PHALE
Mougin Georges, 58 ans, entré à Thôpital Cochin le 3 avril 1877 pour y être traité d’un ténia et d’une bronchite chronique généralisée. 11 n’a jamais eu de troubles cérébraux ni de paralysie. Le H avril, pendant la journée, il se promène dans les cours de Thôpital et se trouve très-bien. Le soir, au moment de dîner, il se plaint de mal de tête ; il a des envies de vomir. On le fait coucher et il s’endort presqu’immédiatement. Quelques heures plus tard on le trouve couvert de sueurs abondantes : il a l’air hébété, il comprend ce qu’on lui dit, mais ne peut y répondre. Il n’a pas de paralysie des membres, il peut marcher seul, et la force musculaire est égale dans les deux mains. Pas de déviation de la face ni de la langue. Pas de troubles de la sensibilité.
Le 12, l’aphasie a disparu ; le malade se rappelle parfaitement que hier soir la mémoire des mots lui faisait totalement défaut. 11 n’a pas de paralysie et dans la journée il lit son journal et se promène sans traîner la jambe. Les jours suivants, les phénomènes de congestion pulmonaire deviennent très-intenses et la mort a lieu le 16 avril sans qu’on ait noté la moindre trace d’hé miplégie.
Autopsie. — On trouva des lésions très-complexes que je me contenterai d’énumérer. Il y avait un abcès gros comme une noisette au centre’ de chaque hémisphère du cervelet. Les méninges et l’écorce du cerveau étaient saines. Sur des coupes on mit à découvert un abcès du volume d’une noix dans les laisceaux préfrontaux du côté droit. Un second abcès du môme volume existait dans les faisceaux occipitaux du côté gauche. Enfin, dans le faisceau pédiculo-pariétal du même côté, se trouvait un abcès du volume d’une noisette, arrondi, recouvert immédiatement par la substance grise inaltérée du pied du lobule pariétal supérieur. Ces abcès contenaient un pus filant, épais, verdâtre, non fétide.
On ne trouva pas d’altération des os du crâne ni des oreilles, qui put expliquer la production de ces abcès.
En résumé, les lésions isolées des différents faisceaux de fibres médullaires qui entrent dans la composition de la région fronto-pariétale du cerveau, paraissent donner lieu à des troubles variables suivant le siège qu’elles occupent, et quoique
le nombre des bonnes observations soit encore fort restreint, on peut déjà considérer comme très-probable que les altérations destructives limitées de ces faisceaux, déterminent des symptômes identiques à ceux que provoquent les lésions destructives limitées des parties correspondantes des circonvolutions.
Ainsi les lésions du faisceau pédiculo-frontal inférieur gauche, donnent lieu à de l’aphasie, comme la destruction de la substance grise du pied de la troisième circonvolution frontale gauche; les lésions des faisceaux frontal et pariétal inferieurs donnent lieu à des troubles de la motilité de la face comme celles du tiers inférieur des circonvolutions ascendantes ; enfin, les lésions des faisceaux frontal et pariétal moyen et supérieur provoquent des paralysies dans les membres du côté opposé comme les lésions des deux tiers supérieurs des circonvolutions ascendantes. Il ne me paraît pas possible pour le moment de pousser plus loin l’analyse. Il convient, pour achever ce travail, d’attendre des documents plus précis et plus nombreux que ceux dont nous pouvons disposer aujourd’hui.