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DANS SES RAPPORTS AYEC LA PELLAGRE

En 1847, l'Académie de médecine eut à présenter un programme d'études pour la pellagre à l'occasion d'une mission donnée à M. Roussel.

Sur ma demande l'Académie voulut bien ajouter à ce programme un article ainsi conçu :

« Quels sont les caractères, la marche, les causes de la paralysie chez les pellagreux? Quel est l'état de l'intelligence pendant le cours de cette maladie (1)? »

J'avais insisté pour que ces questions fussent posées parce qu'il m'avait semblé, d'après la lecture de Touvrage de Strambio, que la paralysie pellag-reuse accompagnée d'imbécillité et décrite par cet auteur avait au moins, dans sa dernière période, beaucoup d'analogie avec la paralysie générale des aliénés. Dans le marasme pellagreux (tabcs pcllagrosa) les malades en effet sont souvent dans un état complot de démence et, en outre, ils sont arrivés peu à peu, après des lésions variées des mouvements, à une sorte de paralysie générale incomplète qui les force de garder le lit. Or il en est tout h fait de même dans les

) nulklin de l'Acadcfmie, lomo XII, pn^cs 032 et 937.

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dernières périodes de la paralysie générale des aliénés. Les deux maladies ont donc comme symptômes communs : r abolition progressive et parallèle de l'intelligence et des mouvements.

Dans l'automne de 1847, j'ai visité les principaux asiles de la Lombardie pour étudier la folie pellagreuse et surtout ses rapports avec la paralysie générale. Je reproduis ici le résultat de mes recherches, déjà publiées à cette époque ; mais en les complétant sur quelques points.

De la pai'alysîe générale chez les pellagreux.

Tout le monde est d'accord pour admettre qu'il y a beaucoup de méningites et surtout un très grand nombre de cas de folie provoqués par la pellagre.

Dans les grands asiles de la Lombardie on compte souvent un tiers au moins d'aliénés pellagreux; or ne doit-on pas s'étonner que les auteurs qui ont écrit sur la pellagre n'aient absolument fait aucune mention de la paralysie générale des aliénés?

Fallait-il conclure de ce silence que cette maladie ne s'observe pas chez les pellagreux ou bien qu'elle aurait été confondue avec la paralysie pellagreuse, affection encore mal définie?

Il résulte de mes recherches que la paralysie générale n'est pas rare chez les pellagreux et que la pellagre, comme l'alcoolisme, doit être admise au nombre des causes de la paralysie générale.

A l'appui de cette opinion je crois d'abord devoir citer les observations suivantes :

CHEZ LES PELLAGREUX

Observation I

Paralysie générale avec délire ambitieux chez une pellagreuse.

SoMsiAinE. — Quarautc-ciiiq aus. — Pellagre déjà ancienne. — Altération de la peau du dos des mains. — Plusieurs atteintes de diarrhée. — Délire des grandeurs. — Embarras de la parole. — Paralysie générale incomplète.

Yerpelli Angola, âgée de quarante-cinq ans, paysanne, est entrée à l'asile de la Sénavra le 10 août 1847.

Yoici d'abord un résumé du certificat donné par le

Mezzoti, médecin cantonal dans le district de Montza, D'après ce certificat qui fait partie du dossier de la malade à la Sénavra, Yerpelli avait déjà dû être envoyée précédemment au grand hôpital de Milan, comme pellagreuse, pour y faire le traitement des bains.

Depuis trois ans, à chaque printemps, elle délirait et avait une 7nonomanie de procligalilé, elle se sauvait de chez elle pour aller à Fauberge commander de grands repas; elle répétait sans cesse qu'elle avait chez elle beaucoup d'argent et qu'elle pouvait vivre dans l'abondance. Quand on la contrariait sur ces divers points elle entrait en fureur. Le D"" Beretta, médecin de l'hôpital de Montza, avait joint un autre certificat dans lequel il déclare que Yerpelli a pour idée principale do se croire riche et qu'elle cherchait sans cesse à se sauver de chez elle pour aller mener ailleurs une vie en rapport avec sa fortune.

Les certificats ne font aucune mention de l'embarras de la parole ni de paralysie; mais, comme on le voit, ils indiquent très nettement le délire des grandeurs.

Yoici maintenant dans quel état j'ai trouvé la malade que j'ai examinée avec M. Gactano Strambio.

Yerpelli a la figure joyeuse et épanouie, elle nous répète qu'elle a beaucoup d'argent et qu'elle peut vivre dans l'abondance; elle prétend aussi qu'elle a eu vingt enfants.

La mémoire esl affaiblie, la malade assure qu'elle csl enlrée à l'hôpital il y a quarante ans, puis un instant après elle nous dit n'avoir^quc quarante ans.

Il y a d'ailleurs de l'agitation, un peu d'incohérence dans les idées.

Yerpelli a un embarras évident dans la jiarole, il y a beaucoup de mots qu'elle articule mal.

Le commencement de faiblesse paralytique des membres inférieurs est très marqué, la malade vacille sur ses jambes et, dès qu'elle veut marcher un peu vite, elle est sur le point de tomber et obligée de se retenir aux personnes qui l'entourent; la sensibilité générale est affaiblie.

L'appétit est bon ainsi que le sommeil, la malade a eu à plusieurs reprises de la diarrhée, elle est maigre et a le teint jaune.

La peau du dos des mains offre les caractères d'une pellagre déjà ancienne, elle est desséchée et luisante et offre en outre quelques taches scorbutiques.

Chez cette femme la paralysie générale n^était encore, comme on le voit, qu'à la seconde période. La maladie était nettement caractérisée par l'embarras de parole, la faiblesse générale des membres et par le délire des grandeurs.

Quant à la pellagre, il importe de faire remarquer que Yerpelli avait déjà été envoyée comme pellagreuse dans les années précédentes au grand hôpital de Milan poury prendre des bains; qu'elle avait eu plusieurs atteintes de diarrhée, mais en outre qu'elle offrait, comme on Fa vu quand je l'ai examinée avec le D' Gaetano Strambio , les altérations caractéristiques de la pellagre sur le dos des deux mains.

Je crois devoir faire remarquer comme une particularité curieuse que le délire des grandeurs chez cette malade s'était reproduit Irois ans de suite au priiiteiJips, c'est-à-dire à l'époque où se reproduit chaque année l'érythèmc pellagrcux.

CHEZ LES PELLAGREUX

Observation II Paralysie générale avec délire ambitieux chez un pellagreux.

Sommaire. — Ciuquaute-trois ans, cultivateur. — Pellagre ancienne. — Altération de la peau des mains et des pieds. — Diarrhée. — Démence- — Délire ambitieux. — Affaiblissement général. — Embarras de la parole.

Tremblement des lèvres. — Griacemeots de dents. — Contracture des

membres. — Eschares.

Garavigiia (Joseph), âgé de quaranle-six ans, agiiculteur, demeurant à Saint-Stepliano, est entré au grand hôpital de Milan le 21 juin 1847.

Placé d'abord au n° 17 de la salle des délirants, il passa aux incurables, le 16 septembre.

La pancarte porte pour diagnostic : Tabès pellagrosa.

La consultation de trois médecins de l'hôpital après laquelle ce malade passa aux chroniques, est du 6 août 1847.

Elle établit que Garavigiia est aliéné et tombé dans le marasme par suite d'une pellagre ancienne : « Alienato di mente et tahido per antica pellagra ; non si puo transpojHar il malato que fra i cronici. »

C'j malade, qui paraît d'une constitution forte, est aujourd'hui dans l'état suivant : physionomie sans expression, apparence de stupidité, réponses brèves et quelquefois si mal articulées, qu'on ne peut les comprendre. — Garavigiia ne fait aucune attention à ce qui se passe autour de lui. Quand on l'interroge, il tourne lentement les yeux et regarde d'un air hébété.

Il ne sait ni pourquoi, ni depuis quand il est à l'hôpital; bien qu'il soit veuf, il prétend être encore marié.

La démence paraît très avancée : il n'existe plus de délire ambitieux, mais nous apprenons qu'à son entrée, il avait eu des idées de grandeur très caractérisées; il pro-

mettait do l'argent aux personnes qui l'entouraient et assurait qu'il était propriétaire d'un grand nombre de maisons, de bœufs et de chevaux.

Il n'a jamais eu d'agitation depuis son entrée à l'hôpital.

Dès que le malade essaye de parler, on observe des mouvements convulsifs des muscles des lèvres et, en même temps, un embarras très prononcé de la parole, à ce point que beaucoup de mots deviennent inintelligibles.

Léger tremblement de la langue, mcâchonnement presque continuel, grincements de dents.

La station est depuis longtemps impossible, les jambes sont rétractées et toute tentative pour les étendre produit de la douleur. Les bras aussi sont faibles, cependant le malade peut porter assez facilement les mains à sa tête, il y a alors un tremblement bien manifeste et on constate de petites contractions convulsives dans les doigts.

Maigreur générale assez grande, larges escbares au sacrum, deux autres aux trochanlers, en outre, plusieurs autres petites escbares dans divers points du corps qui ne supportent pas de pression.

Excrétion involontaire des urines et des matières fécales.

Lors de son entrée, Garaviglia avait de la diarrhée, mais ce symptôme a cessé depuis deux mois environ; aujourd'hui, la soif est assez vive et l'appétit assez bon.

Les gencives sont saines, la langue un peu rouge à la pointe et sur les bords.

Le malade porte, d'ailleurs, aux mains et aux pieds, des traces irrécusables de l'éry thème pellagreux. On constate sur le dos de la main droite des taches brunes luisantes, blanchâtres au centre, ce qui les fait ressembler à des cicatrices. A la main gauche, mêmes altérations, mais moins prononcées; sur les pieds, l'épiderme est épaissi,

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crevassé, noir, enlevé par plaques, lesquelles forment tics intervalles blancs qui tranchent avec le reste.

La peau des avant-bras est brune, sèche et rugueuse ; la peau est aussi altérée sur les jambes et l'épiderme fendillé. Il en est de même à la partie supérieure du sternum.

L'ensemble symptomatique si complet de la dernière période aurait pu, chez ce malade, suffire pour le diagnostic de la paralysie générale (Tremblement des lèvres, embarras de parole, grincements de dents, tremblement des membres, impossibilité de la station, clémence très avancée, eschares). Le délire ambitieux qui avait marqué une phase de la maladie ne laisse prise à aucune objection. A quelque point de vue qu'on se place, Garaviglia était donc bien véritablement atteint de paralysie générale.

D'autre part, les certificats des médecins et les traces anciennes de l'érythème pellagreux qui existaient aux pieds et aux mains, ne peuvent laisser aucun doute sur l'existence de la pellagre.

Observation III Paralysie générale avec délire des grandeurs chez un pellagreux.

Sommaire. — Cinquante ans, cultivateur. — Délire des grandeurs. — Embarras de la parole. — Démarche chancelante. — Altéraliou pellagreuse remarquable de la peau de la partie intérieure du cou et supérieure de la poitrine.

Guira, âgé de cinquante ans, cultivateur, est entré à l'hospice de Brcscia le 22 juin 1847.

Déjà l'année précédente il avait été admis au même hospice; il était alors si faible qu'il ne pouvait se soutenir sur ses jambes, mais après quelque temps de traitement il était sorti amélioré.

A cette seconde enlrée, G... était comme la première fois Irès faible, mais il a déjà repris des forces et peut marcher assez facilement.

La feuille sur laquelle est inscrit le diagnostic porte que G..., à son arrivée, disait qu'il était Dieu.

Aujourd'hui nous constatons les symptômes suivants :

Le délire des grandeurs est très caractérisé ; le malade répète qu'il est Dieu, qu'il ne mourra jamais, qu'il a une grande fortune, beaucoup de terres et beaucoup de domestiques; il accuse sa femme de l'avoir fait renfermer pour dépenser seule sa grande fortune.

La physionomie indique d'ailleurs un commencement de démence.

V embarras de la parole est très nettement caractérisé, beaucoup de mots sont articulés d'une manière peu intelligible. Quand le malade s'exalLe, Farticulation des mots devient plus nette et plus facile.

Les mains ne tremblent pas, mais la démarche est mal assurée, le malade va tombant d'un pied sur l'autre ; lasensibililé générale paraît très affaiblie, on peut pincer fortement la peau sans que le malade se plaigne.

La peau sur le dos des mains a une teinte brune mais ne paraît pas autrement altérée; il n'en est pas de même à la partie inférieure du cou et sur le sternum, dans toute la partie découverte la peau est non seulement brune, mais «lie estinégale et parsemée de taches blanches irrégulières dont quelques-unes ressemblent à des cicatrices de brûlures. Il y a plusieurs de ces taches au cou, derrière les oreilles, et quelques-unes aussi à la face.

La langue est gercée, mais sans rougeur, les gencives sont rouges et les dents un peu déchaussées.

Le malade a eu de la diarrhée, mais elle a maintenant ■cessé. Il a bon appétit et conserve assez d'embonpoint.

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La paralysie générale chez ce malade est caractérisée par le délire des g-randeurs, l'embarras de parole et l'affaiblissement paralytique des membres.

Quant à la pellagre, l'altérâtion de la peau du sternum était, comme on l'a vu, des mieux caractérisées; c'était d'ailleurs la seconde fois que Guira était entré à l'hospice comme pellagreux.

Observation IV

Paralysie générale avec délire des grandeurs chez un pellagreux .

Sommaire. — Soixaote-dcux ans. — Délire des grandeurs. — Emljarras passager de la parole. — Altération pellagreuse du dos des mains et du sternum.

Catoni, âgé de soixante-deux ans, agriculteur, est entré à l'hospice de Brescia le 11 janvier 1847.

Ce malade a la figure épanouie, il est gai, et offre un délire ambitieux bien caractérisé. Il est le frère de Jésus- Christ et sera assis à la g^auche de Dieu ; il prétend d'ailleurs avoir de g'rands biens, des terres, etc.

Par moments il a un peu d'embarras de la parole et l'articulation des mots est précédée de contractions convidsives des lèvres, tremblements de la langue.

Tremblements des mains qui ont peu de force; la démarche n'a jusqu'ici rien de caractéristique.

La sensibilité est affaiblie, on peut pincer fortement la peau sans provoquer aucune plainte.

Traces très évidentes de l'érythème pellagreux sur le dos des mains et au sternum; la peau est sèche, brune, brillante et amincie. Il y a sur les avant-bras et jusqu'aux coudes une desquamation épidermique abondante formée d'écaillés brillantes. Le malade a eu autrefois de la diarrhée mais elle a cessé depuis assez longtemps.

Chez C..., la paralysie générale caractérisée par des idées d'ambition, par un commencement d'embarras de la parole, les contractions convulsivcs des lèvres, les tremblements de la langue, n'est» encore qu'au premier degré. Quant à la pellagre, les traces de l'érythème sont si marquées que son existence ne nous paraît pas devoir être mise en doute.

Observation V Paralysie générale chez un pellagreux.

Sommaire. — Cinquante ans. — Domestique. — Pellagre au début. — Signes de démence. — Délire ambitieux au premier degré. — Embarras de parole. — Faiblesse paralytique des membres.

Barbiero est entré à l'hôpital de San Servolo, à Venise, le 31 août 1847.

La note envoyée par le médecin porte que Barbiero est devenu aliéné au mois de mai 1847 par suite de pellagre. Il faisait des actes puérils et prononçait des paroles incohérentes. Il offrait des signes de démence.

Il fut traité chez lui par les saignées et les applications de sangsues.

A l'entrée du malade on inscrivit le diagnostic suivant : « démence simple 2^ar suite de j^ellagre . r>

Dès son arrivée à l'hôpital on constate que Barbiero a perdu la mémoire et qiiil balbutie.

Une note de M. le docteur Saccardo porte que ce malade est dans un état d'imbécillité, qu'il est faible, malpropre, très troublé d'esprit; que sa santé est passable, qu'il est pellagreux.

Quinze jours plus tard on inscrit que le malade marche difficilement, qu'il chancelé sur ses jambes, que sa pellagre est presque guérie, que d'ailleurs il continue à être dans un état de stupidité.

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Quand j'examinai ce malade, je fus tout d'abord frappé de l'expression joyeuse de sa figure qui est épanouie et riante.

Barbiero n'a pas d'idées de grandeurs, mais il prétend qu'il esl fort et très bien i:)ortant. Quand on l'interroge à cet ég-ard il se pose fièrement, frappe sa poitrine, tend les bras, contracte ses muscles pour montrer sa force; il a de lui une trèsbaute opinion et il est, dit-il, plus content de sa profession que s'il était Napoléon, etc.

Ce malade offre le type du contentement paralytique, premier degré du délire des grandeurs.

V embarras de parole est tout à fait caractéristique, Barbiero articule avec assez de peine et, quand il veut parler, on observe que sa parole est précédée de mouvements comme convulsifs des lèvres; léger tremblement de la langue qui est fendillée à sa partie moyenne. Les mouvements des bras sont libres, mais il y a du tremblement des mains; démarche saccadée, incontinence d'urine.

La peau du dos des mains est brune, mais ne paraît pas altérée.

A la partie externe du bras gauche la peau est sèche, rugueuse et couverte de petites écailles qui se détachent.

Même altération sur le bras droit, mais moins prononcée; sur l'oreille g-auche épiderme fendillé s' enlevant en écailles plus larges que sur les bras.

Chez ce malade la paralysie générale est caractérisée par l'embarras de parole, la paralysie incomplète des membres, la démence et par le contentement paralytique.

Quant à la pellagre, elle était à sa première période. L'érythème s'était manifesté pour la première fois au printemps de 1847 etM.Saccardo délare que cet éry thème était presque guéri au milieu de septembre ; le malade aurait

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donc été immédiatement atteint, des le début, de paralysie générale. Telle n'est pas la marche habituelle de la maladie, mais cela, à mon avis, ne sufhrait pas pour mettre en doute le diagnostic du médecin cantonal et des médecins de l'asile, etpour ne tenir aucun compte des altérations de la peau des deux bras et de l'oreille gauche qui persistaient encore quand j'ai examiné le malade.

Je crois donc qu'il s'agit ici comme dans les cas précédents, d'un cas de paralysie générale développé chez un pellagreux.

Observation VI Paralysie générale avec démence simple chez un pellagreux.

SojiMAmE. — Soixante-trois aus. — Caltivateur. — Démence. — Léger embarras de parole. — Tremblement et faiblesse des bras. — ImpossibiUté de la station. — Altération pellagreuse de la peau des mains, du sternum et des pieds.

Braga (Baptiste), âgé de soixante-trois ans, cultivateur, est entré à l'hospice de Brescia, le 7 juillet 1847, dans le service de M. Bargnani .

La feuille du diagnostic porte que ce malade est pellagreux et paralytique. Braga, dans les années précédentes, avait été plusieurs fois admis à l'asile des aliénés. Celte fois on l'a conservé dans les salles de médecine parce qu'il était très calme, il ne pouvait d'ailleurs plus se soutenir sur les jambes et, depuis son entrée, il n'a pas quitté le lit. Démence très avancée, apathie, mutisme; à peine quand on l'interroge répond-il quelques mots. On peut s'assurer que la mémoire est très affaiblie, les réponses sont lentes et les mots mal articulés, en outre, mouvements comme convulsifs des lèvres précédant l'articulation des mots; tremblement des mains. Le malade peut remuer les jambes dans son lit, mais la station est impossible;

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excrétion involontaire des urines et des matières fécales. La sensibilité générale est affaiblie; la langue n'est point gercée, les gencives sont saines. Le malade a eu de la diarrhée, mais elle a cessé; l'appétit est très bon. Le pouls est calme à soixante.

La peau du dos des mains est encore rouge par plaques, amincie et luisante, elle offre en outre quelques taches scorbutiques. Rougeur érythémateuse au haut du sternum et au bas du cou. Sur les cous-de-pied la peau est sèche, rugueuse et offre une desquamation épidermiquo par écailles nombreuses.

Il importe de faire remarquer que ce malade avait été renfermé plusieurs fois comme aliéné dans les années précédentes, et il est à regretter qu'on n'ait aucun renseignement sur la nature du délire auquel avait succédé l'état de démence que j'ai pu constater , démence accompagnée d'une paralysie générale qui explique comment la feuille de diagnostic porte que cet homme était pellag^'eux et paralytique.

Comme dans tous les cas de paralysie générale des aliénés au dernier degré, le malade pouvait remuer les jambes quand il était couché, mais la station était impossible.

Observation YII Paralijsie rjénérale avec délire ambitieux chez un pellagreux.

Sojimaihf,. — Soixante-cinq ans. — Embarras de parole. — Démarche chancelante. — Délire des grandeurs. — Altération pellngroiise de la peau des mains et des pieds. — Diarrhée.

Martinelli, âgé de soixante-cinq ans, pêcheur, demeurant à Yséo, est entré à l'asile de Bresciale 14 octobre J846. Il avait déjà été admis à l'hôpital pour un premier accès,

BAILLÀROEn, It. 4

mais sou état s'clait assez amélioré pour qu'on put lui accorder sa sortie.

Ce malade d'une constitution forte conserve encore assez

d'embonpoint.

Il a un embarras évident mais non encore très prononcé de la parole, l'articulation des mots est précédée de contractions convulsives des lèvres.

Les mains tremblent et la démarche est si chancelante que le malade est obligé de s'appuyer aux meubles ou de réclamer l'aide d'un infirmier, aussi garde-t-il le plus souvent le lit.

Le délire des grandeurs est des plus remarquables. Le malade prétend qu'il est empereur des Français, que toute la terre lui appartient; tous les chevaux du monde ne suffiraient pas pour transporter ses trésors; il est convaincu qu'il ue mourra jamais ; bien qu'il n'ait jamais été à l'école il affirme qu'il est extrêmement savant. Il est propriétaire de tous les fleuves et de tous les lacs; le lac d'Yséo devra désormais s'appeler lac Martinelli, etc.

La langue est fendillée, le malade a eu de la diarrhée, mais elle a été arrêtée à l'aide des opiacés ; taches scorbutiques sur diverses parties du corps.

L'altération pellagreuse du dos des mains est très prononcée, la peau est sèche, brune, luisante et ressemble à du cuir. Il y a un peu d'œdème au dos de la main gauche, les deux cous-de-pied offrent une altération analogue à la peau des mains.

Mailinelli à son entrée à l'hospice avait d'ailleurs été noté comme pcllagreux.

Bien que le malade eût dépassé 1 âge où l'on observe le plus souvent la paralysie générale, l'existence de cette maladie dans ce cas est des mieux démontrée, et le déhre des grandeurs en particulier est tout à fait caractéristique.

CniLZ LES PELLAGREUX SI

L'altération de la peau des mains et des pieds ne laisse non plus aucun doute sur l'existence de la pellagre.

Observation VIII

Parahjsie générale chez un pellagreux.

Sommaire. — Agriculteur, quarante aus. — Pellagre. — Affaiblissement intellecluel. — Teutalive de suicide par submersion ; plus tard, démence complète. — Embarras très grand de la prononciation. — Faiblesse des jambes. — Altération pellagreuse de la peau des mains.

Cavallaro (Dominique), âgé de quarante ans, agriculteur, non marié, est entré à l'hôpital de Venise le 27 février 1847.

Avant son entrée à l'asile des aliénés, cet homme avait été soigné à l'hôpital de son canton et le médecin de cet hôpital avait donné un certificat dans lequel il déclarait que Cavallaro est devenu pellagreux par suite de misère, que plus tard il a été atteint de folie et a tenté de se noyer, que depuis longtemps déjà il avait l'esprit affaibli {obiuso di mente) et qu'il ne pouvait plus travailler.

A son entrée, le diagnostic porté est le suivant : imbécillité par pellagre.

Voici quelques notes qui furent inscrites depuis la fin de février jusqu'au mois de septembre, époque où j'examinai ce malade.

28 février. — Pellagre manifeste, aspect d'imbécillité, parle difficilement [parla c on fatica), santé affaiblie; pour traitement : régime animal .

29 février. — Est tranquille, mais a beaucoup de peine à parler (dura fatica aparlare) .

17 mars. — Parle mieux et moins lentement.

28 mars. — Parle bien.

19 mai. — Pellagreux et stupide.

1" juin. — Pellagre grave.

19 juin^ Est atteint d'une forte diarrhée qui diminue après quatre ou cinq jours.

En septembre. — Le malade est signalé comme étant dans un état de faiblesse et de stupidité.

Voici les symptômes que je pus constater chez Cavallaro, au moment de mon examen : Cet homme est d'une taille au-dessus de la moyenne et dune assez forte constitution.

Il paraît arrivé à un degré assez avancé de démence.

Quand on lui parle : rire niais, figure épanouie, air de satisfaction.

La mémoire est affaiblie; le malade croit n'avoir que vingt-huit ans; il n'a aucune idée du temps depuis lequel il est entré à l'hôpital.

Il passe ses journées assis sur sa chaise dans une sorte d'inertie stupide, indifférent à ce qui se fait autour de lui. La parole est très embarrassée; le malade traîne les mots et parfois peut à peine se faire comprendre. Mouvements convulsifs des lèvres, langue tremblotante.

La démarche est chancelante, mais déjà antérieurement les membres inférieurs ont été si faibhjs pendant une période, que Cavallaro a dù garder le lit. Aujourd'hui les jambes sont œdématiées. Les mouvements des bras sont libres et le malade serre encore assez fortement des deux mains. La sensibilité générale paraît très affaiblie.

La peau delaface dorsale des mains est sèche, luisante, épaissie, rosée par plaques, l'altération s'étend à la face externe des bras; desquamation épidermique, et, en outre, quelques taches d'un rouge foncé. La peau du cou, sur le côlé droit, présente les mêmes altérations qu'aux mains et aux bras.

Cavallaro a encore un embonpoint ordinaire, il mange bien et n'a pas de diarrhée.

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