‹ Recherches sur les lésions du centre ovale des hémispheres cérébrauxChapitre 48 sur 116 · I. — Des Lésions latentes · texte numérisé non relu

I. — Des Lésions latentes

Tous les auteurs qui se sont occupés avec quelque attention des maladies du cerveau ont été frappés de rencontrer quelquefois, dans les autopsies, des lésions profondes, des désorganisations étendues des hémisphères cérébraux, qui n’avaient donné lieu, pendant la vie, à aucun symptôme précis.

•< On ne croira peut-être pas aisément, dit J.-L. Petit (1), qu’un épanchement de sang dans la substance même du cerveau, puisse y subsister plusieurs mois sans causer de fâcheux accidents, mais l’observation qui nous surprend tous les jours par des faits plus étonnants les uns que les autres, prouve la possibilité de celui-ci. »

Les cas de ce genre sont loin d’être rares et naturellement on a cherché à les expliquer.

Lallemand attribuait l’absence de symptômes au développement très-lent des lésions : « On sait, dit-il, que des altérations profondes peuvent se développer dans le cerveau, pourvu que ce soit avec une extrême lenteur, sans se manifester au dehors par des phénomènes en rapport avec la gravité du mal (2).

Durand-Fardel accepte la même explication (3).

(1) J.-L. Petit. — Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent. (Paris, 1740, tome I, p. 99).

(2) Lallemand.— Recherches anatomico-pathologiques sur l’encéphale et ses dépendances. Paris 1820, préface, page vu.’

(3) Durand-Fardel. — Traité du ramollissement du cerveau. Paris, 1843, page 374.

D’après Gull, pour qu’une lésion du cerveau reste latente, il faut qu’elle se soit développée lentement, qu’elle soit, située en dehors du corps opto-strié, et que la substance qui l’environne ne soit pas enflammée (1).

M. Bouillaud, qui a appliqué à l’étude des maladies du cerveau une admirable sagacité, paraît avoir très-bien compris la raison de la latence de certaines lésions cérébrales. « Le cerveau, dit-il, est un composé de parties qui remplissent des rôles différents et par conséquent les symptômes de ses maladies varient suivant qu’elles siègent sur telle ou telle de ses parties. » Et plus loin, il ajoute: « Il est certaines parties du cerveau dont la lésion ne produit point de paralysie. Ce sont celles qui ne sont aucunement en communication directe avec la moelle spinale, telles que le corps calleux, le septum lucidum et la voûte à trois piliers. (2) »

Malheureusement, M. Bouillaud ne tira pas de ces principes les conséquences qu’ils renfermaient, et guidé par des idées physiologiques erronées, il admit avec MM. Foville et Pinel Grandchamp que la substance blanche était le centre de la motilité volontaire et que les lésions isolées de la substance grise n’influaient pas d’une manière directe et immédiate sur les mouvements des membres.

Enfin, dans des travaux plus récents et très-justement estimés, on trouve formulée cette opinion que ce sont les lésions du centre ovale qui restent plus spécialement latentes. « Le centre ovale, dit M. le professeur Potain, est de toutes les parties du cerveau celle où les lésions restent

(1) « The latency of cérébral abscess seems explicable by lhe com-

bination of scveral. tacts. Il is gcnerally seated in lhe substance of (lie hemisphere where’it is known that extensive disorganization may go on wilhout any indication, provided tlie corpora striata, thalami optici, and olhcr central parts be not involvcd : tlie cerebrum and cercbcllum appearing to bave, like olhcr organs, a surplusagc not required on ordinary occasions. Encystcd abscess probably forms slowly, and does not so mucli dcslroy as compress parts, and when the compression is graduai and unil'orm,lhercisayielding'which upon a certain point is compatible with funclion.In many instances cvenatlast it is not tlie abscess itself \vich occasions lhe symptoms, but the reactive inflammation around it. » (Gull. — On abscess of the Br ain. In Guy’ s Hospital Reports, 1837, page 263.) »

(2) bouillaud. — Traité de l’encéphalite. Paris 1823, pages 132 et 297.

le plus aisément à l’état latent, précisément sans doute, parce que, composée exclusivement des fibres conductrices, médiocrement vasculaire et peu excitable, cette partie réagit moins que toutes les autres et parce que les fibres peuvent y être écartées, refoulées lentement, sans qu’il se produise un trop grand dérangement dans leur conductibilité. Quand ces affections se généralisent soit à la surface, soit aussi dans l’épaisseur des hémisphères, elles donnent toujours lieu à des symptômes plus ou moins accusés suivant l’étendue et l’intensité de la lésion (1). »

La même idée est développée par MM. Jaccoud et Hallopeau (2). D’après ces observateurs la substance blanche intra-hémisphérique , les parties blanches commissurales présenteraient une remarquable tolérance, de telle sorte que des hémorrhagies considérables, des abcès pourraient s’y produire sans donner lieu à aucun trouble significatif.

Les progrès récemment accomplis dans la domaine de la physiologie et de la pathologie cérébrales ne permettent pas d’adopter ces explications.

Il paraît, en effet, parfaitement établi que la diversité de la symptomatologie des altérations du cerveau tient surtout à la différence de siège de ces altérations.

En ce qui concerne le centre ovale, il résulte des faits exposés dans les chapitres précédents, que la substance blanche intra-hémisphérique n’est pas fonctionnellement homogène, que les lésions des faisceaux fronto-pariétaux déterminent seuls des troubles graves et permanents de la motilité et que les lésions des faisceaux préfrontaux, sphénoïdaux et occipitaux ne donnent lieu à aucun trouble des mouvements volontaires. Elles ne se traduisent pendant la vie que par des symptômes vagues, mal définis, de la céphalalgie, des vomissements, de l’hébétude, de la somnolence. Souvent les accidents sont des plus légers, puis toubà-coup une mort rapide, imprévue, dont la raison physiologique est encore à donner,

(1) Potain. — Article Cerveau (Pathologie) du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Tome XIV, page 24 8.

(2) Jaccoud et Hallopeau. — Article Tumeurs de l’encèpliale . du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pi'atiqnes. Tome XIII, page 171.

termine brusquement la scène. A l’autopsie on est tout surpris de trouver une grave lésion du cerveau, un abcès ou une tumeur d’un volume relativement considérable.

On dit dans ces cas que la lésion est restée latente. En réalité elle a donné lieu à divers accidents, et elle a fini par causer la mort; seulement les symptômes qu’elle a produits étaient si vagues, si peu importants en apparence qu’ils n’ont pas éveillé l’attention du médecin et n’ont pu fixer son diagnostic.

Il n’y a donc pas à proprement parler de lésions cérébrales latentes. Il y a des lésions qui provoquent des symptômes nets, faciles à constater tels que la paralysie, les convulsions, les contractures et d’autres qui ne s’annoncent que par des symptômes mal définis tels que des vertiges, des éblouissements, de la céphalalgie., etc.: les premières atteignent constamment la région fronto-pariétale des hémisphères cérébraux, les secondes siègent toujours dans les régions préfrontale, sphénoïdale ou occipitale (1).

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