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GÉNÉRALE

La manie paralytique, caractérisée par le délire des grandeurs, par l'hésitation de la pai'oleet le plus souvent par l'inégalité des pupilles, est une vésanie spéciale ayant son existence propre et tout à fait indépendante de la paralysie générale.

C'est dans un mémoire publié en 18S8 que j'ai essayé de démontrer que la manie ambitieuse avec troubles de la

parole devait être regardée comme une vésanie spéciale et tout à fait indépendante de la paralysie générale.

Cotte opinion n'a été admise que par un petit nombre d'auteurs. Mais, dans ces dernières années, on a publié sous la dénomination de pseudo-paralysies générales des faits qui peuvent être invoqués à l'appui de l'opinion que j'avais émise en 4858.

Dans les pseudo-paralysies générales à forme vésanique, comme dans les manies paralytiques, on constate, en effet, tous les symptômes psychiques et somatiques des premières périodes de la paralysie générale, et cependant les malades guérissent ou tombent dans la démence simple sans paralysie. Ils n'étaient donc point atteints de périencéphalite, ce qui explique la dénomination pseudo-paralytiques par laquelle on les a désignés.

Les faits qu'on peut invoquer pour démontrer que la folie paralytique a une existence qui lui est propre, en deh ors de la paralysie générale, sont de plusieurs ordres que je vais successivement examiner.

I. — Absence des lésions de la périencéphalite chronique chez des malades qui avaient offert les symptômes psychiques et somatiques des premières périodes de la paralysie générale.

Parmi les observations de ce genre, l'une des plus remarquables est assurément celle qu'a recueillie Fovillc. Cet auteur, bien qu'il ait plus qu'aucun autre défendu la théorie unitaire, a dù cependant, en présence de l'observation qu'il avait recueillie, faire une restriction très importante.

Après avoir rappelé, en effet, que l'état mental du malade « avait été une démence avec prédominance d'un délire des grandeurs mobile, absurde et incohérent, état

mental qui, dit-il, est exactement celui de beaucoup d'aliénés paralytiques, et que cependant à l'autopsie on a pu cons- ! laler l'absence des lésions anatomiques propres à la para- 1 lysie générale », Foville ajoute : « Qu'en 'conclure, sinon i que l'existence de ces symptômes intellectuels n'est pas I fatalement subordonnée à celle de ces lésions. »

M. Régis, de son côté, a tiré exactement la même coni séquence des faits observés par lui, à savoir :

« Qu'il n'existe pas une relation forcée absolue entre 1 les symptômes de la paralysie générale et les lésions pro- I près à cette maladie. »

M. Mendel a conclu, comme Foville et comme M. Réi gis: «L'absence des altérations des vaisseaux capillaires dé- 1 montre, dit-il, que ces altérations ne sont pas le point de I départ nécessaire des symptômes de la paralysie générale. »

Je crois devoir faire remarquer que Foville n'a parlé . que des symptômes psychiques de la maladie (délire ambi- I tieux, diffus et incohérent, démence), tandis que M. Régis I comprend en même temps les symptômes psychiques et ! somatiques ; mais il convient de rappeler que le malade I de Foville présentait par moments un embarras de la ; parole parfaitement identique à celui de beaucoup d'alié- I nés paralytiques.

On doit se demander comment, dans les cas qui précè- I dent, on peut expliquer les symptômes psychiques et soma- I tiques de la folie paralytique, puisqu'ils ne sauraient être I rattachés aux lésions ordinaires de la périencéphalite chro- I nique.

Foville s'est, en effet, posé cette question et, après I avoir rappelé les signes de congestion que présentait I habituellement son malade, il ajoute qu'on est conduit à I admettre « que, dans certains cas au moins, les idées de i grandeur, mobiles et incohérentes, diffuses, peuvent tenir à

un simple élat de cong-estion de l'encéphale, sans les lésions* propres à la folie paralytique ».

M. Régis, pour les pseudo-paralysies g-énérales alcooliques, interprète les faits de la même manière que Foville. Il conclut en effet : « que de simples troubles circulatoires du cerveau sont susceptibles de déterminer l'apparition simultanée des symptômes physiques et intellectuels de la paralysie générale, y compris le cachet démentiel des conceptions délirantes, tout comme les lésions org-aniques habituelles ; avec cette différence, toutefois, que les symptômes de paralysie générale sont alors transitoires, comme les troubles fonctionnels qui leur ont donné naissance. »

Il importe aussi de rappeler ici ce qu'ont déclaré en 1883, au cours d'une discussion sur la paralysie générale, le professeur Westphal et M. Mendel.

Le premier « nie que l'encéphalite interstitielle soit caractéristique de la paralysie générale. Elle peut, dit-il, faire défaut si complèteinent qu'on ne constate aucune altération imthologique des celhdes nerveuses » .

De son côté, M. Mendel, tout en soutenant que l'encéphalite interstitielle est la lésion de la paralysie générale, ajoute « que cela ne veut pas dire que d'autres processus anatomopatholocjiques ne puissent se traduire par le tableau clinique delà paralysie générale... >y [Archives de neurologie).

Amsi, les symptômes de la paralysie générale peuvent exister sans la périencéphalite. Ces symptômes peuvent être produits par des processus différents. C'est, en effet, ce que soutiennent les auteurs qui admettent l'existence des pseudo-paralysies générales, et ce que démontrent aujourd'hui un assez grand nombre d'observations.

TnÉORIE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE

II. — Accès de folis offrant les symptômes psxj chiques et somaliqiies de la jmralijsie générale, et qui se soîit ter7n{nés par la démence simple sans -paralysie.

Un des meilleurs arguments qu'on puisse invoquer, pour prouver l'existence de la manie paralytique comme maladie indépendante de la périencéplialite chronique, est fourni par des accès offrant les symptômes des premières périodes delà paralysie générale et qui, cependant, se terminent par la démence simple sans paralysie.

Un malade entre dans un asile en proie à l'excitation maniaque avec délire ambitieux, diffus et incohérent, il offre de l'embarras de parole et de l'inégalité des pupilles : on ne balance pas à déclarer qu'il est atteint de paralysie générale. Mais voici qu'après trois ou quatre mois, l'agitation se calme, l'embarras de la parole disparaît et le malade tombe dans la démence. Il pourra vivre ainsi dix, quinze, vingt ans.

Ce malade, qu'on a regardé comme paralytique, était-il réellement atteint d'une périencéphalite chronique? Peuton admettre cette étrange transformation d'une paralysie générale en une folie chronique simple sans paralysie? A mon avis, la réponse à cette question ne saurait être douteuse. Dans tous les cas de ce genre, on a commis une erreur de diagnostic et le malade n'était pas atteint de périencéphalite chronique, mais simplement ài^une manie paralytique, ou, si l'on veut, d'une pseudo-paralysie générale.

Dès iS^S, j'ai invoqué cet argument pour démontrer l'existence des folies congestives indépendantes de la paralysie générale.

« 11 est, disais-je, des sujets qui tombent dans la manie chronique, n'offrant plus ni le délire ambitieux, ni les si-

BAILLAROER on

gnes légers de paralysie qui avaient marqué le début de la maladie. Un aliéné que j'ai observé, est resté neuf ans dans cet état, et, Ton avait tout à fait oublié les symptômes graves du début, quand ils reparurent tout à coup, à la suite d'une congestion cérébrale ; la paralysie générale avec retour du délire ambitieux eut alors une marche très rapide et le malade succomba après deux mois. » J'ajoutais plus loin :

« Comme mode de terminaison en dehors de la démence paralytique, je signalerai encore quelques cas de démence simple, avec ou sans persistance de délire ambitieux. »

Lorsque la manie paralytique se termine ainsi par la démence simple, il y a, comme on le voit, une véritable transformation. Les symptômes somatiques disparaissent, la maladie reprend les caractères d'une vésanie simple et, comme elle, se termine par la démence sans paralysie.

Marcé a vu quelques cas semblables, mais chez des malades qui avaient fait des excès alcooliques, et il ajoute qu'il est disposé « à regarder les faits de cette nature non comme de véritables paralysies générales, mais comme des faits de démence alcoolique associée à des idées ambitieuses et à des troubles passagers de la jnotilité dus uniquement à V intoxication spéciale (1) ».

M. Westphal a signalé des faits du même genre. Après avoir décrit les troubles musculaires qui caractérisent la paralysie générale, il ajoute « que ces troubles peuvent parfois s'effacer ou même disparaître complètement, aussi bien les troubles du langage que ceux des extrémités et ceux des sphincters (2) ».

Il rapproche ces cas de ceux dans lesquels les malades,

(1) Marcé, Traité des maladies mentales, p. 443,

(2) Westphal, Archives de psychiatrie, 1868.

bien que jugés aLLoints de paralysie générale, d'après les troubles psychiques, succombent sans avoir présenté aucun symptôme du côté de la motilité. Ce sont ces deux ordres de faits qui constituent les paralysies g-énérales qu'il appelle latentes.

Dans l'appendice à l'ouvrag-e de Griesinger, j'ai réuni six observations de manie paralytique terminée par la folie chronique ou parla démence simple; les recherches nécroscopiques ont été faites dans trois cas et les lésions ordinaires de la périencéphalite chronique n'ont pu être constatées (d).

Je crois qu'on pourrait réunir un assez grand nombre d'observations de ce g-enre, si l'on cherchait avec soin dans les asiles des malades qui ont été jug-és, à leur entrée, atteints de paralysie g-énérale et qui cependant y séjournent depuis plus de dix ans.

Il résulte d'une note qu'Archambault m'avait remise, qu'il avait trouvé à Charenton douze ou quinze malades admis dans l'établissement depuis plus de dix ans et qui avaient été désignés, à leur entrée, comme atteints de paralysie générale (2).

M. le Lapointe, dans un rapport adressé par lui à la Société médico-psychologique, déclare qu'il a actuellement dans son asile plusieurs malades admis aussi depuis dix., quinze ou vingt ans et qui, à leur entrée, avaient été classés comme paralytiques (3).

Il y a peut-être des malades qui conservent des lésions du mouvement, et l'on peut, dans ces cas, dire que la paralysie générale est simplement arrêtée dans sa marche ; mais il en est d'autres dans lesquels il ne reste que des

(1) Baillarger, Appendice à l'ouvrage de Griesinger, p. 726,

(2) Ann. méd.-psych., I808, t. IV, p. 422.

(3) Ann. méd.-psych., 1882, t. VII, p. 121.

signes de démence, et c'est de ceux-là seulement que je veux parler.

M. Christian de son côté a, comme Arcliambault, trouvé à Charenton des malades qui avaient offert à leur entrée les symptômes de la paralysie générale et chez lesquels ces symptômes s'étaient dissipés, pour faire place h la folie chronique et à la démence.

« Je serais certainement dans l'exagération, ajoutc-t-il, si je disais que tous les aliénés chroniques de mon service ont passé par là. Mais, si je voulais établir une statistique complète, on serait étonné, autant que je l'ai été moi-même, du grand nombre de fois où j'ai noté cette particularité. »

J'ai rapporté ailleurs plusieurs observations de M. Marandon de Montyel, qui démontrent aussi que des malades qu'on avait regardés, à leur entrée, comme atteints de paralysie générale sont tombés, plus tard, dans la démence simple sans paralysie.

Il est donc certain qu'il y a des malades qui, selon l'expression de M. Christian, ont traversé wie phase de jjaralysie générale sans être réellement atteints de périencéphalite chronique.

S'il en était autrement, comment comprendre que la paralysie générale puisse se terminer par la démence sans paralysie, comme les simples vésanies?

III. — Accès de folie offrant les symptôjnes psychiques et somatigues de la paralysie générale^ et qui se reproduisent sous la forme intermittente.

Dans le mémoire que j'ai lu à l'Académie de médecine, en 1854, sur la folie à double forme, je citais l'observation d'un malade dont le délire, pendant la période d'excitation,

ressemblait beaucoup à celui qui caracLérisc le début de la paralysie générale. Ce malade, en proie à une agitation très vive, « se croyait un esprit disting-ué, il faisait mille projets, dépensait beaucoup d'argent, achetait, empruntait sans s'inquiéter du paiement. »

Je n'ai alors établi aucun rapprochement entre la période d'excitation de la folie à double forme et la manie paralytique, et c'est en 1808 seulement que j'ai cité des observations pour démontrer la ressemblance de ces deux états.

Je concluais de ces observations que « la manie ambitieuse, avec ou sans quelques signes de paralysie, n'est assez souvent que l'une des phases de la folie à double forme (1)».

Depuis lors, d'autres faits ont démontré l'analog-ie très grande que la période d'excitation de la folie à double forme offre quelquefois avec la forme expansive de la paralysie générale à son début.

« Cette analogie, dit M. Régis, est telle, dans certains cas, que l'écueil n'est point évité et que des excités maniaques, atteints de folie à double forme, sont pris pour des paralytiques au début, non par des médecins ordinaires peu habitués à ces sortes d'examens, mais par des aliénistes qui passent pour des plus éminents. »

M. Régis cite ensuite l'observation d'un malade atteint de folie circulaire, qui était déjà à son septième accès et chez lequel la période d'excitation maniaque simule chaque fois le début d'une paralysie générale (2).

M. Doutrebente a observé à Sainte-Anne un malade chez lequel l'erreur de diagnostic ne fut rectifiée qu'à la suite de renseignements obtenus tardivement et qui ne laissèrent aucun doute sur l'existence d'une folie à double forme, laquelle avait été prise pour une paralysie générale.

(1) Ann. méd.-psych., t. IV (1858), p. 398.

(2) Régis, Encéphale, 1881, p. 689.

M. RilLi, dans sa monographie sur la folie à double forme, n'a pas manqué d'insister sur la manie ambitieuse, qui, dans certains cas, constitue la période d'excitation, et il a signalé les symptômes somatiques qui complètent quelquefois la ressemblance avec le début de la paralysie générale (4).

Je me bornerai à rappeler quelques faits.

M. Bail a observé un malade atteint de folie à double forme, qui, pendant la période d'excitation, « ne parlait que d'affaires grandioses : il veut se livrer à des spéculations considérables et faire des libéralités, des aumônes, des dons... Il roulait de vastes projets dans sa tète, il voulait faire de l'or, renverser le clergé, rendre tous les pauvres heureux. »

Il offre un léger embarras de la parole et une inégalité très marquée des pupilles .

En outre, agitation très vive, besoin incessant de mouvement, excitation génésique, excès alcooliques. « Si l'on ne connaissait l'histoire de cet homme, dit M. Bail, on pourrait le prendre pour un paralytique général au début; mais, ajoute-t-il, voilà vingt-deux ans que cela dure, et la paralysie se serait depuis longtemps manifestée (2), »

Il est bien évident qu'il n'y a pas ici de périencéplialite chronique, mais simplement une vésanie caractérisée par des symptômes spéciaux (délire des grandeurs, hésitation de la parole, inégalité des pupilles).

Les symptômes paralytiques dans la folie à double forme peuvent ne se présenter que dans la période de dépression et revêtir alors les caractères les plus graves. C'est ce que prouve l'observation suivante :

(1) Ritli, Traité de la folie à double forme, p. 150.

(2) Bail, Uçoiis sur les maladies mentales, p. 326. — Voir aussi les observations réunies par M. Ritti et celles que j'ai publiées daus l'appendice de l'ouvrage de Griesiiif^ei*.

« Chez un de nos malades atteint de paralysie générale, consécutive à une 7nonomanie ambitieuse qui a éclaté à la suite de désordres de conduite de toute nature, nous observons depuis trois ans, dit Renaudin, une singulière intermittence dont nous ne nous rappelons pas avoir encore vu d'exemple. Tantôt la paralysie générale • paraît être arrivée au dernier degré, on ne peut tenir le malade que dans son lit ou sur un fauteuil ; la démence est complète; il ne reconnaît aucune des personnes qui l'entourent; d'embarrassée qu'elle était d'abord, la prononciation est devenue impossible. Le malade laisse aller ses excréments, qui s'échappent à son insu; il faut lui présenter ses aliments, parce que les mouvements de préhension sont devenus impossibles, et des congestions cérébrales fréquentes mettent à chaque instant sa vie en danger. Il faut souvent recourir soit aux émissions sanguines, soit aux révulsifs. C'est surtout pendant l'hiver que nous observons cette situation fâcheuse ; dès que la saison devient plus favorable, cet appareil symptômatique disparaît peu à peu, et nous finissons par ne plus remarquer cette paralysie générale qui, peu de jours auparavant, nous donnait tant d'inquiétude. La réaction renaît et reprend une nouvelle énergie, et le dément du mois précédent redevient un monomaniaque ordinaire, doué de toute la liberté de ses mouvements, travaillant avec ardeur, soit à la culture, soit dans le service intérieur^ parlant avec facilité, et laissant même jaillir à travers les erreurs de son délire les traits d'une intelligence peu ordinaire pour sa condition. Il est d'une propreté minutieuse, surveille attentivement ce que font les autres malades, et nous lui avons dû plus d'une fois des remarques très utiles (1). »

(1) Ann.méd.-psijck., 1849, p. 180.

Comment doit-on interpréter une pareille observation?

Les symptômes si graves de la période de dépression ne peuvent évidemment ici s'expliquer par les lésions organiques d^une périencéplialitc arrivée à sa dernière période. Il suffit, pour le prouver, de rappeler que tous ces symptômes disparaissaient au printemps. Le malade, en effet, recommençait alors à parler avec facilite', il recouvrait toute la liberté de ses mouvements et, en outre, faisait preuve d'une intelligence peu ordinaire pour sa condition.

On ne peut donc admettre ici ni le ramollissement de la couche corticale, ni les processus sclérosiques qui ne rétrocèdent pas, etc.

Il y avait chez ce malade une dépression mélancolique profonde, poussée jusqu'à la stupeur et aggravée par des congestions cérébrales fréquentes.

La folie à double forme est une simple vésanié, mais n'est-il pas bien curieux de constater que, dans un certain nombre de cas, le délire, pendant la période maniaque, non seulement revêt les caractères du délire paralytique, mais même se complique de symptômes somatiques?

Ces cas de folie à double forme ne sont-ils pas une nouvelle preuve que les symptômes psychiques et somatiques do la paralysie générale peuvent être tout à fait indépendants de la périencéphalite chronique et provoqués par de simples troubles circulatoires.

En dehors des cas rares où la période d'excitation de la folie à double forme reproduit d'une manière intermittente le tableau de la paralysie générale, on en peut citer d'autres qui excluent tout aussi complètement l'idée d'une périencéphalite chronique.

Le malade qui a fait le sujet de la leçon de M. le professeur Bail sur les pseudo-paralysies générales alcooliques

avait eu seize accès de folie alcoolique, caractérisés par le délire ambitieux, l'embarras de la parole et l'inégalité pupillairo.

« On comprend donc aisément, dit M. Bail, que ce malade ait été pris pour un paralytique général par les aliénistes les plus éminents, et cependant il ne l'était pas, et la preuve, c'est que chacune de ses seize séquestrations s'est terminée par la guérison. Douze ans se sont écoulés depuis sa première entrée, et il n'est pas plus avancé sur le chemin de la paralysie. C'est donc un alcoolique, mais un alcoolique d'une espèce particulière ( l). »

Les seize accès de folie ambitieuse avec embarras de la parole, et qui se sont tous terminés par une guérison au moins temporaire, ne peuvent assurément être regardés comme l'expression symptomatique d'une périencéphalite chronique, mais ils ne peuvent davantage être assimilés aux folies alcooliques simples. Il s'agit donc bien réellement, comme le dit M. Bail, d'une folie alcoolique d'une espèce particulière et qu'il désig-ne sous la dénomination àe pseudo-paralysie générale alcoolique.

Lunier a cité un autre fait de pseudo-parahjsie générale alcoolique, qui mérite de prendre place à côté de celui de M. Bail.

Le malade avait eu en vingt ans cinq accès, séparés par des intervalles de plusieurs années, mais le dernier de ces accès s'était terminé par la démence paralytique. , , M. le D"" Lcgrain vient de publier une très curieuse observation de folie paralytique intermittente, dont les accès se sont reproduits cinq fois en quinze ans (1).

Les faits que je viens de rappeler sont certainement

(1) Bail. Leçons sur les maladies mentales, p. 682.

(2) Legrairi.

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exceptionnels; mais il suffit de lire les recueils d'observations pour trouver des cas qui s'en rapprochent.

Foville a vu un malade qui avait eu deux accès de paralysie générale (délire des grandeurs diffus et incohérent, embarras de la parole). Ces deux accès s'étaient terminés par la guérison. Le premier accès n'avait duré que quinze jours, le second six semaines. L'intervalle de guérison entre les deux accès ne fut que de deux semaines ; mais pendant cette courte intermittence le retour à l'état normal semblait complet.

Delasiauve a vu trois accès se succéder chez le même malade. Les symptômes, à chaque accès, allèrent en s'aggravant. Pendant le troisième accès, « tout espoir semblait perdu; » mais la guérison eut encore lieu, et il ne restait en apparence , dit Delasiauve , aucun vestige de la maladie.

C'est surtout quand la folie est d'origine alcoolique qu'on observe cette succession de plusieurs accès. On peut trouver des faits de ce genre dans les thèses de M. Moreaux et de M. Lacaille.

Il me semble qu'on n'a peut-être pas suffisamment fait remarquer jusqu'ici la fréquence de la folie paralytique à formes alternes ; les cas de ce genre paraissent, en effet, plus nombreux que dans les simples vésanies.

Rien de plus commun, quand un malade est sorti d'un asile, guéri d'un accès de manie paralytique, que de le voir revenir atteint de mélancolie.

Si ce malade, au contraire, a commencé par être mélancolique, il rentrera en proie à l'excitation maniaque.

Dans beaucoup de cas, il n'y a qu'une seule intermittence et la mort arrive pendant le second accès. Tel est le cas d'un jeune médecin dont j'ai publié l'observation. Atteint d'un accès de manie avec délire des grandeurs, il

guérit au bout de trois mois ; mais, après cinq mois d'une o-uérison qui semblait complète, il devint mélancolique et mourut tuberculeux.

Dans d'autres cas, on observe une succession de trois ou 1 même de quatre accès. Un malade, dont l'observation a été publiée par M. Camuset n'est tombé dans la démence para- I Jytique qu'après avoir été guéri de trois accès qui s'étaient ! succédé dans l'ordre suivant: mélancolie, manie; mélanco- I lie. Bien que ce malade, après la g-uérison du troisième 1 accès, offrît quelques signes légers d'affaiblissement intell lectuel, cependant il avait pu sortir de l'asile de Vaucluse t et être placé à Paris comme gérant d'un restaurant . Les I progrès de la démence paralytique le forcèrent bientôt de I renoncer à son emploi.

Les observations de folie paralytique à double forme on à formes alternes, de folies paralytiques simplement intermittentes, sont aussi embarrassantes les unes que les autres ; si on cherche à les expliquer en se plaçant au point de vue I de la théorie unitaire.

Quand M. Calmeil a dû se rendre compte de la pluralité I des formes de la périencéphalite, il n'a pas manqué de I faire remarquer qu'il est difficile de comprendre comment, dans tel cas, la maladie débute par un accès de manie et, dans tel autre, par un accès de mélancolie (1). « A ceux, ditil, qui seraient tentés de demander comment il peut se faire qu'une même phlegmasie ait le pouvoir de se traduire au dehors par des manifestations psychiques aussi peu concordantes, nous répondrons que nous ne savons pas pourquoi 1 inflammation a le pouvoir d'agir sur l'intelligence ; que nous ne savons pas davantage pourquoi elle fait naître tantôt la fureur, tantôt des idées d'orgueil, tantôt des idées de sui-

(1) Calmeil, Maladies inflam. du cerveau, t. I, 3o3.

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cide, mais qu'il n'est pas moins positif que l'encéphalite enfante souvent les désordres les plus variés dans leur aspect fonctionnel. »

Il est certain, en effet, que beaucoup d'auteurs ont dû se demander comment, selon les expressions de M. Calmeil, ime mê77îe phleymasie a le pouvoir de se traduire au dehors par des manifestations psycliiques aussi peu concordantes. Pour n'en citer qu'un seul, M. Dagonet, par exemple, ne balance pas à affirmer « que la paralysie générale qui donne lieu à des manifestations morbides si variées et si nombreuses ne saurait tenir évidemment à une lésion unique ».

Comment admettre, en effet, que l'accès de mélancolie caractérisé, pendant plusieurs mois, par une dépression profonde et le délire le plus triste, soit l'expression symptomatique des mêmes lésions qui, chez un autre malade, entretiendront également pendant plusieurs mois l'exaltation maniaque avec délire des grandeurs?

Mais s'il est difficile de comprendre qu'une même lésion puisse avoir pour expression symptomatique directe, chez tel malade, un accès de manie et, chez tel autre, un accès de mélancolie, il est bien plus difficile encore d'expliquer la succession, chez le même malade, d'accès offrant des symptômes si complètement différents. C'est cependant ce qu'il faudrait admettre pour les cas de paralysie générale à double forme.

Il n'est pas besoin d'ajouter que, dans les cas dont je viens de parler, les transformations et les intermittences ne portent que sur le délire. Cette remarque avait déjà été faite par Combes. « La folie paralytique, dit-il, ne peut subir de véritable transformation, ou du moins cette dernière ne peut porter que sur l'élément délirant.

Cet élément délirant conserve ici les caractères qu'il a

dans'les simples vésanies. Il se reproduit sous la forme intermittente ou subit des transformations qui démontrent la nature du processus dont il est l'expression symptomatique.

La folie paralytique intermittente, la folie paralytique à formes alternes et à double forme, avec ses transformations et ses intermittences, se rapproche trop des névroses pour qu'on puisse l'expliquer autrement qu'en se reportant aux folies à formes alternes et aux folies à double forme purement vésaniques.

En résumé, îes cas où la période d'excitation de la folie à double forme reproduit d'une manière intermittente le tableau de la paralysie générale [excluent l'idée d'une périencéphalite chronique. Il en est de même des accès intermittents, qu'ils soient ou non d'origine alcoolique.

lY. — Accès de folie offrant les symptômes psychiques et somatiques de la 'paralysie générale qui, après avoir persisté longtemps, se terminent par la giiérison.

Certains auteurs admettent que la périencéphalite chronique peut guérir quand elle est encore à son début; mais si elle a persisté longtemps, plus de six mois par exemple, on est généralement d'accord pour la regarder comme incurable.

Cependant, il y a désormais dans la science un assez grand nombre de faits qui tendraient à démontrer que la paralysie générale, après avoir duré six mois, un an ou même plus, se serait terminée par la guérison.

On peut, à cet égard, consulter les quinze observations que j'ai réunies dans un mémoire publié il y a plus de trente ans et un assez grand nombre de faits semblables disséminés dans les recueils d'observations.

Parmi ces faits, le plus remarquable est assurément celui qu'a publié M. le D'^ ïuczek et que j'ai reproduit clans un mémoire inséré plus haut. Je crois devoir, à cet ég-ard, rappeler aussi une observation rapportée par M. Moreaux, dans sa thèse sur la folie alcoolique.

Un homme, déjà plusieurs fois traité pour alcoolisme, entre à Bicêtre le 10 juin 1874. On constate chez lui les symptômes qui réalisent, dit M. Moreaux, le type complet de la paralysie générale. « L'embarras de la parole est des plus marqués, il y a eu rapidement paralysie des sphincters, eschares au sacrum, aux fesses, aux coudes, etc. L'agitation était extrême, le délire affectait la forme ambitieuse.

« Cet état d'incohérence et d'excitation a duré jusqu'en 1875, c'est-à-dire pendant dix-sept mois.

« A cette époque, un certificat de Legrand du SauUe déclare le malade incurable. »

Après dix-sept mois, il se produit une rémission et le malade quitte le quartier des agités.

Cette rémission dure quatorze mois.

Alors, retour de l'agitation maniaque et réapparition « des symptômes de la paralysie générale ».

Après quatre mois, l'agitation et, peu à peu, tous les symptômes disparaissent. Le malade, guéri, est rendu à la liberté en 1880.

Un an plus tard, M. Moreaux revoit cet homme qui était resté à Bicêtre pendant cinq ans. « Il avait repris son état de ciseleur et passait pour un bon ouvrier. Il était impossible de retrouver chez lui, au point de vue mental aussi bien qu'au point de vue physique, aucune trace de paralysie générale (1). »

(Ij Moreaux, Thèse, 1881, p. 45.

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Ainsi voilà un malade qui aurait eu un accès de périencéplialile chronique, lequel se serait prolongé pendant dix-sept mois.

Après une longue rémission, un second accès aurait duré quatre mois. Enfin, après un séjour de cinq ans à l'asile, ce malade sort guéri, ne conservant « aucune trace de paralysie générale ». Or, il importe de rappeler que, d'après M. Moreaux, ce malade réalisait le type de la paralysie générale et que les symptômes avaient été des plus graves.

Comment interpréter un pareil fait?

N'est-il pas presque impossible d'admettre ici la guérison d'une périencéphalite qui se serait prolongée si longtemps?

Puisqu'il est démontré qu'il existe des pseudo-paralysies générales qui offrent le même ensemble de symptômes, et qu'on explique alors par de simples troubles circulatoires, n'est-il pas plus simple d'admettre que le malade de M. Moreaux n'était qu'un pseudo-paralytique?

Si MM. Christian et Ritti ont cru pouvoir affirmer d'une manière absolue l'incurabilité de la paralysie générale et expliquer toutes les prétendues guérisons par des erreurs de diagnostic, c'est qu'il est en effet bien difficile de comprendre comment une inflammation diffuse de la couche corticale peut persister longtemps et guérir laissant l'intelligence intacte.

Jacobi rapporte l'observation d'un malade atteint de I manie avec délire ambitieux et inégalité des pupilles et < qui, après un accès Aùsix mois, avait été rendu à la liberté, ; présentant toutes les apparences d'une guérison complète. I Cependant, trois mois après, ce malade fut ramené à I l'asile, profondément mélancolique. Il mourut de phtisie I pulmonaire, et on trouva à l'autopsie les lésions de la périencéphalite chronique (épaississement et opacité des

membranes, adhérences nombreuses à la couche corticale, granulations ventriculaires).

Or, Jacobi se demande comment ce malade, après six mois de délire, a pu paraître complètement guéri pendant trois mois, alors qu'il existait des lésions inflammatoires de la couche corticale, c'est-à-dire, ajoute-t-il, dans les points mêmes qu'on regarde comme le siège des facultés intellectuelles.

Il importe, en outre, de faire remarquer qu'il s'agit le plus souvent d'accès de manie et que, comme l'a dit avec raison M. Calmeil, Texaltation des malades, le tumulte désordonné auquel ils s'abandonnent, « contribuent presque toujours, avec l'insomnie, à aggraver d'une manière rapide leur situation. »

Dans des conditions si fâcheuses, l'innocuité de phénomènes inflammatoires si prolongés serait d'ailleurs d'autant plus étonnante que la texture de la couche corticale est des plus délicates et son système vasculaire très développé.

Il importe aussi, je crois, de rappeler ici la manière dont la guérison se produit dans quelques cas.

J'extrais d'une observation de guérison publiée par M. Mendel le passage suivant :

8 janvier 1870. — « Pendant les huit derniers jours l'embarras de la parole a été peu marqué, mais les idées délirantes sont des plus absurdes. »

10 janvier. — « J'ai senti, dit le malade, comme des écailles qui me seraient tombées des yeux; j'étais fou, maintenant je me porte tout à fait bien. »

M. Mendel ajoute que ce malade s'exprime avec calme et parle raisonnablement; il demande à voir sa femme; il se rappelle différentes scènes de son agitation et en fait une description exacte.

Cet aliéné, qui passe tout à coup de la folie à la raison

TUÉOlUli DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE 481

« comme si des écailles lui élaicnt tombées des yeux », ne rappelle-t-il pas les Iransilions si bi'usqucs qu'on observe assez souvent dans les simples vésanies?

M. Billod a publié Tobservalion d'un malade âgé de vingl-sept ans, né d'une mère aliénée et qui avait d'abord été atteint d'un accès de mélancolie avec idées de suicide. Il semble que les symptômes de cet accès n'avaient en rien permis de soupçonner une menace de paralysie générale. Cependant, après dix mois de guérison, eut lieu l'explosion d'un accès maniaque avec délire ambitieux, troubles légers de la parole et inégalité des pupilles; la marche présentait elle-même quelque chose d'anormal. Il y avait là assurément des éléments très suffisants de diagnostic pour admettre l'existence d'une périencéphalite chronique. Cependant ce second accès, après une durée de sept mois, guérit comme le premier. Or, la manière dont eut lieu cette guérison est des plus curieuses.

« Un matin à la visite, dit M. Billod, sans que rien pût faire prévoir un changement, on fut très étonné de trouver B... parfaitement calme, ne déraisonnant plus; reconnaissant qu'il avait été aliéné et se souvenant fort bien de toutes les phases de son affection, et, chose remarquable, la veille au soir, notre malade manifestait encore ses mêmes conceptions délirantes. Malgré cette transition si brusque de la folie à la raison, la guérison s'est maintenue et B..; sortait quelques jours plus tard sur la demande instante de sa famille. »

« Est-ce une simple rémission? ajoute M. Billod. Est-ce une guérison définitive? Toujours est-il que, pour le moment, il y a guérison ou toutes les apparences de la guérison. »

Ainsi, voilà un malade dont la périencéphalite diffuse aurait eu pour expression symplomalique, deux ans

nAlM.ABOEB 01

^g2 TUIÎOIUE DE L,V l'AUALYSlI': GÉNÉRALE

auparavant, un accès de mélancolie, lequel ne présentait, en apparence au moins, rien de spécial et qui cependant, d'après les partisans de la théorie unitaire, n'en était pas moins le début d'une paralysie générale; après une guérison de dix mois, a lieu l'explosion d'un accès de manie avec délire des grandeurs, troubles de la parole et de la démarche et inégalité des pupilles.

Cet accès de manie dure sept mois; alors, nouvelle guérison qui se produit d'une manière brusque, du jour au lendemain, comme cela arrive assez souvent dans les vésanies pures.

Quel fait serait plus propre à démontrer que l'accès initial de mélancolie et que l'accès de manie paralytique n'ont été que l'expression symptomatique de simples troubles circulatoires, qui, comme on le voit, ont pu disparaître deux fois chez le même malade sans provoquer de lésions organiques graves?

Comment comprendre une périencéphalite ayant pour expression symptomatique, d'abord un accès de mélancolie qui, après dix mois de guérison, est suivi d'un accès de manie lequel, après avoir persisté sept mois, guérit brusquement du jour au lendemain?

Je ne puis que le répéter, ces transitions si rapides de la folie à la raison, faciles à comprendre quand il s'agit de simples troubles circulatoires, sont bien difficiles, au contraire, à expliquer si on admet qu'il existe chez ces malades de véritables périencéphalites chroniques.

Les observations de prétendues guéx'isons de paralysies générales publiées jusqu'ici fournissent donc un nouvel argument en faveur do l'existence des pseudo-paralysies générales.

Ces prétendues guérisons doivent donc être attribuées non à la périencéphalite chronique, mais à une espèce spé-

cialo (le folio caractérisée par le délire des grandeurs diffus I et incohérent, l'iiésitation de la parole et l'inég-alité des j pupilles.

Cette espèce de folie, qui n'a été expliquée jusqu'ici que I par do simples troubles circulatoires, peut, comme on l'a

• vu, se compliquer d'accidents congestifs et de troubles de 1 nutrition qui lui donnent alors une apparence des plus . graves.

En résumé :

L'existence d'une manie spéciale offrant les symptômes ( qu'on a attribués aux premières périodes de la paralysie : générale, et qui, cependant, est indépendante de cette ma- ! ladie, me semble démontrée par quatre ordres de faits cliniques que je me borne à rappeler.

Ce sofit :

1° L'absence des lésions de la périencéphalite chronique i chez des malades qui avaient offert les symptômes psychiques et somatiques des premières périodes de la paralysie générale.

2° Les accès de manie offrant les symptômes psychiques ; et somatiques de la paralysie générale et qui se sont ter- : minés par la démence simple sans paralysie.

3" Les accès de folie offrant les symptômes psychiques ! et somatiques dé la paralysie générale et qui se sont reproduits sous la forme intermittente.

4" Les accès de manie offrant les symptômes psychiques

• et somatiques de la paralysie générale, qui, après avoir persisté longtemps, se terminent par la guérison.

TllÉOIUE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE

Quand la manie paralytique est suivie de paralysie générale, elle n'en doit pas moins être regardée non comme une période de cette maladie, mais comme une vésanie distincte dont la paralysie générale n'est alors qu'un mode de terminaison,

j GUÉRisoNS TEMPORAIRES. — Accès de manie ambitieuse terminés par la guérison, mais suivis, après un temps plus ou moins long, de paralysie générale.

L'expérience de chaque jour démontre que les guérisons de paralysie générale doivent, selon l'expression de A. Fovillfc, n'inspirer que peu de confiance.

Après quelques mois ou même quelques années, les malades, en effet, sont souvent ramenés dans les asiles offrant tous les symptômes d'une paralysie générale "à laquelle ils succombent : la guérison n'a donc été que temporaire.

Chez tous ces malades, il y a eu deux accès : le premier s'est terminé par la guérison et le second a entraîné la mort.

Ces deux accès doivent-ils être considérés comme étant de même nature? Telle est la question à examiner.

Yoici d'abord une observation de M. Calmeil à propos de laquelle l'auteur a nettement exprimé son opinion sur ce point.

<c Nous avons, dit-il, donné des soins à un employé chez lequel l'embarras de la langue et les idées délirantes avaient fini par disparaître d'une manière complète après un traitement de six mois : cet homme avait pu se remettre plus tard à la tête de son emploi, s'occuper habile-

ment d'affaires administratives d'une grande importance, faire des voyages, des spéculations d'intérêt ; on pouvait donc le considérer comme entièrement guéri de sa première atteinte de périencéphalite. Par malheur, des contrariétés imprévues vinrent réveiller chez lui des idées dépressives qu'il ne put pas entièrement surmonter ; il éprouva coup sur coup plusieurs attaques de congestion cérébrale, et arriva, en moins de cinq semaines, lau plus haut degré de la paralysie générale et de la démence. Dans les cas de ce genre, ajoute M. Calmeil, les premiers désordres inflammatoires ont réellement disparu pendant un certain laps de temps, et les accidents qui éclatent de nouveau plus tard peuvent être considérés comme l'expression fonctionnelle d'une seconde encéphalite (1). »

Comme on le voit, d'après l'opinion émise ici par M. Calmeil et qui d'ailleurs est généralement adoptée, il faudrait, dans tous les cas de guérison temporaire, considérer les malades comme ayant été successivement atteints de deux accès de périencéphalite.

L'existence des pseudo-paralysies générales, aujourd'hui bien démontrée, fournit une grave objection contre un pareil mode d'interprétation.

Puisqu'il y a des accès offrant tous les symptômes de la périencéphalite et qui sont produits par de simples troubles circulatoires, pourquoi ne pas admettre que, dans les cas de guérison temporaire, l'accès guéri appartient à cet ordre de faits?

Les malades étant guéris, iln'y aurait évidemment qu'un seul moyen de résoudre la question. Il faudrait qu'il y eût des éléments certains de diagnostic différentiel entre la pseudo-paralysie générale et la paralysie générale vraie.

(1) Calmeil. Maladies inflammatoires du cerveau, tome I, page 287,

4HG TUÉORIE I>K LA l'ARALÏSIE GÉNÉRALE

Or, ces éléments n'existent pas au moins dans un très grand nombre de cas.

Le malade de M. Calmeil a été traité pendant six mois, et n'est-il pas bien difficile do comprendre qu'après un accès de périencépbalilo si prolongé il ait pu recouvrer toute l'intégrité de son intelligence et diriger avec une grande habileté des affaires très importantes?

Pour soutenir qu'il a pu en être ainsi, on s'appuie sur l'opinion généralement admise que la périencéphalite est toujours une maladie primitive. Tel malade, dit-on, est devenu paralytique, donc il l'était depuis le début.

C'est là, à mon avis, une affirmation sans preuves et qui conduit d'ailleurs à cette singulière conséquence que la récidive seule suffirait pour servir de base à l'opinion qu'on doit se faire sur la nature du premier accès.

Tout le monde est d'accord sur ce fait que les accidents congestifs se reproduisent'souvent chez le même malade, à des intervalles plus ou moins éloignés. On sait aussi que ces" accidents sont assez souvent suivis de lésions secondaires.

Ces lésions, selon certaines prédispositions, selon la durée et l'intensité de la congestion, l'âge des malades, etc., se produisent tantôt rapidement, tantôt, au contraire, après le retour de plusieurs attaques successives. Ainsi s'exphque la guérison d'un premier accès et l'apparition des symptômes de la démence paralytique à la suite du second.

Telle est, il me semble, la manière très simple dont cette question doit être envisagée.

Je crois donc pouvoir admettre que, dans tous les cas semblables à celui que rapporte M. Calmeil, l'accès guéri n'appartient pas à la périencéphalite et qu'il n'y a pas alors succession de deux accès de même nature.

TniîOlUE nii LA PARALYSIK GÉNÉRALE ^87

mais au contraire succession de deux maladies différentes.

Il existe d'ailleurs un autre ordre de faits qui me semble pins propre encore à démontrer la nature différente des deux accès.

On est d'accord pour admettre que les maniaques avec délire des grandeurs diffus et incohérent, mais sans troubles de la parole, sont tous plus'ou moins menacés de paralysie générale. L'expérience prouve en effet que cette menace se réalise dans un très grand nombre de cas.

A une certaine époque, onreg-ardait même les rechutes comme à peu près certaines. Dans un cas de. ce genre, M. J. Falret n'hésitait pas à déclarer que la folie paralytique reprendrait son cours, et avec d'autant plus de rapidité qu'il aurait été plus longtemps suspendu.

Les idées, sous ce rapport, ne sont plus aujourd'hui les mêmes. Non seulement on ne croit plus pouvoir prédire des rechutes presque certaines, mais, quand les accès se terminent par la guérison, certains auteurs les considèrent comme de simples vésanies.

Or, ces prétendues vésanies simples sont cependant assez souvent, après une guérison temporaire, suivies de paralysie générale.

Les faits de ce genre ne sont pas rares, et je me bornerai à en rappeler un seul qui offre des particularités curieuses et qui a été communiqué à la Société médico-psychologique par Bonnafous.

Le malade avait été amené à l'asile de Leyme offrant tous les symptômes de la manie avec prédominance du délire des grandeurs, mais on ne pouvait constater chez lui aucun trouble de la parole. 11 guérit rapidement après être resté au bain pendant plus de quinze jours et quinze nuits sans discontinuité; il fut rendu à la liberté et considéré

488 TiiÉomii; de la pahalvsivc généhale

comme n'ayant eu qu'un accès de manie simple; mais trois ans après il fut ramené à l'asile avec tous les symptômes d'une paralysie générale, à laquelle il succomba.

Faut-il admettre, dans les cas semblables, que les malades ont guéri d'une périencéphalite, alors qu'ils n'ont eu aucun trouble de la parole ni aucune lésion des mouvements? En présence des faits qu'a révélés l'étude des pseudo-paralysies générales, une pareille opinion serait insoutenable..

Je ne puis d'ailleurs, sous ce rapport, que renvoyer aux arguments que j'ai déjà présentés dans le mémoire inséré plus haut sur les rémissions (Voir page 333).

Les guérisons temporaires de manie paralytique constituent donc un premier ordre de faits en faveur de cette opinion, que la folie paralytique, produite par de simples troubles circulatoires, peut, après laguérison d'un premier accès, être suivie de paralysie générale vraie.

Ce premier accès est de même nature que la manie paralytique, qui reste isolée et tout à fait indépendante de la paralysie générale.

II. — Des RÉMISSIONS. — Manies paralytiques terminées par la guérison, mais laissant après elles les prejniers symptômes de la démence paralytique.

L'étude comparée de la folie' simple et de la folie paralytique permet de constater un fait qui no semble pas avoir été signalé et qui cependant me paraît offrir un très grand intérêt. Ce fait est le suivant :

Quand la manie ou la mélancolie simple se terminent par la guérison, on ne voit jamais, après celle guérison, persister les symptômes d'une démence qui ira progressivement en s' aggravant.

THÉORIE DE LA PARALYStE GÉNÉRALE -489

Au contraire, rien n'est plus fréquent dans la folie paralytique.

Le malade guérit de son délire; il revient à la raison et l'econnait l'absurdité de ses conceptions délirantes, mais il offre les premiers signes d'une démence paralytique qui parcourra ses diverses périodes et se terminera par la mort.

Il y a donc eu dissociation entre le délire et la démence, ou mieux, entre la manie parahjlique qui guérit et la démence paralytique qui persiste.

Cette dissociation est ce qui constitue, dans le plus grand nombre de cas, ce qu'on appelle les rémissions de la paralysie générale (1).

Cette manière d'envisager les rémissions a été confirmée par beaucoup d'auteurs.

J"ai cité plus liant, dans le mémoire sur les rémissions, l'opinion de plusieurs médecins français; j'ajoute ici celle lie deux médecins étrangers qui ont publié des monographies sur la paralysie générale.

« Le peu que j'ai vu, dit le D'Mickle, est conforme, pour le plus grand nombre des cas, à l'opinion de M. Baillarger, qui parle depuis longtemps d'une dissociation des deux ordres de symptômes, de telle sorte que la folie disparaît, la paralysie générale persistant (2). »

(t) Voir plus haut le mémoire sur les rémissions dans la forme maniaque, page 333.

(2) M. Mickie rappelle ici que j'ai signalé depuis longtemps cette dissociation des deux ordres de symptômes; cela remonte en effet à nue note publiée dans les Annales, en 1847. Étudiant l'ordre dans lequel disparaissent les symptômes quand la paralysie générale tend vers la guérison, j'avais été conduit à admettre que, dans tous les cas de ce f^enre, « l'amélioration ne porte pas également sur les deux ordres de symptômes et qu'il se fait alors une sorte de dissociation entre le délire et la lésion des mouvements, de telle sorte que la folie disparaît, la pa~ ''dlysie générale persistant. »

Je citais à l'appui de cette opinion huit observations recueillies parmoi ou empruntées à divers auteurs.

Le docteur Mendel, dans la monographie qu'il a publiée récemment, reconnaît qu'il y a des rémissions caractérisées par la cessation complète du délire.

Le malade a la conscience de ses anciennes conceptioiu délirantes. Sous ce rapport, par conséquent, il peut être, dit-il, considéré comme momenlanément guéri.

Puis il ajoute que' ce qui reste de la maladie, c'est :

1° Un -çevi à' affaiblissement intellectuel et wiora/ (défaut d'énergie, indifférence pour ses intérêts, etc.) ;

2° Persistance des symptômes somatiques (Jiésitation de la parole, légère faiblesse dans les jambes, altération de l'écriture, inégalité des pupilles).

En résumé, si on lit les travaux assez nombreux qui ont été écrits sur les rémissions de la paralysie générale, on verra que tous les auteurs sont d'accord pour admettre que ce qui caractérise avant tout ces rémissions c'est la guérison du délire et la persistance d'un commencement de démence associé souvent à des troubles de la parole.

Il reste à rechercher quelle peut être la meilleure interprétation de ces faits.

On admet que la paralysie générale -est une périencéplialite et qu'elle est toujours une maladie primitive. L'accès de délire dont la guérison constitue les rémissions devrait donc être considéré comme étant de nature inflammatoire et comme le symptôme direct de la périencéphalite. Or, dans ces conditions, n'est-il pas étrange de voir dans un grand nombre de cas, et après six mois ou même une

Depuis lors, je u'ai pas cessé d'insister sur ce fait de la dissociation du délire et de la démence paralytique, comme M. Jules Fairet l'a rappelé dans sa thèse, eu i853.

En 1835, dans un mémoire, le premier, je crois, qui ait été publié sur les rémissions, je m'étais appliqué à déterminer quel est alors l'état intellectuel des malades. « Cet état, disais-je, est facile à caractériser, il se résume dans ces deux faits : Cessation du délire, persistance de la paralysie. »

TUÉUlUli DE LA PARALYSIE GÉNÉRALli 49i

année, les malades revenir à la raison, alors que les premiers symptômes de la démence et de la paralysie démontrent que des lésions organiques graves ont déjà commencé à se produire.

Le docteur Sclmle, dans son traité clinique des maladies mentales, se demande si le processus de la paralysie générale est primitivement inflammatoire. Or, il me semble que les guérisons si fréquentes des accès de manie, qui constituent ce qu'on appelle les rémissions de la paralysie générale, sont le meilleur argument qu'on puisse invoquer pour résoudre la question et pour démontrer que le processus de la paralysie générale n'est pas primitivement inflammatoire.

Il importe d'ailleurs de rappeler ici comment on explique les symptômes psychiques de la paralysie générale. « Tout le monde est d'accord, dit M. A. Foville, pour attribuer la démence de la paralysie générale à la dégénérescence atrophique des éléments nerveux de la couche corticale, et le délire à l'exaltation fonctionnelle de ces mêmes éléments sous l'influence de l'hypérémie, des poussées congestives, et peut-être aussi de l'ischémie temporaire qui peuvent se produire (1). »

Or, ce qui constitue les rémissions c'est précisément la guérison du délire provoqué et entretenu par de simples troubles circulatoires. Ces troubles, mobiles de leur nature, peuvent se produire très rapidement et disparaître de même. On s'explique alors très bien comment le malade peut revenir à la raison.

Quand la folie simple se termine parla démence, tout le monde est d'accord pour admettre la succession de deux processus.

(1) Dictionnaire de médecine pratique, tome XXVI, page d38.

L'un, de nature inconnue, a produit et entretenu le délire.

L'autre, de nature atrophique, se traduit par la démence et remplace graduellement le premier.

Pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans ce qu'on appelle les rémissions de la paralysie générale?

Dans ces rémissions, les malades, comme le dit le docteur Mendel, peuvent être considérés comme guéris de leur accès de folie, et ces guérisons, très difficiles à comprendre, si on admet l'existence d'un processus inflammatoire initial, s'expliquent au contraire d'une manière très simple si le processus est de nature purement congestive.

En résumé, il n'est nullement prouvé que le processus qui entretient le délire pendant les premières périodes de la paralysie générale soit de nature inflammatoire. La guérison très fréquente de ce délire avec persistance d'un commencement de démence semble démontrer, au contraire, qu'il y a là deux processus de nature difl"érente qui se succèdent, comme cela' a lieu d'ailleurs dans les folies simples quand elles sont remplacées 'par la démence.

Les accès de manie ambitieuse, dont la guérison si fréquente constitue les prétendues rémissions de la paralysie générale, sont donc de même nature que les pseudoparalysies générales; ils ne sont pas la première période de la périencépbalite.

Il y a donc succession de deux maladies : la manie paralytique qui guérit et la démence paralytique qui commence.

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