‹ Recherches sur les maladies mentalesChapitre 4 sur 10 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Observations d’ arachnitis chroniijue avec aliénation

mentale.

1." OBSERVATION. Arachiîitis chronique. ( Monomanie j démence. )

i^iAüDE- François L***, d’un tempérament assez robuste, âgé de quarante-hiîlt ans, limonadier, avait fait beaucoup d’excès de boissons , et s était livré Æu ne manière immodérée aux plaisirs vénériens. Il avait éprouvn des pertes qui lui avareut donné des chagrins trèsvifs. Au mois d avril i8i8 , il perd tout à coup la connaissance , qui revient peu de temps après. Cette attaque est suivie d’une hémiplégie du côté droit, qui se dissipe peu à peu. Dès-lors les facultés intellectuelles se dérangent ; il survient un délire ambitieux qui domine sans cesse le malade , et qui augmente graduellement.

Dans le mois d’octobre , il est l’empereur Napoléon ; il a des richesses immenses , quarante mille tonneaux remplis d’or ; sur tout autre sujet, ses idées conservent une certaine cohérence. Le plus souvent calme , il est quelquefois très-agité , et même violent lorsqu’on le contrarie; il parle très-difficilenient, et marche en chancelant; il ne dort pas , mange bien; les jambes sont légèrement œdématiées.

Le 27 octobre, il est conduit a la maison royale de Charenlon. jÈtat de démence, idées ambitieuses dominantes, paralysie incomplète plus avancée.

Pendant les deux premiers mois , peu de changement dans son état. Le 4 janvier 1819, pâleur et flaccidité générales, sensations obtuses , nulle attention aux objets environnans , dont il ne s’occupe point. Il entend difficilement les questions qu’on lui fait ; pour qu’il les comprenne et qu’il réponde, il faut les répéter plusieurs fois, et les lui présenter de diverses manières. Il ne conserve qu’un petit nombre d’idées ambitieuses incohérentes qu’il exprime lorsqu’on lui parle, quelle que soit la demande qu’on lui fasse : il est empereur ; ses deux fils sont empereurs , et logent aux Tuileries ; il a des naillions et puis encore des millions ; sa femme a trois croix d’honneur. Sur tout autre objet , il est incapable d’associer les idées même les plus simples. Si on lui demande de quel pays il est empereur, il répond de Besançon, auquel il réunit l’Allemagne et la France.

Il peut à peine se soutenir sur ses jambes ; il marche lentement , chancelle à chaque pas qu’il fait, en traînant les pieds. 11 est tranquille, apathique, silencieux, et reste ordinairement assis sur un fauteuil , sur lequel on l’attache pour l’empêcher de tomber ; d’autres fois il se promène dans la cour ou le corridor. Par momens il parle à voix basse, et répète sans cesse les mots à' empereur j. millions , diamans, etc. Sa voix est cassée, tremblante, sa prononciation trèsdifficile. Il lâche involontairement ses excrémens et ses urines. Il a bon appétit, demande souvent à manger , et est très-maigre.

Le i4 janvier, il ne peut plus se soutenir ; la face est très-altérée, les facultés sont plus oblitérées ; il a des excoriations sur diverses parties.

Le 3o, débilité, maigreur, jambes œdématiées , silence continuel , nulle réponse aux questions qu’on lui fait, à moins qu’elles ne soient relatives à son délire ambitieux. Dans ce cas, il dit seulement, empereur J je suis empereur.

Le 8 février , prostration morale et physique complète. Il ne peut proférer une seule parole, et ne fait aucun mouvement qui indique qu’il comprend les questions ; la face est agitée de légers raouvenien

convulsifs; les yeux sont fixes et inexpressifs. Toutes les parties qui sont exposées à une pression ou à un frottement un peu fort, telles que le sacrum , les trochanters, les coudes , etc., sont le siège d’excoriations livides et de plaies gangréneuses ; le pouls est petit et lent ; ces symptômes augmentent. Le 9, agonie de quelques heures, et mort.

Ouverture du cadavre. Cadavre extrêmement maigre , jambes et pieds infiltrés, escharres sur diverses parties du corps.

Crâne. \ln peu de sérosité entre les deux feuillets de l’arachnoïde ; quatre à six onces du même liquide épanché à la base du crâne. Le feuillet arachnoïdien de la dure-mère très-injecté. Les deux hémisphères du cerveau adhérens dans la grande scissure. L’arachnoïde cérébrale de la bcise de l’encéphale, saine ; celle de la convexité et de delà face interne des hémisphères, opaque, blanchâtre en divers points, conservant en d’autres points une partie de sa transparence, épaissie , très-résistante et facile à détacher de la surface du cerveau , à laquelle elle est adhérente en quelques endroits peu étendus. La pie-mère très-rouge, injectée, et infiltrée d’une grande quantité de sérosité. Les ventricules latéraux et le moyen ,, distend us par le même fluide : la membrane qui les tapisse, ainsi que le ventricule du cervelet, très-épaissie, pouvant être séparée de la surface cérébrale , parsemée de granulations sensibles au toucher, lesquelles la rendent rugueuse et chagrinée. La substance cérébrale molle ; la médullaire beaucoup plus ferme.

J’ÂomT. Tous les organes pectoraux, sains.

Cavité abdominale. La muqueuse gastrique, épaissie , rugueuse et criant sous l’instrument. Les autres organes sains.

Cette observation ne prouve-t-elle pas que le désordre des facultés intellectuelles , survenu chez L. . . . . , était le symptôme d une arachnitis chronique, et non un délire essentiel? C’est une conclusion qu’on ne peut se refuser d’admettre , en comparant les lésions organiques avec les symptômes qu’a présentés la maladie aux diverses époques de sa durée. Il n’est pas nécessaire de prouver que l’opacité de

l’arachnoïde, son épaississement, l’augnientation de sa résistance dans la région supérieure du cerveau, ainsi que l’infdÉBation séreuse de la pie-mère et l’épanchement d’une grajude quantité de sérosité soit à la hase du cerveau , soit dans ses cavités, sont les caractères anatomiques de la phrénésie chronique. C’est un fait que personne ne contestera, et que mettent hors de doute toutes les connaissances que l’on possède sur les phlegmasies chroniques des membranes séreuses, et en particulier de l’arachnoïde. Cela posé, voyons quelle a dû être l’action des altérations organiques de cette dernière membrane pour déterminer les phénomènes de la maladie.

1. ” Au début, perte subite de connaissance, hémiplégie; peu d’instans après, retour du sentiment et du mouvement du coté paralysé, mais embarras sensible dans tout, le système musculaire; dès ce moment, trouble des facultés, mono manie. Une partie de ces symptômes appartient à l’apoplexie; mais l’absence d’épanchement sanguin, de cavité ou de kyste dans les ventricules ou la substance du cerveau, .montrent qu’il n’y a pas eu d’hémorrhagie cérébrale. L’attaque dont a été frappé le malade était donc ce que M. Rocheux ( Recherches sur l’apoplexie) appelle uncoMy» de sang, c’est-à-dire , un raptus subit de ce fluide dans les vaisseaux de la pie-mère et du cerveau : mais il existe ici un symptôme qu’on ne voit pas dans les simples congestions cérébrales ; c’est le délire. J’attribue ce symptôme à l’irritation de l’arachnoïde, qui irrite secondairement le cerveau: car s’il n’exisle pas dans la congestion cérébrale, celte affection n’est pas non plus accompagnée d’altération de l’arachnoïde. Ainsi cette première période de la maladie nous présente d’une part une congestion sanguine dans le tissu de la pie-mère et du cerveau , plus une irritation légère de, l’arachnoïde, et, d’une autre part, les symptômes de chacune de ces affections,

2. ° A la secondç période, parole embarrassée, démarche chancelante, agitation de temps en temps, et quelquefois violence , facultés très-affciiblies , mêmes idées dominantes. Si on se rappelle que , dans les coups de sang, la paralysie diminue progressivement au, lieu d aug-

nienter, lorsqu elle est convenablement traitée , on attribuera ces phénomènes à l’augmentation de la phlegmasie de l’arachnoïde et de 1 exhalation séreuse , altérations qui agissent de deux manières stir le cerveau , i.° en 1 irritant , 2* en le comprimant.

3. A la dernière période , progression tremblante et presque impossible, paralysie des sphincters, démence complète avec affaissement de 1 intelligence, qui est réduite à quelques idées dominantes et incohérentes; nulle agitation. Il arrive, â cette époque de la maladie, ce qui a lieu dans la plupart des phlegmasies chroniques des membranes séreuses. L irritation légère dont s’était accompagnée rarachnitis , disparaît ; le tissu de la membrane séreuse cérébrale demeure opaque et épaissi ; il exhale une grande quantité de fluide séi’eux; le cerveau nest plus excité, mais il est affaissé par Fabondante sérosité dans laquelle il est plongé. Les observations suivantes confirmeront ces idées;, qu’on pourrait regarder comme trop hasardées dans cet endroit.

, - II.® OBSERVATION. Arachnitis chronique. {Monomanie , manie.')

ffl. Edme-Charles A. . . ^ âgëde quarante-cinq ans , d’un tempérament sanguin, d’une constitution robuste, greffier d’un juge de paix, avait éprouvé beaucoup de fatigues et de privations dans un voyage qu’il fit aux Grandes-Indes ; il avait fait des excès vénériens et avait eu plusieurs maladies siphilitiques. Dans le mois de mars , 1817, un flux hémorrhoïdal , qu’il avait depuis long-temps, se supprima et ne reparut plus. Vers la même époque , il était en proie à des chagrins tres-vifs sur le sort de sa nombreuse famille , qu’il craignait de ne pouvoir point soutenir à cause de la misère des temps.

Dans le commencement de mai, il éprouva de fréquentes absences, et fut pris , peu de temps après, d’un délire ambitieux , caractérisé par des idées de richesse, de grandeur, de dignités, et d’une congestion cérébrale marquée par un embarras dans la prononciation et la démarche. 11 manifestait un très-grand penchant pour les boissons

fit pour les plaisirs de l’amour , et il était sujet à des accès d’exaltation , pendant lesquels il parlait beaucoup des objets de son délire. Il dormait très-peu et mangeait beaucoup. (Saignée du bras de deux palettes. )

Le 27 juin , il est conduit à la maison royale de Charenton : idées ambitieuses prédominantes; il est extrêmement riche et puissant; exaltation considérable, fureur par momens , dans laquelle il déchire ses vêtemens, comme indignes d’un homme de son rang; difFiciilté à prononcer certains mots, démarche assez assurée, incohérence dans les propos; faim dévorante; il vole tout ce qu’il rencontre, soit pour la satisfaire , soit parce que tout lui appartient. Pendant le mois de juillet , même état.

Dans les trois mois suivons, facultés intellectuelles plus profondément altérées , attention nulle ; il répondait quelquefois aux questions qu-’on lui faisait, après les lui avoir répétées plusieurs fois ; mais toujours par monosyllabes , ou bien par des paroles entièrement étrangères à la question; mémoire abolie , idées extrêmement peu étendues , bornées à celles de fortune , de g^'andeur , etc. , qui lui venaient à l’esprit, sans liaison et sans ordre; nulle trace de jugement, calme par momens, agitation dans d’autres. (Usage de la camisole et de la blouse pour l’empêcher de déchirer ses vêtemens.) Parole traînante, entrecoupée, tremblante; démarche très-chancelante, malpropreté. Vers la fin de novembre, amélioration marquée des symptômes, diminution de l’agitation et de la paralysie iracomplète, entendement beaucoup moins altéré.

Dans le mois de décembre , retour de la raison ; esprit affaibli , sans délire marqué ; il lui reste cependant quelques idées ambitieuses qu’il coordone assez bien; il veut d’abord étudier la pharmacie, ensuite, la médecine, pour soutenir ses enfans; il répond toujours qu’il se porte parfaitement bien; il est content de lui-même, désire rentrer dans sa famille et reprendre , s’il le peut , ses occupations. Léger embarras delà langue, qui occasionne une certaine lenteur

danslaprononciation, et du bégaiement pour certains mots; quelques tremblemeos dans les mains. En janvier 1818, diminution de ces symptômes^ Même état jusqu’au mois de mai.

Dans les premiers jours de ce mois, il parle plus qu’à l’ordinaire; il y a de 1 exaltation dans les idées et les actions ; contentement de luimême; face rouge et animée, quelques propos extravagans pour lesquels oh est obligé de l’enfermer de nouveau.

Peu de temps après , bouleversement complet des facultés de l’entendement ; délire générai, accompagné d’une agitation continuêlle, extrêmement violente. On fait usage de la camisole et du panier (i) pour le contenir ; il ne cesse pas un instant, la nuit et le jour, de pousser des cris confus , mal articulés, et incohérens, et des vociférations; sa voix est sourde; on ne peut rien comprendre aux mots qu’il prononce; sa face est terne, décomposée, et offre les mouvemens les plus désordonnés ; il fait mille efforts, se tourne sans relâche dans tous les sens ; ses membres et sa tête sont agités des pasmes auxquels résistent à peine les liens très-forts qui l’attachent. Malgré tout ce désordre des fonctions relatives , l’appétit est vorace ; le pouls et les autres fonctions nutritives sont sans altération.

Cet état dure pendant quatre mois environ , d’une manière continue, avec des rémissions légères et de très-courte durée.

Vers le milieu de novembre, l’agitation diminue, les excrétions sont involontaires , les jambes oêdématiées, les facultés oblitérées. Le 6 décembre , point de connaissance, respiration profonde , pouls petit. Mort à deux heures après midi^

Ouverture du cadavre, — Crâne. Six onces environ de sérosité étaient épanchées à la base du crâne ; il en sortait beaucoup du canal rachidien. L’arachnoïde cérébrale, sur toute la surface des hémi-

(1) C’est une espèce de caisse de la longueur du corps , faite en osier , comme les paniers ordinaires , ayant un couvercle , dont une des extrémités est échancrée pour laisser passer la tête.

sphères, mais principalement vers la partie moyenne de leur face externe, était opaque, grisâtre, très-épaissie , et résistante, de manière qu’on la séparait facilement du cerveau sans la rompre ; elle était intimement adhérente à elle-même dans la grande scissure, sa face interne était adhérente au parenchyme cérébral , dans les portions épaissies , et elle était couverte d’une couche légère et molle de celui-ci , lorsqu’on la détachait de l’encéphale. Sa surface externe , un peu injectée, présentait quelques granulations très ténues, perceptibles à la vue seulement. Le feuillet arachnoïdien de la dure-mère offrait un peu de rougeur en divers endroits. La pie-mère était rouge, et un peu infiltrée de sérosité. Les ventricules latéraux étaient pleins du même fluide; leur surface était couverte de granulations. Tout le système vasculaire cérébral était énormément injecté. Substance cérébrale saine.

Thorax. Demi-pinte de sérosité dans chacune des cavités pectorales. Poumon gauche adhérent à la plèvre costale.

Trois onces de sérosité épanchées dans le péricarde ; le feuillet de celte membrane, qui recouvre le cœur, infiltré de ce fluide, qui lui donne un aspect gélatineux.

Cavité abdominale. Petite quantité de fluide séreux dans le péritoine. Muqueuse gastrique offrant une couleur d’un rouge brun, un peu épaissie , et couverte d’une couche de mucosités consistantes. La capsule de la rate, adhérente au diaphragme, dure, blanchâtre, criant sous l’instrument, et présentant une structure cartilagineuse. Les autres organes, sains.

L’histoire de la maladie qu’on vient de décrire offre un rapport tellement frappant entre les symptômes et les altérations cadavériques, que, çes dernières étant données, on pourrait en quelque sorte s’élever à la connaissance des premiers. Pour mieux faire sentir la coordination et la liaison intime des causes et des effets , nous plaçons à la tête de ces réflexions le tableau concis des lésions organiques : arachnoïde opaque , grisâtre , très épaissie , très-résistante , adhérente à la substance grise du cerveau dans une grande partie de la

convexité et de la face interne des hémisphères , six onces de sérosité a la base du crâne, ventricules pleins du meme fluide, leur surface offrant quelques granulations. Quelle a été l’action de ces altérations pour produire les desordres physiques et intellectuels que nous présente l’observation ? A l’origine de la maladie, un tempérament sanguin, des excès de tous les genres, la suppression d’un flux hénvorrhoïdal habituel , des chagrins vîolens déterminent une congestion cérébrale , qui se manifeste par une gêne dans la prononciation et la démarche; en même temps l’arachnoïde s’irrite, et donne lieu au délire monomaniaque , et à 1 agitation qui l’accompagnait de temps en temps. Ce dernier fait, dont nous avons déjà parlé, est de la plus haute importance, et exige quelques nouvelles considérations pour mettre son existence hors de doute. Les exemples de congestions subites de sang sans hémorrhagie cérébrale sont très-nombreux, -et forment le plus grand nombre des cas d’apoplexie dont on est tous les jours témoin. Les symptômes de cette maladie se bornent une altération plus ou moins profonde du sentiment et du mouvement, laquelle ne va jamais jusqu’à l’insensibilité absolue, ni à la résolution complète d’un des côtés du corps; ils se dissipent ensuite d’une manière plus ou moins prompte , et n’offrent jamais pendant leur durée ni délire ni agitation. D’un autre côté, les nombreuses observations qu’ont publiées MM. Parent et Martinet, et celbis qu’on lit dans diverses dissertations , nous montrent constamment ces deux phénomènes, mais à des degrés infiniment variés, suivant une foule de circonstances. On doit donc, dans l’observation que nous examinons, attribuer le dérangement des facultés et le désordre des mouvemens à l’inflammation de l’arachnoïde. Mais cette phlegmasie h’a jamais les caractères de la phrénésie aiguë : assez légère dans toutes les périodes de son cours, elle augmente graduellement , altère d’une manière lente, mais progressive, le tissu de l’arachnoïde. Elle a pendant toute sa durée une marche chronique; elle est déterminée par des causes qui lui sont propres , et ne succède jamais à l’arachnitis aiguë. C’est cette dernière circonstance qui a fait avancer aux deux auteurs

que uaus venons de eiter qu€ l’arachnii^ts ehronique n’existait pas, ou du moins qu’eHe devait être excessivement rare. Par le même motif, M. le docteur M'ontfakon révoque en doute son existence. {^Dictionnaire des sciences médicales j article ).

Après les premiers temps de la maladie de M. A***, 1 inflammation de l’arachnoïde augmente; la sérosité est exhalée plus abondamment que dans l’état naturel ; le cerveau est plus irrité et plus comprimé qu’il ne l’avait été à l’invasion : aussi à l’embarras des mouvemens , à l’agitation passagère et légère, et au délire borné et exclusif quoa observait à cette époque, succèdent une agitation maniaque sujette à des paroxysmes fréquens de fureur, un désordre général de l entendement, et une paralysie incomplète et générale qui rend la prononciation très-difficile , et la démarche chancelante. Cinq à six mois après, rinflammation diminue, une partie de la sérosité est probablement absorbée : alors le calme et la raison se rétablissent graduellement ; mais les facultés restent faibles ; les mouvemens ne recouvrent qu’en partie leur première liberté , phénomènes qui tiennent sans‘doute à un certain épaississement de l’arachnoïde, et à une certaine quantité de sérosité , qui ont survécu à 1 irritation inflammatoire et à la congestion sanguine dont elle s’accompagne toujours. Mais on conçoit que, dans un pareil état, le malade devait être disposé à une rechute, même pour les causes les plus légères. Cette rechute eut lieu; une nouvelle congestion cérébrale se manifesta ; l’inflammation de l’arachnoïde se renouvela : cette membrane , plus vivement irritée quelle ne l’avait jamais été, s’épaissit davantage, et contracta des adhérences avec la surface extérieure du cerveau, dans toute l’étendue de sa région supérieure, conjointement a^ec la pie-mère, qui était fortement injectée. De là résulta nécessairement l’irritation la plus vive de l’encéphale, et , par une suite tout aussi nécessaire, un désordre correspondant dans ses propres fonctions et celle de l’appareil locomoteur auxquelles il préside , désordre ex trêrae , qui se manifestait par le bouleversement complet de lenten dement , les cris confus, inarticulés et continuels , l’agitation non inter

( ig )

rompue , violente et spasmodique de la tête et des membres. Ces symptômes ne diffèrent de ceux dont s’accompagne raracbiiitis aiguë que par leur durée. Dans cette dernière; maladie ^ ils sont bientôt suivis de la période de cellapsus ^ tandis que, chez le malade qui fait l’objet de ces réflexions, ils ont duré pendant quatre mois.

Cette période de prostration arriva enfin pour M. A*** un mois avant sa mort; le calme se rétablit, les facultés restèrent oblitérées; la paralj^ie était considérable. A ces symptômes on r^onajaît une exhalation plus abondante de sérosité. Dans l observation de L. .. ou nous n’avons point trouvé d’adhérence des méninges .au cerveau, l’agitation n’a existé qu’à la deuxième période de la maladie, et n.a jamais été continue , ni très-intense.

Quelle influence a eu la gastrite chronique qu a presentee 1 autopsie sur raliénation mentale dont le malade était atteint? Il est difficile de répondre à cette question. Mais il est certain qu elle na pas été la cause du délire, puisqu’il n’existait aucun symptôme d affection gastrique lorsque celui-ci s’est manifesté, et que ce n est ;qu après son invasion que le malade s’est livré aux boissons avec passion.

III.^ OBSERVATION. Arachnitis chronique. \ Monomanie , démence idiotisme.): : : , , ; ; - .

M. Jean-François M***, d’un tempérament sanguiq, âgé do quarante-un ans , sculpteur très-habile , était sujet à un flux hémorrhoïdal périodique et très-abondant , qui, malgré l’appiication des sangsues, s’était supprimé depuis quelque temps et n avait pas reparu. îl avait fait plusieurs chutes de quarante à cinquante pii^s de hauteur , dans lesquelles il avait éprouvé des commotions cérébrales, violentes , et s’était fracturé le bras droit. Dans les premiers jours de janvier son caractère et son esprit changèrent d’une mànière remarquable.: il parlait beaucoup , s’exaltait et entrait en fureur à la moindre con^ trariété, voulait faire des entreprises avec tout le monde , et montrait dans ses affaires domestiques un affaihli^ement cansidérable de la

mémoire. Dès-lors les facultés intellectuelles se dérangèrent d’une manière rapide, et quelque temps après l’exaltation diminua; un délire exclusif et ambitieux survint : il avait quinze mille livres de rente ; les projets gigantesques qu’il allait exécuter devaient lui rapporter des millions. Il parlait avec un peu de gêne; sa démarche était mal assurée; il ne dormait pas pendant la nuit , et était souvent assoupi pendant le jour.

Le 26 août 1818 , il entre à la maison royale de Charenton à peu près dans le même état. Il est capable de travailler , demande ses instrumens ^ et dessine sur les murs de sa chambre des dessins remarquables par l’exactitude de leurs proportions.

Cependant son esprit s’affaiblit chaque jour; ses mouvemens deviennent plus difficiles ; son délire ambitieux s’étend : il possède six cent mille francs , il bâtira des châteaux plus beaux que ceux des Tuileries et du Louvre. Impossibilité de se livrer à des occupations suivies.

Le i4 janvier 1819, difficulté de fixer son attention; légère surdité; conception lente pour les questions les plus simples ; propos vagues ; délire plus étendu. Il possède six cents milliards, deux cents vaisseaux; il a. acheté l’Italie, s’est emparé de l’Asie; il est le meilleur artiste de 1 Europe. Lorsqu’on l’interroge sur sa santé, il répond qu il se porte parfaitement bien, qu’il ne doit point être enfermé, et que son équipage est à la porte, où il est attendu. Il montre encore beaucoup de goût pour la sculpture et le dessin , quoiqu’il soit incapable de tout raisonnement. Quelques jours après , facultés beaucoup plus affaiblies; incohérence dans les idées; mémoire si altérée, qui! a oublié ses plus proches parens, et qu’il a de la peine à reconnaître son épouse ; exaltation avec agitation par momens ; accès d’emportement à la moindre contrariété ; voix lente et traînante, parole bégayée; démarche gênée , chancelante par intervalles ; de temps en temps légers tremblemens des membres supérieurs ; appétit vorace ; beaucoup d’embonpoint.

Le 3i janvier, irascibilité augmentée; idées dominantes plus éten-

(lues et plus incohérentes ; progression si chancelante^ qu’il marche souvent comme un homme ivre.

Le 8 février , facuités profondément altérées ; il ne conçoit aucune des questions qu on lui fait, et répond par des paroles extravagantes , qui n’ont aucun rapport aux demandes qu’on lui a faites ; prédominance continuelle d’idées de richesse, de grandeur, de puissance, qui lî’ont entre elles aucune espèce de cohérence. Il a détruit toute

I Asie, dont il est empereur, il a cassé le pont qui allait à la lune, il a conduit les Chinois à Paris, il a huit cents pieds de hauteur, etc.

Le mars , état complet de démence ; mêmes idées dominantes qui composent toute la sphère de ses connaissances ; démarche dans laquelle il traîne lentement les pieds et est exposé sans cesse à tomber , le tronc paraissant faire fléchir les jambes sous son poids ; langue si embarrassée, qu’il parle avec une difficulté extrême; écoulement involontaire des urines et des excrémens ; faim dévorante ; affaiblissement des forces.

Le malade reste six mois environ dans cet état , sans offrir de changement remarquable.

Le 23 août, amélioration de l’état physique; diminution de la paralysie incomplète ; il parle avec moins de difficulté , retient volontairement ses excrétions. Démence avec agitation sans violence; emporleraens fréquens de courte durée, et ne laissant aucune' impression;face hébétée, exprimant la satisfaction , le contentement intérieur.

II va et vient sans cesse. Il est quelquefois assis ; d’autres fois attaché sur un fauteuil, avec une camisole, lorsqu’il est agité; il répète continuellement des mots d’une incohérence complète , marqués tous au coin de l’ambition la plus extravagante. Voici un exemple de son langage : Je suis l’empereur de Paris ; j’ai été l’empereur de partout; j’ai vécu six cent mille ans; j’ai cent pieds; je monte au ciel; je suis le maître du Capitole ; j’ai ressuscité la France; j’ai cent mille châteaux d’or, quarante mille chevaux d’or de bleu , qui font quatrevingts lieues par jour, et qui mangent des pâtés et du café; je me grandis moi-même ; je ne meurs jamais ; je suis en or ; j’ai vingt belles

télés en or; j’ai des yeux bien caducés , qui sont de beaux diamans, etc. Les affections morales sont oblitérées ; il est incapable de tout sentiment de haine, d’amitié , etc. Cependant, par momens , il prononce le nom de son épouse, et paraît la reconnaître dans toutes les femmes qu’il voit.

M. M*** reste plusieurs mois dans cet état ; ensuite l’agitation diminue , le cercle des idées se rétrécit ; il ne parle que lorsqu’on l’interroge , et le plus souvent il répond en répétant le dernier mot de la question qu’on lui a faite.

Pendant l’année 1819, il a éprouvé plusieurs attaques de congestion cérébrale , caractérisées par la perte subite ou la diminution de la connaissance , la privation de la parole, ou la difficulté d articuler des mots ; l’immobilité du système musculaire , ou des convulsions de la face et des yeux, et des Irembleraens des membres. Le sentiment et le mouvement revenaient bientôt; mais, après chaque attaque, la paralysie incomplète augmentait, 1 anéantissement moral faisait des progrès.

Dans le mois de mai 1820, démarche si chancelante, qu’il se soutient à peine ; grincemens fréquens des dents ; excrétions involontaires ; parole extrêmement lente et traînante ; trois attaques de congesdon

cérébrale avec tremblemens.

Pendant le mois de juin, idiotisme complet; face terne, inexpressive , couverte d’une sueur épaisse , visqueuse et gluante ; conception éteinte ; point de réponse aux questions qu’on lui fait , ou bien il fait entendre quelques monosyllabes mal articulés ; nul signe de déterminations volontaires. Il ne peut se soutenir d’aucune manière, même assis. Ses membres sont pendans sur les parties latérales du tronc, et offrent quelques tremblemens ; il est habituel ement attaché sur un fauteuil en forme de chaise percée , et I4C e invoibnlairement toutes ses excrétions. Le 20, augmentation e a congesiion cérébrale, quelques raouvemens convulsifs; perte de con^ naissance, qui revient bientôt, et se borne à un reste de sensi générale. Le 26 , teinte brunâtre des talons; excoriations du sacrum

Le 27, nulle trace de sensibilité, respiration profonde , gangrène des talons, qui sont noirâtres et couverts de phiyctènes. Vers le soir, tremblement des membres inferieurs, mais surtout de celui du côté droit; respiration bruyante, stertoreuse, et mort.

Pendant tout le cours de la maladie, il ny a eu nulle altération du pouls et de la digestion, et Pappétit a toujours été vorace. .

Ouverture du cadavre. Etat extérieur. Cadavre de cinq pieds cinq pouces , remarquable par la régularité de ses formes ; embonpoint musculaire très-prononcé ; chairs fermes , escharre large au sacrum;, gangrène des talons.

Crâne. Épanchement de deux onces environ de sérosité entre le feuillet arachnoïdien de la dure-mère et le feuillet cérébral, plus abondante du côté gauche que du côté droit ;rarachnoide cérébrale peu altérée sur les lobes du cerveau ; sur les hémisphères elle avait presque complètement perdu sa transparence ; était opaque , d’un blanc grisâtre, vue sur sa surface externe. Sa surface interne était adhérente au parenchyme encéphalique sur toute la convexité des hémisphères , et était couverte d’une couche de ce parenchyme lorsqu’on la séparait du cerveau. Elle avait au moins quatre fois son épaisseur naturelle, et avait quelque ressemblance avec du parebemin ramolli ; sa cohésion était tellement augmentée , qu’on pouvait soutenir et suspendre la masse encéphalique â l’aide d’un léger lambeau de cette membrane , détaché de la surface du cerveau. On pouvait même lui imprimer différeos mouvemens sans qu’il se déchirât.

Plus de huit onces de sérosité à la base du crâne ou sortant du canal rachidien. Les ventricules latéraux, et le troisième ventricule pleins et distendus par le même fluide, qui s’écoule par jet au moyen d’une piqûre faite au-devant des nerfs optiques. Gés cavités dilatées , et plus vastes d’un tiers que dans l’état ordinaire. L’arachnoïde qui les tapisse , épaissie d’une manière notable et facile à séparer de la surface cérébrale. Granulations dans le ventricule du cervelet extrêmement ténues , sensibles à la vue,, et non au toucher.

Substance cérébrale généralement molle ; celle de la protubérance annulaire beaucoup plus consistante. L’extrémité supérieure de la moelle vertébrale offrant une cohésion et une dureté remarquable. Arachnoïde vertébrale épaissie, et plus résistante que dans l’état naturel.

Thorax. Poumons sains. Le péricarde contenant une once de sang noirâtre; le cœur extrêmement mou, et facile à déchirer, se laissant pénétrer sans efforts par les doigts; ses cavités larges, dilatées et vides.

Abdomen. La muqueuso gastrique , un peu rugueuse au toucher , n offrant ni rougeur ni épaississement; les autres organes sains.

Cette observation a beaucoup d’analogie avec celle de M. A***, et montre comme elle un délire qu’on ne peut attribuer qu’à l’altération progressive de l’arachnoïde. La maladie a présenté trois périodes pendant lesquelles l’aliénation a pris successivement Ips formes de la monomanie, de la démence, et de l’idiotisme, en suivant d’une manière frappante les progrès successifs de la paralysie générale et incomplète. A l’invasion et pendant la première période de la maladie, suppression d’un flux hémorrhoïdal abondant , congestion cérébrale qui se manifeste par la gène de la prononciation et de la démarche , état fréquent d’exaltation , dérangement des facultés , délire borné à un certain nombre d’objets. A la deuxième période, démarche extrêmement chancelante , bégaiement très-considérable , parole très-confuse, excrétions involontaires, agitation sujette à des" exaspérations, idées complètement incohérentes, nulle trace d’attention, de jugement , de raisonnement ni de mémoire. Pendant cette période, le malade est frappé à plusieurs reprises d’attaques de congestion cérébrale accompagnées de perte de connaissance, et le plus souvent de tremblemens et de mouyemens spasmodiques de la face et des membres ; à chacune de ces attaques la paralysie, augmente, l’entendement s’oblitère davantage. Enfi|i , dans la dernière période, nul signe de volonté, paralysie presque complète et étendue à tout l’appareil locomoteur , aphonie ou sons inarticulés , et en

quelque sorte automatiques , que le malade fait entendre lorsqu’on lui parle; progression, station, session même impossibles, état constant de calme, légers spasmes dans les membres; en même temps , idiotisme complet-, nul signe qui puisse faire penser qu’il conserve quelque idée.

Ce parallèle, fait à toutes les époques de la maladie, nous offre un rapport constant entre le délire et la paralysie. On voit celui-là parcourir tous les degrés qui séparent l’aliénation partielle de la destruction entière des facultés de rentendenient , pendant le temps que celle-ci parvient du simple embarras des mouveraens jusqu’à l’immobilité presque complète de tous les organes de l’appareil locomoteur. On ne saurait donc se refuser d’admettre que ces deux ordres de phénomènes sont les symptômes d’une même maladie , c’est à-dire , d’une arachnitis chronique. Cette dernière affection doit être également dans un rapport constant avec les désordres physiques et intellectuels qu’elle détermine; c’est ce qu’on voit dans l’observation que nous analyspps. En effet, en comparant cette dernière avec l’observation précédente, malgré un grand nombre de points de ressemblance, on est frappé de quelques différences importantes : on les explique toutes de la manière la plus satisfaisante par les résultats dé l’autopsie cadavérique. Chez M. la paralysie incomplète aVait fini par la destruction presque entière des mouvemens; l’aliénation avait gardé long-temps le caractère de la démence , et s’était terminée par I idiotisme ; l’agitation n’avait jamais été continue ni très-violente Chez M. A**, la paralysie s:était bornée, pendant la plus grande partie du cours de la maladie, à rendre la prononciation difficile et la ^ démarche chancelante ; le délire , d’abord raonomaniaque , était devenu ensuite maniaque; l’agitation , à la seconde période, était extrêmement violente et comiilshe. Ces symptômes prouvent que chez le premier malade, le cerveau était plus comprimé qu’irrité, et que, chez le second , il était plus irrité que comprimé. A l’autopsie , nous avons vu que l’arachnoïde de celui-là avait l’épaisseur et l’aspect du parchemin , et une telle résistance , qu’on soulevait la masse encépha-

liaue à l’aide d’un de ses lambeau* , sans le déchirer. Nous avons vu aussi une quantité de sérosité si énorme dans les ventricules latéraux qu’elle sortait par jet après avoir fait une piqûre à ces cavités, l'arachnoïde de celui-ci, au contraire, quoique très-épaiss.e , ne pouvait pas supporter le poids du cerveau , ni résister à une traction un peu forte; le fluide séreux était beaucoup moins abondant. Chez les Lux sujets, l’arachnoïde était adhérente à la substance grise du cerveau. C’est à cette cause que nous avons attribue 1 agitation spasmodique de M. A*"; nous venons de voir que cette dernière neiisl,it point chez M. M"*, qui nous a cependant présenté l'adhérence de ia séreuse au cerveau. Celle contradiction n’est qu’apparente : eu effet on se rappelle que ce malade a été frappé , à plusieurs reprises,

d’attaques de congestion cérébrale , accompagnées de tremWenienr et

de conéK&i'ons. En quoi ces symptômes diffèrent-ils de 1 agitation spasmodique de l’autre malade ? Leur nature paraît la même : mais , dans le cas dont il s’agit, celle-ci était continue , ceux-là étaient périodiques . Les premiers indiquaient une irritation vive et inflammatoire du cerveau , laquelle disparaissait après une assez courte duree ; la seconde était le signe d’une irritation analogue, mais constante, du, même organe. .

iv.° OBSERVATION. Arachnitis chronique. [Monomanie, manie.)

M. Pierre-François-Louis de B***, âgé de quarante ans , d’un tempérament sanguin, d’un esprit naturellement faible, d’un caractère orgueilleux, mais bon, est né d’une mère qui est dans un état d’aliénation , et il se livre depuis long-temps à b masturbation, a éprouvé plusieurs attaques d’apoplexie, à la suite desquelies ses facultés intellectuelles , et surtout la mémoire , se sont graduellement affaiblies : la dernière, qui date d’un an environ, avait produit un troüble beaucoup plus marqué dans l’esprit. Cependant le ma a e, employé dans une légation, continuait ses occupations ordinaires ,

mais, depuis quinze jours, délire complet.

Le 27 juin 1819, il est conduit à la maison royale de Charenton dans Tétât suivant : face pleine et rouge , embonpoint , air général de contentement et de satisfaction , affaiblissement très-marqué de 1 entendement , sensations obtuses qui Tempêchent de s occuper des objets présens d’une manière soutenue , difficulté de fixer son attention en lui parlant, distractions continuelles, mémoire si altérée , qu’il se rappelle à peine ses parens et ses meilleurs amis; faculté de porter des jugemens simples sur les objets qu’il a le mieux connus ou qui se rapportent à ses premiers besoins , mais impossibilité d’asso^. cier plusieurs jugemens; incohérence dans les idées, intelligence sans cesse dominée par un délire ambitieux : il est François i.*' et quelquefois Louis xiv; il n’y a pas de plus puissant roi sur, la terre que lui; il possède dés richesses immenses, des diamans de la plu?-/ grande beauté, etc., et il s’emporte^contre ceux qui Tappellent par son vrai nom. En même temps symptômes de paralysie incomplèSe ; embarras de la langue qui rend la parole lente, la prononciation difficile , bt quelquefois bégayée ; démarche qui a quelque chose de mal assurée , agitation légère ; il parle beaucoup , lé plus souvent seul; il va et vient sans Cesse, se promène dans les cours et les corridors, tout entier à ses idées exclusives, et sans être déterminé pat aucun jugement fixé^, par-aUcun motif raisonnable. Peu de sommeil pendant la huit , appétit insatiabie ; désir continuel des alimeiïs ,

qu’il dévore avec la plus grande rapiditéi î ;

Pendant les trois premiers mois,^ aûgmëntatiori de la paralysie incômplète et de la démence : iTpb^ lëîsou^nir des mots qui servent à exprimer les choses les pWs coihmudes ; il ne reconnaît point sa sœur et sa mère ; incohérence* la plüë cGiliplète dans ses propos , idées d’ambition et de grandeur toujours -prédominantes , mais offrant mille variétés , suivant l’état hù se trouvé: le îmàlade : une chenille quHl rencontre devient son amie; sa’ belle pÉincesse d’Alle^ magne toute I couverte de diamans , etc. Après, cette lépoque, se déclare une agitation violénte : cris , chants , quelquefois Voej%a^ lions, mouvemens continuels et désordonnés de la; face:) et des

membres, inoniens de fureur aveugle, pendant lesquels il est à peine eantenu par la camisole et le fauteuil sur lequel il est attaché. Gerétat dure quelques mois, avec des rémissions irrégulières et passagères, et diminue peu à peu.

Vers le commencement dë 1820, paralysie plus avancée, démence plus complète; il se soutient à peine sur ses jambes, qu’il traîne lorsqu’il veut faire quelques pas ; voix profondément altérée, parole d’une très-grande lenteur et très-mal articulée, diminution de lasphère des idées, qui sont bornées à quelques réminiscences; la plupart des idées ambitieuses persistent. Peu de temps après , excrétion de l’urine , et déjections involontaires par la paralysie des sphincters; dévoiement, impossibilité de marcher, et même de rester debout; Voix tremblante, face sans expres^on , yeux fixes et hébétés, plaies de mauvaise nature sur divep^es parties du corps, maigreur qui augmente rapidement , faim insatiable. Vers la fin de février, dévoienrent abondant; peu d^ppétit, marasme, état adyiiamique. Le avril, embarras de la respiration, petitesse du pouls, et mort.

Ouverture du cadavre. — État extérieur. Pâleur générale , maigreur squélétiqiie, plaies aux pieds et sur le grand trochanter, escharre au. sacrum.

Crâne. Une petite quantité de sérosité épanchée entre la duremère et l’arachnoïde ; la surface extérieure de la première très-injeètée. On voit entre le feuillet arachnoïdien de la dure-mère et raràchnoïde cérébrale, une fausse membrane qui offre la disposition suivante : sut la plUS;<g,randei partie de l’hémisphère gauche du cerveau, elle a au moins deux fois l’épaisseur de la dure-mère , et cette épaisseur est' un peü-'plaSî'P^nsidérabîe au milieu de l’hémisphère et moindre sur ses parties- antérieure et postérieure, ainsi qu’à la base de l’encéphale , où la fausse rqçmbrane devient très-ténue , mollasse , et impossiblefa séparèr. Sa surface extérieure , lisse ,, pélie, blanche, comme la duré-imère , lui est adhérente par beaucoup de filamens faedés ;à rompre , et.de nature cellulaire. Sa surface interne est

libre ; contiguë à l’arachnoïde, mouillée par la sérosité, et uapeu

rougeâtre. Cette production est très-mince sur l’hémisphère droit et arachriiforme : elle est dure , et d’une très-grande résistance aux ennemis où elle est très-épaisse, et facile à déchirer partout où elle est mince. Le feuillet séreux de la base du crâne offre çà et là de petites plaques rougeâtres. Arachnoïde cérébrale devenue opaque, dune couleur d’un blanc grisâtre , épaissie et si résistante , qu’on la sépare avec la plus grande facilité de la surface du cerveau, avec laquelle elle a contracté un grand nombre d’adhérences ; elle emporte , en la détachant, des portions delà substance corticale, qui, misé à découvert, paraît mollasse et rougeâtre. Ces altérations, très-manifestes sur la face externe des hémisphères , se remarquent à peine à la base du cerveau, et n’existent pas du tout au cervelet. Les ventricules latéraux et le ventricule moyen pleins de sérosité; l’arachnoïde qui les tapisse épaissie , facile à séparer , et couverte d’une multitude de granulations perceptibles au toucher et à là vue. Pie-mère trèsrouge et injectée dans ses plus petits vaisseaux. Pulpe encéphalique moffe et injectée.

Thorax. Les deux poumons gorgés de sang : le droit offre à son sommet une dureté considérable, et , au milieu du tissu pulmonaire durci, une excavation capable de contenir une noisette, et entièrement vide. Deux onces environ de sérosité dans le péricarde ; surface extérieure du cœur infiltrée du même liquide.

- Abdomen. Y Ole gorgé de sang, qui s’écoule abondamment a chaque incision. Estomac considérablement rétréci à sa partie moyenne , et dilaté à ses extrémités. La membrane muqueuse , couverte de mucosités abondantes et épaisses, présènts une rougeur intense et une multitude de points noirâtres. Le pylore est resserré, et sous la muqiieuse on voit une substance cartilagineuse qui l’environne. Rougeur de la membrane muqueuse des intestins grêles , très-vive à certains endroits, plus marquée sur les valvules connivèntes que dans leurs intervalles ; couche épaisse de sang noirâtre ou rougeâtre , mêlé à des mucosités dans la cavité des intestins.

Les symptômes dont cette observation se composé ont suivi une

marche progressivement croissante , et dérivent évidemment de l’inflammation de l’arachnoïde et de l’état du cerveau, examinés dans les trois périodes qu’ils ont dû présenter. Première période. Le malade est frappé de plusieurs attaques d’apoplexie, qui consistent en une injection subite des vaisseaux du cerveau et de ses membranes. Ces attaques, dont les effets disparaissent d’une manière incomplète , sont suivis d’une congestion sanguine légère, mais habituelle, qui produit l’affaiblissement des facultés intellectuelles, et surtout de la mémoire. Deuxième période. La congestion cérébrale augmente, l’arachnoïde, injectée, s’épaissit par la présence du sang dans ses capillaires et dans ceux de la pie-mère ; elle perd une partie de sa -transparence, comprime et irrite le cerveau; de Là le. délire partiel , la dégradation des opérations de l’âme, la paralysie incomplète générale , marquée par l’embarras de la langue et une démarche mal assurée ; de là aussi une agitation légère. Les symptômes suivent l’accroissement graduel des phénomènes inflammatoires. Troisième période. L’inflammation de l’arachnoïde cérébrale acquiert un ceftain degré d’acuité;, le sang, appelé par une irritation plus forte, y afflue plus abondamment; alors sa surface interne contracte des adhérences avec la surface du cerveau; sa surface externe exhale une sérosité albumineuse qui s’organise en membrane ; le cerveau , plus vivement irrité, donne lieu à une agitation violente et aux mouvemens spasmodiques de tout l’appareil musculaire ; mais, sitôt que la fausse membrane est formée, le travail inflammatoire diminue, l’irritation s’affaiblit, la compression du cerveau est beaucoup plus forte qu elle n’avait été jusqu’alors ; aussi la paralysie est plus complète, les facultés plus oblitérées.

L’état d’agitation violente qu’a présenté le malade pendant les derniers temps a empêché d’observer attentivement les symptômes auxquels a dû donner lieu l’inflammation gastro-intestinale qu à montrée l’autopsie. 11 ne paraît pas qu’elle ait agi comme cause de l’aliénation mentale; il est probable qu’elle a commencé beaucoup plus tard , et qu’elle a été une des causes de la mort, comme tend

à le prouver le dévoiement très-abondant qui a duré pendant plusieurs mois.

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