I. — Du GOITRE CHEZ LES ANIMAUX DOMESTIQUES
« La question du goitre chez les animaux paraît n'avoir été jusqu'ici que très peu étudiée, et je crois utile de faire connaître le résultat de quelques recherches entreprises récemment sur ce sujet dans les départements de la Savoie et de l'Isère. Ces recherches m'ont conduit à constater un fait nouveau et qui offre peut-être quelque intérêt pour la physiologie pathologique.
« Dans plusieurs localités delà Maurienne,à Aiguebelle, à Saint-Jean, à Saint-Michel, à Modane, j'ai trouvé, chez^ les mulets, l'hypertrophie du corps thyroïde dans une' proportion si considérable qu'elle dépasse de beaucoup^ dans ces localités, celle qu'on observe chez l'homme.
« Dans une écurie de Modane, par exemple, sur vingt mulets il y en avait dix-neuf atteints de goître. Si la proportion pour l'ensemble des faits n'est pas aussi grande, elle reste néanmoins très forte et semble pouvoir être évaluée à plus des deux tiers.
(1) Celte note a été lue, en mon nom, à l'Académie des Sciences, pac M. Rayer, dans la séance du 15 septembre 1862.
ggg DU GOITRE
« Le fait, observé d'abord dans la Maurienne, a été confirmé d'une manière remarquable par des recherches dans le département de l'Isère.
« L'examen de trente mulets, à l'usine métallurgique d'AUevard, a permis de constater l'existence du goitre sur vingt-trois de ces animaux.
(( Dans l'état normal, les glandes thyroïdes des mulets sont grosses comme des châtaignes, et il importe de faire remarquer qu'on n'a considéré comme atteints de goitre que les mulets chez lesquels ces glandes avaient acquis le volume d'un œuf de poule. Le plus souvent, rien ne décèle l'existence de cette tumeur au dehors ; cependant il y a sous ce rapport d'assez grandes différences, selon la conformation du cou des animaux. Sur les trente mulets de l'usine d'AUevard, il y avait quatre ou cinq goitres faisant saillie au dehors.
« En général, ces goitres sont très mobiles et ne produisent aucune gêne ; dans trois cas seulement, la trachée était assez comprimée, pendant les grands efforts musculaires, pour faire corner les animaux.
« L'hypertrophie, porte d'ailleurs sur les deux glandes ou sur une seule, et, dans ce dernier cas, c'est plus souvent sur celle du côté gauche.
« A Allovard, j'ai prié M. le docteur Niepce, bien connu pour ses recherches sur le goitre et sur le crétinisme, de ^ vouloir bien examiner les trente mulets de l'usine, et il , est arrivé, comme moi, à constater vingt-trois cas de goitre.
(c L'existence, chez les mulets, d'une prédisposition spéciale à l'hypertrophie des glandes thyroïdes ne semble donc pas pouvoir être mise on doute. Cette prédisposition, en effet, n'existe plus au même degré chez les autres animaux domestiques.