‹ Recherches sur les maladies mentalesChapitre 117 sur 122 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

I, De la découverte de la paralysie générale et des doctrines émises par les premiers auteurs.

— Pour Esqnirol,la paralysie n'est qu'une complication de la folie, mais surtout de la démence. — D'après lui, la moitié des aliénés qui succombent sont paralytiques. — Ils ont de l'embarras de la parole, un affaiblissement général et progressif des mouvements. — Quand ils sont forcés^ de s'aliter, il se forme des escarres au siège, aux trocbanters. — La paralysie et la démence, bien que réunies cbez ces malades, restent deux affections distinctes. — La paralysie, cbez le.s déments, n'est qu'un épipbénomène. — Georget considère la paralysie qu'on observe cbez les aliénés comme une maladie spéciale qu'il désigne sous la dénomination de paralysie musculaire chronique. Il note que ses progrès sont accnmpagnés : de la diminution successive, et enfin de la perte totale de l'exercice intellectuel. — La paralysie musculaire- chronique n'est d'ailleurs pour lui, comme pour Esquirol, qu'une complication de la folie. — Bayle établit que les lésions de l'intelligence et des mouvements se développent parallèlement; il en conclut qu'elles doivent être considérées comme deux ordres de symptômes d'une seule et même affection, qu'il attribue aune méningite chronique. — Il établit ainsi l'unilé de la maladie. — Délaye adopte l'opinion d'Esquirol et de Georget, laprtî-«?.vsie générale incomplHe qu'ildécritn'estqu'une complication de la folie. — Il maintient ainsi la doctrine de la dualité. — Dans un deuxième travail, Bayle établit les rap-

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ports du délire des grandeurs et de la paralysie générale. — Ce délire esl pour lui un symplôine essentiel de la maladie qu'il dési!j;ne sous la dénomination de monomanie amùilieim avec paraltjifie. — L'honneur de la découverte de la paralysie générale doit être attribué à Esquirol. — C'est lui qui, en 1814 ■ en a le premier décrit les principaux symptômes. — D'autre part, c'est Bayle qui a constitué la maladie telle qu'elle est encore généralement admise aujourd'hui. — Un médecin anglais, Haslam, avait souvent observé chez les aliénés les affections paralytiques — il signale l'orgueil et les prétentions des aliénés paralysés. — Le court passage de son ouvrage, resté plus de trente ans inaperçu, a été cité depuis la découverte de la paralysie générale, ce qui n'empêche pas que le principal honneur de cette découverte ne doive être attribué à Esquirol et à Baj'le 220

I II. — IVote sur la paralysie générale. — La maladie peut parcourir toutes ses périodes sans qu'il y ait de délire mais seulement une démence progressive. Le délire peut disparaître et la paralysie persister. — H y a alors dissociation entre la folie qui guérit et la démence paralytique qui persiste. — Observations qui le prouvent. — Ces observalions peuvent servir à démontrer que, dans la paralysie générale, la folie est un phénomène secondaire — cette maladie, pouvant n'être caractérisée que par la démence, devrait être séparée de la folie et considérée comme une maladie spéciale et indépendante gOM

I III. — De la démence paralytique et de la manie avec délire ambitieux. — Deux ordres de laits très différents désignés sous la dénomination commune de paralysie générale : 1" la démence paralytique primitive, qui parcourt ses périodes sans complication de manie ou de mélancolie et qui a pour lésion l'atrophie des hémisphères, la désorganisation de la substance grise, la sclérose de la substance blanche; 2° la manie avec prédominance d'idées de grandeurs se terminant par la démence paralytique, tantôt directement, tantôt après une ou plusieurs rémissions, et qu'on s'accorde généralement à expliquer par un simple état congestif. — On la considère comme la première période de la démence paralytique et on s'appuie avant tout sur son incurabililé. — Elle serait fatalement suivie de démence paralytique. — Observations de guérison qui prouvent qu'on a trop généralisé. — La manie ambitieuse peut guérir ainrs même qu'elle est accompagnée de lésions des mouvements. — Elle |)eut n'être que la première i)ériode de la folie à double forme, — elle peut se terminer par la manie chronique

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OU la démence simple sans paralysie. — Obsorvalions qui h prouvent. — La raauie ambitieuse doit être séparée de la paralysie générale. — Elle a son existence propre. — Elle doit être séparée aussi de la manie simple sous la dénonii- ; nation de manie congesiive. — On doit donc admettre deux t espèces de manie : la manie simple qui peut se terminer par | la démence simple, et la manie congesiive, qui peut se terminer par la démence simple, mais qui, bien plus souvent, est suivie de démence paralytique 2T|

IV. — Des rémissions dans la forme maniaque de la paralysie générale. — Fréquence des rémissions s dans la forme maniaque de la paralysie générale. — Eli s I sont avant tout caractérisées par la guérison du délire. — 1! 1 7 a au contraire persistance d'un peu d'affaiblissement int.^Iiectuel et quelques troubles de la motilité. — Variété des l'ormes de la folie qui précède la démence paralytique. — % — Manie, mélancolie, folie à double forme. — Ces divers ^ (Uats ne peuvent s'expliquer par une seule et même lésion, * pas plus que la manie, la mélancolie, la folie à double forme, I purement vésaniques. — La fréquence des guérisous de la | manie simple peut expliquer la fréquence des guérisous des • accès maniaques qui précèdent la démence paralytique. — Ces accès précèdent ou compliquent la paralysie générale à son début. — En considérant ces accès comme ayant une ^ existence propre, on simplifie l'étude de la paralysie générale.— On explique ce fait étrange d'une même plilegmasie |^ qui se traduirait par les manifestations symptomatiques les plus opposées

V. — De la guérison de la paralysie générale et de la théorie des pseudo-folies paralytiques. —

Il y a des cas incontestables de guérison de paralysie généraie à forme vésanique. — Deux modes d'explication de ces j guérisous. — Pour les uns, il s'agit bien de véritables para- l lysies générales qui ont pu se terminer par la guérison. — j Pour les autres, les malades guéris étaient des pseudo-paralytiques. — Ces pseudo-paralytiques guéris sont souvent, plus tard, atteints d'une véritable paralysie générale à laquelle ils , succombent. — Ce fait permet de mettre en doute la nature du premier accès. — De là une objection contre la Ibéorie des pseudo-paralysies générales. — Cette objection disparait si on * sépare compiètement la manie avec délire des grandeurs de ; la paralysie générale. — Que cette manie se termine par la 1 guérison ou par la paralysie générale, elle n'en est pas moins i une maladie à part. — Il n'y a plus lieu de la désigner sons la dénomination de pseu.do-paralysie générale. — La véri- ■

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1able paralysie générale reste une démence' paralytique qui, tantôt est primitive et simple, tantôt primitive et compliquée de manie paralytique, tantôt enfin consécutive à la manie paralytique 346

— Du délire ambitieux dans les alTectioiis org-aniques locales du cerveau et les maladies delà moelle. — Chez les malades atteints de lésions locales du cerveau ou de maladies de la moelle, on observe quelquefois le délire des grandeurs avec les caractères qu'il olTre dans les paralysies générales primitives. — Ce délire peut durer plusieurs mois, une année et même plus, sans qu'on trouve à l'autopsie les lésions de la péri-encéplialite chronique. — Observations qui le prouvent. — Ce délire semble pouvoir être expliqué par l'irritation et les mouvements fluxionnaires que provoquent les lésions locales du cerveau ou les maladies de la moelle 305

A'II. — De la folie avec prédominauce du délire des grandeurs dans ses rapports avec la paralysie générale. —La folieambilieuse, quand elleprécède d'une ou de plusieurs années les symptômes de la démence paralytique, doit-elle être considérée comme une folie simple qui se terminerait par la paralysie générale ou comme la première période de celte maladie?— Cette dernière opinion, , soutenue parles partisans ;de la doctrine de Bayle — pour eux la paralysie générale est toujours une maladie primitive.

— Objections que soulève cette opinion. — Réponses faites à ces objections. — Les folies ambitieuses qui se terminent par la paralysie générale peuvent, dit-on, être reconnues dès le début — elles, sont accompagnées de symptômes de démence, et si on ne peut constater ces symptômes, c'est qu'ils sont masqués par l'exubérance du délire ambitieux.

— Cette opinion est trop absolue. — Observations qui le prouvent.-:- Il e.st difficile d'admettre qu'une péri-encéphalite chronique puisse persister une année ou plus sans provoquer des signes de démence et de paralysie. — La paralysie générale, quand elle survient alors, n'est pas une maladie primitive. — Les pseudo-paralysies générales qui se terminent par la guérison ou par la démence simple sans paralysie prouvent que le délire ambitieux, même accompagné des troubles moteurs de la première période de la paralysie générale, peut persister longtemps sans qu'il y ait nue periencéphalite chronique. — La doctrine absolue des paralysies générales primitives doit donc être rejetée. — On doit admettre, dans des cas assez nombreux, que la paralysie générale est une maladie secondaire

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VIII. — Des rémissions et de la démence dans certains cas de paralysie générale. — Au point de vue des rémissions, il y a une dislinclion à. établir entre les cas dans lesquels l'invasion de la. démence a été plus ou moins rapide et les cas dans lesquels elle a été lente et progressive. — Les cas oi\ l'invasion de la démence a été rapide se présentent dans deux conditions différentes : tantôt on constate un état de stupeur plus ou moins prononcé, sans délire ou avec délire triste ; tantôt, au contraire, bien que la démence prédomine, le malade a quelques conceptions délirautes ambitieuses et les symptômes de stupeur n'existent pas. — Les rémissions, dans ces deux cas, prouvent qu'il n'y avait pas de démence vérila.h\e,m3.'is une pseudo-démence. — Dans les cas où l'invasion de la démence a été lente et progressive

il n'y a pas de rémissions véritables iOol

IX. — Influence des suppurations sur la guérîson I de la folie paralytique. — Cette influence n'avait point été signalée; elle a été démontrée, par des observations, dans mon mémoii'e sur la démence paralytique et la manie avec délire ambitieux. — Malades guéris à la suite d'abcès, — de plaies nombreuses sur diverses parties du corps, — de furoncles, d'anthrax, — d'escarres, — d'amputations, — ces guérisons observées après les symptômes les plus graves. — Faits nombreux publiés par divers auteurs démontrant cette influence des suppurations sur la gérison de la folie paralytique 4:17,

X. — ■ Des rapports du délire hypocondriaque et du délire ambitieux. — Les rapports étroits du délire des grandeurs et de la paralysie générale sont un des faits les plus curieux de la pathologie mentale. — Ce délire des grandeurs est le délire spécial de la forme maniaque. — Certaines conceptions délirantes hypocondriaques constituent un délire tout aussi spécial dans la forme mélancolique. — Ces conceptions ont dans cette forme la même valeur pour le diagaostic et le pronostic que le délire ambitieux dans la forme maniaque. — Les deux formes de délire se succèdent chez les mêmes malades dans les cas fréquents où la forme maniaque est remplacée parla forme mélancolique. — Rien ne prouve mieux la spécialité du délire hypocondriaque que sa coexistence ou sa succession avec le délire ambitieux chez

les aliénés paralytiques ii4

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On admet que la paralysie générale se présente sous deux formes : la première est caractérisée, pendant les premières périodes, par le délire et le plus souvent par quelques troubles musculaires de nature ataxique, c'est-à-dire par des symptômes de perversion fonclionnelle. — Le délire a des caractères variés. — Tantôt on observe pendant plusieurs mois tous les symptômes d'un accès de manie, tantôt ceux d'un accès de mélancolie, enfin il esf des malades qui sont alternativement maniaques ou mélancoliques. — Les faits très nombreux qui se rattachent à cette première forme expliquent la dénomination de folie paralytique employée encore aujourd'hui comme synonyme de paralysie générale. La folie paralytique aurait donc trois ordres de symptômes essentiels : délire, démence et paralysie : c'est la théorie unitaire. . . . 449

La seconde forme est caractérisée, dès le début, parla démence et la paralysie, c'est-à-dire par des symptômes d'abolition fonctionnelle. — La maladie peut parcourir sous cette forme toutes ses périodes sans qu'il y ait de conceptions délirantes; elle n'a alors ni intermittences ni transformations, elle est continue, progressive et toujours incurable. — On peut, dans tous les cas de ce genre, la désigner d'une manière très exacte par la dénomination de démence paralytique. — La démence paialylique et la folie paralytique, d'après l'opinion généralement admise, sont considérées comme deux formes de la même maladie. — Contrairement à celte opinion, j'ai essayé de démontrer que la démence paralytique et la folie paralytique sont deux maladies différentes : c'est la théorie dualiste . . . 433

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