OBSERVATION XLI
HÉMORRHAGIE DU CENTRE OVALE. — APOPLEXIE. — CONTRACTURE PUIS FLACCIDITÉ DES MEMBRES. — AUTOPSIE.
Gallois, âgée de 68 ans, admise à la Salpétrière comme indigente, jouissait habituellement d’une bonne santé. Dans la journée du 6 décembre, elle se leva comme à l’ordinaire et se rendit au réfectoire à l’heure habituelle du dîner. Elle se plaignait cependant, à ce moment, d’avoir des malaises et d’être comme étourdie. A 7 heures 1/2 du soir, elle perdit tout à coup connaissance, on la transporta aussitôt à l’infirmerie (service de M. Charcot) où on la trouve dans l'état suivant.
La malade est étendue sur le dos: les yeux sont entr’ouverts, la face est dirigée directement en avant, mais les deux yeux sont dirigés vers le côté gauche : la pupille droite est plus dilatée que la gauche: toutes deux se contractent sous l'influence de la lumière. Perte complète de connaissance : la malade ne parait pas entendre ce qu’on lui dit, elle ne répond pas aux questions qu’on lui pose. Pouls régulier 100. Tcmp. rect. 37° 4.
La bouche est déviée, entraînée vers la gauche : le sillon nasolabial et les plis péri-labiaux du côté droit sont effacés. — La mâchoire est fermée etil est difficile d’ouvrir la bouche de la malade.
Elle ne déglutit pas les liquides qu’on introduit entre ses dents. Pas de contracture des sterno-mastoïdiens.
Membres supérieurs. — La malade exécute quelques mouvements volontaires ou automatiques avec le membre supérieur gauche: elle ramène ses draps et sa chemise sur les parties découvertes: les doigts et le poignet sont flaccides mais le coude et l’épaule présentent une rigidité notable. Quand on soulève ce membre, il revient lentement à sa position primitive.
Le membre supérieur droit, soulevé, retombe vivement sur le lit comme s’il était mû par un ressort ; rigidité très-forte au coude et à l’épaule, moins forte au poignet et nulle à la main.
Les membres inférieurs sont le siège d’une forte rigidité : les deux membres, soulevés, retombent comme des ressorts énergiquement bridés. Toutefois la rigidité est beaucoup plus marquée du côté gauche que du côté droit.
La température des membres est sensiblement égale des deux côtés. Le pincement provoque partout des mouvements de recul.
— Pas de convulsions. — Vomissements.
En résumé, rotation des yeux vers la gauche, contracture des quatre membres plus marquée dans le membre supérieur droit et dans le membre inférieur gauche.
Le 7 décembre. Même état. Déviation des yeux vers la gauche. Pas de rotation de la tête. Sensibilité et contracture comme hier. — Les membres du côté droit sont sensiblement plus chauds que ceux du côté gauche.
Quelques mouvements spontanés de la main gauche seulement.
— T. R. matin, 38°, 5 ; soir: 39°, 5.
8 décembre. La malade est toujours dans le stertor: elle fume la pipe à droite. Pas de convulsions, la contracture s’est dissipée et les quatre membres sont en résolution. Les membres du coté droit sont plus chauds que ceux du côté gauche. Mort le 10.
Autopsie. — Os du crâne et cuir chevelu normaux. Après avoir incisé la dure-mère, on voit que les circonvolutions du côté droit sont normales tandis que celles du côté gauche sont distendues et aplaties. — Pas d’athérome des artères de la base. — Le
cervelet, le bulbe, le protubérance ne présentent rien d’anormal.
L hémisphère cérébral droit pèse 510 grammes. Méninges et ecorce saines. Pas de sang dans le ventricule latéral. En examinant ce ventricule par la face interne on remarque, au niveau de la partie moyenne de la couche optique, dans le sillon qui la sépare du corps strié, un petit loyer hémorrhagique sous épend y maire, du volume d’une petite noisette. Le sang qui le compose est coagulé, mais il a une teinte jaunâtre et une fermeté qui permettent de supposer que ce foyer est antérieur à l’attaque d apoplexie du 6 décembre. Sur des coupes, on voit qu’il est logé c ans la couche optique et qu’il atteint la partie moyenne de la
capsule interne qui n’esl pas délruiie dans toute son épaisseur.
L 'hémisphère gauche pèse 610 grammes, le ventricule latéral est aplati, la paroi est refoulée en dedans, mais sa cavité ne renferme pas de sang. Dans le centre ovale du lobe fronto -pariétal, existe une énorme cavité remplie de sang fraîchement coagulé, qui commence, en avant, au-dessous de la moitié postérieure des circonvolutions frontales, s’étend au-dessous des circonvolutions ascendantes et arrive en arrière jusqu’aux lobules pariétaux. Toutes ces circonvolutions, disséquées par le sang et séparées de leurs connexions centrales, forment une coque qui enveloppe le caillot. Après le lavage de la cavité hémorrhagique, l’hémisphère ne pèse plus que 510 grammes (soit 100 grammes de moins). Sur des coupes verticales on constate que le corps opto-strié, l’insula et les circonvolutions sphénoïdales sont tout-à-fait respectés. Le foyer a détruit tous les faisceaux fronlopariélaux du centre ovale sans atteindre les masses grises centrales. Dans le putamen on trouve un petit foyer ochreux du volume d’un pois à parois celluleuses et évidemment fort ancien. Les autres organes sont sains.