‹ Recherches sur les maladies mentalesChapitre 40 sur 122 · DES RAPPORTS DU DÉLIRE HYPOCHONDRUQUE · texte numérisé non relu

DES RAPPORTS DU DÉLIRE HYPOCHONDRUQUE

lilé que les conceptions délirantes du malade seront de nature hypocliondriaque.

De même si, chez un autre malade, la mélancolie hypocliondriaque est remplacée par l'excitation maniaque, on jDeut également prédire, comme très probable, l'apparition des conceptions délirantes ambitieuses.

Il n'est pas rare de voir sortir des asiles des malades g-uéris d'un accès de manie ambitieuse, mais qui, six mois, une année après, sont ramenés dans un état de mélancolie. Or, dans la très grande majorité des cas, s'ils ont des conceptions délirantes, on constatera que ces conceptions sont de nature hypochondriaque.

Les deux délires, bien que de nature très différente, sont donc unis par des liens très étroits.

Quelle meilleure preuve pourrait-on invoquer pour démontrer que le délire hypochondriaque est, comme le délire ambitieux, un signe précurseur ou un symptôme de la paralysie générale .

Sans doute, l'excitation maniaque ambitieuse est beaucoup plus fréquente que la mélancolie hypochondriaque ; sans doute encore, le délire ambitieux expansif et bruyant est bien plus facile à constater que le délire hypochondriaque, les malades étant plongés dans un état de stupeur et de mutisme, mais cela ne change rien à la valeur diagnostique et pronostique de ce dernier délire , qui n'en reste pas moins la même que celle du délire des grandeurs.

Il y a donc deux ordres de conceptions délirantes ou, si l'on veut, deux délires siJéciaux, qui ont avec la péri-encéphalite chronique les liens les plus étroits. La meilleure preuve qu'on puisse invoquer pour démontrer que ces deux déhres doivent être envisagés de la même manière dans leurs rapports avec la paralysie générale est, à mon avis,

leur succession ou leur existence simultanée chez les mûmes malades.

Il me semble qu'il n'y a point, en pathologie mentale, d'autres faits de même nature (1).

Ces deux délires de nature différente, annonçant comme très probable, dans les accès de manie ou de mélancolie, la terminaison par la démence paraly tique, sont donc, à mon avis, un fait clinique très intéressant.

Les cas dans lesquels on voit le délire des grandeurs et le délire hypochondriaque se succéder ou coexister chez le même malade sont si nombreux qu'il me paraît inutile de rappeler ici aucune observation.

Mon seul but, dans cette note, a été de démontrer que le délire des grandeurs et le délire hypochondriaque ont, avec la paralysie générale, des rapports de même nature ; c'est ce qui leur imprime à tous les deux un caractère véritablement spécial (2).

(1) On a démontré que le délire des persécutions est très souvent suivi d'un délire ambitieux qui constitue une période avancée de la maladie, mais les rapports du délire hypochondriaque et du délire ambitieux sont tout autres.

Selon la forme mélancolique ou maniaque que revêt la maladie à sou début, c'est tantôt le délire hypochondriaque, tantôt le délire ambitieux qui précède. Les deux délires, dans certains cas, peuvent même alterner chez le même malade.

(2) On a beaucoup critiqué la dénomination de délire spécial, et, au point de vue purement grammatical, cette critique peut être juste. Il est bien vrai que le délire hypochondriaque n'est pas constant dans la mélancolie paralytique, pas plus, d'ailleurs, que le délire ambitieux dans la forme mania(:[ue de la paralysie générale. Mais tout en reconnaissant que ces deux délires ne sont pas constants dans les manies ou dans les mélancolies paralytiques, il n'en est pas moins certain que, par le fait de leur très grande fréquence, ils ont une importance diagnostique et pronostique incontestable ; c'est en me plaçant à ce point de vue, et non au point de vue purement grammatical, que j'ai cru pouvoir dire que le délire hypochondriaque, comme le délire des grandeurs, est un délire spécial.

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