DD SUBSTANTIF
Dans les langues anciennes et modernes des Gaules (à l'exception du basque) , considéré dans ses rapports avec d'autres parties du discours.
Ce sujet est un des plus intéressants que puisse nous fournir la comparaison des langues celtiques proprement dites, avec celles qui leur ont succédé. La présence ou l'absence de la déclinaison est un des caractères les plus distinctifs, soit que l'on considère une même langue à différentes époques, ou des langues diverses comparées entre elles.
Abordons de suite ces rapports. Il existait anciennement
dans la Gaule deux langues dominantes, le breton au nord, le gaël dans presque tout le reste de l'étendue du pays, que nous appellerons le midi, pour abréger.
Deux langues néo-latines leur ont succédé ; dans le nord, la langue d'oiZ, ou le français proprement dit; dans le midi, la langue d'oc , ou la langue romane proprement dite.
N'est-il pas naturel de supposer que les langues celtiques préexistantes ont imprimé à chacune des langues qui leur ont succédé quelques caractères particuliers? C'est ce que nous voyons en effet.
Dans la langue bretonne, qui dominait dans le nord, il n'y a pas de déclinaison. Il n'y en a pas dans la langue d'oil, ou le français proprement dit.
Dans la langue gaële , qui dominait dans le midi, il y a une déclinaison , mais de peu d'étendue. Dans la langue néo-latine du midi, la langue romane proprement dite , il y a une déclinaison , mais de peu d'étendue ; et , ce qui achève d'établir la parité , non-seulement il y en a une , mais elle est formée sur le même principe général qu'en gaël ; c'est la forme la plus remarquable que j'aie décrite, où l'on renverse le singulier pour en faire un pluriel (seulement la déclinaison gaële a un peu plus de développements : elle est au pluriel un véritable datif formé par l'addition de la syllabe aibh). Le génitif singulier devient le nominatif pluriel , et le nominatif singulier devient le génitif pluriel.
Le rétablissement de la déclinaison romane est, sans contredit, une des découvertes les plus intéressantes de l'auteur de la grammaire, et qui exige le plus de sagacité. Elle nous fournit le moyen de reconnaître la continuation du génie de la langue gaële, sur un des points les plus essentiels de la grammaire , dans la langue qui lui a succédé.
La lettre que l'on ajoute ou que l'on retranche dans la langue
romane est empruntée au latin , Ys; mais l'esprit qui a présidé à son emploi est essentiellement gaël.
La deuxième déclinaison latine a bien quelques rapports , comme le célèbre auteur que j'ai cité l'a fait voir; mais elle en diffère sur plusieurs points très-imporlants, en ce que la voyelle change toujours dans tous les cas; en ce que la consonne change à l'accusatif singulier et au génitif pluriel , différence saillante et fondamentale; et quand même la déclinaison en latin serait la même , les Gaëls latinisants du midi n'auront pas changé la nature de leur déclinaison en formant leur langue néo-latine, et par conséquent ne l'auraient pas empruntée.