XJV,p.2J
(4) Ed. Manger,/. II, p. ^4.
(j) Voyez ri-dessus, p. 2j2 et 264.
(6) Hist des Liao. — Tstu hi» tien* k. 1 , p. 24. Voy. dans le second volume l'addition relative aux lettres Khi-tan^
(7) Wen hian thoung khao , lu 34?., p. 8. Voy. plus haut, p. 69.
Pp a
alphabet avoît prise dès le xn. e siècle , contribua , selon toute apparence, à le faire choisir par les Mongols, quand ifs commencèrent à écrire, sous les premiers successeurs de Tchinggis.
Les nombreuses tribus Turkes qui s'étoient avancées en Perse et en Syrie, durent adopter plus facilement l'écriture Arabe, que la communauté de langage et de religion a transportée ensuite chez les Musulmans de Kamoul et de Touroulan. Cette adoption, 'qui n'a pu avoir lieu sans altérer beaucoup l'orthographe et la prononciation du turk, a ouvert la porte à de plus grands changemens, soit grammaticaux, soit littéraires. Ceux des Turks qui se servent des caractères Arabes, ont plus de facilité et d'occasions que les autres, pour introduire dans leur idiome les mots et les formes des langues Arabe et Persane. De là à l'imitation du style, des pensées et des compositions, il n'y a qu'un pas, et les Turks occidentaux l'ont fait. La littérature des Ottomans est toute empruntée; et les ouvrages qu'elle a produits, tant en prose qu'en vers, sont ou des traductions, ou des imitations, où il ne faut pas chercher le génie original des Turks. Cette remarque est encore plus applicable aux traités de théologie , de morale, de jurisprudence. Dans toutes les sciences, les Turks se sont bornés à se montrer disciples fidèles des nations qui, si j'ose ainsi parler, se sont chargées de leur éducation.
A dire vrai, ces peuples, qui ont fait tant de bruit par les armes, n'ont pas par eux-mêmes brillé d'un grand éclat; et pour avoir tant emprunté à leurs voisins , ils n'en possèdent pas de plus grandes richesses. Ils ont pris beaucoup de choses aux autres |>fuples, ei ceux-ci n'ont rien reçu d'eux. Une seule invention ieur est :due, et s'est répandue plus loin que leur domination ; je veux parler du cycle des douze animaux, imaginé par les Kirgis, et maintenant en usage dans presque toute l'Asie orientale." Le modèle en a été incontestablement le cycle duodénaire, employé par les Chinois dès la plus haute antiquité; mais l'idée ,de substituer aux caractères insignifîans qui composent ce dernier , les noms d'animaux domestiques . appartient aux Kieï-
SUR LES LANGUES T A R T ARES. 301 fla-sse(i). Outre l'avantage de se graver mieux dans îa mémoire, le cycle des animaux a encore celui de fournir aux astrologues des ressources nouvelles , en attachant à chaque année, à chaque jour de la période hexacontaéteride , et même à chaque heure du jour, un caractère pris du naturel réel ou fictif attribué à chacun des douze animaux. Quant au choix de ces derniers, il est difficile de deviner ce qui fa dirigé. Le bœuf, le lièvre , le cheval, le mouton, la poule, le chien et le pourceau sont des animaux utiles à l'homme, et l'on conçoit qu'il ait voulu en faire porter les noms à quelques périodes de son existence; mais Je rat, le léopard et le serpent ne sont point dans le mime cas : ie singe ne s'est apparemment jamais trouvé dans les forêts de la Sibirie, ni le dragon en aucun lieu du monde. Quand ort déplaceroit le lieu de l'invention de ce cycle, on ne ^éussiroit pas mieux à le rapprocher de localités qui en expliquassent la composition. Dans l'Inde, on eût sans doute choisi les animaux remarquables qui sont particuliers à la contrée, comme l'éléphant ou le tigre; on n'y eût point admis le rat, qui n'a rien qui le recommande, ni le dragon, le seul animal imaginaire qui y ait trouvé place. Ce cycle n'a non plus aucun rapport avec les zodiaques d'aucun peuple connu ; et Dupuis seul a pu , à force de multiplier les aspects de la sphère céleste, et d'appeler à son secours des levers héiiaques et des paranatellons, trouver, dans les constellations de peuples très -éloignés, de quoi expliquer complètement le cycle desKirgis. S'il failoit de nouvelles preuves delà futilité de son système, on les trouveroh dans les rapports mêmes qu'il a su faire. sortir de ces comparaisons extravagantes, et dans l'accord forcé qu'il produit entre les élémens les plus incohérens, les plus disparates, les plus étrangers les uns aux autres. . , /*,-. \,
Quoi qu'il en soit, le cycle des Kirgis a été primitivement composé de noms Turks; mais les Mongols, les Tibétains, les Japonois, les Persans, les Mandchous, .l'ont traduit. dans leurs
(1) Wwhian thoungkhao, k.1$>P-7- I H
langues, en conservant soigneusement l'ordre des animaux; de sorte que ce cycle forme une manière de dater commune à toutes ces nations, et facile à rapprocher par le moyen du cycle duodénaire des Chinois, de celui de soixante des mêmes Chinois. C'est un moyen sûr pour vérifier les dates de l'histoire des Mongols et des autres Tartares, qu'on trouve rapportées par les écrivains orientaux et par ceux qui les ont suivis. C'est ainsi f par exemple , qu'on s'aperçoit que Petis de la Croix , dans la vie de Tchinggis (i), s'est toujours trompé d'une année, en rapportant aux années de l'ère vulgaire les dates marquées par le cycle des animaux. La souris est ia première année de ce cycle; par conséquent, la i. re , la 13.*, la 25.', la 37.' et la 4p. e du cycle de soixante : elle répond donc, dans ia vie de Tchinggis, aux années 11 56, 1168, 11 80, 1192, 1204, 12 16 de notre ère* et non pas aux années 1 1 5 5, 11 67, 1 179, 1 ip 1, 1203, 1 21 5 , comme l'auteur dont nous parlons la supposé.
Si les détails précédens suffisoient pour nous donner une notion exacte et précise des révolutions de la langue et de la littérature des Turks, nous pourrions aborder avec plus de con* fiance la partie de notre sujet qui offre les questions les plus obscures , les plus compliquées , et les plus importantes ; je veux parler de l'étymologie , qui , en faisant distinguer dans un idiome le fond qui lui est propre, des élémens étrangers qu'on y a mêlés , met sur ia voie pour reconnoître des révolutions oubliées , et nous aide à lire, dans ces annales secrètes qu'un peuple conserve sans s'en douter, le récit sommaire, mais authentique, de'ses conquêtes ou de sa soumission politique , morale , littéraire et religieuse. Ainsi les mots Persans et Arabes qui abondent jusque dans i'ouigour de Kamoui et de Touroufan , et dont le nombre toujours croissant à mesure qu'on revient vers l'occident , attesteraient , si le souvenir en étoit jamais perdu , les efforts croisés des Missionnaires musulmans et des nations conquérantes du Turkestan. Ainsi les mots Chinois qu'on retrouve dans le dia-
(1) Hùtoirc du grand Genghizcan; ParU, in~u.
SUR LES LANGUES TARTARES. 303 lecte de Constantinople , et qu'on y reconnoîtroit sans doute en bien plus grand nombre, si ion étoit bien informé des altérations que ces mots ont éprouvées dans i'empire même, par i'efïèt du temps, ou parla confusion des dialectes provinciaux; ces mots, malgré leloignement des lieux, ne sont pour i'homme qui connoît les révolutions de la Tartarie, qu'une preuve de plus de l'origine orientale des Turks , et du séjour prolongé des armées Chinoises dans l'intérieur de l'Asie. L'Egypte obéit encore à des chefs dont le titre est indubitablement Chinois, et qui, plus ou moins altéré, se retrouve sur toute la route, comme pour nous conduire à son origine. On sait que la dignité de pt ou de prince [dans la langue vulgaire, beg ou bek] fut souvent accordée à des princes Tartares. Aujourd'hui, les tributaires de lli, d'Aksou, de Khasigar, sont appelés ^ bek par les empe~ reurs Mandchous ( 1 ) , et l'on ne peut presque pas douter que le nom de cL; beg ou bey n'en soit dérivé.
Les troupes des Osmanlis marchent sous des étendards qu'ils ont appris des Chinois à nommer tnottg(z), et qui, formés
de crins de chevaux, comme chez ceux-ci de queues de bœufs, sont chez les deux peuples la marque du suprême commandement militaire. Il ne seroit peut-être pas impossible de trouver d'autres rapprochemens dans le fond même de la langue. Le nom d'agent Turk en tchi, répond assez bien à celui qu'on peut former en chinois, en ajoutant à un verbe la particule tche. lÀ&dekmek ( radical jJ> dek) [atteindre] , n'est pas fort éloigné du chinois te ( suivant la prononciation vulgaire dek) ; mais l'anaJogie n'est pas moins remarquable dans le nom d'agent dekidji , en chi-
nois te-tche ou dekdje ; dùa dan [point du jour], semble être le mot Chinois tan [dan] qui a le même sens; ^ sou [eau] n'est
( 1 ) Mandchou gisoun - ni poulehou , classe de l'homme. ( a )
Les princes de» Khazars, au IX.' siècle, avoient le titre de nt%, suivantConstant.
Porph) rogénéte, de Administr, imperii, c. 41, ed. Meurs, p. 129.
pas éloigné de chai; ni '^yai [été] Je h' m > ni j»V|
y<7£ [huile] de yeou. L'analogie seroit encore bien plus forte et plus générale , si, au lieu de la langue Mandarinique qui est celle delà province de Nan-ktng , nous pouvions prendre les patois du Chen-si ou du Chan-si , pays où s'est souvent opéré le mélange des Chinois et des Turks; mais plûs il est aisé, à raison du petit nombre des vocables Chinois, de multiplier les rapprochemens, et plus on doit se rendre sévère à les admettre, quand les mots qu'on veut comparer ne portent pas un caractère incontestable d'identité ou de similitude.
Ce caractère s'observe dans un grand nombre de mots qui sont communs au turk et au mongol ; et le seul embarras qui puisse rester, c'est pour déterminer celui des deux peuples qui les a donnés à l'autre. Quelques auteurs n'ont vu là aucun sujet de doute ; et se fondant sur ce que la civilisation devoit être plus ancienne chez les Turks que chez les Mongols, ils ont prononcé que ces derniers dévoient avoir emprunté aux autres les noms des métaux , par exemple , et de quelques autres objets nécessaires à la vie (i). Mais il me semble que c'est-ià poser ce qui est en question ; car si l'on venoit à découvrir que quelques nations de race Mongole ont été civilisées plutôt que les Turks , il en faudroit conclure que les mots dont il s'agit ont été reçus çt non communiqués par ceux-ci, puisqu'il n'y a rien dans la forme intime de plusieurs de ces mots ou dans leur étymoiogie qui manifeste clairement une origine Turke plutôt que Mongole. On pourroit se décider avec plus de confiance, si l'on avoit la certitude qu'avant les Mongols de Tchinggis, aucune nation de
(i) Den Gebrauch der Metalle, mit Ausnahme der Kupfeft , kannten sie [die Mongolen] nicht; denn die Worte, welche bey ihnen diese Gegensfaende bczeichnen, so wie die- NanVe nanderer Lebensbedïu-fnissc,sind aile TaUiùschen Ursprungs, und es ist daher sehr wahrscheinlich, dass sie diese Dirige sclbst dureb die siïdlich von ihnen wohnenden
Tataren, die etwas civilisirter waren aïs sic, kennen gelernt haben. Reise in den Kiiukasus, u. s. w. t I,y. /f6.
Remarquez que , dans ce passage , comme dans tous ceux que j'ai cités du même auteur, le nom de Tatars est appliqué, conformément à l'usage ordinaire , aux nationi de race Turke.
la
la même race n'avoit encore dominé dans la Tartarie; mais c'est, au contraire, ce que l'histoire nous montre comme trèsproblématique , ainsi que nous l'avons vu précédemment. II suffit pour notre objet présent 'que les rapports dont il s'agit, loin d'être fréquens et multipliés, tombent au contraire sur un assez petit nombre de mots, eu égard à la totalité des mots de chacun des deux idiomes.
Les nations Turkes qui habitaient le plus près de celles de race Mongole, doivent naturellement avoir avec ces dernières un plus grand nombre de points de contact ; et ce n'est pas une raison suffisante pour distinguer une classe de tribus Afo/tgoles-ta tares, ou, pour mieux dire, Mongoles-turkes, comme l'a fait Adelung ( 1 ). Quand il seroit vrai que les Telengoutes et les Yakoutes parleroient un langage fort mêlé de mots Mongols, il n'en seroit pas moins démontré qu'ils appartiennent à la race Turke, comme le prouvent les vocabulaires, bien pauvres, à la vérité, et bien imparfaits, que nous avons de ces peuples. Aboulghazi a beau comprendre les Telengouts parmi les divisions de la nation des Ouirats (2) ; nous ne verrons dans ce rapprochement qu'un nouvel exemple de la confusion que cet écrivain a portée dans l'histoire des Tartares, en s'efforçant d'allier les traditions diverses des Mongols et celles des Turks, comme l'ont fait presque tous les auteurs qui ont traité ces matières depuis le mélange des deux races sous les Tchinggis-khanides. Le nom de Kalmouks blancs , que les Russes ont donné aux Telengouts; ne sera pas pour nous une preuve que cette tribu ait aucun rapport d'origine avec les Olets , puisque , selon la remarque de Muller (3), le mot de blanc marque une différence dans les traits du visage et dans le teint, qui en suppose une autre dans la race. Les Telengouts d'ailleurs parlent turk (4), et c'en est assez pour
(1) Mithridate , t. I , ». 491.
(2.) Hist. généalog. p. fj/4.
( 3 ) Sibirische Geschichte , dans le Sammlung Russische Geschichte, t. III, p. 201 , édition de 1777-79.
in der Gesichtsgestaft tind Farbe etwas voraus haben, und mehr den Tataren achnlich sind. Da sie nun auch die Tatarische Sprache reden, so scheinen mir dièse beyden Griinde ein Beweiss zu
(4) Sie [die Telenguten] wiirklich seyn, dass man sie ohneracluct d«
que nous adoptions la.conclusion de Muiler, qui les range parmi ies Turks, et non parmi les Kalmouks.
Enfin les Turks ont eu depuis long-temps beaucoup de rapports avec les nations Gothiques et Hindo - scythiques qui habitoient encore en Tartarie quelques siècles après notre ère ; et ces rapports, attestes par tous ies écrivains Chinois , fourniroient un moyen conjectural, à la vérité, mais en tout conforme à la vraisemblance historique, pour expliquer l'introduction des verbes auxiliaires et des temps composés dans la langue Turke. Depuis l'extrémité de l'Asie, on ignore entièrement l'art de conjuguer les verbes, ou du moins les participes et les gérondifs jouent le principal rôle dans les idiomes Tongous et Mongols , où la distinction des personnes est inconnue. Les Turks orientaux en offrent les premiers quelques traces ; mais le peu d'usage qu'ils en font semble attester la préexistence d'un système plus simple. Enfin ceux des Turks qui touchoient autrefois la race Gothique dans les contrées qui séparent l'Irtich et le Jaïk, qui l'ont repoussée ensuite, et bientôt poursuivie jusqu'en Europe, ont, de plus que les Turks orientaux, quelque chose qui leur est commun avec les nations Gothiques, la conjugaison parle moyen des verbes auxiliaires; et malgré cette addition qui semble étrangère à leur langue , celle-ci conserve quelque chose du mécanisme gêné des idiomes sans conjugaison. Voilà le fait et ses princicipales circonstances exposés : la conjecture qui en donneroit l'explication me semble assez naturelle. C'est celle qu'Adelung a proposée peut-être un peu légèrement, et sans avoir suffisamment approfondi la matière, quand il a dit qu'en turk, nonseulement le fond primitif de l'ancien tatar étoit mêlé de mots Arabes et Persans , mais qu'il y avoit encore beaucoup de germanique , qu'ils avoient apparemment contracté par la liaison et le voisinage des deux peuples, dans leur demeure primitive de la haute Asie(i). Adelung est obligé de supposer ici un fait que
Ànsehns des Abulçasi, eher fiir Tatarcn ^Turken], ait Calmiickcn anzusehen
( i ) In dièses Sprache ist der alte Tatarische GrundstoflT nicht alleîn mit Arabischen und Pcrsischcn Wcerteru
nous avons eu soin d'établir avant de proposer aucune conjecture.
Les Turks se sont étendus dans des contrées si vastes, ils ont à tant de reprises rompu et de si loin dépassé leurs barrières naturelles, ils se sont mêlés à tant de peuples différens, qu'il n'y a presque pas de nation au monde qui ne puisse leur avoir fourni quelques expressions. Placés, pour ainsi dire, entre l'Italie et la Chine, entre le golfe Adriatique et le lac BaïkaI , entre les Samoyèdes et les Hindous, ils ont pu enrichir leur langue d'emprunts faits aux Grecs, aux Goths, aux Slaves, aux Finnois, aux Arabes, aux Persans, aux Tibétains, aux Indiens, aux Mongols, aux Tongous, aux Sibiriens, aux Chinois. C'est ce qui est arrivé , et l'on pourroit, si de pareilles divisions avoient quelque utilité, distinguer autant de dialectes différens, ou même autant de races mixtes , que les Turks ont soumis de provinces, hors de leurs limites primitives : mais des mots introduits ne changent point une langue; elle reste ce qu'elle étoit, si son génie n'est point altéré. Le turk mêlé de mots grecs , italiens , arabes et persans, qu'on parle à Constantinople, est toujours du turk, sous le rapport de la grammaire, qui est le rapport essentiel , et celui par où les langues , loin de se confondre , se repoussent le plus long -temps et de la manière la plus efficace. D'un autre côté, nous n'avons pas besoin ici de suppléer par des recherches étymologiques, à l'histoire, qui nous apprend très-bien, au moins pouc les temps modernes, les liaisons que les Turks ont eue* avec les nations dont ils se sont faits voisins, et l'extension qui en est résultée pour la race conquérante et la langue qu'elle parle.
Les provinces de l'empire Ottoman où, non -seulement les Turks sont le peuple dominateur, mais où ils constituent une portion considérable de la population , et où ils ont remplacé en tout ou en partie les anciens habitans , sont la Thrace et la
gemischt, sondera es findet sich auch >tcl Gcrmanisches darin , welches auf «ine nahe Verbindung beier Vœlker, vexmuthlich in ihren Wohnsitzeu im
mîttlern Asien schliessen Iâsst. Mithridatts, 1. 1 , p. 462. Voyez aussi Podesta, apud Le'tbnitium, Op. otnn. t. VI, parr.
II , p. 2*9, seq. . I
Macédoine , où les premiers empereurs de la race d'Othman donnèrent des fiefs aux officiers de leurs armées, et où la postérité des conquérans s'est considérablement multipliée. Il y en a beaucoup, et pour la même raison , en Bosnie, et ceux-ci sont réputés les plus vaillans des Turks. Dans l'Asie mineure , les Turks et leurs anciens compagnons les Turkomans forment, depuis six siècles, la race la plus nombreuse, et ils ont donné au pays le nom de Turquie, sous lequel il étoit connu dans Je moyen âge. Les tribus Turkomanes , divisées et subdivisées en un nombre prodigieux de branches et de rameaux, occupent tout l'intérieur de la contrée ; et jusque dans la partie occidentale de l'Arménie, toutes les plaines sont couvertes de leurs tentes. Dans les villes, les Turks sont mêlés avec les descendans des Grecs et des Arméniens. La Géorgie méridionale est remplie de Turks nommés Khasak, et ces peuples s'étendent au loin du coté du midi, en Arménie, sans toutefois passer sur la rive gauche du Kour. Le Daghestan', le nord du Schirwan , quelques cantons dans la partie orientale du Caucase, sont occupés par les Koumouks , mêlés de Mankats ou Nogaïs. Les plaines du Schirwan sont peuplées de Turkomans , et généralement cette na-, tion s'étend dans toutes les provinces septentrionales de la Perse, où l'une de ses tribus a donné naissance à la dynastie régnante. On n'en trouve que très -peu dans les provinces du midi. Le nombre en est plus grand dans celles de l'est, et la partie septentrionale du Khorasan confine avec des contrées où , depuis long-temps, les Turks sont entièrement naturalisés. Le Dahistan , leKharism, toute la côte orientale de la mer Caspienne, les pa*ys situés autour du lac d'Aral, et sur la rive gauche du Sihon , sont peuplés par une race mêlée, dont le langage a pour base le dialecte Turk qu'on nomme tchakhatéen. Plus à l'orient est la petite Boukharie, qu'on nomme plus convenablement Turkestan ou pays des Turks proprement dit. Avant de le parcourir, revenons sur nos pas pour compter les principales subdivisions d'une autre branche de la nation Turke, pareillement étendue vers l'ouest, mais au nord de la mer Caspienne, du Caucase et de la mer Noire.
Ceux qui vivent le plus à l'occident sont lés Mankats ou Nogaïs de Boudjak , qui habitent dans la Bessarabie , vers les' bouches du Danube, entre ce fleuve et le Dniester. La tribu de Ycdyin, entre le Dniester, le Bog et le Borysthène ; celle de Djamboilouk , entre le Borysthène et le Tanaïs et dans Ja KrW mée, au-delà du Tanaïs et du détroit de Kaffa; celle de Kouban, considérablement diminuée depuis la conquête des Russes, sont des restes de la principauté fondée par Batou dans le Kaptchak ,* et l'ensemble en est désigné par le nom de Nogaïs. Plus au nord, et dans le pays qui est à l'orient de Moscou , sur les deux rives du Wolga, dans les gouvernemens de Riazan , de< Wiatka, de Simbirsk, de Kasan , de Perm et d'Oufa, on trouve 'un grand nombre de Turks que les écrivains Allemands orft cdùtume dé nommer en général reine Tatarn [ Tatars purs], -et d ; autres qui sont connus sous le nom particulier de Meschtchireks , dé Baschkourt ou Baschkirs, de Kara-kiptchàk ou Karà-kaljtëks , &c. Les premiers sont les descendans des Turks qui'fôrimoïent, soirt les noms empruntés de Mongols ou de Tatars , l'armée de Ba : tou, qui s'avancèrent jusqu'en Pologne, et, forcés ensuite de se concentrer dans le Kaptchak, y fondèrent une principauté qui fut soumise aux Russes vers le milieu du xvi. c siècle. Les autres paroissent tirer leur origine des nations Turkek, qui déjà plusieurs fois avant Tchinggis s'étoient approchées de l'Lurope, ainsi que nous le verrons bientôt. ^ A l'orient de ces Turks , habite la puissante nation des Khaisak ou Kirgis , partagée en trois branches principales qu'oii appelle petite horde, horde du milieu et grande horde. Cette di^ vision de la nation Turke occupant les régions qui s'étendent de la pointe septentrionale de la mer Caspienne aux montagnes de Kaboul et du Tibet, forme le point dë jonction delà branche méridionale avec celle du nord. La partie même de cette nation qui est soumise à la Russie, a conservé une sorte d'indépendance qui rend son voisinage incommode et dangereux. La grande horde est comptée parmi fés tributaires de l'empire Chinois; mais sa soumission se borner comme celle des autres
3ÏCX RECHERCHES . •
Tartares de ces contrées, à reconnoître la suprématie du khan des Mandchous, et à envoyer de temps à autre quelques ambassadeurs à Peking.
Le midi de la Sibirie est rempli de nations Turkes qui sont en partie issues des armées qu'y conduisirent les Mongols au xm. c siècle, et en partie aussi sont les restes des anciens habitans du pays. Les Russes qui les ont soumis à la fin du xvi. e siècle , les désignent, pour la plupart, par le nom commun de Tatars , auquel ils ajoutent celui de la ville ou du canton où ils les trouvent fixés. C'est ainsi qu'ils distinguent les Tatars de Tobolsk, de Tom , de l'Obi, de Krasnoyar, ceux du Tchoulim, et autres qui habitent entre les monts Oural et l'Irtisch, entre i'Irtisch et l'Obi, et jusqu'au fleuve Éniseï. Ils ont conservé des noms particuliers aux Telengouts, aux Katching, et à quelques autres tribus chez lesquelles le voisinage des Tongous et des Oietsa introduit des expressions étrangères, et sur-tout beaucoup ^e mots Mongols, et que, pour cette raison, M. Adelung réunit sous le nom particulier de race Mongole-tatare (i). Ne quittons point les Turks Sibiriens sans faire mention des Sokhalar, communément appelés Yakouts, qui vivent sur les rives de la Lena, près de la mer Glaciale , mais qui sont séparés du gros de leur nation, et comme perdus au milieu de tribus sauvages étrangères aux quatre races Tartares, et peu dignes de fixer l'attention de l'historien et du philologue.
Les tribus Mongoles, errantes à l'ouest des monts Altaï, séparent les Turks Sibiriens soumis à la Russie, de ceux qui habitent Jes villes de la Boukharie. Plus à l'ouest, les Khaïsak, qui ont succédé dans ces contrées à la puissance des Dchoun-gar , forment au contraire le point de réunion entre les Telengouts, les Turks deTomsk, de Kouliwanetde Kouznetsk, d'une part, et ceux de Khasigar et d'Aksou, de l'autre. Une ligne de villes fondées, suivant toute apparence, par l'effet des relations commerciales entre la Chine et l'occident, ligne que la politique des Mandchous a renforcée par une suite non interrompue de villages et de relais (i) Mithridates , t. J, p.
SUR LES LANGUES T ART ARES, yi l
pour les postes et ies garnisons, conduit depuis ie lac de Balgach jusqu'à Kamqul. D'autres routes également marquées par des relais et de petits forts construits d'espace en espace, mènent, à travers le désert, de la frontière occidentale du Chen-si à Kh ot un , à Yerkiang, à Khasigar et jusqu'à Taschkand. Tous ies habitans de ces contrées sont des Turks citadins que les Chinois nomment Hoéi-tseu (i) ou Musulmans, lis les distinguent en cinq classes, qui sont : i.° les Hoéi-tseu de Ha-mi [Kamoul]; ils forment une bannière dans les armées Mandchoues. Leur prince nomme" Ebèidmle, ayant rendu des services importans sous le règne de Khang-hi, fut élevé au rang de chef de bannière. Yousouf, descendu de lui à la troisième génération, fut créé roi, en récom-r pense de la fidélité que sa famille avait toujours montrée, 2. 0 Les Hoéi-tseu de Tourfan, formant aussi une bannière. j.° Les Hoéitseu nouvellement soumis. En 175p. lorsque le pays d'IIi fut réuni à l'empire, les princes Turks de ces contrées vinrent demander à se soumettre ; on leur donna les titres de Wang, Ptile, Cou/i- , Dchasak, Ta'idji , et on leur assigna urçe demeure darty la province impériale. 4-* Les Hoéi-tseu assujettis et'réunis à l'empire. On nomme ainsi les tribus occidentales qui habitent dans les villes d'Ouchi, de Khasigar, de Yerkiang, ^e. Khotiyan [Khotan], d'Aksou, de Koutche, de Chayar,. de Saïrim , de Phidjan, d'IIi, de Kourle, de Bougour , de Baï, de Khara-char, et dans une dixaine d'autres. On leur a laissé leurs lois particu?lières, et des chefs de leur nation qui portent tous le titre de bek, depuis ïafom-heh, qui est apparemment le plus éjevé, jus^ qu'au ming-bek ou chiliarque. 5. 0 Enfin les Hoéi-tseu tributaires , qui sont ceux d'Ochi et d'une dixaine d'autres villes-, que ne nomme pas l'auteur qui me fournit ces détails (2). II s'agit vraisemblablement des villes les plus occidentales où s'entende l'influence Chinoise, et dont, pour cette raison, la situation est indiquée dans l'alrrianach impérial, c'est-à-dire ert allant d'orient en occident, Ochi, Bolor et Badakchan, Andjian dans
(1) Les Mandchous écrivent ce mot / *y^9-sc Khohe. )
(2) Dictionnaire universel Chinois-mandchou , r. ///, p. 2; tt suiv.
$12 .2.1;; i'.RIC RER C RES " .\...
ie Pourout , Siknan , Wakhan , Orochan, Namgan , Khotkha et Tasîgan(i) ouTaschkand. Nous terminons à cette ville, située sur le Sinon , rémunération des contrées habitées par les Turks; nous y retrouvons ceux du Mawarennahar , qu'on nomme vulgairement Usbeks, Kirgis et les Karakalpaks.
J Telle est, dans l'état actuel des choses, la prodigieuse extension de la raceTurke, qui occupe dans l'ancien continent un espace immense, si l'on compte comme lui appartenant les pays où ses nombreuses branches sont mêlées à des races différentes : mais pour trouver celui où l'on doit placer son origine, il est nécessaire <Ie remonter, conformément au plan suivi jusqu'à présent, à l'époque où l'histoire nous présenta pour la première fois les Turks , non sous ce nom , qui peut être, comme celui de Mongols et de Tatars , une dénomination particulière devenue générale, mais sous ur\ nom quelconque, en suivant les analogies de langage et d'origine qui doivent nous guider dans cette recherche.
^ On connoît historiquement les circonstances qui ont conduit çn Europe les Turks de Constantinople , auxquels le nom de Turks a été presque exclusivement consacré par l'usage ; et quelque opinion qu'on embrasse sur l'origine de la famille d'Othman , on est assez d'accord pour regarder la nation même comme une branche de celle des Ous , venue du Kharism ou du Kho- Tasan dans l'Asie mineure, au temps de l'irruption de Tchinggis. I-es princes passèrent d'abord au service des sultans Turks d'Iconium, et fondèrent ensuite, dans la Karamanie, la Turquie et ailleurs, différentes petites principautés, dont l'une a donné naissance à la dynastie des Ottomans. Cette origine rapproche les Turks proprement dits de ceux qui sont encore actuellement répandus dans différentes provinces de la Turquie d'Asie et de la Perse, sous le nom de Turkmans ou Turkomans. Les
i \ jrY>p. u ^A^^At s)
* ^jjlXq / f-a- b .o ^g i mm / *^l s> Dàits'mg Gouroun-ni , Aphài wekhiyekhe-i gôsi* douitti aniya trin forgon-ni ton pilkhe ,
Annuaire de la grande dynastie des Mandchous , pour la 34 e année de la protection céleste [ 1769] , p. jS de la Table des positions de tous les lieux de l'empire.
principautés
principautés fondées par ceux-ci dans le Khàrtsm, le Ktïorasan l'Arménie et la Mésopotamie, sous les noms de Bayajidouriens * pu Turkomans du mouton blanc, de Turkomans du mouton fioir, d'Ortokides, &c. , ainsi que les différentes branches de la famille des Seijouciu'es, se reconnoissoient issues de la il ation des Ous, qui, depuis le IX. c siècle, hubitoil au nord de la mer Caspienne, sur les rives du Jaïk (1), Suivant les Chinois, cette nation habitoit autrefois à l'orient des Kirgis, sur la rivière a" Ous, qui se jette dans TEniseï, à la hauteur du lac de Khouso (2), et qui leur adonne son nom. Quoi qu'il en soit, les Ous sont les premiers Turks qui aient passé le Gihpn en corps de nation, ei pénétré dans la Perse et dans l'Asie mineure. Jusqu'au Xl. c siècle» où leurs invasions commencèrent, on n'avoit encore introduit dans ces contrées que des esclaves achetés dans le Turkestan, et la population Arabe ou Persane s'étoit, à peu de chose près, maintenue sans mélange. .-> 'i
Dans le nord, les invasions des Turks ont eu lieu plutôt et .ont été plus souvent répétées. Les Mankats, que nous trouvons établis entre le Don et le Danube, y ont été amenés , sur la fin du ; XIII. 6 siècle, par un prince nommé Nogaï, qui étoit vassal du khan de KapuhaL 11 est difficile, avec le peu de monumens historiques que nous possédons sur ces matières, de décider si les Mankats avoient été amenés en occident par les Mongols, ou s'ils les avoient précédés. Aboulgha?i place une tribu de Mankats parmi celles qui descendent de Toumene, l'un des ancêtres de Tchinggis (3), et il la nomme encore au nombre de celles qui formoient l'héritage de Tchinggis (4)- Si son texte n'est point altéré en cet endroit, les Mankats sont les Mangous de Gau-r bil (5); leur origine serait ençore plus orientale que celle des Kirgis.
. Les voyageurs du moyen âge qui traversèrent le Kaplchak ,
$t qui nous ont peint ces contrées dans l'état où les Mongols
(1) Constant. Porphyrog. de Adm'i- I (3) Hist. généalog. p. /jr.
nistr. imp. c. 37. - (4) Jkid. p. i6j.
U)Sou Houngkianloujk. 42, p.?}. \ {}) Hist. des Mongous , p. /.
Rr
3 14 RECHERCHES ies avoient mises, les représentent comme un vaste désert où ii ne restoit plus que quelques foibles débris des Komans, nation jadis puissante, attaquée, dispersée, et presque anéantie par les Tchinggis -khanides. Ces peuples, qui, depuis le xi.* siècle , habitoient au nord de la mer Noire et du Caucase, entre les bouches du Danube et le Wolga , parloient un dialecte Turk, suivant ce'que nous apprend Rubruquis(i) et ce que nous voyons aussi dans les fragmens conservés par Thunmann et Dugonics (2). Si quelques individus Komans établis en Hongrie y ont apporté ou adopté un dialecte Finnois et non Turk, c'est un fait qui n'a rien de surprenant et qui tient à un mélange dont nous parlerons bientôt. Il n'en est pas moins certain que le gros de la nation Koman étoit Turk, et l'on a même de fortes raisons de penser qu'ils appartenoient à la famille des Ous, dont nous avons vu que les Turkomans et les Turks de Perse et d'Asie mineure étoient descendus.
En s'avançant vers l'occident , les Komans trouvèrent la nation des Kangar ou Kangli, nommés Patzinak par les écrivains Byzantins, et Petcheneg par les annalistes Russes. Ceuxci, d'abord puissans sur le Wolga, avoient fait, dès 839, une irruption chez les Khozars. Us s'étoient ensuite portés vers le midi, dans la Moravie et dans la Thrace, et, dépossédés par les Komans de leur ancien pays, ce fut dans ces contrées méridionales qu'ils se conservèrent le plus long- temps, ne cessant de se rendre incommodes aux Grecs, jusqu'à ce qu'Emmanuel Com* nène mit fin à leurs incursions. Les Kangli parloient la même iangue que les Komans (3), et Aboulghazi rapporte leur origine à Ogous; ce qui, dans le langage de cet historien, signifie seulement que c'est une des tribus les plus anciennes de fa nation Turke. Les Kangli, suivant lui (4), avoient habité quelque temps dans le Kaptchak, conjointement avec les Turkomans. Ils s'établirent ensuite auprès des rivières à'Isikoul et de Talasch, au midi du lac Saïsan. Plan-Carpin trouva quelques restes des
(1) C. xxviij. (3) Ann. Comn. ad ann. 1083-1096.
(a) Voy. Mhhridates, 1. /, p. 4 8o. | (4) Hiit. gcrxfaJog. p. 8$.
Kang-U, qu'il nomme Cangiîes , à i'orient du pays des Romans, et à l'ouest d'un pays habité par des Turks musulmans , qui partent coman, mais tiennent la loi des Sarrasins : ce sont ses expressions (1). Si l'on pouvoit ajouter quelque foi à l'étymologie du nom de Kangli , qu'AbouIghazi tire du mot kang [chariot] (2), on rapprocheroit ces peuples de ceux auxquels les Chinois donnent le nom de Kao-tchhe, qui a la même signification. L'origine de ces derniers se rapporteroit assez bien au peu qu'on sait de celle des Petchenegs. Enfin le nom de Khang ou Khangkht [demeure des Khang], sous lequel les historiens de la dynastie des Han et des 'Wèi ont décrit la partie orientale du Kaptchak, n'avoit, selon toute apparence, aucun rapport avec celui des Kangli; mais par un hasard singulier, il a servi , au temps des dynasties Sou'i et Thang (de 580 à 907), pour désigner le pays des Kangli , pays où , comme nous le verrons bientôt, une famille Tartare , originaire des montagnes de Kamoul, avoit fondé plusieurs principautés, voisines, au midi, de ia Perse et des Turks- hindous [Thou-kiouèi-Pho-lo-men ] , au nord et à l'ouest, des Thou-kioueï , des Ko-sa ou Khozars, et de l'empire Romain (3).
Ces Khozars dont je viens de parler, et que les Petchenegs, unis aux Komans et aux Russes, détruisirent vers la fin du ix. e siècle, a voient, depuis le commencement du vii. e , possédé les plaines qui sont au nord du Caucase, les rives du Wolga, et la Krimée, nommée à cause d'eux Khozarie. Les Orientaux sont d'accord pour donner aux Khozars le nom de Turks (4). Ils comptent parmi les fils de Japhet un personnage nommé Khaiar, qu'ils font frère cadet du patriarche Turk (5). Nicéphore, Théophanes et les autres écrivains Byzantins, nomment les Khozars, Turks, et souvent Turks orientaux (6). Ma-touan~
(ç) Mirkhond, cité par d'Herbelbt, B'ibh Or. au mot Kho^ar. — Aboulghazi , Hist. généal. p. 2j. On lit dans la trad.
Françoise , Chars, au lieu de Khozar 7 c'est une faute.
(6) Thcophan. p. 26) ,seq. — Niccphor. patriarch. p. 11, seq.
Rr Z
(1) Voyage de Carpin, ch. izet 13.
(2) Hiit. généalog. p. 4/.
(3) Thang chou, k. 221, dern.part.
f. J et suiv.
(4) Bakouï, extrait par de Guignes , dans les Notices et extrait* des Manuscrits, l. 11, p. 532.
Îl6 RECHERCHÉS
////, traitant <fes mœurs des Thou-kiouei , ou Turks proprement dits, attribue à cette nation un usage singulier. Chaque fois qu'un nouveau prince montoit sur le trône, on lui passoit au cou une pièce d'étoffe qu'on serroit jusqu'à lui ôter la respiration; et quand on levoyoit près de s'évanouir, on lâchoit le noeud, et ion se hâtoit de lui demander combien d'années il devoit régner. Les paroles entrecoupées que dans son trouble il venoit à prononcer, étoient prises pour un indice de la durée de son Tegne (i). Une coutume aussi bizarre ne peut guère avoir été imaginée deux fois : or, Ibn Haukal nous apprend qu'elle existoit chez les Khozars (2). Malgré ce rapprochement et les autorités rapportées plus haut, sans adopter pleinement l'opinion de M. Wahl , qui croit les Khozars originaires de la Géorgie (3), comme lui j'ai peine à croire qu'ils aient appartenu à la race Turke. Faute de renseignemens positifs sur leur langue , nous serons forcés de nous en tenir à des considérations d'un autre genre. Bnkouï dit que ces peuples sont de deux espèces , les uns blancs, les autres blonds ou roux (4). Nous verrons ailleurs que les peuples blonds observés par les Chinois dans la Tartarie n'appartenoient à aucune des races que nous avons nommées Tartares. Ibn Haukal dit aussi des Khozars, qu'ils ressemblent aux Turks dont ils sont voisins; mais qu'il y en a de deux espèces': les uns ayant un teint brun si foncé, et les cheveux si noirs, qu'on les croiif.it descendus des Indiens; les autres ayant un tei.tt blanc (5). Les principaux habitans de la capitale des Khozars étoient des Musulmans, dont la langue, semblable à celle des Turks, n'étoit entendue d'aucune autre nation (6). Du reste, le langage des Dulgars et celui des Khazars sont une seule et même langue (7). Tel éioit encore l'état des choses au x. e siècle,
(1) Wen hian thoung khao , k. 343, p. j.
(a) The Oriental Geography of Ebn- Haukal, translatif by W. Ouselev ,
(3) Altes und neues Mitlel und Vorder Asie»,/».
(4) Extrait par de Guignes; Notice»,
t.JJ,p.$J2.
(ç) Oriental Geography , p. 188.
(6) JMd. p- l86 -
(7) ibîd. /». /90. Voyez sur-tout, pour tons ces passages d'ibn Haukal, l'excellente Notice de la Céegraphié orte*>
SUR LES LANGUES TART ARES. $\J et il est bien permis de penser que le nombre des Turks 'était alors plus considérable dans ces contrées , qu'ii n'avoit été aupa-;' ravant. Moyse de Khorène place une invasion de Khozars en Arménie, vers l'an 200 de J.-C. (1). A cette époque , il est à-peuprès sûr qu'aucun peuple Turk n'avoit encore passé le Jaïk , ni rompu la barrière naturelle que les nations gothiques et Fin-i noises leur opposoient du côté de l'occident; d'ailleurs, d'après» le récit des historiens de Byzance, les. Khozars semblent avoir primitivement habite sur le revers septentrional du Caucase, et s'être portés ensuite sur le Wolga et vers l'orient , au contraire; de ce qu'eût dû faireune tribu Turke. Enfin lés écrivains Arabe* donnent indifféremment le nom de Turks à ;des nations toùt-afait distinctes, aux Russes par exemple (2) ; ils donnent pour, frères à Turk et à Khà?ar, Sakiab, Tchin èt Rus , dont ils font les fondateurs des Esclavons, desrChinois et des Russes '(}). M n'y a aucun fond à faire sur ces généalogies;, mais d'eUléUr* U seroit peu surprenant que les Khozars , sans être Turks, eussent porté ce nom, puisqukm l'a donné aux Hongrois (4) , dont heu-' reusement la langue nous est connue, et ^tie nous; savons cireune branché de la race Fin noise. Quelle est la cause qui & ains^ répandu le nom de Turks chez des nations "pour [lesquelles il étoit étranger? C'est yne ; question qui soVt un peu de notrd sujet, mais qu'il est pourtant nécessaire d'examiner légèrement pour fonder la restriction que nous apportons^ à l'opinion com~ mune, dans la détermination des différentes branches de la jrncâ Turke. .<■,- ti. ; . • ". . o ,;.!;:. ! li'un ivb wl
. i Suivant les Chinois^ le pays qui est au nord de la mer Cas-i pienne étoit habité ; au teinps des Han , ,par des peuples nommés Yà- tsa , qui avoieto t une grande rrfesse m biance avec r ceux qui Tivoient à l'orieqt, dans' les pays. qneihous nairtmoris-à présent
tait, .donnée par M. de Sacv , clans le Magasin encyclopédique, année VII.',
t. V i r J! p. jj tt Ju/Vr- .:• T; .! ijo r .
(1) Mos. Choren. p. > . « ! ' ■
->\z\ &iàonï^ Notices et Extraits ,
t. Il, p. jjj, .-\ t \- ••• •-. '»
(3) . D'HerMat f .£iW Or t [|n , mot Turk. — Aboulgha/i ,. p.. af,'., on ' >
(4) Trr TïaMfTi Oi^ct.t'^vi^^f,..
Constant- Parphiyrog./ At(H- Vip.
t.. 38. Un lit la otâme ch$se <U*s ZVx nare, Cedrenus, &c. .v....i?*'.sjQ
Jl8 RECHIRCHES
Kharisin et Mawarennahar (i). Au second siècle de notre ère; Hs prirent le nom d'A~Ian : ils avoient été jusqu'alors dépendans de ceux qui étoient au sud-est de leur pays ; mais ils secouèrent leur joug vers cette époque (2). Aux iv. e et v.' siècles, leur pays est nommé Siu-the et Wen-na-cha (3).: ce dernier nom indique l'existence des Huns dans ces contrées; et l'on remarque de plus que le roi des Siu-the a été tué par les Hioung-nou, qui se sont emparés de son pays (4). Les nations Finnoises reçurent à cette époque le nom de Huns, sous lequel elles furent connues dans l'occident; et leur soumission aux Hioung-nou put déjà intro-» duire chez elles des mots et des usages appartenant à la race Turke , mais non pas le nom de Turk , qui n'étoit pas encore connu dans l'orient.
^ D'après une. tradition consignée pour la première fois dans Phistoire des 'Wèi du liord , mais répétée dans tous les ouvrages postérieurs \ uwe (zm\\i* Youeï~chi nommëë Wen, qui habitoit à âne époque ancienne au milieu des montagnes, au nord de Kamoiri, dans la ville de Chao-wou ou Chao-Jbu , chassée de Sa demeure par les Hioung-nou, se porta vers l'occident, et s'empara: de; «pus les pays situés' à l'orient et au nord de la mer Caspienne, Les historiens des Thang attribuent l'expulsion de fefattiiife Wen aux Thou-kiciui '> et la rapprochent ainsi de nous, puisque les Thou-kiouèi ne forent connus qu'au milieu du vi.« siècle. Le chef de cette, famille, homme habile à gagner ie Coeur «les peuples > sut placer sur le trône tous ses parens ; et les dynasties qu'il fonda, conservées jusqu'au vu." siècle, portèrent toujours le nom de Gkao-wou, pour faire voir qu'elles n avoient pas oublié leur, origine (5). Au vi. e siècle, le chef dès Wen / nommé Kw-mou-tchi , épousa une fille de Tou-tha , khakan 4es Thou-kioaéi, et devint ainsi vassal de ce prince (6). Je ne
(t) MU», dés Han; Description des (4) Descript. des pays occidentaux»
pays occidentaux, (j) Hist. des 'JFVî; Description des
(1) Hist. des Han postérieurs. pays occidentaux. — Hisu des Thang,
(3) Hisc des 'Weï du nord \ Vie de k. 211, drrn. part.
Théû-*mt*1i t et Descript. des pays {6) Thang ck«u, ubi xuprà. — Piem*
occidentaux. i-ïtan, k. 47, p. 4.
prends de cette histoire que lp6 circonstances qui ont rapport à notre objet : on voit par -là comment les nations finnoises ; soumises une première fois aux Hioung-nou , ie forent ensuite à des princes Tartares qui leur firent prendre le nom de Turks, C'est-Ià une conquête ordinaire, exécutée pgr des généraux, à f aide <f une armée: «lie rt'a rien changé au fond des races, et n'a altéré la langue des Finnois qu'en ce qu'elle y a introduit un certain nombre de mots Turks. Du reste, les Khozars, les Bulgares, les Hongrois ou Hun-ogours, les Vitigoûj-s> ie9 Avares; et tous les autres- peuples qui ont habité a* nord 'dès deux mers; à l'occident du ;WoIga, avant fe|vi/ siècle, n'avoieht 1 rien de commun, rti pour la iangué ni pout ^'Origine, ayec les Turks qui s'y sont établis plus tarder qui sont dans ces- contrées u rte jace étrangère.
Ce nom d'Ogors ou d'Ougours , qui paroit avoir appartenu à un peuple Finnois des bords du WcA^, *t quf-sest» ensuite joint à ceux de plusieurs, autres tribus, pour forrtïer les composés Vitigours, Unigours, &c. , a une si grande analogie avec celui des Ouigours, qu'il e9t peu- surprenant qu'on l'en ait rapproché* et qu'on ait attribué à toutes les nations qui t'ont porté , une origine orientale; Lës Hongrois n^éto|enr de cette manière qu* les Huns unis aux Ouigours, et ajnsï des. autres. Lorsque de Guignes eut montré, dans son Histoire -des Huns, les rapports qui avoient existé plus d'une fois., dans le nord . entre les nations d'Europe et d'Asie, la conjecture relative aux Ôuigours devint une certitude ; et cette idée se rattachant <à celle du rôlç important que les Ouigours dévoient avoir joué dans la Tartarie, on ne douta plus qu'ils ne fussent les ancêtres d'un grand nombre de nations occidentales, et lés mêmes que les Hougours des. écrivains Byzantins, et les Yougors des annalistes Russes, G : n'est»! à pourtant qu'un de ces rapprochemens erronés, comme de-Guignes èrt a fait beaucoup, rapprochemens qu'il fondoit sur de simples analogies de sons, et sans avoir examiné les circonstances historiques qui auroient pu ou les confirmer ou les détruire» Fischer, qui distingue avec raison les Ouigqurs ;de Tourfan 1
<§Q$> ATJftJtCHzMGHJftaj 'J2
des /If/grar des monts lug/toriques ., perd le 'fruit de cette distinction en la rapprochant de. celle qu'établit Aboulghaz^efitre les deux tribus des Ouigours(i), et qui n'y a certainement aucun rap" port. Si l'on avoit fait attention A la situation du pays où Mé? nandre et Théophyiacte placenf les Ogors, on eût reconnu qu'il &ojt impossible de prendre ces peuples pour des Ouigours. Suivant le premier de ces écrivains, George,, tftf des envoyés des Romain* à la cour de Disaboul (a) , revenant de Tartarie par le nord , passa Jaïk, pfuis le 'Wcdga, et trouva sur la rive droite de ce ^efnier, flenve les HçugoUrs,* dont le .prince , vassal de Disa-i bpul, iuij donna un.eie$coJte/po3ur. traverser Je pays.i des Soua* ^{3), Théophylacte raconte qu'après avoir «sou, mis les Eph-> tjialites , le. khagan des TurK.s : subjugua' toute la nation des Ogôrs, nation puissante et belliqueuse qui habitoit Jaus l'orie/it fur le fieuye 7V, c'est-à-dire sur /le Wjûjga Les plus anciens princes des X^fs.ayoieîat porté Jfes nbmS.de Wat^i de JC/ieoun^ pi, d'où.étoiewti venus jcçwx de - quelques tribus de la m^me nation, Les QuhougoUrss'ou Hongrois, habitoient jplys «à l'orient; ?t sans doute vers le nord, dans les montagnes d'Oural. C'est de ces contrées que les écrivains Byzantyi* les font venir; et je nç ms ce que Mulleç aurojt pu opposer aMH annalistes Russes , qui oht donné lce pays, pour Ja patrie, des ^ Ougres ou Hongrois ($); Je n'entre po;nt d4ns la-dtecussjon entante par cet 4çriya*n sur i'étymolpgie proposée, p$r quelques auteurs i q"ui font dériy. er i nom d'Ougnria de mots Elusses qui signifien|t yaisip des ^tquijgties; cette étymologie.ae kit rien aui fond) des choses. Les Ougour*
(i> Stœllettwerk , p. iSp,-~ Voy auss.
Muller's Samnilung Russischer Ges- (4) Theophylact. Sirapca.tr. p. 174. \ êMchie. #. ///. >^2L (j y D j e ^ naIisten scheiacn diesç
chichte, t. lll, p. 260
(2) De Guignes croit reconnoitre Disabouldacs le Tivains Chinois. I
époqoes nie donnerait lieu 'de per
ibovddaosle ÏÏ-uou~pou-li des écrivains Chinois. Le rapprochement des jnes nie donnerait lieu de penser que c'est plutôt T4n-no-poU~li A , /thohan ou gouverneur pour Tha-po dans U% pays occidentaux. Voy. ' Wen ; hiati thoung khao , t 343 , -p. j.i >i v >
0) Menand. Protecf, p. tffiy ri
Sxhreibart [ Ùgorskaia semtîa f déswe^ jexi angenpranien zu haben j C>1 s»« geglaubei dass die Ugrij oder Ungarn...
aiis diesen Gegenden hergekommeii seyen» SibirUcbe Ceschichte dans le Sdtnmjung Russischer Ccschichu, t. III, p. a6f.
n'en
n'en sont pas moins reconnus une nation Finnoise, et par ce qui nous reste de leurs descendais , et par l'emplacement que nous les voyons occuper au vi. c siècle, à une époque où les Ouigours étoient encore presque inconnus en Tartarie.
Mais s'il est peu probable qu'une nation très-foible et attachée à son sol, puisque, de l'aveu général, elle habitoit dans les villes, ait fait partie des grandes émigrations des Turks vers l'occident, et soit venue donner son nom à des tribus d'une autre race, il n'en est pas de même de quelques autres peuples bien certainement Turks, et dont les descendans conservés dans l'ancien pays des Finnois, parlent encore de nos jours le turk. Je veux parler des Kiptchaks, dont Aboulghazi tait remonter l'origine à l'époque d'Ogous , c'est-à-dire, aux temps héroïques de sa nation, et qui ont donné leur nom à toute la contrée : deux choses qui prouvent que depuis long-temps ils ont résidé sur les bords du Wolga et du Jaïk. ^vant eux, si l'on en croit le même Aboulghazi, vivoient en ce pays les Baschkirs (dont le pays a reçu le nom de Pascatir qu'il porte dans nos voyageurs du moyen âge), avec les Ourousses, les Vlaques et les Madjars , peuples Slaves et Finnois. La langue des Baschkirs prouve qu'il* sont Turks aussi bien que les Meschuhireks , tribu dont une mention de Nestor fait voir l'antiquité. Nous savons qu'à une époque assez reculée une partie de la nation des Kirgis s'étoit avancée vers l'ouest , pendant que l'autre étoit restée sur les bords de l'Éniseï (1). Ce sont-là des tribus venues dans ces contrées, soit avec les Ous ou Komans, soit avec les Petchenegs ou Kanglis , tribus dont l'origine se reporte à- des pays pour le moins aussi orientaux que celui des Ouigours; mais que leur vie errante disposoit au déplacement, que les révolutions arrivées chez les Turks, et indiquées par les historiens Chinois, ont conduites dans l'occident, que leur puissance et le nombre des individus qui les composoient y ont conservées, et dont les langues encore subsistantes servent à montrer clairement l'origine.
(1) Notice ( ms.) sur le Mod/tnel rl tewarihh, ouvrage Persan , composé ver» i'an 1126, communiquée par M. Saint-Martin.
Ss
Pour remonter aussi haut que possible à cette origine, nous avons dû chercher à fixer, d'une manière générale, l'époque de l'arrivée des Turks dans les pays où ils sont étrangers ; de cette manière nous sommes guidés vers les contrées où ils forment la base de la population, et où, par une conséquence inverse, on peut regarder comme étrangères les tribus qui n'appartiennent pas à leur race. Ces contrées sont la Sibirie méridionale et la petite Boukharie, ou le pays des villes, depuis les montagnes où le Sihon prend sa source jusqu'à Kamoul. Ici, nous sommes réduits presque aux seuls écrivains Chinois. Ceux de l'occident nous abandonnent, et le seul historien national que nous possédions ayant puisé sans critique à des sources diverses , ne sauroit obtenir notre confiance que quand son témoignage est confirmé par les Chinois contemporains, c'est-à-dire, quand il est superflu.
Le nom d'Hoei-tseu que les Chinois donnent à tous les Turks de la Boukharie, vient, comme on l'a vu plus haut, de celui de Hoèi-hoëi, qui signifie chez eux Musulmans (i); et de même le nom qu'ils donnent à tous les Musulmans vient de la première nation musulmane avec laquelle ils aient eu des rapports fréquens, c'est-à-dire, des Hoéi-hou ou Hoéi-he , les derniers Turks nomades qui aient fait une invasion générale dans les villes et fondé une puissance considérable en Tartarie. Ces Hoéi-he, appelés aussi Youan ht , Ou-hou, Ou-kï , selon les altérations qu'on a 4 fait subir au nom original , étoient d'abord une petite tribu fixée sur les bords de la rivière So-ling ou Selinga. Elle se réunit ensuite à quatorze autres tribus descendues , comme elle, des Hioung-nou, et forma une nation puissante dont le prince résidoit dans le pays où fut depuis Kara - koroum. C'étoit au nord du désert, dans les contrées qui s'étendent jus-
(i) ||"|| Iwei-tseu est une
sorte d'abréviation de
hoeî-hoeï. Pour éviter la répétition du mot hoeî, on le remplace à la seconde fois par l'explétive Utu.
qu'an lac Baïkal , et sur les rives de l'Éniseï que les Hoëi-hou habitèrent d'abord; mais ils s'étendirent ensuite dans l'occident; et vers la fin de la dynastie des Tlumg . ils s'emparèrent de Kan-tcheou , de Si-tcheou , du pays des Kouéi-tseu ou de Bischbalikh, et mirent dans toutes les villes de ces contrées, des Khan de leur nation. La suite de l'histoire fait voir qu'ils devinrent maîtres de toutes les villes de la Tartarie jusqu'à la mer Caspienne, et tout s'accorde pour les présenter comme les mêmes que les Ous et les Turkomans des occidentaux. Il ne faut pas oublier qu'au nombre des pays que les Hoéi-hou soumirent au vin.' siècle, se trouvoit celui des Ouigours. Cette circonstance a produit bien de la confusion dans les auteurs qui ont écrit sur ces matières.
Il est impossible maintenant de restituer le nom Tartare de cette nation d'après les transcriptions défigurées qu'en ont données les Chinois. Sur une indication du géographe de Nubie, Deguignes a pensé que ce devoit être Odhkos[\)\ mais ce nom, inconnu d'ailleurs, est peut-être altéré dans le texte même de i'Édrisi. Au reste, quelles que soient les lettres que la transcription Chinoise a fait supprimer, le nom à' Hoëi-hou , dans l'état où cette transcription l'a mis, n'est pas fort éloigné de celui d'Ouigour; néanmoins, les Chinois instruits ont évité de les confondre : ils ont remarqué qu'au temps de Tchinggis, l'histoire parioit de deux royaumes existant simultanément, l'un sous le nom de 'Wëi - ou - eu/ [Ouigour], l'autre sous celui de Hoéi-hou [le Kharisme] (2). Dans la ville de Kamoul demeurent trois nations mêlées ensemble, les Hoëi-hoëi ou Musulmans proprement dits, les Hoéi noirs [Boukhariens ou Turks Hoëi-hou] et les Ouigours (3). Ces distinctions judicieuses sont pour les auteurs que j'ai sous les yeux des raisons de conclure que les Hoéi - hou et les Ouigours, malgré l'analogie des noms, sont
(1) Hist. des Huns, t. III, p. 27. (3) Tai ming hoéi t'ian , cité dans le
(2) Ji-tchi-lcu, Remarques sur la Ji-tchi-lou, ubi suprà. — Tai-thsmg corruption des noms étrangers , dans le t-thoung-tcht , cite par M. Klaproth . PianA-tian , k. 86 , p. ;. Abhandlung , u. s. w. p. 5 t.
Ss 2
deux nations distinctes et qui ne doivent pas être confondues.
Mais des écrivains moins instruits, trouvant au xn. e siècle les Hoéi-hou établis au milieu des Ouigours , ont pris le nom du pays pour celui du peuple,' ou les ont indifféremment employés l'un pour l'autre. C est ainsi que Chao-youan phi/ig, dans la vie de Biirçhou arte teghin , Idikout des Ouigours au temps de Tchinggis , place dans le pays d'où les Ouigours tiroient leur origine , le mont Ho-lin [ Kara-koroum] et les rivières Tho-wou-la [Toula] et Sie-ling-ko [ Selinga ] , appliquant aux Ouigours ce que la tradition rapportoit de l'origine des Hoéi-hou (1). C'est ainsi, et par une suite de la même méprise, qu'on a dit que Kara-koroum étoit dans le pays des Ouigours, parce que c'étoit le campement des Hoéi-hou, et que les Ouigours étoient une nation originaire des bords du Selinga , parce que c'étoit sur les bords de la Toula et de la Selinga que les Hoéi-hou avoient pris naissance. Ces erreurs viennent de la vicieuse transcription des Chinois qui a rapproché deux mots différens. Elles se sont multipliées chez les écrivains postérieurs aux Mongols , parce que le nom des Ouigours s'est , depuis cette époque , répandu dans l'Asie avec leur écriture, qu'il a été étendu aux Turks qui les avoient soumis, au point que le prince Hoéi-hou, connu par le titre $ Idikout, a été regardé comme un souverain d'origine Ouigoure. Enfin elles ont séduit Gaubil et Visdelou , au point qu'ils ont remplacé presque toujours (2) le nom des Hoéi-hou par celui iïlgours, attribuant ainsi à ceux-ci les expéditions militaires, les conquêtes et la puissance politique d'une autre nation, et contribuant par-là , quoique involontairement, à relever, par des traits empruntés, l'importance du rôle qu'on a fait jouer aux Ouigours (3).
(1) Sou Houng k'iiW lou, k. 29, p. tf, Vie de la princesse Ho-tclùn beghi.
(2) Histoire de la Tartarie, dans le supplément à la Bibliothèque orientale.
— Hist de la dynastie des 1 hang , par Gaubil, passim.
(3) Deguignes, dans son Histoire des
Huns, a évite la confusion nue je reproche ici à Gaubil et à Visdelou ; mais en laissant subsister séparément les traditions relatives aux Hoet-hou et aux Ouigours, il a éludé la difficulté plutôt qu'il ne l'a résolue : elle reste route entière pour les lecteurs.
La nation Tartare, dont la puissance avoit immédiatement précédé celle des Hoèi-hou, portoit un nom devenu célèbre, depuis qu'il a été étendu à toutes les branches de la race : elle se nommoit Thou kiouëi , c'est-à-dire, Tark. Aboulghazi et les autres écrivains postérieurs à la conversion des Turks au musulmanisme, ont ici, suivant leur usage ordinaire, supposé l'existence d'un patriarche de ce nom, fils de Japhet , et fondateur de toute la nation Turke; mais les Chinois contemporains, beaucoup mieux instruits, ne font remonter i'exiistence des Turks , sous ce nom, qu'au commencement du v. c siècle. Us rapportent sur leur origine plusieurs traditions dont la diversité fuit voir combien peu des récits postérieurs de plus de huit siècles doivent mériter de confiance. Suivant les uns, cinq cents familles Hioung-nou , établies dans le Chen-si, furent contraintes par Thtii-wQu, empereur des 'Wà [4^4-4 S 0» ^ e se réfugier avec leur prince Assena , dans les monts Altaï, où ils habitèrent, sous la protection des Jouan-jouan, une ville qui avoit la forme d'un casque [thou - kiouëi dans leur langue ] , circonstance qui leur valut le nom qu'ils portèrent. Selon d'autres, leurs ancêtres demeuroient sur les bords de la mer occidentale ou Caspienne. Ils furent presque anéantis par leurs voisins. Un enfant de dix ans fut sauvé, noutfri par une louve, et transporté dans une caverne , au nord-ouest du pays des Ouigours : cet enfant , devenu homme, eut de la louve sa nourrice, dix fils , dont l'un fut nommé Assena. Ses descendans setant considérablement multipliés dans la caverne, furent soumis auxJouanjouan. D'après une troisième tradition , les Turks descendent d'un certain I - tchi - ni , qui habitoit dans le pays de So , au nord de celui des Hioung-nou. Ma* touan-lin , qui rapporte en détail toutes ces traditions et les fables qui les défigurent, remarque que ce qu'elles ont de commun , c'est l'origine des Turks attribuée à un loup. Nous tirerons une conclusion plus judicieuse de son récit, et de ceux des autres auteurs Chinois qui ont parlé des Thou -kiouëi, en disant que ce qu'il y a de moins contesté à cet égard, c'est que ces peuples sont une divi-
sion des Hioung-nou , qui fut soumise aux Jouan-jouan, et se fit connoître sous son chef Thou-men , vers l'an $45 de notre ère.
La plupart des mots que les Chinois nous ont conservés comme appartenant à la langue des Thou-kioueï, se trouvent aujourd'hui dans le turk ; et d'ailleurs les Turks s'étant faits , peu après, connoître en occident par leurs conquêtes, une succession non interrompue de témoignages plus précis les uns que les autres nous ont appris que les peuples désignés à présent par le nom de Turks , sont issus des Turks du vi. e siècle. Matouan-lin avertit qu'il y avoit, sous le rapport de la langue, quelques légères différences entre les Thou-kioueï orientaux, et ceux de l'occident, qui sont ceux dont les auteurs Grecs ont eu connaissance. Cette distinction pourroit bien se rapporter à celle que nous avons observée » quant à la grammaire, entre les dialectes occidentaux et celui auquel, pour nous conformer à l'usage , nous avons laissé le nom â'ouigour.
L'empire fondé par les Thou-kioueï avoit succédé à celui des Jouan-jouan , nation dont nous n'avons pu fixer exactement l'origine , parce que les traditions qui la concernent permettent presque également de la rapporter, soit à la race Tongouse, soit à la race Mongole. Parmi les tribus que ces Jouan-jouan avoient soumises, se trouvoit celle à laquelle les Chinois donnent le nom de Kao-tchhe [hauts chariots], et que, pour cette raison, j'ai été tenté de rapprocher des Kangiis. Ces Kao-tchhe , qui habitoient vers les monts Altaï, servent à rattacher l'une à l'autre deux branches célèbres de la race Turke : c'est d'eux que sont issus les Hoe'i-hou , et eux-mêmes descendent des Hioungnou. Par-là nous arrivons à la plus ancienne de toutes les dominations fondées par les Turks, on pourroit même dire par les Tartares ; car les traditions des Chinois ne remontent qu'aux Hioung-nou , et ne font rien connoître de ce qui a pu les précéder.
On sait qu'en pariant des nations qui appartiennent à la race Tongouse , les auteurs Chinois se bornent à dire qu'elles descendent des Toung-hou. De même, quand il s'agit de nations Turkes, telles que les Hoëi-hou, les Thou-kioueï, les Kao-tchhe, &c.
ifs remarquent qu'elles sont issues des Hioung-nou. Ajoutez à cela que les mots Hioung-nou qui nous ont été conservés , sont Turks, pour la plupart; que le pays occupé par Jes Hioung-nou est celui d'où toutes les nations Turk.es qui nous sont connues, tirent leur origine, et que s'il est probable que l'empire des Hioung-nou, considéré dans sa plus grande étendue, a embrassé beaucoup de tribus Tongouses , Mongoles, Sibiriennesr Gothiques, et peut-être Finnoises, il ne paroît pas moins certain pour cela que le noyau principal et la nation dominante aient été Turks. C'est donc en recherchant les bornes de l'espace occupé par les Hioung-nou, que nous pourrons nous former une idée juste de l'extension de la race Turke , sinon dans son état primitif, au moins dans le plus ancien que l'histoire nous fasse connoître.
Les Hioung-nou avoient à l'orient les peuples appelés Tottnghou ou Barbares orientaux; dénomination vague, sous laquelle nous avons vu que probablement les Mongols et les^Tongous avoient été confondus. Au sud-est, ils touchoient aux provinces Chinoises du Chan-si et du Chen-si , dans lesquelles beaucoup de leurs tribus se sont répandues plus tard, et ont fondé des principautés. Au sud, étoit établie, deux siècles avant notre ère, la nation des Ywëi-chi , chassée ensuite vers l'occident par les Htoung-.nou; au sud-ouest, les Soi* dont les écrivains Chinois font une race distincte, habitant primitivement au nord-est de la mer Caspienne, repoussée par les Youëi-clii vers le midi, entre Khasigar et Samarkand (1); à l'ouest des Hioung-nou , étoient les Ou-sutt , grande et puissante nation, qui différoit, par les traits du visage et par la langue, de tous les autres peuples de la haute Asie. Les hommes étoient remarquables par la couleur bleue de -feurs yeux et par leurs cheveux rouges , Thsing yan , tchhi siu. C'est d'eux que tirent leur origine tous ceux des
(i) Ces Sa\ étoient, suivant toute apparence, Jes ancêtres des Ye-tha ou Gètes, qui, auv.' siècle, étoient maîtres du Mawarennahar et des pays au-delà du Sinon , jusqu'à Khotan et à Kaschgar.
Leur langue étoit différente de celles des Jouan-jcvan et des Kao-tchlte. Ces peuples doivent appartenir a la race Gothique. Voyez le second volume, où sont exposées l'es preuves de cette assertion.
Tartares qui, dans différentes tribus, offrent ces traits caractéristiques (1 ). Ils avoient d'abord été soumis aux Hioung- nou ; mais leur puissance s'étant augmentée, ils devinrent indépendans, et s'emparèrent même du pays des Sût , jusqu'aux villes, c'est-à-dire, jusqu'à la Boukharie. 11 n'est pas difficile de reconnoître dans toute cette description un peuple Gothique, opposant, depuis qu'il étoit devenu indépendant, une limite à l'extension des Turks du côté de l'occident. Plus au nord étoient les Twg-Iing. peuple de même origine que le précédent, et qui vivoit mêlé avec les Kirgis (2). Enfin, du côté du septentrion, jusqu'à la mer Glaciale, étoient beaucoup de petites nations, dont le nombre augmenta encore, à mesure que les tribus Turkes se détachèrent de la monarchie des Hioung-nou , et prirent des noms particuliers.
Ainsi , après avoir ramené successivement à un point commun, situé vers le centre de l'Asie, les différentes branches de la nation Turke qui s'en sont écartées, nous sommes conduits, par la description des pays qu'occupoit la plus ancienne de toutes, à regarder ces contrées comme la patrie de toutes les tribus de la même famille. Les circonstances qui ont déterminé une partie de ces tribus à se fixer dans les villes qui tracent la route de la Perse à la Chine, celles qui ont amené l'expulsion des Goths et leur passage en Europe , qui ont étendu le nom $ Hioung-nou aux Finnois, si tant est que ce nom soit le même que celui des Huns (3); ces événemens, qui se sont passés loin des frontières Chinoises, et dont plusieurs sont d'une époque plus ancienne que les premiers voyages des Chinois en lartarie, peuvent être l'objet de recherches fort importantes , et qui conduiroient peutêtre à une connoissance plus entière de l'état ancien de l'Asie,
(1) Wtn hian thoung hhao, k. 337, p. j>.
(2) On remarque encore aujourd'hui qu'il y a beaucoup d'hommes blonds parmi les Kirgis, ce qui vient à l'appui de l'observation de Ma-touan-lm.
(3) Deguignes a supposé cette iden-
tité démontrée , et tout son ouvrage repose sur cette supposition. On peut assurément la soutenir; mais elle est sujette à d'assez grandes difficultés, et la matière demande de nouveaux éclaircissemens.
et
SUR LES LANGUES TARTARES, 329 et des causes de la migration des peuples dans le nord de l'ancien continent : mais elles seroient hors du sujet de cet ouvrage et au-dessus des forces de son auteur, puisque les écrivains Chinois cessant de lui fournir leurs lumières, il seroit réduit à chercher celles qui peuvent être éparses dans les écrits des anciens , tant de fois lus et commentés sous ce point de vue par les hommes les plus habiles, mais jusqu'à présent avec plus de zèle que de succès.
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