‹ Recherches sur les maladies mentalesChapitre 8 sur 10 · IV.® OBSERVATioîî. Entérite chronique. [Mélancolie , manie · texte numérisé non relu

IV.® OBSERVATioîî. Entérite chronique. [Mélancolie , manie

Madame de la P^-^, âgée de cinquante-neuf ans , appartenait à une famille dans laquelle il n’y a jamais eu d’aliénés. Son père était vif, violent et très-intéressé. Cette dame, d’un caractère vif et colère, surtout avec les personnes qui vivaient dans son intimité, avait souffert beaucoup dans la révolution : la maison de son père avait été envahie par la populace , des coups de fusil avaient été tirés contre elle, et son bonnet avait été rasé par les balles. De là un chagrin violent qui avait influé sur son humeur , et l’avait rendue sérieuse et méfiante. De plus , elle avait été vivement afiectée de la conduite de son père, qui refusait à elle et à ses autres enfans ce qui leur revenait de l’héritage de leur mère. La menstruation , qui est interrompue depuis cinq mois , avait toujours été pénible. Toutes ces causes avaient rendu sa santé habituellement chancelante , lorsque , vers le mois de septembre 1821 , elle est prise de maux de tète, de vomissemens bilieux , avec fièvre et phénomènes nerveux, comme des douleurs dans diverses parties du corps , des syncopes, etc. On lui administra vingt grains de sulfate de quinine pour la fièvre, qui avait une marche intermittente anomale : cellc'ci disparut ; mais le malaise qui tourmentait la

malade persista , ainsi que la plupart des autres symptômes ; et, quoique sa tète ne fût point dérangée , son humeur était devenue beaucoup plus aigre.

Le 25 décembre , désordre manifeste des facultés, que dénotent des actions extravagantes : elle dérange tous les objets qui tombent sous sa main , et les met au milieu de la chambre , allume beaucoup de chandelles , rit aux éclats et sans motif.

Le 10 janvier 1822 , délire mélancolique : on la vole; elle veut aller voir le procureur du Roi et le préfet pour se faire rendre ses effets ; elle veut quitter sa maison , aller à l’hopital ; tristesse , craintes. Dix jours après , délire général , avec prédominance d’idées tristes : crainte d être empoisonnée, de même que son fils , qu elle ne veut point quitter , parce qu’on veut aussi l’empoisonner ; loquacité continuelle; incohérence complète et universelle dans ses actions et ses propos ; cris, chants , ris par intervalles ; quelquefois fureur, dans laquelle elle frappe ; tendresse excessive ou aversion pour son mari , et sa fille , qu elle a toujours beaucoup aimée ; insomnie ou sommeil de trèscourte durée ; anorexie : elle ne demande point à manger ni à boire , et mange très-peu , mais un peu plus quand elle est seule ; constipation fréquente.

Le 29 janvier , jour de son entrée à la maison royale de Charenton , elle est dans l’état suivant : face maigre et altérée , yeux fixes et sans regard, coucher en supination; bouche légèrement entr’ouverte , lèvres sèches et rouges, dents brunâtres , langue rouge et sèche; sensibilité à l’épigastre , qui se manifeste lorsqu’on presse un peu fortement cette région ; constipation ; pouls petit et fréquent ; respiration plus rapide que dans son état naturel ; nulle réponse aux questions qu’on lui fait, nul signe qui indique qu’elle les comprend ; état d’assoupissement , agitation par momens.

Les quatre ou cinq premiers jours, nul changement dans son état; lèvres brunâtres.

Les cinq ou six jours qui ont suivi, lèvres moins brunâtres, consti-

patiqn , assoupissement moins profond : elle fait quelques signes qui indiquent quelle entend légèrement les questions qu on lui fait.

Depuis cette époque , augmentation de tous les symptômes; lèvres et dents brunâtres , langue de même couleur et sèche , impossibilité de la tirer de la bouche ; dévoiement extrêmement abondant , entièrement liquide et fétide ; pouls très-petit et fréquent , respiration courte et fréquente , chute des forces.

Continuation et augmentation de ces symptômes pendant trois à quatre jours, et le i4 février 1822 , mort.

Jutopsie cadavéricjjie. Etat extérieur. Cadavre dans un état de maigreur considérable.

Tête et poitrine. Nulle altération des organes renfermés dans ces deux cavités.-

Abdomen. L’estomac offrant une teinte légèrement rosée près du cardia. La membrane muqueuse de l’intestm grêle, présentant , dans toute son étendue , une couleur rosée parsemée de points noirs , laquelle augmente à mesure qu’on s’approche du cæcum, La muqueuse de cet organe offrant une rougeur très-vive , uniforme , étendue à la plus grande partie de l’intestin , ressemblant au vermillon , se continuant dans le commencement du colon, diminuant ensuite, et devenant très-légère à l’arc transverse de cet intestin,

La vessie , distendue par plus d’une pinte d’urine, occupant toute la cavité du bassin , et dépassant le niveau du pubis.

Les autres viscères abdominaux sains.

En exoniinant attentivement les phénomènes physiques et intellectuels, ainsi que les lésions cadavériques que nous présente cette observation, non seulement on est obligé d’admettre que l’entérite chronique à laquelle la malade a succombé a déterminé la forme de l’aliénation mentale, mais encore qu’elle en a été la cause excitante îsar son action sympathique sur le cerveau. Depuis long-temps des malheurs et des chagrins domestiques avaient altéré le caractère de madame de la P*** , et avaient porté une atteinte à ses facultés, sans déterminer le délire; ces causes avaient agi sur les propriétés vitales de

l’encéphale et l’avaient longuement disposé à l’irritation. Dans cet état, la malade est prise d’une affection gastrique avec vomissemens , céphalalgie, douleurs variées dans diverses parties du corps et fièvre qui a une marche intermittente anomale. On donne vingt grains de sulfate de kinine qui font cesser la fièvre, sans diminuer les autres symptômes; c’est peu de temps après, et sans que la malade eût été exposée à aucune cause morale, que la tête se dérangé, le délire, d’abord vagué, devient ensuite mélancolique, et quelques jours plus tard se transforme en un état de manie accompagnée d agitation, quelquefois de fureur et de crainte d’être empoisonnée , elle et son fils. Au bout de quelque temps ses facultés s’affaissent; elle devient calme, tombe dans un état de coma plus ou moins profond , et présente , sous le rapport physique , tous les symptômes de l enterite adynarnique. Ces rapprochemens nous montrent 1 aliénation mentale se manifestant après laphlegmasie intestinale , se développant à la suite d’une' exacerbation de cette dernière occasionnée par le sulfate de kinine , diminuant et disparaissant lorsque l’entérite chronique parvient à la période de collapsus : donc le délire était un phénomène sympathique de cette dernière , de même que l’état di’assbupissement qui lui a succédé.

V.® OBSERVATIOIX. Gâstro-entérite chronique. { Méîancolie, manie , démence. )

MadameB***, âgée de quarante-sept ans ,d’üntetnpéramênt nerveux, d’une constitution délicate, avait un frère, qui est mort dans un état d’aliénation semblable à celui dans lequel elle se trouve aujourd’hui. Les événemens de la révolution, dans laquelle périrent plusieurs de, ses parens, pour lesquels èlle avait fâit beaucoup de déniârches , firent une impression profonde sur son esprit, et l’on remarqua même, depuis cette époque , quelle était souvent rêveusè et avait des absences passagères. En i8i4> elle fut très-affectée de l’occupatiOn dé la France par les troupes étrangères, et elle ôprôuvà de mauvàis

traitemens de là part de plusieurs militaires; elle était aussi tourmentée par la crainte que les événemens de cette époque ne fissent perdre la place qu’occupait son mari. Vers la fin de cette année , elle tomba dans un état de mélancolie profonde : elle croyait qu’on voulait l’empoisonner, qu’on la cherchait pour la guillottiner ; elle voyait et entendait les assassins qui venaient pour s’emparer d’elle , recherchait la solitude, pleurait souvent des heures entières, gardait presque toujours le silence , refusait les alimens qu’on lui présentait, et faisait sans cesse des tentatives de suicide. Cet état, qui dura plus d’un an , s’accompagna ensuite de paroxysmes d’agitation, qui revenaient assez souvent; plus tard, état de stupeur et de démence, avec prédominance d’idées mélancoliques incohérentes. Depuis deux ans environ , retour de 1 agitation , qui revient irrégulièrement , tantôt tous les jours,, tantôt à des intervalles assez grands, et pendant laquelle , la plus grande incohérence règne dans ses actions et ses propos.

Aujourdnui, état de calme, prédominance d’idées mélancoliques, crainte d’être empoisonnée, refus des alimens, facultés très-affaiblies , sphère des idées extrêmement bornée , incohérence dans les propos et les actions.

Le 6 avril 1821 , elle est conduite dans la maison royale de Charenton. Pendant plus d’un an, elle reste dans l’état suivant, qui n’a offert aucun changement : face maigre, terne, terreuse, ayant une expression de tristesse et de souffrance; peau sale, âpre et ridée; réponses tardives et sans raison aux questions qu’on lui fait, incohérence dans la plupart de ses idées, dont le cercle est très-étroit, avec prédominance d’idées tristes , relatives à elle-même ou à ses parens; elle croit qu’on l’empoisonne, qu’on lui veut du mal, que son mari et sa fille 1 ont abandonnée ; mais le plus souvent elle parle d’eux d’une manière très-décousue. Elle est quelquefois poursuivie par des hallucinations acoustiques; elle entend les cris de sa fille qui 1 appelle a son secours, et, persuadée qu’elle est renfermée dans quelque chambre voisine , elle prie qu’on lui permette de courir à

son aide. Ordinairement, elle reste assise dans un coin de sa salle , ou se promène ça et là , sans but et sans dessein , se plaignant , gémissant, et tenant une foule de propos incohérens , mais qui se rapportent la plupart à ses idées mélancoliques ; elle est habituellement calme , mais elle s emporte quelquefois contre les infirmières, parce qu’elles ne veulent point lui ouvrir la porte pour qu’elle puisse s’en aller. De temps en temps elle s’occupe à tricoter; mais il ne sort de ses mains que des objets bizarres et ridicules. Elle refuse toujours la nourriture, et ce n’est qu’aprèsles plus vives instances qu’elle accepte quelques potages et quelques légumes; mais elle a une aversion insurmontable pour la viande , et ne mange pas plus d’une once de pain par jour. Quand on la force de manger, elle dit que ce qu’on lui donne lui fait mal , et souvent elle vomit quand elle mange un peu plus qu’à l’ordinaire. Elle se plaint fréquemment de douleurs dans la, tête et dans la poitrine ; elle tousse souvent, et rend des crachats grisâtres et épais; elle a presque toujours le pouls fréquent.

Vers le milieu du mois de juillet 1822 , affaiblissement des forces , toux plus fréquente, crachats plus épais et plus abondans, pouls fréquent, dévoiement abondant; même état mental. Continuation de ces symptômes pendant le mois d’août.

Le 5i de ce mois, face très-maigre et très-altérée , air de souffrance, décubitus dorsal, langue légèrement rouge, tendant à la sécheresse, douleurs dans le ventre, lorsqu’on le comprime; dévoiement fétide et très-abondant, sécheresse et chaleur âcre à la peau , pouls ^rès-fréquent, bouche entrouverte, respiration fréquente , marasme , sentiment d’une grande faiblesse, plaintes d’aller très-mafi de souffrir beaucoup; refus des aiimens , des boissons et des tisanes'. Au milieu des conseils qu on lui donne pour la faire manger , elle se met tout à coup à pleurer : comme on lui demande pourquoi elle se désole de cette manière , elle répond qu’on la fait , souffrir ; que les personnes qui lui en veulent ont l’intention de la faire mourir d’inanition. On la rassure sur cette crainte , et on lui fait apporter un

potage , qu elle ne se décide à prendre qu’après que la personne qui est autour de son lit en a mangé une cuillerée.

Le 1.®'' septembre, même état; parole très-confuse.

Le 2 et le 3, affaissement général, joues creuses, pouls très-petit et fréquent, continuation des autres symptômes. Le 4» même état; Le 5 , assoupissement, dont elle sort quand on lui parle; dents grisâtres, marasme squélétique, prostration universelle. Le 7, mort.

Ouverture cadavérique. — État extérieur. Cadavre dans le dernier degré d’émaciation.

Crâne. L’arachnoïde n’offrant aucune altération ; la pie-mère sensiblement injectée, de même que le parenchyme encéphalique qui laisse couler des gouttelettes de sang, en comprimant les tranches que l’on a incisées.

Thorax. Les deux poumons durs et consistans au toucher dans une partie de leur circonférence; le sommet de chacun d’eux creusé d’excavations assez vastes, de capacité variée, vides ou contenant du pus. Dans le reste de leur étendue , ils sont farcis de tubercules , crus , grisâtres, non enkystés, de volume différent, moins nombreux à la base qu’aux autres parties , séparés par des portions de substance pulmonaire, qui sont gorgées de sang et hépatisées dans plusieurs endroits.

Abdomen. L^estomac plein d’un fluide noirâtre; sa membrane muqueuse offrant une couleur rosée autour du pylore, et, dans le reste de son étendue , une teinte brunâtre. L’intestin grêle présentant dans toute sa longueur Une rougeur très-vive dans quelques endroits, légère dans d’autres, ainsi que deux ou trois ulcérations peu étendues , dont une n’est séparée de la cavité du péritoine que par une lame très-mince delà tunique séreuse de l’intestin; la membrane muqueuse épaissie et couverte de mucosités brunâtres; ulcération à la valvule iléo coecale; le cœcum offrant une rougeur vive ; la raem^ brane muqueuse du gros intestin, rouge d’une manière inégale, ayant plus du double de son épaisseur naturelle , boursoufflée sans être ulcérée , couverte de mucosités blanchâtres et épaisses.

Le grand épipiooa ayant une couleur brunâtre ; le mésentère présentant dans toute son étendue une rougeur vive et intense , disposée par points arrondis et très-rapprochés les uns des autres, ce qui donne à cette partie un aspect très-curieux ; la tunique péritonéale de rintestin grêle , fortement injectée sur la convexité de cet organe, principalement aux endroits ou sa membrane muqueuse est trèsrouge , très-légèrement injectée sur sa concavité.

Les ganglions mésentériques engorgés, ayant un volume qui varie depuis celui d’un pois jusqu a celui d’un haricot; corps fibreux de la grosseur d’un oeuf de pigeon dans le corps de Futérus.

Une partie des réflexions des observations précédentes est applicable à celle-ci , et tend à prouver que, si chez cette malade le délire avait été occasionné par les causes morales nombreuses qui avaient agi sur elle , la gastro-entérite chronique avait du moins entretenu et modifié l’aliénation pendant toute la durée de son cours. En ejffet , les faits que nous avons rapportés et ceux qui suivent, montrent, en général , qu’une inflammation chronique de l’estomac qui survient chez un aliéné détermine la crainte d’être empoisonné, Ije refus des alimens , quelquefois le penchant au suicide. Or , dans l’observation que nous examinons , la malade , dès l’invasion , avait présenté ces symptômes (i) qui avaient persisté et augmenté gradnellement , en s’accompagnant , pendant les derniers mois de la maladie, des symptômes d’une gastro-entérite chronique, tels que la rougeur de la langue , le dévoiement , la fièvre.

(i) Î1 est probable qu’elle avait offert des phénomènes physiques de l’inflammation . gastro-intestinale dont elle était atteinte ; mais qu’on n’en avait point rendu compte à son entrée à la maison de Charenton,

VL® OBSERVATION. — Gastrite chronique. ( Hémorrhagie cérébrale mélancolie^ manié mélancolique é)

M. Joseph L***, bijoutier , âgé de quarante-six ans environ , dune constitution assez délicate , d’un esprit faible , d’un caractère vif emporté, mais bon , est le fils d’un père qui a été aliéné. Depuis plus de vingt ans, il était sujet à des coliques violentes accompagnées de nausées , et même de vomissemens. Elles duraient deux ou trois jours , se dissipaient ensuite d’elles-mêmes sans aucun moyen , et se renouvelaient tous les deux ou trois mois , quelquefois plus souvent , mais d’une manière irrégulière. Il avait toujours joui de sa raison , lorsque, il y a quelque temps, il se plaint de souffrir beaucoup , craint de mourir, devient triste, rêveur, se tourmente de ses affaires qu’il craint de ne pas bien faire.

Le 22 ou 25 janvier 1822 , retour de ses coliques qui le frappent beaucoup : il dit qu’il ne sera pas vivant dans un mois , que le père Laehaise l’attend ; tristesse profonde, idées mélancoliques sans cesse dominantes , refus insurmontable des alimens et des boissons ; le désordre de ses facultés s étend rapidement , les mêmes idées se succèdent sans liaison et sans suite dans son esprit; tout lui présage sa fin prochaine ; un coq qui chante annonce sa mort ; l’aboiement dun chien signifie quil est perdu ; il pleure par raomens et ne veut pas sortir de son lit.

Dans la nuit du 26 au 2^ , paroxysme violent d’agitation , incohérence générale dans les idées , avec des idées mélancoliques décousues qui le dominent , loquacité , désir de la mort, penchant au suicide , tentatives pour se jetep par la fenêtre , fureur contre les personnes qui 1 environnent et contre les objets qui sont sous sa main , qu’il brise , casse , déchire.

Les deux nuits suivantes^ nouveaux paroxysmes, dans l’un desquels il se fait plusieurs plaies à la face avec un mauvais couteau qu’il trouve sur une table.

Le 3o, calme , air égaré , facultés affaiblies , réponses assez justes aux questions qu on lui fait , refus des alimens.

Lé 3 1 , il entre à la maison royale de Cbarenton dans le même état.

Pendant le mois de février, "état continuel d’agitation , efforts pour sortir de son lit , rnouvemens violons des membres ( camisole, mains attachées sur les côtés de la couchette, pieds liés) , loquacité par momens, parole confuse, crainte continuelle du poison, refus de tout ce quon lui présente, idées incohérentes, face altérée, langue rouge, constipation , pouls fréquent, peau chaude, insomnie.

Le r.®’' mars , langue rouge sur les bords , dévoiement , de temps en temps efforts de voraissemens sans rien rendre , face décomposée , continuation des autres symptômes.

Le 4 , langue rouge , très-sèche et difficile à tirer , lèvres également sèches, constipation , délire vague et incohérent , refus de tout ce quon lui présente , ce qui oblige à lui pincer le nez pour lui faire avaler quelques gorgées de tisane ; maigreur très-considérable.

Le 6, même état, pouls très-petit et fréquent, peau chaude, agitation , rnouvemens pour sortir de son lit, babil confus lorsqu il est laissé a lui-même, dans lequel le mot de /9o«o72 se trouve souvent.

Lè 7, nausées, vomissemens de matières filantes, glaireuses et

mêlées de sang , continuation des autres symptômes.

Le 10, face très-altérée , blême , grisâtre , couverte d’un enduit onctueux, décubitus dorsal, même délire mélancolique incohérent, horreur des boissons qu’on lui présente; de temps eu temps il parle de lui, de sa femme , du poison qu’on veut lui faire prendre , de son ventre qui est plein de paille ; quoiqu’il' paraisse bien éveillé, il répond seulement par monosyllabes aux questions qu’on lui fait , et qu’on lui répète à plusieurs reprises ; agitation qui le porte à remuer

sans cesse les bras , à faire des efforts pour sortir de son lit.

Le 11 , légère amélioration dans son état , face maigre mais naturelle , langue rouge, mais facile à tirer, pouls plus fort, calme, air éveillé ; il entend les questions qu’on lui fait, et répond , se tient sur son séant; même délire mélancolique beaucoup moins incohérent,

hallucinations acoustiques ; il entend üne personne de sa connaissance , l’appelle par son nom , veut sortir de son lit pour aller la voir , car, dit-il , elle est à côté d’ki.

Pendant six jours , point de changement dans son état, langue très-rouge, constipation, amaigrissement progressif. Le i8, agitation, loquacité, idées ambitieuses; il est Louis xiv et Louis xviii , il va changer la religion ; langue très-rouge sur les bords et à la pointe , urine rare et rougeâtre , continuation des autres symptômes.

Le 21, langue rouge et très-dilFicile à tirer, face terne et trèsaltérée , regard étonné et sans expression , constipation , même refus opiniâtre des boissons; d’ailleurs mêmes symptômes que les jours précédons.

Le 5o, langue moins rouge, nausées ou vomissemens lorsqu’on veut lui faire avaler un peu de boisson, pouls fréquent, chaleur à la peau, urine abondante que le malade laisse échapper dans son lit sans avertir, joues caves, décubitus dorsal , affaiblissement des forces , même délire général incohérent , avec prédominance continuelle d’idées d’empoisonnement, momens passagers de demi-lucidité J dans lesquels il se plaint de ce qu’on lui veut du mal , alternatives d’agitation et de calme , parole confuse et mal articulée, continuation des autres symptômes.

Le 5 avril, augmentation de la maigreur et de la faiblesse, langue rouge sur les bords et à la pointe , très-sèche à la face supérieure , pouls fréquent , petit et très-faible. Le 6 , même état.

Le y, état d’agonie, face très-pâle, décomposée, excessivement maigre , joues enfoncées dans la bouche , yeux fermés , mouvemens spasmodiques de la bouche, comme s’il priait, sentiment et mouvement volontaires presque entièrement suspendus ; pouls extrêmement petit , escharre au sacrum.

Le 9, légère diminution des symptômes. Le 11 , maigreur squêlétique , abattement excessif. Le 12 , même état , langue d’une sécheresse extrême sur sa face supérieure ; continuation de cet état jusqu’au 14. Le 1 5 , mort.

Ouverture cadavérique. — Habitude extérieure. Cadavre dans le dernier degré du marasme , «scharre au sacrum.

Crâne. L’arachnoïde légèrement épaissie sur la partie supérieure et moyenne des hémisphères , où elle résiste plus que dans les autres parties de son trajet , et où elle offre une opacité sensible dans certains points. Là pie-mère infiltrée , dans ces endroits , d’un peu de sérosité.

Vers la partie moyenne et supérieure dé la convexité de chaque hémisphère, on voit un endroit étendu dmn demi-pouce oùl’injeetion de la pie-mère est très-marquée. Après avoir détaché les méninges de cette partie du cerveau, on aperçoit que la circonvolution sur laquelle s’observait l’injection de la pie-mère est parsemée d’un assez grand nombre de petits points noirs, mêlés avec la substance corticale dans laquelle ils s’étendent jusqu’à la profondeur d’un demi-pouce. Ces points noirs paraissent formés par de petits amas de sang dans la substance grise du cerveau. Ils sont assez rares à droite , plus nombreux à gauche; mais ils se correspondent exactement pour le siège de Fün et l’autre côté. Une très-petite quantité de sérosité dans les ventricules latéraux.

Thorax. Tous les viscères thoraciques sains. Poumon droit adhérent aux parois pectorales.

Abdomen. L’estomac non contracté , conservant sa capacité ordinaire, offrant des rides très-saillantes. La membrane muqueuse de sa grosse extrémité présente une couleur d’un blanc jaunâtre; dans tout le reste de sa cavité , elle aune couleur d’un brun grisâtre trèstranché, qui contraste d’une manière frappante avec la couleur de la portion précédente, qui n’en est séparée par aucune nuance intermédiaire. Sur toutes les parties où la muqueuse est brunâtre, elle offre une rougeur très-vive disposée par points , dont quelques-uns paraissent saillans. Ils sont plus nombreux et plus intenses autour du pylore et du cardia qu’ailleurs, et sont couverts de mucosités abondantes, épaisses et grisâtres. La membrane muqueuse est fortement épaissie, dense et très-résistante. Ces altérations disparaisssent au-

delà du pylore. Le duodénum plein de bile. La vésicule biliaire volumineuse , distendue par une bile noire et granulée. Les autres organes abdominaux sains.

VIL* OBSERVATION. Gastro-entérite chronique. {Mélancolie , manie.)

Madame J*** , âgée de quarante-neuf ans, a eu une de ses cousines germaines aliénée. Vers le milieu de 1817, elle cessa detre réglée. Dans le mois d’octobre de la même année , sa tête se dérangea ; elle fut prise d’un délire maniaque accompagné d’une agitation violente qui la portait à détruire ce qui tombait sous sa main , à effiler son linge, à se décoiffer, se déshabiller, sortir nue dans la rue; le plus souvent elle était calme , tranquille , morose et dominée par des idées tristes, qui naissaient du dérangement de ses digestions et des douleurs qu’elle éprouvait depuis long-temps dans l’abdomen.

Depuis le milieu de 1818 environ , elle est dans un état de mélancolie accompagnée de légers paroxysmes d’agitation et d’un affaiblissement considérable des facultés; elle attribue l’état de malaise général dans lequel elle a toujours été depuis le commencement de sa maladie aux alimens qu on lui fait prendre, et qu elle regarde comme jouissant de qualités malfaisantes, ou comme empoisonnés. Cette idée la domine habituellement et ne lui laisse aucun repos. Elle se plaint de douleurs très-vives dans la région épigastrique , refuse les alimens, est presque toujours constipée, et ne dort pas ; elle a par momens la conscience de son état. Il y a quinze jours, on lui a donné quinze grains d ipécacuanha, qui ont produit des vomissemens copieux san s améliorer son état.

Le 4 février 1819, entrée à la maison royale de Charenton. Pendant les quinze premiers jours, face jaunâtre, altérée et pâle; mélancolie profonde avec un état d affaiblissement de l’intelligence , et des idées incohérentes ; souffrances générales ; craintes continuelles d’étre empoisonnée, d’avoir une indigestion ; refus des alimens; plaintes déprouver une lassitude universelle, des douleurs violentes dans

l’épigastre, sur lequel elle tient souvent la main pour montrer le siège de son mal ; langue rouge, constipation , pouls fréquent; en même temps , incohérence dans les idées ; agitation par momens ; insomnie.

Vers la fin de ce mois et pendant celui de mars, désordre plus considérable des facultés; délire générai; agitation violente, surtout la nuit. Elle parle sans cesse, soft de son lit, pleure, crie, déchire tous les objets qui tombent sous sa main, et, malgré la camisole et le panier dans lequel on la fait coucher , on éprouve la plus grande peine à la contenir ; en même temps incohérence complète dans toutes ses idées comme dans tous ses mouveraens, sans aucune idée dominante.

Vers le commencernent d’avril, diminution et bientôt cessation entière de l’agitation ; traits de la face profondément altérés et grippés ; nulle réponse aux questions qu’on lui fait, ou réponses incohérentes; prostration de l’entendement ; abattement universel de l’économie; idées incohérentes; langue très-rouge; diarrhée abondante; pouls petit et fréquent ; amaigrissement rapide; au bout de quelques jours, chute complète des forces ; le 17 , mort.

Ouverture cadavérique. — Habitude extérieure. Cadavre dans un état de marasme ; poitrine étroite et resserrée ; abdomen retiré vers la colonne vertébrale.

Crâne. Tyoïs à quatre onces de sérosité à la base du crâne; arachnoïde offrant quelques points blanchâtres et opaques , un peu plus épaisse et plus résistante que dans son état naturel; la pie-mère infiltrée de sérosité ; les ventricules latéraux pleins du même liquide; leur membrane séreuse épaissie et recouverte d’une quantité considérable de granulations d’une très-grande ténuité; le parenchyme cérébral résistant et injecté.

Thorax. Tous les organes de cette cavité , sains.

Abdomen. L’estomac retiré sur lui-même, offrant une couleur d’un rouge brun, très-intense et uniforme dans toute son étendue, excepté le long de sa petite courbure et autour du pylore ; l’intestin

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