CHEZ LES ANIMAUX DOMESTIQUES
u Los chevaux sont assez souvent atteints de g'oîtrc, mais la proportion est beaucoup moins forte que chez les mulets.
(( Cependant, parmi les faits que j'ai recueillis, il en est un qui tend à prouver que, dans certaines conditions au moins, la fréquence peut être encore très grande. A Saint- Jean-de-Maurienne, sur les sept chevaux de la brigade de gendarmerie, quatre sont devenus goitreux, après un séjour de moins de deux années ; ce fait paraît d'autant plus remarquable que ces chevaux, bien nourris, bien soignés, sont logés dans une écurie spacieuse, très éclairée et très aérée.
« Après les chevaux, ce sont les chiens qui semblent le plus prédisposés à l'hypertrophie des glandes thyroïdes. Enfin, on en trouve encore des cas isolés chez les vaches, les moutons, les chèvres et les porcs.
« Il est impossible de ne pas rattacher les goitres des ; animaux aux causes endémiques qui produisent la même i affection chez l'homme.
« Cependant, en présence de cette proportion si forte I de goitres, observée chez les mulets, dans les départements I de la Savoie et de l'Isère, j'ai cru devoir examiner un assez ! grand nombre de ces animaux dans des localités saines. • Comme on devait s'y attendre, à de rares exceptions près,
1 les glandes thyroïdes ont été retrouvées avec leur volume ! normal.
« Le goitre endémique, contrairement à l'opinion jusf qu'ici soutenue par les médecins-vétérinaires, est donc f fréquent chez les animaux domestiques, et, comme on l'a vu, cette fréquence est surtout très grande chez les mulets.
« La prédisposition de ces animaux à contracter le goitre pourrait peut-être être mise h profit pour l'étude de cette
2 maladie. Il serait, en effet, facile d'instituer des expériences
ggQ DU GOITRE
pour déterminer au moins l'action des eaux sur sa production.
« M. Grang-e a cité le fait d'un ingénieur qui serait parvenu à se donner le goitre en buvant pendant quelques mois de Fcau chargée de sels magnésiens. Il y a dans la Maurienne plusieurs sources dont les eaux, dit-on, produisent rapidement l'hypertrophie du corps thyroïde. On assure que de jeunes conscrits sont ainsi parvenus à se faire exempter du service militaire. Ces faits, que tout le monde répète, ne sont cependant pas directement prouvés. Ne pourrait-on, par exemple, essayer chez quelques mulets et dans les localités saines, l'effet de l'eau chargée des mêmes sels et dans les mêmes proportions? La prédisposition très grande qu'ont ces animaux à contracter le goitre; ne pourrait manquer de donner à des expériences de ce genre un certain intérêt.
« En résumé :
« Les animaux domestiques sont souvent atteints de goitre dans les localités où cette affection est endémique,. Elle s'observe surtout alors chez les chiens et chez les chevaux, mais elle sévit d'une manière spéciale et tout à fait exceptionnelle chez les mulets. »
Cette note ayant été communiquée à PInstitut part M. Rayer, alors président de la Commission, M. Rey, pra fesseur à l'École vétérinaire de Lyon, fit faire une enquête-* à l'usine d'Allevard. Les mulets sur lesquels on avaii trouvé une forte proportion de goitres furent examinés deij nouveau par un médecin-vétérinaire, et cet examen donna des résultats négatifs.
M. Rey se crut dès lors autorisé à publier, dansla Gazette médicale de Lrjon, un mémoire dans lequel il cherche à prouver l'inexactitude des faits, allant même jusqu'à sup poser qu'une erreur anatomique avait peut-être été coni'
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mise; l'appenclicc d'une glande voisine ayant pu être pris pour la glande thyroïde cUe-mônie.
L'existence de l'endémie du goitre chez les animaux domestiques, surtout lorsqu'elle sévit avec intensité, offre un assez grand intérêt pour que nous croyions devoir donner ici des extraits des trois documents suivants, qui ne laissent aucun doute sur l'exactitude des faits communiqués à la Commission.
/. Rapport de M. le docteur Rey, médecin à Grenoble, et de M. Palat, médecin-vétérinaire au 4" régiment d'artillerie, contenant les résultais de l examen auquel ils ont soumis les mulets d'Allevard.
« Il nous importait de déterminer d'abord, aussi exactement que possible, quel est le volume normal du corps thyroïde chez le mulet.
Nous n'avions malheureusement à notre disposition, pour nous servir de terme de comparaison, que des chevaux ; il restera donc à savoir si, chez le mulet, la glande affecte une disposition ou un volume différents.
Quoi qu'il en soit, soixante-dix chevaux des officiers du 4<= d'artillerie ont été attentivement examinés. Sur cinquante de ces chevaux, les g-landes thyroïdes sont latéralement accolées au larynx, elles y adhèrent intimement, et ne présentent d'autre saillie qu'un lég-er renflement, sur lequel la main promenée le long de la trachée, et de bas en haut, passe sans être arrêtée.
Dans ces cinquante cas, les glandes thyroïdes semblent faire partie intégrante du larynx.
Sur les vingt autres chevaux, elles sont plus ou moins mobiles, roulent, en général, sous les doigts et offrent, quant au volume, les différences suivantes : sur deux chevaux, elles atteignent la grosseur d'un œuf de pigeon; sur
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six, elles sont comme des noix ; et sur douze, elles sont comme des châtaignes.
Pour compléter cette première expérience, un cheval de la localité, envoyé à l'équarrissage, pour une hoiterie incurable, mais parfaitement sain d'ailleurs, est abattu. Cet animal, préalablement examiné, est âgé de quinze ans; les glandes thyroïdes sont trouvées mobiles et de la grosseur d'une belle noix. (Dans l'opinion de M. Palat, il y aurait une légère hypertrophie dans ce cas.) »
A l'autopsie, ces glandes sont isolées et ne présentent pas le prolongement, correspondant à l'isthme des glandes thyroïdes chez l'homme. Leur couleur, leur consistance, leur structure, sont normales. Elles s'étendent du cartilage cricoïde au premier anneau de la trachée, qu'elles recouvrent presque en entier. Leur forme est celle d'une châtaigne aplatie, dont le plus grand diamètre est parallèle à l'axe de la cavité du larynx.
Elles sont logées, pour ainsi dire, dans une espèce d'excavation formée en haut, en avant et en arrière, par les saillies du cartilage thyroïde, des muscles du larynx et du cou; du tissu cellulaire, ou plutôt de la graisse, les entourent de toutes parts.
Cette disposition empêche d'en apprécier exactement le, relief, quand elles ne sont pas hypertrophiées.
Les deux glandes ne sont pas tout à fait aussi grosses l'une que l'autre; la plus volumineuse est la gauche, dont voici les dimensions :
Hauteur 0,04o millimètres.
Largeur 0,030 —
Épaisseur 0,018
Son poids est de 11 grammes 7o centigrammes.
La glande droite a 0,045 millimètres de hauteur;
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0,025 millimètres de largeur, et 0,016 millimètres d'épaisseur. Son poids est de 11 grammes 27 centigrammes.
Nous avons conclu de ces expériences préalables :
r Qu'à l'état normal, les glandes thyroïdes du cheval sont le plus souvent adhérentes, immobiles et semblent faire partie du larynx.
Le renflement qu'elles forment à l'extérieur correspond à peine aux dimensions d'une châtaigne aplatie.
2° Que l'hypertrophie de ces glandes commence à se manifester par une certaine mobilité, ainsi que le prouve l'autopsie des glandes thyroïdes d'un cheval de quinze ans.
3" Que la diminution des glandes, avec l'âge, n'est pas un fait constant, puisque chez le cheval abattu, dont il vient d'être question, elles étaient relativement volumineuses, et qu'ainsi que vous le verrez, c'est précisément sur de jeunes mulets que nous les avons trouvées les plus petites à Allevard.
Faisant donc application de ces données, voici les résultats de notre examen :
Tous les mulets employés aux travaux métallurgiques d'Allevard ont été amenés à l'usine par l'ordre de M. Charrière, que nous devons remercier ici pour sa bienveillance et sa complaisance parfaites à notre égard ; ces mulets, au nombre de cinquante-cinq, sont divisés en
quatre catégories :
catégorie habitant Allevard : 30 mulets.
Glandes thyroïdes visibles à l'extérieur 3
Glandes otTrant le volume d'un œuf 9
— de la grosseur d'une noix 10
— très mobiles, un peu hypertrophiées . . 5
— mobiles seulement 2
Étal normal semblable à celui de cinquante chevaux observés à Grenoble 1
(Ce mulet est âgé de cinq ou six ans}.
Total 30
Soit 22 hypertrophies incontestahlos. Dans les 21 cas marquants, l'hypertrophie s'est montrée 7 fois à gauche, 7 fois à droite, 13 fois des deux côtés à la fois; 3 fois également des deux côtés, 4 fois plus à gauche, et 1 fois plus à droite qu'à gauche.
La longueur du poil d'hiver ne nous a pas permis de reconnaître extérieurement, et à la simple vue, toutes les glandes assez volumineuses pour faire au dehors une saillie apparente.
Dans la deuxième catégorie, sont comptés six mulets habitant Saint-Pierre-d'Allevard, et chez lesquels on a constaté quatre cas d'hypertrophie légère.
11 est inutile de parler des deux dernières catégories, car 'il s'agit de mulets habitant la montagne, ou arrivés à l'usine depuis huit ou dix jours seulement. »
Il résulte de ces recherches, faites, comme on le voit, avec le plus grand soin, que la fréquence du goitre chez les mulets ne saurait désormais être mise en doute. M. le docteur Rey et M. Palat n'ont trouvé que trois goitres assez volumineux pour être visibles à l'extérieur ; mais dans neuf autres cas, les glandes thyroïdes avaient acquis le volume d'un œuf; ce qui constitue une hypertrophie déjà assez forte, la glande normale n'ayant guère que le volume d'une châtaigne.
Quand bien même on s'en tiendrait à ces 12 cas sur 36 mulets, on aurait déjà la proportion de près de 33 pour 100, de goitres incontestables. On pourrait donc ici se borner à ce résultat. Mais il importe de faire remarquer que les auteurs du rapport ont, avec raison, noté une proportion beaucoup plus forte, en tenant compte d'autres cas d'hypertrophie dont la réalité ne peut être mise en doute, bien que les glandes n'eussent pas atteint le volume d'un œuf.