IV. — De la contracture primitive
La contracture primitive est un phénomène assez fréquent dans les lésions cérébrales, et son étude mériterait d 'être faite avec plus de détails qu’on ne lui en accorde généralement. Elle ne présente pas toujours les mêmes caractères cliniques, et vraisemblablement elle peut résulter de lésions variées siégeant les unes dans le cerveau proprement dit, les autres dans les pédoncules cérébraux ou la protubérance. Tantôt les membres contracturés sont en même temps le siège d’une paralysie absolue, tantôt au contraire le malade peut exécuter encore, malgré la rigidité des muscles, des mouvements volontaires assez étendus. Enfin, dans certains cas, la contracture paraît être le résultat d’une excitabilité réflexe exagérée : dans les cas de ce genre, le membre reposant sur le lit, ses muscles sont dans le relâchement complet, mais aussitôt qu’on essaie de lui imprimer des mouvements, on ressent une résistance brusque, causée par une sorte de contraction musculaire automatique.
On a expliqué pendant longtemps l’apparition de la contracture, dans les maladies du cerveau, par l'inflammation delà pulpe cérébrale. « La contracture des membres, dit Andral, peut se présenter comme complication et elle dépend de ce que la pulpe du cerveau qui entoure l’hémorrhagie est irritée et enflammée soit par le contact du caillot, soit par une inflammation des méninges, qui porte aussi son influence sur la pulpe nerveuse. On peut aussi observer des convulsions qui sont sous la dépendance des mêmes causes (1). »
(1) Andral. — Cours de pathologie interne, tome 111, pngro 101.
C’était aussi l’opinion de Gendrin (1) de Todd (2), etc., soutenue tout récemment encore par M. Onimus (3).
Sans rejeter absolument l’idée que la contracture pouvait tenir à l’inflammation de la pulpe cérébrale, Boudet et M. Durand-Fardel ont fait observer que dans les hémorrhagies cérébrales la contracture primitive était la conséquence habituelle de l’ouverture du foyer dans les ventricules ou sous les méninges. « Toutes les fois, dit Boudet, que la pulpe cérébrale est affectée seule dans une hémorrhagie, tant qu’il n’y a pas d’inflammation autour du foyer, il ne se manifeste pas de contracture. Toutes les fois qu’à une lésion delà pulpe cérébrale se joint une rupture des parois des ventricules et un épanchement de sang dans ces cavités ou à la surface du cerveau il survient de la contracture (4). »
Tout en développant ces conclusions et en leur apportant l’appui de faits nouveaux, M. Durand-Fardel n’osa pas leur conserver une forme aussi absolue (S). Il rapporte, en effet, dans son mémoire, trois cas d’inondation ventriculaire sans contracture et quatre observations d’hémorrhagies à foyers fermés, siégeant dans la pulpe du cerveau et accompagnées de contracture. Malgré les réserves de M. Durand-Fardel, les idées de Boudet sont restées dans la science et sont aujourd’hui considérées par presque tout le monde comme étant l’expression exacte des faits.
Les choses sont, je crois, beaucoup plus complexes. Il y a, en
indique l'existence *d’un foyer u umumunuuu
td ou consécutif à l’hémorrhagie » Gendrin, Traité vhil. de méa. pat. tome f, page S83.
(2) « Tins rigidity, according lo my expérience, if it supervene carly in the para jy tic seizure, or simultaneousiy with Lhc paralysis indicates irritative disease within lhc cranium. » Todd. — Clinical lectures, 2 edit., Londres 1861, page 626.
(3) « En somme toute cause qui détermine de l'encéphalite provoque egalement des phénomènes de contracture et cela se conçoit si aisément que nous ne croyons pas devoir insister sur ces faits. » Onimus. — Art. Contracture du Dict. encyclopédie ne des sciences médicales, tome XX, page 76.
In
(4) Boudet. — Mémoire sur l’hémorrhagie des méninges, 1839.
(o) Durand-Fardel. — De la contracture dans l’hémorrhagie céréale> Arch. gen. deméd., juillet 1843, 4° série, tome il, page 300.
effet, des hémorrhagies sous méningées sans contracture et d’autres avec contracture. Il y a des hémorrhagies du centre ovale sans contracture et d’autres avec contracture. Il y a enfin des inondations ventriculaires sans contracture et d’autres avec contracture. A quoi tiennent ces différences?
Relativement à l’écorce il n’y a de contracture que lorsque la lésion intéresse la zone motrice corticale, et, selon toutes probabilités, la contracture ne tient pas alors à l’irritation des méninges mais bien à l’irritation de la substance grise de la zone excitable du cerveau.
Relativement aux hémorrhagies du centre ovale, on peut dire qu’elles ne donnent jamais lieu à de la contracture quand elles siègent dans les faisceaux préfronlaux sphénoïdaux ou occipitaux. Mais la contracture s’observe assez fréquemment quand les altérations occupent les faisceaux fronto-pariétaux. J’en ai déjà rapporté quelques exemples, en voici deux nouveaux qui ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet.