DE L'INÉGALITÉ DES PUPILLES
COMiNtE SYArPTOMK ET COÎSniE SIGNE PRÉCURSEUR
C'est à roccasioii d'une observaLion clinique publiée ' clans la Gazette des Hôpitaux en 1830, que j'ai signalé pour la première fois l'inégalité des pupilles comme symptôme de la paralysie générale. Je me borne à reproduire ici le passage suivant :
« Beaucoup do sujets, atteints de paralysie générale, ont une des pupilles plus large que l'autre; la ditTérence, dans certains cas, est même si considérable qu'on doit s'étonner que cette remarque n'ait pas été faite plus tôt.. C'est donc un nouveau symptôme à ajoutera ceux qui ont déjà été indiqués par les auteurs. Ce symptôme existe quelquefois dès le début de la maladie, et il peut alors, dans certains cas douteux, servira établir le diagnostic (1). »
Le symptôme nouveau que je signalais est d'une vérification si facile que beaucoup de médecins se sont empressés de le recberchcr et que plusieurs d'entre eux n'ont pas
(1) J'ajoutais que ce symptôme on se manifestait, lopins souvcnl, qu'A une époque assez avancée de la maladie, et, depuis lors,. j'ai pu coustater que ce dernier fait n'est pas complètement exact. {GazcÙe des Hôpitaux, 14 mai 18'jO, page 22;j.)
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lardé àjairc connaître les résultats qu'ils avaient obtenus.
On a publié des statistiques qui ne concordent pas toutes ■entre elles, mais qui toutes cependant démontrent la très grande fréquence de l'inégalité des pupilles dans la paralysie générale.
Morcau (de Tours), à Bicètro, a reconnu ce symptôme <ians plus de la moitié des cas, et Lasègue chez un tiers seulement des malades, mais les conditions différentes dans lesquelles les faits ont été recueillis expliquent très bien la différence des statistiques établies par ces deux observateurs.
Moreau (de Tours) pouvait, dans son service de Bicètre, ivxaminer les paralytiques aux diverses périodes de la maladie. Lasègue, au contraire, au dépôt de la Préfecture de police, observait surtout la paralysie générale à son début.
Mobècbc a trouvé l'inég-alité des pupilles 57 fois sur 100; Doutrebente, 76 fois; Bois, 77 fois. MM. Gbristian et Ritti, auxquels j'emprunte ces cliiffres, ont eux-mêmes constaté l'inégalité des pupilles 27 fois sur 32 cas, et, se basant sur cette très grande fréquence, ils en déduisent l'importance du symptôme (1).
Il convient d'ajouter que l'inégalité des pupilles apparaissant à des époques variables de l'évolution de la paralysie générale, il est nécessaire, pour avoir une proportion exacte, de suivre lesmalades et d'examiner les yeux dans les différentes pbases de l'affection. C'est ce que n'a pas manqué de faire remarquer le D'" Austin, qui a beaucoup
rl) MM. Cliristuui et Ritti rappellent d'ailleurs que l'inégalité des pupilles ^>eut s'observer daus diverses maladies en dehors de la paralysie générale. Ils citent uu travail de Roque ayant pour titre : De rinégalilc des pupilles dans les affections unilalevales des diverses régions du corps. Je crois, à cet égard, devoir faire remarquer que les faits constatés par Roque ne doivent point ici entrer dans la solution de la question. 11 ne s'agit, en effet, que de l'inégalité des pupilles chez des aliénés maniaques ou mélancoliques au début ou dans le cours de leur accès.
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éluclié les phénomènes oculo-pupillcaircs dans la paralysie "énérale.
« On penL atïn-mer, dit-il, que dans Ions les cas de paralysie générale à une période ou à une autre, la mobilité des iris est diminuée ou leur symétrie troublée. Dans la grande majorité des sujets ces altérations sont permanentes, quoiqu'il soit rare de les trouver constamment évidentes. Dans quelques cas, nombreux, les pupilles sont ordinairement symétriques et normalement contractiles ; et cependant, même alors, il y a des moments ou l'une ou l'autre de ces conditions est altérée. »
On comprend que la valeur du symptôme doit résulter de la comparaison entre les aliénés qui sont atteints de paralysie générale et ceux qui n'ont qu'une folie simple. Or, il est démontré que l'inégalité des pupilles, très fréquente dans le premier cas, est très rare dans le second. C'est sur ce fait qu'on doit s'appuyer pour accordera l'inégalité des pupilles, et selon les conditions dans lesquelles on l'observe, une valeur plus ou moins grande au point de vue du diagnostic.
11 y a d'ailleurs des aliénés qui n'offrent aucune lésion des mouvements, mais dont le délire se rapproche plus ou moins de celuj des. aliénés paralytiques et chez lesquels on peut quelquefois constater l'inégalité des pupilles.
C'est à tort, à mon avis, que ces cas sont considérés par la plupart des médecins comme appartenant à la folie simple, La réunion du délire des grandeurs et de l'inégalité des pupilles constitue alors ce qu'on appelle aujourd'hui des folies avec syndrome paralytique. ' '
Ces faits ne sont pas rares et expliquent comment certains auteurs ont cru pouvoir contester la valeur diagnostique de l'inégalité des pupilles.
Je me bornerai à citer deux exemples de ce genre que
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j'emprunLc au D'' Auslin. Il a ou soin de faire remarquer que les deux malades n'étaient ni paralytiques ni épileptiques.
I. — « Un terrassier, âgé de trente ans, est sujet à des paroxysmes de manie, ses propos sont incohérents. Il se croit le patriarche Isaac; il dit être roi. Dieu; prétend que c'est lui qui gouverne le firmament, etc.
«Pendant ce temps, la pupille gauche est la plus large.
11 devient calme, ses conceptions délirantes s'en vont, et les pupilles redeviennent égales jusqu'à l'accès suivant. y>
II. — (( Un fermier, âgé de trente-sept ans, habituellement sombre, taciturne, recherchant la solitude, est parfois excité et il a alors des idées de grandeur. Il possède le monde entier et de fortes sommes à la banque d'Angleterre, offi-e 1000 livres sterling à son gardien pour le faire sortir, parle du prince Albert dans des termes familiers. La pupille gauche est alors lapins large. L'accès de manie passe, et avec lui l'inégalité des pupilles, m
Yoici donc deux malades qui, sans être atteints de paralysie générale, ont offert l'inégalité des pupilles, mais, comme on le voit, leur délire ressemblait à celui qui précède la paralysie générale.
La coexistence du délîue des grandeurs et de Finégalité des pupilles, dans les cas que je viens de rappeler, constitue un fait clinique très intéressant et qui peut servir à démontrer que la folie ambitieuse a quelque chose de spécial, puisque cette coexistence ne se rencontre pas, dans les autres espèces de folie. Il ne manque plus d'ailleurs, dans ce cas, qu'un seul symptôme, l'hésitation de la parole, pour constituer le syndrome paralytique complet; or, les folies avec syndrome paralytique se terminent assez souvent par la démence paralytique, ce qui suffît pour leur assigner une place à part.
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En dehors de la paralysie générale, on peut encore observer l'inég-aliLé des pupilles dans la période maniaque des folies à double forme; mais celle période, comme on le sait, revêt assez souvent, quant à la nature du délire, les caractères de la folie paralytique. Dans quelques cas même on a observé, outre l'inégalité des pupilles, un peu d'hésitation de la parole.
Les faits que je viens de rappeler ne peuvent donc être invoqués comme une objection qui doive atténuer la valeur diagnostique de l'inégalité des pupilles comme signe précurseur, ou comme symptôme de la paralysie générale.
En cherchant à constater le fait de l'inégalité des pupilles, on a été conduit à une étude plus complète de ce qu'on a appelé les phénomènes pupillaires dans la paralysie générale. Je ne puis ici que renvoyer aux travaux spéciaux qui ont été publiés sur ce sujet et surtout à ce qu'en ont dit les auteurs à propos de la symptomatologie
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(1) Le docteur Aiistia a cru pouvoir conclure des recherches qu'il a faites sur les phénomènes pupillaires dans la paralysie générale, qu'il y a une relation constante entre la nature du délire et la dilatation de l'une ou l'autre des deux pupilles. La dilatation de la pupille droite s'observerait dans la période mélancolique et celle de la pupille gauche dans la période maniaque.
Le docteur Francis Wyatt-Turinaun aurait constaté l'exactitude des faits avancés par M. Austin, dans les deux tiers des cas environ. Il aurait trouvé que 63 fois sur 100, la pupille gauche était plus dilatée que la droite dans le délire expansif et que le contraire avait heu, dans la même proportion, dans les états de dépression. 11 aurait de même trouvé que 2o fois sur 100 la disposition inverse avait été observée. Il serait resté onze cas douteux.
Ces recherches ne paraissent point avoir été poursuivies et les derniers auteurs ne sont point occupés de ce sujet. '