V.* OBSERVATION. Arachnitis chronique..(Ma/2/e,^/eW7zce
^ Louis Léveillé, soldat de la garde royale , âgé de quarante - sept ans, d’un tempérament sanguin, d’une x:onstitution robuste, avait éprouvé un chagrin très-vif de se voir retirer, pour un acte d’insubordination , la décoration de la Légion - d’Honneur dont il était revêtu. Il avait donné des marques d’aliénation sur lesquelles on n’a donné aucun renseignement lorsqu’il est entré , vers la fin du mois d’août 1819, à l’hôpital du Gros-Caillou, où il est resté quinze jours environ dans un état de délire, tantôt calme et tranquille , tantôt très-agité et brisant tout ce qui se trouvait sous sa main.
Le 11 septembre 1819, jour de son entrée à la maison royale de Charenton, il a la face pleine, hébétée , avec un air remarquable de contentement ; il répond avec lenteur , et souvent par monosyllabes aux questions qu’on lui fait 1 il a un regard et un sourire niais; il dit souvent qu’il se porte bien , qu’il va bien ; il a oublié les choses les plus communes , telles que le numéro de son régiment , le nom de son colonel , son âge , etc. ; il parait avoir des idees de fortune , dont il ne parle point , à cause de l’abattement des facultés inteliecfuelles ; la démarche est chancelante , la parole lente et traînante ; il dort bien, mange beaucoup et avec voracité. Ces symptômes font des progrès notables pendant les premiers mois de son séjour à la maison de Charenton; ensuite ils restent stationnaires, et jusqu’au mois de septembre 1820, le malade est dans l’état suivant : sensations très-obtuses , peu de douleur lorsqu’on le pince fortement; regard stupide, vague, et incertain ou fixe ; il faut lui parler à haute voix et dans l’oreille pour fixer un peu son attention aux questions qu’qp lui fait; le plus souvent il ne les comprend pas , et fait entendrp quelques sons mal articulés : oblitération des facultés intellectuelles ,
nul souvenir de tout ce qui lui est arrivé et de ce qui se passe tous les jours sous ses yeux, oubli complet de tout état antérieur, sphère des connaissances réduite à quelques idées ambitieuses incohérentes , ou relatives à ses premiers besoins : il est riche , il se porte bien , il mange bien , etc. Paralysie générale et incomplète trèsavancée ; voix obscure ; langue très-embarrassée, rendant la parole entrecoupée , tremblante et mal articulée ; démarche lente , trèsdifficile, qui a lieu en traînant les jambes : calme continuel. Il reste assis sur un banc dans le chauffoir, les mains sur les genoux, la tête légèrement baissée , dans un silence apathique constant , et sans faire un seul mouvement ; par momens il se lève , reste long-temps debout sans changer de place , ou bien il erre çà et là dans les cours sans motif et sans dessein.
, Dans le mois de septembre 1820, il ne peut plus articuler lorsqu’il veut parler , il fait entendre des sons inintelligibles et confus, qui se prolongent long-temps dans sa bouche. Il ne peut plus marcher ni se soutenir sur ses jambes. Les excrétions sont continuelles ef involontaires. On lui met la blouse, et on l’attache sur un fauteuil en forme de chaise percée , afin de l’empêcher de tomber. 11 continue à manger avec voracité, et sans pouvoir être rassasié. Son embonpoint est considérable.
Au commencement de janvier 1821 , augmentation de tous les symptômes; idiotisme symptomatique absolu: face abrutie; sensations si obtuses, qu’il sent à peine lorsqu’on le pince très-fortement ; ,yeux fixés et éteints. Il est incapable de comprendre l’idée la plus simple ; cependant il tourne un peu les yeux lorsqu’on l’appelle à haute voix. Paralysie générale, aphonie complète , décubitus dorsal, piembres étendus sur les parties latérales du tronc, et ne faisant aucun mouvement , même lorsqu’on les pique ; faim dévorante, embonpoint énorme. Vers le i5 , il se forme deux escharres très-étendues au sacrum, qui sont suivies d’une plaie brunâtre, profonde, fournissant un pus fétide et abondant. A chaque pansement il se détache des lambeaux de chair sans nul signe de douleur. Pouls
fort et sans fréquence , voracité , état d’obésité monstrueux , membres ayant une fois et demie leur volume naturel , face distendue par la bouffissure graisseuse , respiration gênée. Ne pouvant plus faire un seul mouvement , le malade distingue les alimens qu’on lui présente , les saisit avec la boucHe par une espèce d’impulsion instinctive. De toutes les facultés de l’entendement humain il ne lui reste que quelques sensations confuses.
Le 20 janvier, la plaie s’agrandit énormément; la respiration est très-difficile , la bouche entr’ouverte. Cependant le malade mange encore les potages que lui donne l’infirmier.
Le 25 , coma, pouls faible et lent.
Le 27 , mort.
Ouverture du cadavre. Sacrum découvert par une plaie profonde; Obésité extrême du cadavre : trois pouces de graisse sur les cuisses , et deux aux jambes, avec une légère infiltration séreuse.
Crâne. La dure-mère est distendue. En ouvrant cette membrane, il s’écoule avec jet douze onces environ de sérosité légèrement sanguinolente épanchée entre les deux feuillets de l’arachnoïde , et occupant la partie antérieure et supérieure des hémisphères cérébraux. Lorsqu’elle s’est échappée en entier, la dure-mère, trop vaste pour le cerveau , forme des rides et des plis à sa surface. Les anfractuosités sont resserrées, les circonvolutions aplaties, et les hémisphères, extrêmement comprimés en devant, se terminent en pointe dans ce sens, et figurent une espèce de triangle, dont la base est postérieure et le sommet antérieur. En mesurant comparativement l’étendue transversale de la région supérieure du cerveau dans différens points, et celle de la voûte du crâne qui lui correspond, on voit que cette région remplit exactement toute la voûte en arrière, tandis qu’elle en est séparée en devant par un espace qui est d’un pouce au moins de chaque côté sous les fosses frontales.
B y a une fausse membrane dans toute la cavité de l’arachnoïde , excepté dans les fosses occipitales et sur le cervelet. Elle a une ténuité arachniforme dans certains endroits; elle est plus épaisse dans d’au-
très et se sépare avec la plus grande facilité du feuillet arachnoïdien de la dure-mère, avec lequel elle est en contact par sa face externe. Sa face interne, rougeâtre, offre çà et là des points d’un rouge plus foncé. L’arachnoïde de la dure-mère est très - injectée.
La face externe de rarachnoïde cérébrale offre, sur les parties latérales des hémisphères, de très-petits caillots de sang. Cette membrane est épaissie et un peu plus résistante que dans l’état naturel sur les parties antérieure et supérieure des hémisphères cérébraux, où elle est adhérente dans quelques points à la substance corticale. Elle est adhérente à elle-même dans la grande scissure, et injectée sur toute k surface encéphalique, excepté au cervelet. La pie-mère est rouge, injectée de beaucoup de sang, qui tombe dans les anfractuosités en la détachant; Les ventricules latéraux, pleins de sérosité ^ offrent quelques granulations à leur surface. Substance cérébrale saine.
Les viscères abdominaux et thoraciques sont plongés dans une atmosphère graisseuse. L’estomac, très-retiré sur lui-même , présente des rides volumineuses de sa membrane muqueuse , qui est légèrement rosée.
Ji est à regretter qu’on n’ait pu obtenir aucun renseignement sur les causes prédisposantes et occasionnelles de cette maladie, et sur l’état du malade avant son entrée dans la maison de Charenton. On apprit seulement qu’il avait été dans un état de manie avec des momens de fureur. On voit, par l’observation qui précède, que Léveillë resta pendant un an dans un état de paralysie générale et incomplète , caractérisée par une démarche très-chancelante , une prononciation difficile et accompagnée d une démence complète , avec dés idées incohérentes et très-bornées , sans aucun signe d’agitation. La dernière période fut marquée par une insensibilité presque absolue et universelle, la destruction à peu près complète de tout mouvement musculaire, et l’idiotisme le plus parfait que l’on puisse concevoir. Les observations précédentes ont prouvé que ces symptômes dépendaient de la compression du cerveau ; et comme ces der-
niers ont eu chez Léveillé une intensité beaucoup plus grande que chez les autres malades, le raisonnement porte à penser que la corn- ' pression était également plus considérable. L’autopsie cadavérique a pleinement confirmé cette induction en montrant le cerveau placé entre deux puissances compressives très-fortes, savoir, d’un côté^ une grande quantité de sérosité qui distendait ses ventricules , et d’un autre côté, douze onces environ du même fluide, qui, pesant sur la région supérieure , avaientaplati ses circonvolutions et resserre ses anfractuosités. On doit attribuer L’agitation de la première période à Létat le plus aigu de la phrénésie, à l’époque ou 1 arachnoïde, arrivée à son plus haut degré d’inflammation, exhalait, avec la sérosité , des flocons albumineux qui s’étaient peu à peu organises; en fausse membrane. Plus tard , l’irritation diminua, l’exhalation séreuse augmenta progressivement , et finit par produire une hydrocéphale symptomatique, de la même manière que la pleurésie et la péritonite chroniqües donnent lieu à des hydropisies consécutives.
VI .‘ OBSERVATION. Arachnltis chrouique. ( mélancolie ^ démence. )
M. R***, prêtre, âgé de cinquante-six ans , d’un tempérament lymphatique, d’une famille saine , se livrait sans cesse , avec une application soutenue , aux études les plus abstraites , lorsqu’au milieu de l’année î8r6, il donna des marques d’un désordre dans les facultés de l’entendement. Il avait de fréquentes absences, et perdait souvent la mémoire d’événeméns qui s’étalent passés depuis peu de jours sous s^s yeux ; il s’aperçut de l’affaiblissement de sa tête et du trouble de ses idées, et le chagrin qu’il éprouva de se voir dans un pareil état le jeta daos une mélancolie profonde , qui dura six sèmaines environ. Dès “lors ses facultés s’affaiblirent rapidement, et il ne tarda pas à tomber dans un état de démence semi-paralytique accoropagnéè des symptômes suivans : tête pesante et embarrassée, plaintes fréquentes d’y ressentir des douleurs très-vives idées extrêmement circonscrites, bornées et incohérentes j perte complète de mémoire, au point qffii
ne reconnaît pas même le domestique qui le sert depuis dix-huit mois; démarche mal assurée , calme habituel.
Le 12 mai 1818, il est conduit dans la maison royale de Charenton ; à cette époque, face pâle et un peu bouffie, langue un peu embarrassée , parole tremblante, air de souffrance, plaintes, idées très-rétrécies et entièrement décousues, sans aucune prédominance, démarche vacillante, pleurs par moraens, écoulement involontaire des urines et des excrémens; bon appétit, désir très-fréquent de manger.
Depuis cette époque, jusqu’à la fin de l’année , ces symptômes ont augmenté graduellement, sans changer de caractère. Le malade s’est affaibli chaque jour , et à deux ou trois reprises il a perdu connaissance : elle s’est rétablie, chaque fois, peu de temps après, mais la paralysie générale a fait des progrès.
Le 4 janvier 1819, il n’entend aucune des questions qu’on lui fait, et reste entièrement étranger à tout ce qui l’environne; la perte de mémoire est si complète, qu’il a oublié jusqu’au nom des choses dont il a le plus besoin, comme le pain , qu’il appelle de la religion. Son nom , celui de ses parens, des personnes qui le servent , Dieu, etc. , ont également disparu de son esprit , et , si par raomens il paraît conserver quelque souvenir de ces objets, il retombe bientôLdans son premier état : la sphère de ses idées est extrêmement bornée et se rapporte principalement à ses premiers besoins ; mais ces idées se présentent lentement à son esprit, et le plus souvent sans aucune cohérence; il parvient quelquefois à porter quelques jugemens, mais très-simples et utiles à sa conservation , dont l’instinct a survécu à cette dégradation. de l’entendement. Le plus souvent, le malade ne répond pas, ou répond par monosyllabes ; sa parole est très-lente , sa démarche tellement chancelante, qu’il a de la peine à se soutenir sur ses jambes, et qu’il fait des chutes fréquentes ; ses excrétions sont involontaires. 11 reste ordinairement ou attaché sur un fauteuil en forme de chaise percée, ou dans la cour de son quartier, faisant quelques pas mal assurés, s’appuyant au mur ou aux arbres pour ne pas tomber , ayant 1 expression de l’oblitération des facultés unie à un air de souf-
France qui lui fait faire des plaintes de temps en temps , et prononcer souvent les mots de mon amij mon pauvre ami, malade ^ etc. Il est tourmenté par un appétit continuel et demande souvent à manger.
Le3i mars, face très-pâle, sans expression , et bouffie ; impossibilité de se soutenir sur ses jambes, plaintes continuelles , affaiblissement des forces, amaigrissement progressif, désir continuel de manger, dévoiement.
Pendant le mois d’avril , continuation de la diarrhée et des autres symptômes , chute progressive des forces. Au commencement de mai, diarrhée, prostration complète, maigreur extrême , entendement anéanti, point de réponses aux questions, ni de signe qui indique qu’elles font une impression sur lui ; aphonie : de temps en temps cris confus et plaintifs. Le 22 mai, affaissement porté au dernier degré, pouls lent et très-petit, respiration courte et embarrassée.^Le 25 , mort.
Ouverture cadavérique. — Habitude extérieure. Cadavre dans un état de marasme complet.
Crâne. Épanchement d’une grande quantité de sérosité à la base du crâne et dans le canal vertébral; une once environ du même fluide entre les deux feuillets de l’arachnoïde : cette membrane blanchâtre et opaque dans plusieurs points , assez transparente dans d’autres, où eale laissait voir sous elle de la sérosité, qui lui donnait une apparence gélatineuse. Elle était épaissie , très-ré sistante, facile à enlever de la surface du cerveau ; sa surface extérieure offrait une foule de granulations excessivement ténues , sensibles à l’œil seulement dans certaines positions. La pie-mère, très-rouge, était infiltrée d’une grande quantité de sérosité qui s’écoulait de toutes parts et tombait dans les anfractuosités. Toutes ces altérations des méninges se remarquaient principalement sur la convexité des hémisphèrès du cerveau. On voyait à la base de la masse encéphalique , sous chaque lobe moyen du cerveau, une espèce de poche irrégulière , transparente, molle, ayant une forme allongée, plus large et plus distendue en avant qu’en arrière, libre dans sa partie inférieure, qui était logée dans la fosse
ialérale et moyenne de la base du crâne , adhérente au cerveau dans la supérieure. Elle était remplie par une sérosilié limpide, et Ton remarquait dans son intérieur des filarnens de tissu cellulaire qui s’entrelaçaient en divers sens, et dont les aréoles, infiltrées du même fluide, avaient un aspect gélatineux. Une membrane peu épaisse séparait en haut la cavité de cette poche de celle des ventricules latéraux , dont la substance cérébrale , qui forme leur paxoi inférieure , avait entièrement disparu. Cette cloison était percée en quelques endroits, de manière qu’il existait une communication entre ces dernières cavités et celle de la poche séreuse. La substance cérébrale sur laquelle cette poche était appliquée était ramollie et réduite en petits fragméns blanchâtres. Lés ventricules latéraux, très-vastes, étaient ëhojrmément distendus par la sérosité. Le reste du cerveau , sain.
La poitrine et: l’abdomen n’ont pas été ouverts.
RéJUxions. Cette observation ne diffère de la précédente que par son début et le degré d’intensité des symptômes, qui a été moins considérable que chez Léveillé. îl n’y a pas eu, à l’invasion, comme chez, ce dernier, ni à aucune époque, de l’agitation et de la fureur : la démence s est manifestée de bonne heure, et a duré presque pendant tout le cours de la'maladie; 1 idiotismOn’a existé d’une manière complète, que le dernier mois de la vie; la paralysie, générale et incomplète, a augmenté jusqu’à la mort, mais n’est point parvenue à cet état d’insensibilité et d’immobilité universelle qui faisait de Léveillé I image ia plus frappante d’un automate vivant. La compression du cerveau, à en juger par les altérations cadavériques, avait dû être excessive. L’on ne peut expliquer la formation de la poche qui existait à la base de cet organe qu en admettant que raccumulation de la sérosité s était faite primitivement dans les ventricuîes latéraux, qu’après avoir distendu outre mesure W parois dé cés cavités , elle avait usé peu à peu la substance cérébrale qui forme leur paroi inférieure , ! avait enfin détruite complètement , et , perçant l’arachnoïde ventriculaire, s était infiltrée dans les mailles de la pie-mère de la base du cerveau, avait détaché l’arachnoïde qui tapisse celte partiè,
et lui avait donné la forme d’une poche. De semblables délabremens n’ont pu avoir lieu sans que le cerveau ait eu à supporter une compression extrême ; et l’on pourrait s’étonner que l’oblitération com-' plète de l’entendement et des mouyemens n’eut pas été plus prompte, s’il n’était pas probable que les principales altérations ont eu lieu dans le dernier mois de l’existence. Quant à l’absence de l’agitation , on conçoit que la phlogose de l’arachnoïde qui donne lieu a l épaississément de cette membrane , ayant eu lieu d’une manière lente et peu marquée, et ayant déterminé, presque dès l’origine de la maladie, une exhalation abondante de sérosité , le cerveau n’ait pas été irrité.
Résumé des observations précédentes.
Mon dessein , en publiant les observations qu’on vient de lire, a été de jeter quelque lumière sur la nature des maladies mentales , en faisant connaître l’aràchnitis chronique comme cause d’une espèce d'aliénation symptomatique confondue jusque aujourjd’hui avec l’aliénation essentielle. L’intention de tracer une histoire générale de cette maladie a été aussi loin de ma pensée qu’elle l’aurait été de mes forces. Espérons que M. le professeur Royer-Collard, qui observe depuis long-temps cette affection , dans la maison royale de Charenton^ et qui possède sur elle les matériaux les plus précieux, fera enfin jouir le public du fruit de son expérience et de son observation touchant une maladie qui, par sa fréquence, ses symptômes, sa marche, sa gravité, ses terminaisons, presque toujours funestes, çt ses conséquences sociales, mérite de fixer toute l’attention des médecins.
Je me bornerai aux propositions suivantes, qui sont les corollaires des observations qui précèdent, et des réflexions qui les accompagnent (i).
(i) Elles sont également fondées snr un grand nombre d’autres observations de la même maladie que j’ai été à portée de recueillir.
1. ” L’arachnitis , ou phrénésie chronique, est une maladie qui diflfère d’une manière essentielle de l’arachnitis aiguë, dentelle n’e»t point une des terminaisons.
2. ” Elle reconnaît un grand nombre de causes prédisposantes et occasionnelles; mais chacune d’elles n’agit qu’en appelant le sang vers le. cerveau et l’accumulant dans les vaisseaux de la pie mère et de l’encéphale. La congestion cérébrale, lente ou subite, qui en résulte, est la cause nécessaire et prochaine de la maladie. ' Elle agit ^ur le tissu de l’arachnoïde.
3. ” La phrénésie chronique consiste dans des altérations de l’arachnoïde qui ont beaucoup d’analogie avec celles qu’occasionne l’arachnitis aiguë; excepté cependant que, dans la première de ces affections , il n’y a jamais de suppuration , tandis qu’elle est très- . fréquente dans la dernière. Les caractères anatomiques de cette inflammation chronique sont , l’opacité de l’arachnoïde ; son épaississement, qui peut-être assez léger, ou égaler et même surpasser l’épaisseur d’un feuillet de parchemin ; une augmentation de cohésion et de résistance dont les degrés sont très-variés, et qui est quelquefois si considérable , que la membrane résiste aux efforts que l’on fait pour la déchirer , et soutient le poids de la masse encéphalique sans se rompre ; l’épanchement d’une grande quantité de sérosité, qui se rassemble à la base du crâne , infiltre le tissu de la pie-mère et s’amasse dans les ventricules latéraux , dont elle peut distendre outre mesure les parois, en constituant ainsi une hydrocéphale symptomatique ; assez souvent l’adhérence de l’arachnoïde à ellemême et à la surface extérieure de la substance cérébrale, dans une étendue plus ou moins considérable; assez fréquemment l’injection de la pie-mère et l épaississement de l’arachnoïde ventriculaire, sur laquelle on voit des granulations très-ténues, perceptibles à l’oeil et sensibles au toucher, dans un très-petit nombre de cas; quelquefois de fausses membranes , et rarement des épanchemens sanguins entre
les deux feuillets de l’arachnoïde.
4- Les symptômes de l’arachnitis chronique peuvent tous se ré-
duire à une paralysie générale et incomplète, et au dérangement des facultés intellectuelles. Ces deux ordres de phénomènes marchent d’un pas égal et proportionnel, et peuvent faire diviser la maladie en trois périodes. Dans la première , la prononciation est sensiblement embarrassée , la démarche mal assurée ; le désordre de l’entendement se manifeste par un affaiblissement de l’intelligence, un délire monomaniaque, qui domine plus ou moins le malade, et souvent par un état d’exaltation plus ou moins considérable. Dans la seconde période, les mouvemens de la langue et des membres conservent souvent le même era^barras que d^s la première, ou deviennent plus difficiles; le délire est maniaque et général, fréquemment accompagné d’idées dominantes; il y a de l’agitation, qui varie depuis la loquacité ^t la mobilité , qui fait changer continuellement les malades de place , jusqu’à la fureur la plus violente et la plus incoercible. Enfin la troisième période est, en général, caractérisée par un état de démence et une augmentation de la paralysie générale et incomplète : la parole est bégayée, tremblante, très-difficile, et quelquefois intelligible; la démarche est vacillante, très- chancelante, ou même impossible ; les excrétions sont involontaires ; l’entendement, extrêmement affaibli , ne conserve qu’un petit nombre d’idées complètement incohérentes, qui sont tantôt vagues , et tantôt plus ou moins fixes ; il y a le .plus souvent du calme , et de temps en temps une agitation plus ou moins grande. Cette période se termine quelquefois par une paralysie presque complète de tous les mouvemens volontaires , et par un état complet d’idiotisme. Chaque malade ne présente pas constamment les trois périodes ; il n’est pas rare de voir manquer la seconde; celle-ci offre quelquefois une agitation spasmodique, continuelle ou périodique; assez souvent, pendant la troisième , il survient tantôt des attaques de congestion cérébrale , accompagnées de pertes de connaissance, quelquefois de mouvemens convulsifs et de tremblemens, et suivies d’une augmentation des symptômes de la maladie; tantôt des attaques épilepüformes.
Voilà quels sont les phénomènes les plus essentiels de la phrénésie chronique. Il n entre pas dans mon plan d’en tracer le tableau complet , ni de parler de sa marche , de ses terminaisons , de ses signes, ni du traitement qui lui est applicable. J’aurai atteint le but que je me propose , si cette partie de mon travail peut prouver que Vamchmtis chronique existe , et qu’elle est la cause d’une aliénation mentale symqjtomatique.