‹ Recherches sur les luxations congénitales exposées dans les conférences cliniques du 29 janvier et du 3 février 1841, à l’Hôpital des Enfans MaladesChapitre 12 sur 18 · PEAU · texte numérisé non relu

PEAU

J'ai plusieurs fois décrit les modifications que subissent les artères, les veines, le tissu cellulaire, la peau, dans les déviations de l'épine, le piedbot et le torticolis. Ces modifications, dans les luxations congénitales, sont soumises aux mêmes lois.

Les artères, au lieu de se tendre en ligne droite dans l'angle des dévialions des membres, deviennent flexueuses, pour s'accommoder auxaccidens de ces déviations. En même temps, elles subissent dans leur calibre une réduction, quiestquelquefois très considérable.jusqu'au point de perdre la moitié ou le tiers de leur calibre normal. Vous voyez un exemple remarquable de cette réduction sur cette pièce, appartenant à une luxation congénitale du fémur , datant de quarante ans. L'artère iliaque primitive correspondant au côté luxé n'a que le tiers du calibre de celle du côié sain;

Ces particularités, relatives au système artériel, méritent d'être notées, eu égard à la réductibilité des luxations congénitales, sous deux points de vue : premièrement, pour montrer que les tractions destinées à réduire la luxation ne peuvent exercer aucune influence fâcheuse sur les artères, puisque ces dernières ont conservé une longueur suffisante pour s'adapter aux articulations réduites ; secondement, pour expliquer comment la réduction n'est pas apte à produire immédiatement le développement du membre luxé, mais peut consécutivement favoriser le retour de la

nutrition à son activité normale, par le retour des conditions propres à activer la circulation artérielle.

I.es veines ne deviennent pas aussi flexueuses que les artères , mais s'infléchissent au niveau des angles des déviations; et, loin de diminuer de calibre, elles se dilatent d'une quantité à peu près proportionnelle à la réduction du calibre des artères. On peut avoir la preuve de ce fait par l'examen direct des veines principales appartenant aux membres luxés, et par la simple inspection des veines qui rampent à leur surface. En effet, on voit dans ces cas, d'une part, un lacis veineux très apparent, et, d'autre part, une coloration bleuâtre de toute la peau correspondante.

Les nerfs se raccourcissent et tendent à se diriger en ligne droite entre les deux points extrêmes de leur trajet, rapprochés par la difformité ; ce raccourcissement est quelquefois très considérable et devient alors un obstacle très grand à la remise en place des parties luxées, en raison de la résistance qu'ils opposent à leur allongement, et de la douleur qu'occasione leur traction.

Le tissu cellulaire est , en général , plus abondant et plus chargé de graisse autour des luxations congénitales. Il occupe principalement les vides que le déplacement des extrémités osseuses et la tension des muscles laissent sous la peau ou dans les espaces intermusculaires; il s'amasse également autour des muscles relâchés, s'insinue entre leurs flbres, et semble prendre" la place de la trame charnue à mesure qu'elle disparaît ; et cette espèce d'envahissement de la fibre musculaire par le tissu adipeux peut être tel que le muscle disparaisse en entier, ou qu'il n'en reste plus que des filamens irréguliers, d'un jaune pâle, perdus dans une masse amorphe de substance graisseuse.

Enfin, la peau, en vertu de Télasiicilé dont elle est douée, se resserre ou s'étend pour s'accommoder aux formes et aux dimensions anormales que la luxation donne aux membres luxés, en général, et aux différens élémens qui les composent, en particulier. Quand le degré du déplacement et la rapidité avec laquelle il s'est fait n'ont pas permis à la peau de suivre exactement dans leur reirait les parties sous-jacentes , l'espace

laissé entre elles et ces parties se remplit, comme je l'ai dit tout à l'heure, de tissu cellulo-graisseux.

Ces dispositions anormales du tissu cellulaire et de la peau n'opposent jamais d'obstacles sérieux à la réduction des luxations; mais elles ne sont pas tout à fait inutiles à connaître sous le point de vue du traitement préliminaire. ;En effet, elles contribuent à établir l'utilité de l'extension primitive des membres luxés , dans le but, d'une part, de combler plus ou moins les espaces remplis de tissu graisseux et de le faire diminuer ainsi par compression ; d'autre part, de préparer le retour de la peau à ses dimensions normales, et, par ces deux résultats, de faciliter la remise en place et le maintien en rapport des extrémités articulaires déplacées.

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