‹ Recherches sur les maladies mentalesChapitre 13 sur 122 · SIÈGE · texte numérisé non relu

SIÈGE

et le voir se continuer sur la face interne de la dure-mère : « Les membranes accidentelles, dit M. Ribes, lorsqu'elles sont depuis longtemps formées, offrent une membrane séreuse très évidente que l'on peut facilement isoler par la dissection. Cette membrane est de la même nature que la séreuse dans laquelle elle a pris naissance; seulement elle paraît plus mince, plus fine et plus déliée. » Laënnec avait déjà établi le même fait. J'ai cité, d'après M. Bayle, la description d'une fausse membrane sur laquelle on pouvait soulever une lame ayant tout à fait l'apparence et la consistance de l'arachnoïde.

L'aspect dépoli de la face interne de la dure-mère et la formation d'un feuillet séreux à la face profonde du kyste devront donc, dans certains cas d'épanchements anciens, rendre le siège assez difficile à déterminer.

Quant aux liémorrhagies récentes, on pourra toujours éviter l'erreur, si l'on ne se borne pas à l'examen de la membrane qui limite l'épancbement, et si l'on sait qu'elle peut n'être que le feuillet profond d'un kyste, dont le ■feuillet superficiel tapisse la face interne delà dure-mère; il faudra donc, avant tout, porter son attention sur l'épaisseur de cette membrane, et chercher à en détacher le second feuillet. On pourra s'assurer ensuite que l'arachnoïde existe encore sur la dure-mère, dans la partie correspondant au kyste.

Des discussions dont je viens de parler se comprennent d'autant mieux qu'on ne peut que difficilement admettre les décollements étendus du feuillet pariétal de l'arachnoïde. -

Ce feuillet est si fin, si mince, si intimement adhèrent à la dure-mère, les vaisseaux du tissu cellulaire serré qui unit les deux membranes sont si déliés, qu'on doit d'abord se demander s'il est possible d'expliquer par une rupture

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de ces vaisseaux, qui ne reçoivent point de sang- rouge dans l'état normal, des épanclicments qui décollent en trois ou quatre jours le feuillet séreux dans presque toute a'étendue d'un côté de la voûte du crâne. On ne peut, ■ sans doute, dire que ce soit là un fait impossible ; mais itout le monde admettra qu'il est assez difficile à concevoir, pour qu'on ne l'adopte pas légèrement et sans preuves bien positives. Une chose digne de remarque, c'est que les épanchements observés entre la dure-mère et l'arachnoïde étaient, dans tous les cas, ou de simples ecchymoses ou des hémorrhag'ies considérables. L'étendue de ces hémorrhagies nous a même fourni un point de plus de ressemblance entre elles et les épanchements enkystés de la cavité de l'arachnoïde. Cependant, si l'on pense à l'extrême difficulté du décollement du feuillet séreux, ne conçoit-on pas qu'on eût dû rencontrer parfois des hémorrhagies intermédiaires entre ces simples ecchymoses et ces épanchements si vastes?

Ne doit-on pas s'étonner aussi que la rupture du feuillet séreux, bien plus facile à comprendre que son décollement, n'ait jamais été observée?

L'extrême ressemblance des hémorrhagies enkystées de la cavité arachnoïdienne avec celles qui pourraient avoir Heu entre la dure-mère et le feuillet séreux qui la tapisse a donc eu pour conséquence, comme on devait le prévoir, des discussions qui se sont renouvelées à plusieurs reprises sur le siège de certains épanchements. C'est une preuve de plus que l'erreur est facile sur ce sujet et qu'elle a pu être commise.

Les observations publiées jusqu'à ce jour sont insuffisantes pour prouveii que des iiémoriiiiagies étendues ont réellement eu lieu entre la dure-mère et

LE FEUILLET PARIÉTAL DE l'aRACHNOIDE .

Malgré les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer, et qui peuvent jeter des doutes sur l'existence des hémorrhagies entre la dure-mère et l'arachnoïde, nous n'hésiterions pas à admettre ces sortes d'épanchements, si les observations publiées jusqu'ici offraient la preuve que les auteurs de ces observations, connaissant les causes d'erreur, ont cherché à s'en garantir; mais rien ne prouve qu'il en ait été ainsi.

Personne plus que nous ne reconnaît l'autorité de M. Rostan; cependant nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que la description de Fépanchement, dans le fait qu'il a publié, est beaucoup trop concise : « Le sang, dit-il, était renfermé entre la face interne de la duremère et la face externe de l'arachnoïde qui lui adhère; il semblait renfermé dans une espèce de poche. »

Un fait si curieux d'anatomie pathologique exig'eait, à notre avis, plus de détails. Quel était l'aspect de la face interne de la duré-mère dans la partie correspondant à la poche? A-t-on acquis la certitude qu'elle était dépouillée de son feuillet séreux? Enfin, cette membrane qui limitait l'épanchement, comment se comportait-elle quand on essayait de la détacher au delà de la poche? Je pense donc que cette observation ne saurait trancher la question, surtout depuis que des hémorrhagies, se présentant avec les mêmes apparences, ont été rencontrées dans la cavité de l'arachnoïde,

M. Thibert, dans les deux faits communiqués à M. An-

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dral, se borne à dire que l'arachnoïde épaissie et rouge élait détachée de la dure-mère dans une étendue très considérable.

Il est évident, d'après tout ce qui précède, que de semblables observations ne sauraient porter conviction, et que des descriptions beaucoup plus détaillées seraient nécessaires pour faire admettre des faits d'ailleurs si difficiles à concevoir.

Quant au kyste décrit par M. Blandin, il a été constaté par MM. Pariset, Honoré et Murât qu'il occupait l'intervalle de la dure-mère et de l'arachnoïde décollée, et personne n'a conservé de doute à cet égard. Nous sentons combien nous devons nous montrer réservé dans le jugement de faits si positivement affirmés. Ici encore, il n'y a aucun des détails nécessaires, et nous ne pouvons que renvoyer à ce que nous avons dit sur la difficulté de déterminer le siège de certains kystes anciens, à cause du dépoli de la face interne de la dure-mère dans la partie correspondant au kyste, et de la formation à la face inférieure de celui-ci d'un nouveau feuillet séreux.

Je regrette que le mémoire de M. Menière, analysé par M. Dezeimeris, n'ait pas encore été publié; peut-être, en effet, pourrait-il trancher la question. S'il était bien établi que la couche si fine de tissu cellulaire qui unit la duremère et son feuillet séreux s'engorge, se ramollit dans certains cas, le décollement des deux membranes deviendrait plus facile à concevoir, et les principales objections contre les hémorrhagies entre la dure-mère et l'arachnoïde seraient détruites. Mais ce sont là des faits qui demandent à être démontrés, et nous ne pouvons qu'en attendre la publication.

Je crois devoir faire remarquer que l'épanchement, dans l'observation de M. Rostan, occupait une très grande éten-

due, mais qu'en même Lemps il n'avait que trois lignes dépaisseur. C'était, par conséquent, un large gâteau de sang aplati. Or, supposez une rupture vasculaire entre la dure-mère et sou feuillet séreux, est-ce là la forme que prendra l'épancliement? Non assurément, car la dépression du cerveau est beaucoup plus facile que le décollement du feuillet séreux, et on ne comprend pas comment le sang, qui ne déprime l'hémisphère que de (rois lignes, aurait assez de force pour décoller de proche en proche l'arachnoïde pariétale dans une si grande étendue.

Dans les deux faits recueillis par M. Thibert, la dépression du cerveau était d\m pouce, et le fait nous paraît plus facile à comprendre.

Du reste, cette forme de gâteau mince et allongé, si elle n'est pas celle que le sang devrait avoir dans les hémorrhagies entre la dure-mère et l'arachnoïde décollée, se trouve, au contraire, être celle que prend le sang dans certaines hémorrhagies de la cavité séreuse. Chez un homme mort au hout de quelques heures, après de violentes convulsions, on trouva, dit M. Abercromhie, un vaste caillot qui couvrait et cachait complètement tout l'hémisphère droit; il avait environ deux lignes d'épaisseur sur le lobe moyen, et allait ensuite en s'amincissant. D'après ce que nous avons dit, on voit que cette hémorrhagie aurait pu, si le malade avait vécu plusieurs jours, être trouvée à la face interne de la dure-mère et séparée de l'arachnoïde cérébrale par une membrane transparente pseudoséreuse.

Les observations d'hémorrhagies très étendues entre la dure-mère et l'arachnoïde décollée publiées jusqu'ici manquent donc des détails nécessaires, et rien ne prouve qu'on ait cherché à se garantir des causes d'erreur que j'ai signalées.

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Ces observations ont besoin d'être confirmées par de nouveaux faits, et, jusque-là, il est permis de les révoquer en doute.

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