SPÉCIFICATION DU PARTICIPE PRESENT
Nous avons vu que le participe présent, en gallois, pouvait être rendu par une désinence qui appartient évidemment à celles qui indiquent Y infinitif présent , ou, comme on pourrait l'exprimer avec plus d'exactitude, X infinitif général, puisqu'il est applicable à tous les temps et n'en désigne aucun en particulier.
Mais les Gallois ont paré au vague qui résultait du manque d'élément spécifique, et cette forme du participe n'est guère en usage; ils ont recours à un élément qui a un sens propre, et qui est admirablement adapté à préciser cette forme de l'infinitif.
Il est fondé sur le sens de Y infinitif général (qu'on me pardonne cette expression), qui, n'ayant rien de spécifique, ni pour le temps, ni pour la personne, ni pour le mode, présente l'action dans toute sa généralité, et qui pourrait, au besoin, comme il le fait en effet, remplir la place d'un substantif sans désinence spécifique, comme le mot être, etc. en français , est à volonté ou verbe ou substantif. Or, ils emploient une forme de Y infinitif mec la préposition en qui la précède.
Supposons qu'en français le substantif bâtisse soit aussi une forme de l'infinitif général : ils diraient, pour exprimer le participe présent (je suis) en bâtisse, comme on dit en route, en chemin, etc. c'est-à-dire cheminant.
Voilà bien l'actualité exprimée par ce temps, et l'infinitif y est bien, en ce qu'il n'y a pas de désignation de personnes, ni de modification particulière de l'action.
Ainsi : Adcil , racine.
Jair, syllabe infinitive.
Pr.
Yn, en, préposition.
PARTICIPE PRÉSENT
Gallois,
Pr. i i
Yn , adeil - iaiv
Pr. i i
En, bât - ir.
Pr. i
En, bât- isse.
Cette forme est remarquable :
i° En ce qu'elle est expressive par elle-même, parce qu'il n'est pas besoin de convention pour la comprendre;
2° Parce que le même esprit de composition règne dans toutes les langues celtiques proprement dites;
3° Parce que c'est le fondement de la conjugaison basque, comme nous le verrons dans son lieu.
Comme il y a en gallois un participe présent composé d'une forme infinitive, précédé d'une préposition; de même il y a un participe passé composé d'une forme infinitive , précédé d'une préposition; et cette préposition exprime aussi bien le passé que la préposition qui entre dans le participe présent exprime le présent. C'est la préposition après, et la tournure revient à celle-ci : après bâtir. Or, remarquons que cette tournure est complètement française quant au fond, et nullement latine. Ne dit-on pas, en effet, après avoir bâti, après avoir été , etc. n'est-elle pas réellement une forme composée du participe passé, que les grammairiens aient ou n'aient pas eu l'habitude de l'indiquer? Je dis que cette tournure est essentiellement française, et, certes, rien ne serait plus barbare que l'emploi de cette tournure en latin; elle ne
vient donc pas du latin , mais c'est une forme essentielle de la grammaire de la langue bretonne; et cette influence de la langue des ancêtres ne se borne pas à la France : elle est tout aussi familière en anglais. Ce qui est également remarquable, c'est que les Anglais ne l'ont pas puisée à la source germanique, car elle ne s'y trouve pas; du moins, je ne la connais ni en allemand, ni en flamand.