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irès-rétrëci , contenant des mucosités sanguinolentes , sous lesquelles la membrane muqueuse est rouge et offre un petit nombre d’ulcérations ; glandes mésentériques engorgées, ayant acquis environ le volume d’un pois à la moitié d’une amande.
Cette observation donne lieu aux mêmes remarques que les observations précédentes. A l’invasion de la manie, la malade était affectée de douleurs épigastriques qui l’occupaient et l’attristaient beaucoup , lorsque Tagitalion cessait et qu’elle recouvrait une partie de ses facultés. Plus tard , elle tomba dans un état de mélancolie caractérisée par des plaintes continuelles d’éprouver des douleurs à l’estonaac, par la crainte d’être empoisonnée, le refus des alimens, et par des paroxysmes d’agitation. Cet état augmenta graduellement et fut suivi dun accès de manie extrêmement violent, pendant lequel il fut difficile d observer les phénomènes gastriques; mais il fut bientôt suivi dun état de prostration générale, physique et morale; de la rougeur de la langue , de la fièvre , et d’une diarrhée abondante qui conduisit bientôt la malade au tombeau. L’autopsie montra une gastro-entérite extrêmement violente. Cette observation est d’autant plus curieuse, qu’on y voit réunies deux formes de l’aliénation mentale, la mélancolie et la manie. On rend facilement compte de ces deux espèces de symptômes intellectuels en examinant la marche de 1 inflammation de la muqueuse gastro - intestinale. Lorsque la phlegmasie n était pas assez intense pour porter un bouleversement complet dans les facultés , la malade , dont la tête était affaiblie , soit originairement, soit par cette irritation sympathique, était tout entière occupée des douleurs épigastriques qu’elle éprouvait , dirigeait exclusivement son attention de ce côté-là , et , profondément affectée , se figurait qu on 1 avait empoisonnée et qu’on l’empoisonnait ; de là tous les symptômes de la mélancolie. Lorsqu’au contraire , la gastro-entérite éprouvait quelque exacerbation, les fonctions du cerveau étaient troublées ; cet organe manifestait l’irritation sympathique qu il éprouvait par l’incohérence des idées , ràgitàlion et la fuieur, et, dans cet état, la perception des douleurs locales était
détruite , mais revenait lorsque l’irritation gastrique reprenait son premier degré. Celte irritation étant portée à un très-haut degré , dans les derniers temps de la maladie, la manie a été continue et s est terminée \e collapsus , de même que tous les symptômes physiques.
VIIL® OBSERVATION. Gastro-enlérite chronique. ( Maiiie inSërmittente.)
Frédérk M***, sellier-carrossier , âgé de quarante- huit ans , d’une famille saine , dune santé délicate , sujet à la constipàtion, toussant souvent le matin, surtout en hiver , se plaignait : fréquemment du bas-ventre et y éprouvait un sentiment de gêne et d’embarras. JVatureilement doux , modeste , et très-sobre , il vivait en- bonné barmonie avec sa femme, et n’avaitd’ailleurs aucun sujet qui pût lui donner du chagrin. Depuis long-temps , il suivait un régime irrégulier, et ne mangeait ordinairement qu’une fois par jour , à six heures du soir. Un mois -avant sa maladie ,, il avait perdu l’appétit , maugeait trèspeu , buvait peu de vin , et se plaignait souvent de douleurs dans 1 estomao* Trois jours avant do tomber- malade , saigneineut de nez^ qui se renouvelle une fois ebaeun de CCS; jours.
Vers le conimenGement d’août, il fut un jour très-effrayé en voyant une rixe violente ët sanglante qui eut lieu entre des ouvriers.
Au commencement du mois de septembre 1822 . langue blanche, épaisse; mauvaise bouche , nausées , malaise général , courbature , pouls fréquent. ( Boissons délayantes* ) La nuit, sueur abondante, fièvre forte. Le 9 , on lui donne cinq pilules drastiques de Cléram^ hour%, qui ne provoquent point de selles, mais qui le jettent dans un état déplorable : il semble qu’il soit sur le point d’expirer. Chaleur brûlante, soif ardente. (Six pintes de tisane, plusieurs lavemens. ) Trois jours après , il mange une soupe et de la chicorée, boit de l’eau rougie, aromatisée avec l’eau de fleurs d’oranger; il tombe ensuite dans un état très-alarmant, devient pâle Let défait^ a. des selles bilieuses et glaireuses, et un redoublement à midi.
Lorsque ces symptômes diminuent d’intensité, il est très-exigeant et appelle sans cesse sa femme. Le 20 , à six heures du matin, vin de quinquina ; le soir , à six heures, sueur abondante, impossibilité de conserver aucun vêtement sur lui , agitation; plus tard, assoupissement qui dure trois heures , au bout desquelles il se lève en fureur, crie qu’on l’assassine, qu’on veut l’empoisonner, le tuer; agitation violente, incohérence dans les propos. Le 21, il est conduit à l’hôpital de la Charité , d’où on l’a renvoyé comme aliéné. Depuis Cê^jour, accès très-fréquens de manie, qui durent une demiheure ou trois quarts d’heure; refus des alimens, intervalles de calme, pendant lesquels il est assoupi ou abattu, et à moitié raisonnable. ( Vingt-quatre sangsues. )
Le 23 , il entre à la maison royale de Charenlon.' Pendant îa nuit suivante , il crie , yocifère , frappe à la porte. Le-24 ? calme, refus de répondre'et de montrer sa langue; mais, un moment après, il parle assez raisonnablement ; langue très-rouge sur les bords et à la pointe, blanchâtre à sa face supérieure ; chaleur intense à l’épigastre; douleur lorsqu’on comprime cette région ; dévoiement; pouls très-fréquent. La nuit d’après , accès de manie , loquacité , incohérence dans les idées, agitation. Il sort de son lit, renverse et culbute tout ce qui se trouve dans sa chambre. (Camisole.) Vers la fin delà nuit, sueur très-abondante , qui mouille entièrement sa chemise , et est accompagnée de la diminution progressive du délire. (Quinze sangsues à l’épigastre; tisane d’orge ; (iiète. ) Le 26 matin , il jouit de toute sa raison, reconnaît son état , et demande pardon de ce qu’il a fait; il dit qu’il n’est pas maître de son transport; que, lorsqu’il est sur le point de venir, il a un goût désagréable dans la bouche , éprouve de fortes nausées , et sent quelque chose qui part de son estomac, remonte à îa gorge , et s’empare ensuite de .sa tête; langue moins rouge, blanchâtre, goût de bile dans îa bouche ^ envies de vomir par momens; dévoiement très-abondant , accompagné de douleurs dans l’abdomen ; pouls très-fréquent , peau chaude , continuation de la sueur. (Douze sangsues à l’épigastre.) La nuit suivante accès de manie semblable aux précédens. Le 26,
deux accès précédés et accompagnés des mêmes symptômes gastriques. Après la cessation du dernier, il sent la fièvre diminuer peu à peu, et sortir en quelque sorte par le bout de ses doigts; bouche mauvaise , pouls fréquent, dévoiement. Le 27, accès de courte durée. Continuation des symptômes fébriles. Le 28 , il parle beaucoup , pousse par momens des vociférations , se met à genoux . veut courir tout nu , et se livre à mille extravagances. La nuit d’après, état de calme et de raison. (Org. gom.; diète.) Le 29 et le 00, même état. Le 1." octobre , agitation par momens. Le 2 , calme, langue rouge, pouls fréquent, dévoiement. Le 3, même état , pouls moins fréquent. Le 4, amelioration de tous les symptômes, dévoiement moins fréquent, peau naturelle , raison parfaite, tendance à l’assoupissement. Le 5 , même état. Le 6, mieux sensible. Même état jusqu’au 9. Le 10, agitation dans la nuit ; il se remet dans son lit, parle beaucoup, se plaint de nausées, craint d’être sur le point de mourir. Continuation de dévoiement, pouls naturel, langue blanchâtre. Le 1 1 , cessation du dévoiement, pouls un peu fréquent, sentiment de faiblesse, nulle altération des facultés , désir très-vif de retourner dans sa famille.
Cette observation nous offre un exemple de délire sympathique que personne n oserait révoquer en doute. Le malade était affecté depuis long-temps d’une gastrite chronique, qui est tout à coup exaspérée au plus haut degré par les pilules drastiques et le quinquina^qu’on lui administre. Dès ce moment, l’irritation de l’estomac retentit dan* la plupart des organes ; la fièvre , la sùeur, le délire se déclarent. Mais le désordre des facultés a une telle analogie avec l’aliénation mentale essentielle, que le malade est déclaré aliéné parles médecins de l’hô pital dé la Charité. Et en effet, si l’on avait ignoré les circonstances qui avaient précédé et accompagné le délire , il eût été impossible d’en assigner la véritable nature. Depuis son entrée dans la maison de Charenton jusqu’au rétablissement de la raison, le malade a présenté des accès entièrement semblables à ceux de la manie, et qui revenaient d’une manière plus ou moins irrégulière,ordinairement la nuit. Mais ce qu’il est très-important de remarquer, c’est qu’ils étaient pré-
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cédés d’uoe exaspération des symptômes gastriques . tels que des nausées , des douleurs épigastriques plus fortes , et que le malade sentait les progrès de l’irradiation sympathique de l’estomac sur le cerveau. Dans ces accès, tous les symptômes étaient plus violens, et l’on dirait que ce degré d’intensité était nécessaire pour que l’organe malade pût réagir sur l’encéphale. Après une durée plus ou moins longue , ces accès de délire étaient suivis du retour de la raison et du calme ; une sueur abondante se déclarait ; la fièvre , les douleurs locales et le dévoiement diminuaient légèrement. Une remarque qu’on ne doit pas laisser échapper, c’est que le malade, à l’invasion du délire, criait qu’on voulait l’empoisonner et le faire périr.
Nous avons vu dans les observations qui précèdent, et nous verrons dans la plupart de celles qui suivent , que les malades présentaient pi’esque toujours cette idée exclusive dominante au milieu du tableau extrêmement varié de leurs désordres intellectuels et physiques. Le malade qui fait le sujet de ces réflexions n’offrait aucune prédisposition morale ou héréditaire à l’aliénation mentale ; aussi a-t-il fallu une cause qui agît d’une manière très-intense pour déterminer le délire; mais supposons qu’il fût né de parens aliénés , que son caractère eût été altéré par des chagrins, on ne peut nier alors qu’une irritation de l’estomac et des intestins, beaucoup plus légère que celle qui existait, eût pu déranger sympathiquement les fonctions du cerveau et amener le délire. Si , dans ce cas , la gastrite n’avait pas été assez intense pour réagir sur le cœur, aurait-on pu dire que le délire était essentiel, parce qu’il n’y avait pas de fièvre ?
IX ® OBSERVATION. Gastrito chronique. ( Manie. )
Gabriel E * * * , âgé de dix-neuf ans , d’un caractère vif , impatient , d’une intelligence assez ordinaire, est fils d’un père qui était trèsenclin aux plaisirs vénériens et aux boissons , et qui est mort au milieu d’un accès très-violent de fureur et de délire. Un de ses onples paternels 5 à la suite d’excès du même genre et d’un état fréquent
d ivresse , est aujourd’hui sujet à des tremblemens dans les membres. Le rnalade , peu avancé dans ses classes , était encore au collège , et se livrait à l’étude avec beaucoup d’application ; ü avait contracté depuis long-temps l’habitude de la masturbation , et il .se plaignait souvent de la nourriture du collège, qui était très-mauvaise. Il y avait près d’un an qu’il éprouvait des douleurs d’estomac , que ses parens attribuaient à des leçons d’escrimo , pour lesquelles ü montrait beaucoup d’ardeur.
Dans le commencement de juillet 1822 , les douleurs épigastriques deviennent et plus fortes ét plus fréquentes. Huit jours avant l’invasion du délire, il s’y joint de la fièvre et un état de malaise et d’anxiété. Le i3 août, on lui administre quinze grains d’ipécacuanha et deux grains d’émétique , qui provoquent peu de vômissemens , mais augmentent beaucoup tous les symptômes-gastriques. Le i3 , Crème de tartre. Le i4, langue rouge , brunâtre , fendillée ; face altérée , yeux vifs et très-mobiles , agitation légère sans délire ; il parle beaucoup, change souvent de place , et prévient ses camarades qui couchaient avec lui à rinfirmerie qu’ils peuvent s’attendre à ne pas dormir la nuit , parce qu’il ne peut pas s’empêcher de parler lorsqu’il est malade. Deux jours après, légère amélioration de cet état. .
Le 1 7 août , désordre manifeste de l’entendement , état d’exaltation ; il parle sans cesse, et passe rapidement d’un objet à un autre ; cependant ses idées conservent encore de la liaison entre elles. Quelques jours après , accès de manie violente , loquacité continuelle , incohérence complète dans les idées , agitation, violence et fureur par momens. Il casse et brise plusieurs objets qu’il rencontre , et frappe sa mère et son oncle , contre lesquels il a conçu une profonde haine. Depuis l’invasion du délire , les accès de manie se sont répétés très-souvent , et n’ont été séparés que par des intervalles assez courts de calme , dans lesquels le malade recouvre une partie de ses facultés, et a quelquefois la conscience de son état. H a eu le dévoiement pendant trois ou quatre jours (Depuis l’aliénation, saignée aux deux
pieds , deux applications de quinze sangsues au cou , bains chauds et douches froides , émulsions, sirop de nymphæa. )
Le 2 1 septembre, il est conduit à la maison royale de Charenton. Le 23, état de manie violente, cris , chants, fureur, loquacité, incohérence générale dans ses propos, maigreur considérable, langue blanchâtre , pouls fréquent, peau chaude. Depuis cette époque jusqu’au i8 octobre, son état mental n’a offert aucun changement ; il a été habituellement contenu par la camisole ; la fièvre a disparu , les lèvres sont rouges, l’appétit est bon.
Cette observation présente beaucoup de ressemblance avec celle qui précède, sous le rapport des causes de l’aliénation et de son invasion. Le malade , né avec une prédisposition héréditaire à l’aliénation , adonné à la masturbation, et se livrant avec application'â I étude , se plaignait, depuis un an ,de douleurs d’estomac qui avaient augmenté au point d’occasionner de la fièvre et un état d anxiété. L’irritation gastrique est tout à coup exaspérée par l’administration d’un vomitif et d’un purgatif. Le jour suivant , la langue est rouge , les yeux sont altérés , il y a de l’agitation sans délire. Quelques jours après , un état d’agitation furieuse se joint à ces symptômes. Dans les premiers temps , le malade recouvre par momens la tranquillité et la raison ; mais plus tard les phénomènes fébriles disparaissent, la manie devient continue, et n’offre pas même quelques iostans’de rémission légère. Ce simple exposé ne suffit-il pas pour prouver que le dérangement des facultés chez Gabriel E*** a été le résultat de l’irritation sympathique du cerveau exercée par un estomac depuis long temps affecte d’une phlegmasie chronique qui avait été exaspérée par l’usage intempestif d’un émétique et d’un purgatif.^ Quand on examine attentivement 1 origine et la marche progressive des symptômes , on ne peut se refuser à cette conclusion. On demandera peut-être pourquoi, chez le malade dont il s’agit, le délire a survécu a la cause qui fa produit. On répond à cette objection que, quoique le malade soit sans fièvre et mange assez bien , on ne saurait affirmer qu il soit guéri delà gastrite chronique dont il paraissait être affecté,
puisque cette maladie exige ordinairement un traitement très-long et un régime très-sévère ; et en second lieu , qu’en supposant l’affection gastrique guérie , ou du moins revenue à un degré où elle n exerçât aucune influence sur le cerveau, ce dernier organe peut avoir contracté une sorte d’habitude d’être irrité^ habitude en vertu de laquelle il continue à donner lieu aux phénomènes de la manie.
Beaucoup de maladies nerveuses nous présentent cette habitude organique, contre laquelle les traitemens les plus méthodiques sont si souvent infructueux. Ces maladies , souvent assez faciles à guérir dès leur origine, deviennent incurables iorsqu’eiIes’'durent depuis un certain temps. On a vu assez souvent l’épilepsie ancienne évidemment occasionnée par des vers persister après l’évacuation de eés animaux, tandis que les anthelminthiques ont réussi plusieurs fois dans les premiers temps des épilepsies vermineuses.
X.® OBSERVATION. Arachnitis chronique , gastro-entérite chronique.
( Manie. )
M. âgé de trente-six ans, robuste, d’un tempérament sanguin, d’un naturel très-doux et bon, après avoir été militaire, avait exercé pendant quelque tenis la profession de doreur , sans éprouver d’accident. Sa mère, sans être aliénée , avait la tête faible et un caractère violent et très-emporté. Depuis plusieurs années, le malade se livrait à la bijouterie, et vivait d’une manière très -régulière dans son ménage:, jouissant de toute sa raison, et se livrant au travail avec assiduité, lorsqu’il y a trois ans environ , il se figure que sa femme J’empoisonne, et. dans cette crainte, ne veut plus manger chez lui ; bientôt après , orgueil excessif, désir de tout ce^u’ily a de plus brillant, dépenses considérables , état d’exaltation, dans lequel il court sans cesse; if abandonne ses occupations, fréquente les spectacles et les lieux de débauche , dépense tout le fruit de ses économies, fait des dettes, vend ses meubles, ouïes met au Mont-de-Piété ; conçoit une haine profonde contre sa femme, qu’il maltraite, et con-
tracte une maladie vénérienne très-intense. Cet état dure neuf mois environ, et fait place à un état de calme mélancolique ; air sombre laciturnité, idées tristes dominantes : on va l’arrêter le conduire à Sainte-Pélagie; plus tard, il reprend, mais d’une manière incomplète, l’usage de sa raison, et travaille pendant quinze à dix-huit mois. Dans cet intervalle, il est tantôt de mauvaise humeur, tantôt gai, exalté, chantant et dansant tout seul; mais il tombe ensuite dans l’accablement et la tristesse.
Il y a trois mois , nouvelles marques de délire : il fait des reproches à sa femme sur les dépenses de la maison , se met fréquemment en fureur contre elle, mais sans la frapper, met ses meubles en gage, se vante d’avoir mangé 20000 francs.
Pendant le mois de novembre 1821, état de manie violente ; incohérence complète dans les idées et les actions , prédominance d’idées ambitieuses et politiques : le duc de Berri l’occupe beaucoup ; il est poursuivi par 1 assassin de ce prince, mais il se moque de lui , parce qu il est cuirassé; il veut acheter une maison de campagne; sa fille est la duchesse d’Angoulême ou de Berri , etc. ; agitation considérable, cris, chants, loquacité continuelle, insomnie opiniâtre: il frappe et casse les objets qui lui tombent sous la main; il déchire avec fureur les papiers, pour lesquels il paraît avoir une singulière aversion; intervalles de calme et de demi-raison, dans lesquels les idées sont confuses ; le travail de la pensée pénible et difficile.
Il reste dans cet état jusqu’au 7 décembre 1821, époque où il est conduit à la maison de Charenlon. .4 cette époque, même état, mais beaucoup plus violent; bouleversement complet de l’entendement et de la volonté; face amaigrie, souffrante, dans une contraction continuelle; yeux dans une perpétuelle agitation, qui ne leur permet de se fixer sur aucun objet ; nulle réponse aux questions quonlui fait, nul moyen de fixer un moment son attention ; succession extrêmement rapide d’idées isolées et entièrement incohérentes, sans qu’aucune paraisse revenir d’une manière plus particulière et dominer ses facultés ; fureur continuelle que rien ne peut
calmer, et qui exige I usage de la camisole et d’un fauteuil , sur lequel le malade est attaché; loquacité perpétuelle et exubérante, cris, chants, pleurs, ris, agitation violente et comme convulsive des membres et du tronc, qu’il étend, fléchit, roidit alternativement ; nul moment de sommeil^ nul instant de calme. En même temps refus des alimens, qu’on ne peut pas vaincre, et qui exige l’usage du biberon, pour pouvoir introduire un peu de bouillon dans la bouche.
Cet état continue sans interruption; mais le malade maigrit rapidement, et tombe bientôt dans un état voisin du marasme.
Le 24 janvier 1822 , cessation subite de l’agitation furieuse, perte de connaissance , pâleur de la face, yeux entrouverts , pouls insensible , inspiration excessivement peu marquée , ëxpirâfièns bruyantes et rares , comme celles du dernier soupir; à cinq heures du soir, mort.
Autopsie cadavérique^ — État extérieur. Maigreur générale j yeux tres-caves, région hypogastrique offrant une tuméfaction arrondie et très-volumineuse qui s’avance jusqu’auprès de l’ombilic.
Crâne. Arachnoïde offrant , avant d’avoir été incisée , Une rèügeur très-vive répandue sur toute la surface de l’encéphale , roug^eUr qtfî n est pas entier-ement uniforme , mais qui consiste dans une injecliou tres-forte du systenje capillaire de cette séreuse, beaucoup plus marquée sur la convexité des hémisphères cérébrâux qü’à la base du cerveau et au cervelet. Cetté membrane fnrtemènt épaissie ; se détachant assez facilement de la convexité et de là face interne dès h^isphères, résistant peu aux écarts de tractions qu’on exerce sur elB , adliéi^te; dans une assez grande étendue , à la substance corticale, dont la couche la plus extérieure s’enlève avec l’arachnoïdé et fur réste attachéëf cette substance ayant une légère feinle rôséë , plus mafquée aux endroits où radhérenee existe, plus molle dans ces endroits qu’ailleurs, restant cnuverte d’une couche de sang très-vermeil lorsque la membrane séreuse est enlevée. La pie-mère rouge , injectée , n’occasionnant point là rougeur de l’arachnoïde , puisque la niême couleur
persiste lorsque la pie-mère est détachée de celle dernière membrane. La substance encéphalique très-injectée , laissant échapper une foule de gouttelettes de sang lorsqu’on l’incise ; le feuillet arachnoïdien de la dure-mère légèrement injecté.
Thorax.Tous les viscères renfermés dans cette cavité , parfaitement sains.
Abdomen. L’estomac volumineux ; sa membrane muqueuse oflfrant une rougeur générale, uniforme, très-intense, tirant un peu sur le noir , aussi vive que l’écarlate dans quelques points ; cette membrane fortement épaissie , pulpeuse et se séparant facilement de la tunique musculaire ; la muqueuse de tout l’intestin grêle couverte d’excrémens liquides et muqueux, très -rouge, mais d’une manière beaucoup moins foncée que l’estomac ; la muqueuse du cæcum , du colon ascendant et du colon transverse, injectée ; celle des autres parties du gros intestin saine.
Vessie énormément distendue par l’urine , et dépassant le niveau du corps du pubis.
Les autres viscères abdominaux , sains.
Cette observation mérite une attention particulière sous le rapport des causes de la maladie et de ses symptômes. Le malade qui en fait le sujet était affecté en même-temps de deux maladies graves , une phrénésie chronique, et une gastro-entérite très-intense. Chacune de ces maladies agit à sa manière sur le cerveau , et donna lieu à un délire dans lequel on pouvait reconnaître jusqu’à un certain point la nature de chacune des affections dont il dépendait. A l’invasion de l’aliénation, B*** se figure que sa femme l’empoisonne, et refuse obstinément les alimens ; ce qui tend à prouver que la phlegmasie chronique de l’estomac et des intestins existait déjà à cette époque. Depuis son entrée dans la maison jusqu’à sa mort, le refus des alimens persiste j mais il est accompagné d’une fureur aveugle, continuelle et spasmodique, symptômes auxquels on peut reconnaître l’inflammation chronique de l’arachnoïde portée à un très-haut degré d intensité. Mais laquelle des deux maladies dont était atteint a précédé
l’autre ? quelle influence mutuelle ont-elles exercée ? L’une a-t-elle été 1 effet de 1 autre? ou leur coexistence a-t-elle été purement accidentelle? Il n’est pas facile de répondre à ces questions.
XL* OBSERVATION. Gastro-entérite chronique. [Manie.)
M. Léonard G***, ancien officier, âgé de trente-trois ans, d’un caractère phlegmatique , d un tempérament sanguin, issu de parens sains , s’était livré aux excès vénériens , et avait eu plusieurs maladies siphilitiques. Après la seconde restauration , il avait été vivement affecté d’être rayé du contrôle des officiers , et de perdre sa demi-solde. Peu de temps après, ayant obtenu une place à réconomat d’un collège j on remarqua bientôt qu’il était peu exact à/la remplir. Plus tard, il allait à son bureau, et en partait sans avoir rien fait , et après avoir tout examiné. Il demandait de l’argent à ses connaissances, et dormait très-peu. Cet état fait place à un délire complet ; insomnies, pendant lesquelles il déclame trois ou quatre heures de suite , parle de divers sujets, mais principalement de Thistoire ancienne; état d’exaltation, loquacité, incohérence dans les propos, avec des idées ambitieuses dominantes; il est très-riche, il a gagné 100,000 fr., et il en gagnera bientôt encore autant ; agitation continuelle; il marche beaucoup, veut sortir et courir dans les environs; appétit vorace, qui lui fait trouver bon tout ce qu’il mange ; il lâche tout sous lui , et lorsqu’on lui en fait des reproches , il répond que ce n’est pas sa faute, que son livre le lui ordonne : d’ailleurs nul signe de congestion cérébrale , excepté lorsqu’il mange trop. Avant-hier , même état; moins d’agitation. 11 commande son régiment , veut se battre en duel , faire ruisseler le sang, etc.
Le 18 octobre 1821 , entrée à la maison royale de G barenton dans l’état suivant : état d’exalta,tiGn maniaque sans violence , avec des idées ambitieuses dominantes; il connaît toutes les sciences; il a fait la chimie etLastronomie; il compose tousses jourssix volumes, qu’il montre sous son bras , quoiqu’il n’y ait rien du tout; il est un homme extraor-
dinaire, et tout lé monde rend hommage à son génie; incohérence dans les propos , loquacité ; il va et vient dans les cours et les corridors, se promène à grands pas, parle à tout le monde de ses grandeurs ; d’ailleurs point de violence, et par momens état de calme, où rincohérence de ses idées est moins sensible. '
Il reste quatre ou cinq jours dans cet état, auquel succède un accès de fureur, dans lequel il brise et déchire tous les objets qui se trouvent dans sa chambre. Pendant la fin d’octobre et le commencement de novembre, alternatives d’un état d’agitation violente , et d’un calme passager , dans lequel il paraît dans un étal de stupeur et d’apathie, avec incohérence dans les idées.
Depuis cette époque jusqu’au mois de février, il reste dans l’état suivant: point de réponse aux questions qu’on lui fait, à cause de l’impossibilité d’attirer son attention ; mobilité excessive des organes des sens , qui rend toutes les impressions des objets extérieurs courtes , légères, extrêmement nombreuses', et incapables de déterminer des sensations exactes et durables; figure dans un mouvement continuel; bouleversement complet de l’entendement; destruction complète du jugement, de la mémoire, de la volonté; succession irrégulière et extrêmement rapide de cris, de vociférations, de pleurs, de ris et de mots articulés , qui souvent n’existent dans aucune langue , et tiennent à une association bizarre et fortuite de sons et de syllabes ; incohérence complète dansles idées, sansaiicune prédominance; même désordre des fonctions soumises à la volonté ; agitation universelle et extrêmement violente de l’appareil locomoteur , qui oblige à laisser le malade habituellement attaché sur un fauteuil en forme de chaise percée , les mains liées avec une camisole , et les pieds avec des espèces de bandes de cuir assez larges et matelassées ; efforts non interrompus des membres , qui paraissent agités convulsivement; point de sommeil; très-souvent refus des alimens. Ces symptômes durent sans interruption avec des rémissions rares, légères , et de courte durée ; en même temps. amaigrissement progressif du malade. ■
Le 28 janvier^ état d’affaissement, point d’agitation. Deux jours
après, retour de la fureur, yeux agités et inexpressifs, face rouge, lèvres brunâtres.
Le 2 février, calme , face profondément altérée et maigre : il pousse quelques cris, mais ne répond pas aux questions qu’on lui fait, et paraît incapable de rien concevoir ; lèvres noirâtres, pouls très-petit et fréquent.
Le 3 , agitation violente.
Le 4) nouveau calme. Quand on lui demande comment il se porte, il répond, è/en. Sur tout autre sujet, point de réponse i pouls petit, non fréquent; lèvres collées par un enduit épais et brunâtre , langue rouge et humectée. Quelques jours après , retour de l’agitation, jusqu’au lo environ. A cette époque , tranquillité ; point de réponse aux questions. Le 1 6, dévoiement ; lèvres, langue et Joue gauche rouges ; loquacité. Le 23 , augmentation de la maigreur, faiblesse extrême, pouls très-petit, assoupissement , point de réponse aux questions. Le 25 , respiration sterîbreuse, et mort.
Autopsie cadavérique. ■ — État extérieur. Maigreur générale , figure conservant une contraction particulière , une expression de souffrance.
Crâne. Quelques gouttes de sérosité entre les deux feuillets de l’arachnoïde. Cette membrane, non épaissie, oflfrant une injection légère, de meme que la pie-mère. Cerveau assez injecté. Une once environ de sérosité dans chaque ventricule latéral ; granulations trèslégères â leur surfade.
Thorax. Poumons sains. Le cœur, peu volumineux, contenant très-peu de sang dans chaque ventricule : les parois du gauche un peu épaissies./
Estomac fortement retiré sur lui-même, n’ayant pas plus d’un pouce et demi de largeur, contenant deux onces environ d’un fluide rougeâtre, tirant sur le violet , visqueux , filant et entièrement muqueux. La membrane muqueuse de cet organe formant des rides très -volumineuses, couverte de mucosités d’un rouge grisâtre, offrant dans toute son étendue une rougeur très-vive, dispo-
êée sous forme de points extréiuement rapprochés , beaucoup plus marquée sur le bord flottant des rides que dans leurs intervalles, diminuant vers le pylore. Cette membrane épaissie d une manière très-considérable.
Duèdénum ofirant une rougeur à peu près égale à celle de l’estomac, et contenant des mucosités mêlées à de la bile. Intestin grêle présentant, dans toute son étendue, une rougeur pointillée, beaucoup moins vive que celle de l’estomac, et contenant des mucosités biliaires très-abondantes ; sa membrane muqueuse très-épaissie, les valvules conniventes très-volumineuses, et plus rouges que les intervalles qui les séparent
Cæcum plein de matières fécales molles ; sa muqueuse offrant une rougeur à peu près uniforme , très-foncée, tirant presque sur le noir dans certains points; rougeur moins vive dans le commencement du colon, et qui disparaît auprès du colon transverse.
Ganglions lymphatiques du mésentère engorgés , aplatis , irrégulièrement lenticulaires, et d’un volume qui varie depuis celui d’une lentille jusqu’à celui de la moitié d’une amande.
Tout le systè?ne vasculaire digestif considérablement injecté. Les veines et les artères coronaires stomachiques, spléniques, mésentériques inférieures , les vasa breviora , distendus par le sang jusque dans leurs plus petites ramifications. L’artère et la veine mésentériques supérieures tellement injectées, qu’on aperçoit très-bien leurs anastomoses successives, en forme d’arcade , jusqu’à leur départ ou à leur arrivée à rinteslie. Cette injection universelle donne au paquet intestinal une teinte brunâtre.
Rate volumineuse, ayant la consistance du foie, fortement injectée , de même que ce dernier organe. Vésicule distendue par la bile.
Rteitts gorgés d’un sang noir. Vessie trés-flilalée par l’urine qui la remplit.
Résumé des observations précédentes.
Oq peut tirer des observations qui précèdent /et de beaucoup d’autres faits de la même nature, les conclusions suivantes, propres à jeter quelque jour sur la nature des maladies mentales.
i.“ Dans un certain nombre de circonstances , une inflammation chronique de la membrane muqueuse de restomac et des intestins peut occasionner 1 aliénation mentale, et, dans beaucoup de cas, elle peut l’entretenir , la modifier et en déterminer le caractère.
2 .” La plupart des aliénés qui le deviennent à la suite d'une gastrite ou d’une gastro-entérite chroniques tiennent de leurs parens , ou de leur constitution même , une grande disposition au délire ; leurs facultés sont en général assez faibles ; leur cerveau est facile à irriter.- Souvent la phlegmasie muqueuse , par l’état de souffrance et d’anxiété qu’elle occasionne pendant long- temps, et par les craintes qu’elle inspire aux malades sur leur santé, les prédispose elle-même à l’aliénation.
3.° Les caractères anatomiques delà gastrite ou de la gastro-entérite chroniques avec aliénation, sont les mêmes que ceux qui les distinguent , lorsqu’elles ne sont pas accompagnées de dérangement des facultés. La membrane muqueusu de l’estomac ou des inteslins , mais principalement celle du premier organe , et quelquefois celle de tout rappareil digestif , offre une rougeur qui varie depuis la couleur rosée jusqu’au rouge foncé tirant sur le noir, tantôt uniforme, tantôt inégale , quelquefois disposée par points séparés par des intervalles plus au moins grands ; dans certains cas elle présente des points noirâtres et comme gangréneux ; d’autres fois une teinte brunâtre ; dans quelques circonstances , des ulcérations plus ou moins larges , rares dans l’estomac, beaucoup plus fréquentes dans les intestins, surtout vers la fin de l’iléon , dans le cæcum et le colon. Cette membrane est toujours épaissie d’une manière remarquable , et quelquefois boursoufflée et inégale. La vésicule biliaire contient quelquefois
des calculs. Tout le système vasculaire abdominal est toujours plus ou moins injecté ; les ganglions mésentériques sont ordinairement engorgés.
4.“ Ces altérations organiques agissentsur la tête de deux manières. Lorsqu’elles sont intenses , la douleur qui en résulte se propage sympathiquement au cerveau , soit par le nerf pneumo-gastrique , soit par un autre moyen. Il en résulte une irritation cérébrale secondaire , analogue à celle que la même maladie exerce sur le cœur pour produire la fièvre, sur la peau, pour déterminer la sueur, etc. Le cerveau, troublé dans toute son étendue , manifeste l’irritation qu’il éprouve par un désordre général des fonctions qui sont sous sa dépendance; de là les symptômes de la manie ( 8.® observation ).
Lorsque la gastrite ou la gastro-entérite chroniques sont moins intenses, ou le cerveau moins disposé à l’irritation, le malade est d abord en proie à des souffrances locales , à un état d’anxiété, à des douleurs épigastriques , qui , parleur continuité, leurs exaspérations fréquentes, le dérangement des digestions quelles occasionnent, la céphalalgie plus ou moins intense dont elles s’accompagnent toujours, le tourmentent, occupent son imagination, absorbent plus ou moins ses facultés., et le jettent fréquemment dans un état d hypochondrie , qui, pour peu que les facultés du malade soient faibles , sa raison chancelante , et ses affections mobiles , le jettent dans le délire mélancolique. On peut dire de ce délire ce que M. Esquivai pense de la mélancolie essentielle. Il naît de la dépravation des affections , autour de laquelle se rangent , comme coiiscquènces naturelles, toutes les idées qui complètent le tableau du délire exclusif. Ici le malade , tourmenté par ses douleurs épigastriques , commence par craindre d’être empoisonné , de la même manière que dans la mélancolie ordinaire ; il craint d’être persécuté, arrêté, guillottiné, etc. De cette crainte naît la persuasion qu’il est réellement empoisonné; de celle-ci le refus des aiimens, et toutes les autres idées qui s’y rattachent.
D après ces réflexions, nous pensons que, dans la manie, la réaction
sympathique est forte^ universelle, et bouleverse entièrementles facultés de 1 entendement. Dans la mélancolie, elle e^t plus faible , et ne va pas au-delà du degré nécessaire pour déterminer des phénomènes physiques, tels que la céphalalgie, les pesanteurs, lesserremens de tête; et pour rendre 1 exercice de l’entendement difficile et pénible , etla raison chancelante, jusqu’à ce que le désordre des affections devienne la base du délire exclusif. Ge qui confirme cette opinion, c’est que les aliénés affectés de gastrite ou de gastro-entérite chroniques passent souvent de la manie à la mélancolie, ou de la mélancolie à la manie, suivant que les phénomènes de la phlegmasie chronique diminuent ou augmentent d intensité ( 6.® et ij.® observations).
5. Les symptômes de l’aliénation mentale sympathique se rapportent a la manie et à la mélancolie. La démence peut succéder à ces deux formes de délire, lorsqu’elles se prolongent. Les phénomènes précurseurs sont les mêmes pour les deux espèces d’aliénation. Ils consistent dans les symptômes d’une gastrite ou d’une gastro-entérite chroniques (i ), savoir ; des douleurs plus ou moins fortes, ordinairement sourdes, irrégulières, répandues dans toute la cavité abdominale , ou concentrées dans la région épigastrique ; dès digestions difficiles, lentes, incomplètes, qui s’exaspèrent par les stimulans , tels que le vin, les liqueurs , le café; des flatuosités , des tiraiilemens; un état fréquent d anxiété sans cause, de malaise générai et universel ; une céphalalgie plus ou moins intense, plus ou moins fréquente ; quelquefois un peu de fièvre par momens. Souvent ces symptômes sont accompagnés d'un cortège de phénomènes nerveux extrêmement variés, et qui, réunis aux craintes des malades sur leur état, con-
(i) Si i’o» ne trouve pas ces symptômes précurseurs dans toutes les observations qui précèdent, cela tient à ce qu’on n’avait pas fait de questions à cet égard aux parens des malades qui entrent dans la maison de Charenton. Ils n’avaient donné, en général, de renseignemens que sur les symptômes intellectuels; mais, depuis qu’on les a questionnés sur ce sujet, on a vu que les phénomènes gastriques notaient pas si rares qu’on le pensait.
stituent l’hyochondrie la plus décidée. C’est dans cct état que les malades exaspèrent souvent la phlegmasie chronique dont ils sont atteints par les traitemens les plus intempestifs : c est alors que le délire se déclare.
Les symptômes de la manie occasionnée, entretenue ou modifiée par une phlegmasie muqueuse , gastrique ou gastro-intestinale, ne diffèrent pas de ceux de la manie essentielle d’une manière importante; car le cerveau n’a pas plusieurs moyens de manifester l’irritation générale qu’il éprouve et d’où naît le délire. Que cet organe ait été immédiatement ébranlé et irrité par des causes morales plus ou moins violentes, ou qu’il fait été par l’ingestion de liqueurs fermentées trop abondantes, par une inflammation chronique de l’arachnoïde ( voyez la partie ) , par la goutte ( voyez la 3* partie ) , ou enfin par une gastrite ou une gastro-entérite chroniques; dans toutes ces circonstances , il devient incapable de transmettre à l’âme des impressions exactes des objets extérieurs , et de servir à l’exercice des facultés de l’entendement. De là des sensations inexactes, légères, irrégulières, plus ou moins bizarres, quelquefois tout-à-fait fausses, ou mémé nulles; de là des idées plus ou moins nombreuses, plus ou moins rapides^ incohérentes ou associées delà manière la plus ridicule et la plus singulière. Dans cet état, l’âme ne commande plus les organes, c’est le cerveau. L’appareil locomoteur répond aux irradiations morbides de l’encéphale par une succession plus ou moins rapide et extrêmement variée de chants, de cris, de vociférations, de pleurs , de courses , de marches , de raouvemens extraordinairement nombreux, qui, considérés dans leur ensemble et suivant leur degré d’intensité, constituent trois variétés du même état , savoir , l’exaltation, l’agitation et la fureur.
Quelque analogie qui existe entre la manie essentielle et la sympathique , des différences les distinguent. Dans^la manie avec phlegmasie abdominale, les facultés sont en général plus profondément altérées ; l’agitation est ordinairement extrêmement violente, furieuse et aveugle, l’attention nulle, le jugement et la mémoire suspendus,
les idées entièremcDt incohérentes. Au milieu du bouleversement de 1 entendement , très-souvent les malades paraissent avoir une crainte très-vive detre empoisonnés, prononcent le nom de poison , et refusent obstinément les alimens qu’on leur présente , comme si , malgré le désordre de la perception, ils sentaient le mal dont leur estomac est affecté (^.®, lo.® et 1 1.® observations). Quant aux affections morales, elles participent au désordre mental universel ; mais, en général , les malades sont trop violemment agités pour être susceptibles de sentimens de haine, d’amitié, de jalousie, etc.
Les phénomènes locaux, qui seraient très -iraportans dans cette maladie , sont difficiles à observer. L’agitation empêche de connaître 1 état ae la langue , de l’estomac et du pouls : lorsqu’on a pu examiner ce dernier , on a souvent trouvé de la fièvre ; ce qui n’est cependant pas constant. Le dévoiement est fréquent, et paraît quelquefois dans un rapport étonnant avec l’état des facultés. M. le docteur Blejnie, médecin adjoint à la maison roy.ale de Charenton, m’a communiqué 1 observation d’une femme maniaque qui , lorsque le dévoiement dont elle était atteinte était très-abondant et sanguinolent, était dans un état d’agitation considérable, tandis qu’elle devenait calme et à demi-raisonnable lorsque la diarrhée cessait ou diminuait beaucoup. Il a observé plusieurs fois cette coïncidencé chez la même malade. ^
La marche de la manie sympathique peut être continue , rémittente ou intermittente ; mais le premier type est beaucoup plus fréquent que les deux autres. Lorsqu’il existe, l’agitation et la fureur persistent plus ou moins long-temps , sans offrir de diminution sensible ; leur durée est variable, comme celle de l’aliénation essentielle.
La terminaison de cette maladie peut avoir lieu de plusieurs maniérés différentes ; i.° quelquefois les malades deviennent tout à coup assez calmes et raisonnables; le retour de la raison ramenant la perception a son état normal, ils se plaignent de douleurs épigastriques ou abdominales, de céphalalgie, de malaise général ; souvent la langue est rouge et le pouls fréquent ; le dévoiement existe fréquemment. Lors-
que les facultés sont entièrement rétablies , ces symptômes gastriques persistent, tourmentent beaucoup les malades, elles jettent dans un état plus ou moins profond d’hypochondrie, qui peut être quelquefois un obstacle à raffermissement de la raison ou faire craindre une rechute. Mais ordinairement, à cette époque, la nature de la maladie physique étant évidente , elle diminue plus ou moins , ou même disparaît à l’aide des sangsues appliquées à l’épigastre , des boissons mucilagineuses et de l’exercice ; et les craintes , l’inaptitude des malades et leurs douleurs variées disparaissent avec la cause qui les produisait. 3.” D’autres fois l’agitation cesse tout à coup, le délire persiste , et le malade succombe bientôt , sans que le plus souvent on puisse soupçonner d’autre cause d’une mort aussi inopinée que Tagitation violente à laquelle il était en proie ( lo.* et ii.® observations ). Lorsqu on observe celui - ci quelque temps avant la mort , ordinairement on trouve la langue rouge ou sèche , et le pouls très-fréquent ; souvent la diarrhée existe. Quelquefois la fureur maniaque fait place à un collapsus général , à l’état de prostration qui caractérise la gastro - entérite adynamique (/(•‘^observation). Les lèvres sont sèches et brunâtres , les dents et les gencives fuligineuses , la langue rouge , sèche , brunâtre ; il y a un dévoiement très-abondant; le pouls est petit et fréquent, le coucher en supination , les facultés dans un état de coma. La mort termine bientôt cet état déplorable. Enfin, dans d’autres circonstances, le dévoiement, quia commencé de bonne heure , accompagne le délire général et l’agitation maniaque , qui n’en reçoivent aucun amendement ; il dure pendant long-temps, produit un amaigrissement progressif, et enfin un état de marasme auquel le malade succombe , sans qu’un retour passager de la raison et de la tranquillité vienne marquer les derniers momens de son existence. 3.“ Enfin un état de démence peut succéder à la manie sympathique , et se prolonger pendant plus ou moins long-temps. Que le dévoiement et les autres phénomènes gastriques soient les symptômes d’une gastro-entérite qui a déterminé 1 aliénation mentale , ou qui est survenue pendant son cours ,
constamment tous les symptômes intellectuels , tels que le délire et l’agitation , sont exaspérés au lieu d’éprouver une rémission.
La mélancolie avec gastrite ou gastro-entérite chroniques n’ofîre pas de différence essentielle , sous le rapport mental avec la mélancolie qui n’est pas accompagnée de cette phlegmasie muqueuse. Ses caractères distinctifs naissent du caractère du délire et des phénomènes locaux qui l’accompagnent. Les malades qui en sont affectés ont un air sombre , triste et rêveur, et la figure altérée ; ils sont quelquefois poursuivis par des hallucinations, mais beaucoup plus rarement que les autres mélancoliques ; ils sont persuadés qu’on les a empoisonnés et qu’on les empoisonne , et cette crainte les domine sans cesse , et est la base de leur délire exclusif; ils refusent les alimens, et souvent avec une telle obstination, que les menaces, les châtimens , les voies de la douceur ne peuvent vaincre leur opiniâtreté. On soutient quelquefois leur existence à l’aide de quelques soupes qu’on leur fait avaler en leur pinçant le nez. Mais souvent ce moyen même est infructueux, et l’on estréduit à les soutenir à l’aide de quelques lavemens nûtritifs, qui ne peuvent retarder que très-peu de temps l’amaigrissement et le marasme. Quelques malades inangent d’eux-mêmes, mais extrêmement peu , et ont des goûts très,rvariables ; ils fuient la société ; quelques-uns parient peu ; d’autres se plaignent sans cesse ; d’autres restent dans un état de tacilurnité insurmontable ; plusieurs invoquent la mort , ont un penchant très-violent au suicide , et font des tentatives fréquentes pour s’arracher la vie. La plupart se plaignent de douleurs dans la région épigastrique , de chaleurs , de tiraillemens , d’élancemens dans cette partie , de céphalalgie plus ou moins intense; ils ont quelquefois de la fièvre , de temps en temps le dévoiement. Entièrement dominés par la crainte, d’être empoisonnés , le chagrin d’avoir été déjà victimes du poison, et par les douleurs auxquelles ils sont en proie , les malades s’occupent très-peu de tout ce qui Jes environne, souvent ne répondent pas aux questions qu’on leur fait , ou sont même entièrement étrangers à tout ce qui se passe autour d’eux. Leur attention , concentrée sur leurs idées exclusives ,
est immobile , et ne peut se porter, le plus souvent , sur un sujet étranger à leur délire. Leur jugement, leur réflexion , leur raisonnement leur mémoire , toutes leurs facultés enfin ne peuvent plus s’exercer que sur un seul ordre d’objets, ou , si l’on parvient à les retirer quelques momens de leur délire exclusif, ils y retombent un moment après.
Tantôt Ils se promènent lentement dans les cours , la tête basse , le tronc courbé en devant, les mains appliquées sur la région épigastrique, poussant des gémissemens sourds et des plaintes, quelquefois pleurant sur leur sort; tantôt ils restent à la même place, immobiles, soupirant, et montrant la région épigastrique et la tête, lorsqu’on les interroge sur le siège de leur douleur et 2.^ observât. }; quelquefois les malades restent dans leur lit, sans vouloir en sortir. Mais, indépendamment de la crainte du poison, les affections morales ofirent assez souvent la dépravation la plus profonde. Les malades conçoivent pour tout le genre humain la haine la plus violente , la misanthropie la plus universelle. Mademoiselle L**% depuis très-long-temps , craignait d’être empoisonnée, refusait les alimens par intervalles, avait des goûts extrêmement bizarres, très^ variables pour sa nourriture , et avait souvent le dévoiement. Elle restait toujours dans son lit , et lorsque quelque personne entrait dans sa chambre , elle se mettait à l’instant en fureur contre elle , la traitait de monstre, d’assassin, d’empoisonneur, et lui donnait souvent les qualifications les plus dégoûtantes. Elle asuccombé aux progrès de l’affection abdominale. A l’ouverture, la muqueuse gastrique, extrêmement épaissie, nous a présenté une rougeur uniforme et Irès-vive. La vésicule biliaire contenait dix-neuf calculs octogones, et plongés dans une matière filante, visqueuse et purulente. Mademoiselle Sophie L , depuis sept ans qu elle était à Charenton , paraissait inspirée par le démon de la malice et de la méchanceté; elle ne cessait pas un instant de vomir des grossièretés et des injures contre les médecins, les infirmières , et les autres malades, lorsqu’ils lui parlaient; elle avait un appétit irrégulier , et , dans la dernière année de son existence ,
refusait souvent les alimens, A l’autopsie muqueuse gastrique et intestinale, rouge ; calcul rugueux Æt cylindrique, de la grosseur du petit doigt, dans la cavité de la vésicule biliaire.: Mademoiselle M***, depuis tres-long-temps dominée par la eraintre. d’être empoisonnée, ne voyait dans les personnes qui l’entouraient que des assassins qui avaient jure sa pe.rte ; et dans les soins qu’on lui prodiguait , que des ruses pour la faire périr; de là une horreur profonde pour tout le monde , et 1 éloignement de tous des secours qu’exigeait sa santé : elle maigritrapidement, et mourut sans qu’on eût pu avoir le moindre soupçon sur la maladie-dont elle était atteinte. L’ouverture du cadavre montra la mémbrane muqueuse de restomac percée d’ungrand nombre de petits ulcères Irès-étroits et rapprochés les uns des autres, et le foie extrêmement volumineux, jaune et gras , remplissant exactement les deux hypochondres et l’épigastre , ;et recouvrant 1 estomac et la rate (i). Je possède plusieurs autres faits de la, même nature, que je crois superflu de citer (2).
(1) Mais , dira t-on, quel rapport y a-t-il entre une inflammation chronique de la muqueuse digestive et des calculs biliaires d’une part, et la dépravation des affections de l’autre ? Un rapport très-facile à sentir, et fondé sur un faux jugement. Les malades, craignant d’être empoisonnés, jugent qu’ils le sont en effet; de là leur haine profonde contre leurs empoisonneurs, dont le nombre augmente en proportion de leur délire , et finît par s’étendre à tout le genre humain.
(2) M. le docteur iîa/non, ancien interne à la maison royale de Charenton , nous a communiqué une observation très-curieuse qui vient à l’appui des idées que nous venons d’émettre. M. T*** s’imaginait depuis long-temps qu’on mettait un poison lent dans ses alimens, qu’il était épié par des gens en dignité, et qu’il devait succomber aux supplices les plus cruels ; de là une tristesse profonde , une haine qui s’étendait aux personnes qui lui témoignaient le plus de bienveillance. De fréquentes coliques, accompagnéesûe dévoiement, et des douleurs fixes dans la région épigastrique , le confirmaient dans l’idée qu’il était empoisonné. Cet état dura plusieurs années, et s’aggrava progressivement. L’idée qu’on *lui donnait du sublimé finit par l’occuper sans cesse : Il sentait ce poison courir dans ses veines^ et ruiner sourdement les ressorts de son
La marche âe cette espèce de mélancolie est continue. Ordinairement les symptômes, au lieu de diminuer, augmentent progressivement d’intensité ; les douleurs locales deviennent plus vives , les facultés s’affaiblissent davantage , le délire exclusif devient plus dominant, beaucoup plus étendu, et souvent très-incohérent; les malades, qui, dans les premiers temps, prenaient encore quelques alimens , finissent par les refuser obstinément, sans qu’aucune force humaine puisse lés contraindre à les avaler. Le pouls est petit, lent ou fréquent; les forces s affaiblissent rapidement , soit par l’abstinence, soit à cause de la phlegmasie chronique; la maigreur dégénère bientôt en marasme. Il est très-rare que la maladie s’améliore. Echappant le plus souvent à l’observation, quelquefois exaspérée par des médicamens antispasmodiques , ou du moins n’étant pas combattue par le traitement convenable, elle augmente tous les jours sous l’influence des chagrins violens qui tourmentent les malades. La mort ne tarde pas a terminer cette scène déplorable , et paraît souvent le résultat de l’abslinence prolongée.
b.'^On voit, d’après ce qui précède, que nous regardons la crainte du poison et le refus des alimens comme les symptômes les plus essentiels et les plus constans de l’aliénation mentale sympathique d une phlegmasie chronique de la muqueuse digestive. Nous avons ditque ces symptômes naissaient de la douleur qu’occasionne l’inflam-
exîstence ; îl rendait le mercure reaiçifié par les urîneset par les sueurs ; il était la victime d une horrible trame dans laquelle entraient toutes les personnes qui le soignaient ; il traitait ses médecins d'empoisonneurs , d’hjpocrites ■, de' monstres ; il avait fait des tentatives fréquentes de suicide , et épiait toutes les occasions de se détruire. Le 9 octobre 1814, on le trouva étranglé dans sa chambre. A V’autopsie , M. Ramon trouva dans l’estomac une fourchette d’étain entièrement noire , couverte d’un enduit rugueux dans une de ses moitiés , et d’une couche lisse semblable à un vernis dans l’autre moitié. L’estomac contenait un fluide grisâtre, d’une couleur semblable à celle du pus; sa membrane muqueuse était rouge.
mation, et se manifestaient, quels que fussent l’état des facultés intellectuelles et la forme du délire. On les observe également dans la mélancolie, la manie et la démence, mais principalement dansla première espèce d’aliénation, soit que ces affections soient le résultat de l’irritation sympathique du cerveau , ou soit que , dépendantes de causes morales, elles soient compliquées de phlegmasies gastrique ou intestinale. Ces deux symptômes sont l’expression de la souffrance de l’estomac et des intestins chez les aliénés ; et quoiqu’ils puissent exister sans tenir à cette cause, je ne les ai jamais observés sans qu’il y eût des signes d’inflammation de l’estomac ; ce fait est si vrai , qu’ils se manifestent quelquefois passagèrement chez des aliénés qui sont atteints pendant quelque temps de gastrite aiguë, ou même chez des personnes dont la tête est saine.
J’ai vu trois malades affectés de phrénésie chronique avec paralysie générale et incomplète, qui, ayant eu pendant sept à huit jours la langue rouge et le pouls fréquent, craignaient d’être empoisonnés, et refusaient les aümens. Ces derniers symptômes disparurent avec ceux de la gastrite, qui les avait occasionnés. Mon ami, le docteur Roherts-Roche y m’a communiqué le fait suivant. Un jeune homme , d’un tempérament nerveux, âgé de vingt-cinq ans, faisait usage de la liqueur de Van- Swiéten depuis trois semaines, lorsqu’il perdit l’appétit. Sa langue se couvrit d’un enduit grisâtre et sale, sa bouche devint pâteuse; il éprouva des nausées, qui le déterminèrent à prendre vingt-quatre grains d’ipécacuanha. Cet émétique produisit des vomissemens qui se répétèrent avec une intensité effrayante, et des convulsions qui durèrent pendant vingt-quatre heures. Chaque fois que sa garde-malade , en qui il avait habituellement la plus grande confiance, lui offrait à boire, il lui demandait si elle voulait l’empoisonner , et une fois même il lui cria avec fureur et des gestes menaçans : m’empoisonnez. Les vomissemens cessés, il n’avait aucune idée des craintes qui l’avaient occupé.
■J." Le traitement de l’aliénation mentale symptomatique doit être
spécialement dirigé contre la phlegmasie chronique qui l’a produite, il ne diflFère pas de celui qu’exige la même maladie, lorsqu’elle n’est point accompagnée de phénomènes cérébraux sympathiques, et consiste principalement dans 1 application des sangsues à l’épigastre , les boissons mucilagineuses, la diète ou les alimens légers et de trèsfacile digestion, l’exercice du corps, et quelquefois les dérivatifs. D ailleurs 1 alienation mentale réclame, suivant la forme quelle revêt, des moyens qui sont les mêmes que ceux dnnton fait usage dans le délire essentiel : tels sont, l’isolement, les impressions morales fortes, le raisonnement, les douches , la camisole , la blouse, etc.
solides sans éprouver le moindre accident ; chaleur et gonflement assez considérable du pied, qui est rouge et tendu; pouls fréquent.
Le 1 2 , disparition de la céphalalgie , qui est remplacée par un léger sentiment de vide dans la tête; point de fièvre, appétit, bien-être universel , pied très-enflé.
Le i4 , santé parfaite , au moral comme au physique.
Le 19, cessation du gonflement du pied gauche, accompagnée d’un sentiment d’engourdissement dans la jambe, qui l’oblige àja traîner en marchant ; deux ou trois vomissemens.
Le 20 , application d’un nouveau sinapisme au pied , suivie d’un gonflement considérable, et de la disparition des vomissemens.
Elle reste pendant dix ou quinze jours dans un état de santé parfaite; mais, peu de jours après la disparition du gonflement du pied, elle tient par momens des propos peu sensés , dans lesquels règne une exaltation évidente , et écrit des lettres où respire beaucoup de fierté et de la haine pour sa famille. Au bout de quinze jours, dérangement plus considérable des facultés ; accès de manie avec beaucoup d’agitation , mais sans violence ; mouvemens continuels , danses , chants, loquacité, exaltation considérable, propos tantôt assez suivis, tantôt incohérens , souvent érotiques et indécens ; face pâle et altérée , nulle plainte d’éprouver quelque douleur locale. Cet état dure jusqu’à la fin du mois de juillet , avec des alternatives irrégulières de rémission et d’exaspération. A cette époque , cessation subite de l’agitation , désordre des facultés moins général ; face jaunâtre, peau chaude, pouls fréquent, langue rouge, sensibilité à l’épigastre, coliques, dévoiement. Au bout d’une semaine , rétablissement presque complet de la raison; continuation des symptômes gastriques pendant les premiers quinze jours du mois d’août.
Le 16 de ce mois , nulle trace de délire depuis assez long-temps ; face très-jaune , langue d’un rouge brunâtre sur sa face supérieure ; douleurs vives dans tout l’abdomen , dévoiement , vomissemens de matières jaunes et muqueuses , pouls fréquent , pesanteur générale de la tête. ( Tisane d’orge gommée , deux sinapismes aux pieds .}
Le i8, diminution très-considérable de la céphalal/rîp f a
P eds fortement rougis par les sinapismes , le droit sensiblement ’ trètrfl’é'd'T"" ‘'^“’“*‘-P>'-«”ènes précédons; pied droit
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continuels de méchanceté , état dexaltation. " '
Le 25, accès de manie, qui na nas a •
une manière assez considérable, et douloureux.
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citent aucun fait de cette nature -1 I “““?«* de la folie ne
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cette maladie, ou se bornem Îl!^ '
du délire. Les deux observations J -antique
prouver que l’aliénation peut être l’effet
irrégulière, lorsqu’elle affecte le j * symptôme de la goutte
son action sur l’eÏmac ^ maladie, lorsqu’elle porte
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chagrins très-vîolens , qui sont une cause si fréquente de métastases dangereuses chez les personnes qui sont sujettes à la goutte ; il ressentit bientôt des douleurs inexprimables dans la tète, et des palpitations de cœur qui reTenaient principalement la nuit , et lui causaient d’horribles angoisses. Ces symptômes ne sont-ils pas relatifs à une goutte anomale , mobile , imminente , qui cherche en mêmé temps a se fixer sur la tête et sur le cœur ? Ce qui confirme cette opinion c’est que, lorsque la tête du malade se troubla , la céphalalgie violente dont il était atteint augmenta au lieu de diminuer, et que ce fut seulement pour se soustraire à des souffrances physiques intolérables , et non par suite d’un délire exclusif que le malade chercha tous les moyens de se détruire. Plus tard , lorsqu’il eut été saigné à plusieurs reprises , le gonflement du pied qui se manifesta fut suivi d’un retour en quelque sorte subit de la raison. Les douleurs céphaliques , l’incohérence des idées , les illusions optiques et le penchant au suicide, se dissipèrent comme par enchantement.
La seconde observation offre un rapport tellement frappant entre les phénomènes physiques de la goutte et le désordre des facultés, qu’il serait difficile de douter de la nature arthritique de la maladie mentale. La femme qui fait le sujet de cette observation était sujette à des attaques dégoutté, ordinairement régulière, quelquefois anomale , et alors accompagnée de vomissemens et de coliques violentes que le gonflement désarticulations faisait disparaître. Plus tard, des chagrins très-vifs qu’elle essuya tendirent à déranger la régularité de la goutte, et à la porter vers le cerveau. La malade fut bientôt atteinte d’aliénation , qui se renouvela à plusiéurs reprises. Il y a deux ans, elle éprouVa Siés douleurs vives à l’épigastre, des vomissémens fréquens et douloureux , et une céphalalgie intense , symptômes qui se dissipèrent rapidement après un accès de manie. N’est-il pas évident que, dans cet accès, la goutte, qui affectait d’abord l’estomac , se porta ensuite sur le cerveau ? La suite de ces réflexions doit laisser peu de doute sur cette opinion. , .
Depuis cette première attaque de goutte avec aliénation , la ma-
( io8 ) ^
lade en a eu quatre autres semblables à la première. Elles commen çaient par des vomissemens, des coliques, la céphalalgie, et se ter' minaient par des accès de manie; mais elles ont offert dés différent ces assez importantes qui confirment nos idées sur la nature de la maladie, La première attaque débuta par des symptômes gastriques qui , apres une assez courte durée, furent suivis d’un accès de’maé me. A la deuxieme attaque, les phénomènesgastriques, accomp,,gnés un état parfait de raison , durèrent pendant quatre moisj^lfeers a abord ,1s augmentèrent ensuite tellement d'intensité , que les coques devinrent atroces, les vomissemens continuels, très-douloueux, provoques par les plus petites quantités de boisson, et accompagoes d accès alarmans d’assoupissement et de défaillance. Dans cet
atx éi dsTi* ' application desinapismes
aux pieds détermina le gonflement de cette partie , et fut suivie de
a disparition de tous les symptômes effrayans. Mais, au bout de dix a quinze jours d’une santé parfaite, la tète sedérangea de nouveau Nous voyons, par les phénomènes de cette deuxième attaque , que la gou e s était fixee sur l’estomac avec une telle intensité, que la ma lade aurmt probablement succombé, sans l’application des sinanismes; maisen même temps le prompt retour de la manie nous proL
sidemble pour prévenir une métastase cérébrale , pour laquelle la goutte a une si grande tendance chez madame D*”. La troisième
attaque a ete remarquable en ce que l’application rt
été suivÎP ]■ X ^ W^cation des sinapismes a
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presque aussitôt des préludes d’un nouvel accès de Lnie ce nuf montre quel penchant a la goutte pour se porter au cerveau pub
pieds a^en ' f«er aux articulations des
pieus, qui en sont le siège naturel et nô rt’oîiizv i> irritation très-forte Enfin la ’x 1 appelait une
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APHOKISMî.
Non una melancboliæ causa est • Kî brum morbo affectum habeut ; il)i ,erô eüam' 7 alu autem Tentrem solum et præcordia A,
Melancholiâ. ÏBiiiutf. , rfe
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Quicumquealiquâ corporis parte dolentes „W non sentiunt , bis meus ægrotat Hirr ’■ dolores
O • , apfi, , sect. 2.
^JJncbolicisbaemorrbo.-des «uperveuieutes . bonum. HmP. ,