DE LA DÉCLINAISON
La plus grande différence grammaticale qu'il y ait entre les langues bretonnes et les langues gaëles consiste en la manière dont on exprime les rapports des substantifs entre eux, ou avec le verbe; c'est-à-dire la déclinaison. Nous avons vu qu'il n'y en avait ni en gallois ni en breton; et nous allons voir qu'il y en a dans le gaël écossais et dans le gaël irlandais. Je n'ai pas besoin de dire combien ce caractère est distinctif ; la déclinaison existe bien réellement en gaël; dans le singulier, elle a peu d'étendue; elle est presque complète au pluriel. Elle repose , pour la plupart des cas , sur un principe trèssimple , sur l'emploi d'une voyelle ou d'une lettre dont la présence ou l'absence sert à une partie de la déclinaison. L'autre élément est l'addition d'une syllable particulière pour le
datif pluriel. Il n'y a, au fait, au singulier, qu'une modification spécifique de cas, c'est le génitif; voici comment on le forme : les cinq voyelles, en gaël, sont divisées en deux classes : l'une renferme les trois voyelles a , o , u; l'autre, Ye et Fi. Le gaël distingue la première classe par le nom de voyelles larges; la seconde, par celui de voyelles minces ou ténues; ce qui correspond fort bien à la distinction des grammairiens français, relative à deux sons de Ye, Ye ouvert et Ye fermé. Ainsi, nous substituerons à l'expression écossaise, celles des grammairiens français que je viens d'indiquer, et nous dirons les voyelles ouvertes et les voyelles fermées.
Or l'emploi de la voyelle dépend de deux conditions principales , savoir, la nature de la dernière voyelle dans le corps du mot, et le genre du mot. Or, s'il est masculin , et que , finissant par une consonne , la dernière voyelle soit une voyelle ouverte, après cette voyelle on met un i; ainsi se forme le génitif, et voilà tout le singulier, quant à l'inflexion ; car il n'y a pas d'autres modifications qui constituent d'autres cas , dans cette forme de déclinaison. Pour le pluriel, on n'a pas besoin d'autre élément , excepté au datif; et on s'y prend d'une manière singulière, je dirai presque comique, pour le former. On prend le singulier, on le retourne de haut en bas , voilà le pluriel; c'est-à-dire que par ce renversement, ce qui était le génitif ou le cas oblique, au singulier, devient le nominatif ou le sujet, au pluriel; et ce qui était le nominatif ou le sujet, au singulier, devient le génitif ou un cas oblique, au pluriel. Mais il y a plus, au pluriel, comme nous l'avons annoncé , il y a un datif dont la caractéristique est une syllabe , aibh, qu'on ajoute à la fin du mot, et ce datif sert en même temps d'ablatif. Il y a aussi un vocatif que l'on forme quelquefois en ajoutant un a.
Il y a une autre forme de déclinaison pour les substantifs
féminins qui ont les mêmes voyelles caractéristiques, c'est-àdire une voyelle ouverte, l'a, Yo ou l'a, suivie d'une consonne. On continue le même principe que j'ai exposé plus haut pour le génitif des mots masculins de cette classe, mais on le renforce en ajoutant une autre voyelle, qui est Ye à la fin du mot.
Le datif, car dans cette déclinaison il y en a un véritable, est la continuation de la forme du cas oblique au génitif, avec cette différence qu'il se distingue par le retranchement de Ye final additionnel.
Pour la formation du pluriel, on suit, à une ^nuance près, le même principe que pour la formation des mots masculins de cette classe ; c'est-à-dire que le génitif du singulier devient le nominatif pluriel , et le nominatif singulier devient le génitif pluriel, 11 n'y a, à cet égard, qu'une différence légère, qui est plutôt pour l'œil que pour l'oreille.