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THÉORIE UNITAIRE

On sait qu'Esquirol considérait la paralysie générale comme une complication ou une terminaison de la folie.

Il admettait donc qu'il y avait toujours, simultanément ou successivement, chez l'aliéné paralytique deux maladies différentes : la folie et la paralysie générale.

Cette doctrine a été abandonnée et remplacée par celle de Bayle, généralement admise encore aujourd'hui.

Cet auteur a essayé de démontrer que les symptômes de paralysie ne s'observent pas indifféremment dans toutes les espèces de folie, comme le croyait Esquirol, mais seulement dans les folies avec prédominance de délire ambitieux.

Non seulement, pour lui, ces folies ambitieuses seraient

les seules qui se termineraient par la paralysie générale, mais celte terminaison devrait pour ainsi dire être regardée comme fatale.

Il y avaitdonc, d'après Bayle, un rapport intime entre la I folie ambitieuse, d'une part, et les symptômes de paralysie, ( de l'autre. — Cela établi, il a cru pouvoir réunir les deux I ordres de faits pour constituer une seule et même unité I morbide à laquelle il a donné, comme il a été dit plus liaut^ I la dénomination de monomanie ambitieuse avec paralysie, > dénomination que Parchappe a remplacée plus tard par celle de folie paralytique, encore employée aujourd'hui.

La démence, qu'elle existe ou non dès le début, ne manque jamais de survenir à une période plus ou moins avancée; elle est donc un symptôme constant de la paralysie générale.

Cette maladie, selon la théorie unitaire, aurait donc trois ordres de symptômes essentiels, se rapportant 1° à la folie; 2" à la démence; 3° à la paralysie.

D'après la doctrine d'Esquirol, la paralysie générale devant, dans beaucoup de cas, être regardée comme une terminaison de la folie, devenait ainsi souvent une maladie secondaire.

-.D'après la doctrine unitaire, au contraire, la folie avec prédominance du délire des grandeurs constituant la première période de la maladie, la paralysie générale devait toujours être regardée comme une maXa.à\e primitive.

Il importe de rappeler ici comment les partisans de la doctrine unitaire appliquent cette doctrine des paralysies générales primitives.

Il arrive assez souvent que le délire des grandeurs précède de plusieurs semaines, de plusieurs mois, ou même exceptionnellement de plusieurs années, les symptômes de paralysie.

M. Calmeil cite l'observation d'un malade, chez lequel le délire ambitieux fut observé pendant plus de trois ans, sans qu'on pût, dit-il, « constater chez ce malade la moindre désharmonie, le moindre signe de faiblesse dans les mouvements, » etc. C'est après ces trois années seulement qu'on put soupçonner l'existence d'an commencement de gêne dans la prononciation, et, quelques mois plus tard, le malade succombait à la paralysie g-énérale.

Bayle rapporte une observation plus remarquable encore ; ce ne fut qu'après cinq années de folie ambitieuse bien caractérisée qu'apparurent les premiers symptômes de paralysie. Or, l'auteur n'hésite pas à reg"arder ces cinq années de folie ambitieuse comme la première période de la paralysie g'énérale.

Il arrive quelquefois qu'un accès de manie avec prédominance de délire ambitieux se termine parla g-uérison, sans que le malade ait offert le moindre signe de paralysie; mais après six mois, une année ou plus, on peut voir sur^ venir les symptômes de la démence paralytique. Or, dans les cas de ce genre, bien qu'on n^aie pas observé de signes de paralysie pendant l'accès initial, cet accès n'en est pas moins considéré comme la première période de la périencéphalite chronique, et on ne voit là qu'un retard dans l'apparition d'un symptôme : c'est une pure question d'évolution.

Depuis les travaux de Bayle, on a reconnu que la première période de la paralysie générale peut revêtir une forme très différente de la manie ambitieuse. Cette forme est caractérisée parle délire mélancolique dans lequel dominent (les conceptions délirantes de nature liypochondriaque. A côte de la forme maniaque ambitieuse, on admet donc désormais, et même comme fréquente, une forme mélancolique. Or, il arrive assez souvent que ces deux

formes se succèdent chez le môme malade. Les partisans de la théorie unitaire dans ces cas, qui sont assez nombreux, font remonter le début de la maladie au début du premier accès, alors même que cet accès aurait été séparé du second par un état de g-uérison apparente plus ou moins long.

Il n'y a, là encore, pour eux, qu'une question d'évolution, non plus des symptômes, mais des formes de la maladie. Je me bornerai à citer un exemple emprunté à A. Foville :

M. J..., à la suite de grandes fatigues et de préoccupations pécuniaires, a eu un accès de délire mélancolique qui n'a duré que quelques semaines. Il paraissait fort bien rétabli, lorsque éclata, au bout de huit mois, sans cause occasionnelle, un accès de grande agitation maniaque avec délire ambitieux, diffus et incohérent, mais sans embarras de la parole. Ces accidents aigus ne durèrent que quinze jours et M. J..., bien qu'ayant encore des idées de satisfaction sans motifs, paraissait en conya/e^cence, lorsque survinrent coup sur coup plusieurs accès épileptiformes. On put alors constater chez M. J... de Tembarras de la parole et un état d'hébétude.

A la suite de cette observation, Foville ajoute : « Il est bien certain qu'il n'y a eu là qu'une maladie; il convient même, dit-il, de rattacher à cette affection unique la période de dépression mélancolique du début. »

Ainsi, voilà un malade qui a d'abord un accès de délire mélancolique, dont il a guéri après quelques semaines.

Au bout de huit mois, alors qu'il paraissait fort bien rétabli, il est pris tout à coup d'un accès maniaque avec délire ambitieux, mais sans embarras de la parole. Ce second accès, d'une nature très différente, semble guérir encore au bout de quinze jours; mais, pendant la comales-

cence, surviennent des attaques épileptiformes, et alors commence la démence paralytique.

Les deux premiers accès sont considérés ici, par Foville, comme le début de lapériencéphalite chronique, et il n'y a dans tout cela, comme il le dit, qu'une affection unique.

Cette doctrine de la paralysie générale, considérée comme maladie primitive a été formulée par Trélat d'une façon très absolue: « Tel aliéné, dit~il, est devenu paralytique, donc il l'était depuis le début de sa maladie. »

D'après la théorie unitaire, le délire n'étant qu'un symptôme de la paralysie générale, est rattaché directement, par les partisans de cette doctrine, à la périencéphalite chronique dont il serait un symptôme direct.

C'est ainsi que M. Calmeil l'attribue principalement à l'état d'inflammation permanent où se trouve elle-même la substance corticale des hémisphères cérébraux. « Nous ne comprenons point, ajoute-t-il, cela est évident, d'où vient la liaison qui existe si fréquemment entre la production des idées délirantes et l'existence de l'état plilegmasiquc de Félément nerveux, mais nous sommes au moins forcés de reconnaître que cette liaison n'est que trop certaine. »

On peut dire, il est vrai, qu'il ne s'agit ici que de l'état inflammatoire à son début et n'ayant point encore produit les altérations de structure dont la démence et la paralysie seront plus tard l'expression symptomatique ; mais la théorie n'en reste pas moins la même. Le délire maniaque ou mélancolique continue à être considéré comme le symptôme d'une phlegmasie déjà déclarée et dont l'évolution est désormais en quelque sorte fatale.

Telle est la doctrine unitaire; elle me paraît pouvoir être résumée par les propositions suivantes :

1° La paralysie générale a trois ordres de symptômes

essentiels, se rapportant : 1° à la folie; 2' à la démence; 3" à la paralysie.

2° La paralysie générale est une folie parahjtique et, au point de vue nosologique, elle doit être placée dans la classe des folies (Bayle, Parcliappe, Jules Falret).

3" La paralysie générale est une maladie primitive.

4° Les symptômes de la paralysie générale (délire, démence et paralysie) doivent être rapportés à une periencéphalite, prédominant dans les circonvolutions des lobes antérieurs.

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