier mode. Le second consiste à renverser le mot, c'est-à-dire à mettre la voyelle devant Ym; mais on modifie un peu la voyelle, et au lieu de mettre i, on met j, ym.
Une troisième forme consiste à conserver Yi, en omettant i'm, de façon qu'on a les quatre formes suivantes, et qui naissent toutes d'une seule :
Mi, vi, i, ym. Je, moi.
En combinant les deux premières formes simples , on fait le pronom personnel emphatique. De cette combinaison résulte la forme emphatique la plus simple , en ce qu'il n'y a pas là d'éléments étrangers.
En ajoutant à la forme simple mi et au composé mivi la particule au, qui veut dire « aussi, » il en résulte deux autres mots composés emphatiques , dont le sens est évident, d'après celui des éléments. Ayant expliqué la manière dont se forment toutes ces modifications du pronom de la première personne , je ne l'appliquerai pas aux autres, car l'application est évidente, et nous entraînerait ici dans de trop longs développements; je remarquerai seulement un fait curieux à l'égard de ce qui précède : que la particule au , qui est ici réduplicative ou intensitive , correspond exactement à la particule av en grec, qui se rapporte à Yauch des Allemands, à Yaassi des Français ; et , ce qu'il y a de remarquable , c'est que , dans ces deux dernières langues, ces particules remplissent exactement les mêmes fonctions à l'égard du pronom.
Singulier. Pluriel.
Simple. Mi,vi,i,ym. Je, moi. Ni, Nous.
Emphatique. Myvi,i, Moi-je (moi-même). Nyni , Nous- nous.
Pluriel.
Conjonctif.
Minnau ,
Moi - aussi.
Ninnau,
Nous -aussi.
Eraph. double,
Myvinnau,
Moi- aussi je (mo même aussi.)
i- Nyninnau,
Nous-aussi-nous,
Simple.
Ti,
Toi, tu, te.
Vous,
Emphatique.
Tycli,
Toi - tu.
Çwewi,
Vous - vous.
Conjonctif.
Tithau ,
Toi - aussi.
Çwithaa,
Vous- aussi.
Emph. double.
, Tydiihaa,
Toi -tu -aussi (toi même aussi).
i- Çwivithau,
Vous-aussi-vous
Simple.
Ev, ve „
Il, lui, le.
Hwynt ,
Elles.
Emphatique.
Eve,
Il -lui.
Hwyntwv,
Elles - elles.
Conjonctif.
Yntau ,
Lui aussi.
LHivynthaa, ( Huythau.
/Elles aussi.
Simple.
Elle, lui, la.
Hwy,
Elles.
Emphatique.
Hyhi,
Elle- elle.
Huyni ,
Conjonctif.
Hithau ,
Elle - aussi.
Hwythau,
Elles - aussi.
Emph. double
. Hyhithau,
Elle- aussi -elle.