‹ Recherches sur les maladies mentalesChapitre 24 sur 122 · GEORGET · texte numérisé non relu

GEORGET

L'opinion de Georget est en tout conforme à celle d'Esquirol ; mais, au lieu de s'en tenir à ce mot vague de paralysie, au lieu de considérer ici les lésions des mouvements comme des épijjhénomènes, Georget admet qu'elles constituent une espèce spéciale de paralysie à laquelle il donne une dénomination nouvelle, celle de paralysie musculaire chronique.

La maladie, introduite ainsi dans le cadre des paralysies^ n'a d'ailleurs pour Georget qu'un seul ordre de symptômes pathognomoniquos. Il parle, en effet, de la démence et de cette paralysie comme de deux affections distinctes ; c'est ce que prouve le passage suivant :

« La démence termine toutes les folies qui deviennent incurables, pourvu que les malades existent encore assez de temps pour que cette transformation puisse avoir lieu, ce qui arrive presque toujours. La désorganisation qui produit cet état mental occasionne en même temps, dans plus de la moitié des cas, une autre maladie nerveuse, la

(1) Delà folie^ par Georget, \ vol. in-8.

paralysie musculaire, partiellement ou généralement. » {Page 119.)

Pour Georget, la paralysie générale n'est d'ailleurs, comme pour Esquirol, qu'une complication de la folie : c'est au chapitre des complications qu'il traite de celte maladie, en même temps que du scorbut et de la plitliisie pulmonaire.

Il note que cette complication « se montre en même temps que le développement de la folie, mais que, le plus souvent, ce n'est que la seconde, la troisième année ou plus tard qu'elle se manifeste ». (Page 469.)

Je dois ajouter que cette manière d'envisager la paralysie générale n'avait pas empêché Georget de reconnaître un fait d'une extrême importance. Je veux parler de l'influence que la paralysie générale exerce sur la marche de la démence. « Ses progrès, dit-il, sont accompagnés de la diminution successive, et enfin de la perte totale de l'exercice intellectuel. » (Page 470.)

La paralysie générale était une complication de la folie ; mais quand cette complication s'établissait, elle modifiait profondément l'état intellectuel. Il se passait probablement là, pour Georget, quelque chose d'analogue à ce qui a lieu dans beaucoup de cas pour Tépilepsie, laquelle entraîne aussi très souvent « la diminution successive et enfin la perte totale de l'exercice intellectuel ».

C'est dans cet ordre d'idées qu'Haslam avait pu dire que les affections paralytiques sont une cause fréquente de folie (1). Cependant, on n'a pas pour cela confondu la cause et l'effet : la paralysie et la folie n'en sont pas moins restées deux affections distinctes.

Telle est la manière dont Georget a envisagé la para-

(1) Voir, plus loin, le passage extrait de l'ouvrage du médecin anglais.

lysio g-énérale; et, s'il a un peu agrantli rhisloiro de la maladie, il n'a pas, quant au fond, modifié la doctrine (l'Esquirol.

La description de Georget est plus détaillée que celle d'Esquirol, mais elle contient des faits qui doivent aujourd'hui paraître étranges, et prouvent que la maladie était encore mal délimitée. Cependant, il est juste de reconnaître que cet autour a, le premier, indiqué la paralysie g-énéralo comme une affection spéciale, qu'il lui a donné la première dénomination qu'elle ait eue pour la distinguer des autres paralysies; enfin, qu'il a divisé son cours en trois périodes. Voici, d'ailleurs, cette description, que je reproduis ici pour prouver qu'il restait encore beaucoup à ajouter, et surtout d'assez graves inexactitudes à rectifier.

« La paralysie musculaire clironique est beaucoup plus fréquente, et aussi moins promptement funeste que la précédente. Elle se montre quelquefois en même temps que le développement de la folie chez les personnes de quarantecinq à cinquante-cinq ou soixante ans, et en dénote l'incurabilité ; le plus souvent, ce n'est que la seconde, la troisième année, ou plus tard, qu'elle se manifeste. Elle s'établit ordinairement lentement et d'abord partiellement, et devient ensuite générale et absolue. Sesprog^rès sont accompagnés de la diminution successive, et enfin de la perte totale de l'exercice intellectuel. On peut en diviser le cours, depuis son commencement jusqu'à la mort des malades, en trois degrés :

« Premier degré. — La paralysie commence presque toujours par se déclarer dans les muscles de la langue ; très souvent elle y reste même bornée pendant longtemps avant de s'étendre ailleurs. La malade éprouve de la difficulté à parler, prononce mal ou lentement les mots, balbutie plus ou moins ; la langue, tirée hors de la bouche, ne se porte pas

plulôL d'un côté que de l'aulro, et semble affectée généralement. D'autres phénomènes se joignent bientôt à celuilà. Si la malade peut rendre compte de son état, elle se plaint d'éprouver, soit d'un côté seulement, ou des deux côtés en môme temps, de Feng-ourdissemcnt dans les membres, un sentiment de picotement, de formication dans les mains, les pieds, le long des trajets nerveux, des douleurs de tête plus ou moins générales, quelquefois très circonscrites et ordinairement du côté opposé à la paralysie, quelquefois néanmoins du même côté ; les mouvements deviennent moins faciles, plus lents; le malade finit par ne plus pouvoir se servir que des membres d'un côté. Toutes les autres fonctions sont régulières ; la digestion surtout se fait très bien, l'embonpoint ne diminue pas. Ce premier degré peut durer fort longtemps, plusieurs années, sans que la santé générale paraisse en souffrir.

« Seconddegré. — La malade est entièrement paralysée d'une moitié du corps ou de toutes les deux; elle ne peut plus marcher ni se tenir debout. On est forcé de la tenir couchée continuellement; elle peut à peine prononcer quelques mots qui, du reste, sont tout à fait insignifiants, car l'intelligence est anéantie. L'embonpoint ne diminue point encore, la digestion est excellente. Les signes que j'ai indiqués pour l'irritation chronique se présentent ordinairement à cette époque; le pouls offre de la fréquence, de la, dureté; l'après-midi, les joues de la malade se colorent; elle a soif. Ce second degré peut durer depuis quelques mois, jusqu'à une année et plus.

« Troisième degré. — Ce degré comprend les derniers mois de l'existence. Il est caractérisé par l'augmentation de la paralysie, de telle sorte que les malades sont comme des masses inertes : elles se décolorent, pâlissent, maigrissent. L'appétit se perd, il survient du dévoiement ou une

conslipaliou opiiiicUro, cL enfin la mort no larde pas à meLlreun terme à ces maux. L'intelligence est tout à fait nulle: les paralytiques restent quelquefois une année ou plus sans proférer une seule parole, sans demander à satisfaire leurs besoins. » (Page 469.)

Page 1