CHAPITRE I
Historique général
Depuis l’époque déjà lointaine où CHEVREUL a magistralement jeté les bases de la science des corps gras, il faut convenir que la France s’est laissé distancer bien souvent dans cette voie par les chercheurs des autres nations; il n’est pas douteux que la plupart des travaux et des techniques publiés en cette matière aient été l’œuvre de savants étrangers parmi lesquels l’école Allemande occupe une place importante. L’Autrichien HügL en proposant sa méthode de mesure de l'indice d’iode nous a procuré le principe des nombreux procédés utilisés dans la suite; les noms de KOETTSTORFER, de Wigs, de Hanus, de Winpaus, de RosEN- FELD, de UBBELHODE, pour n’en citer que quelques-uns ont acquis une grande renommée. Par ailleurs, LEWKOWITSCH, HEHNER et MiTcHELL, LEATHES et RAPER, FRYER et WESTON ont apporté à la chimie pure ou à la Biochimie des corps gras des contributions importantes. L'école Japonaise s’est taillé d'emblée une place de premier ordre et s’est imposée avec des noms tels que TSUJIMOTo, KUMAGAWA, SUTO, etc.
La France, après une période de désintéressement, est revenue à l'étude des corps gras : MAYER et SCHAEFFER, TERROINE et son école, MARCELET, E. ANDRÉ ont publié sur la physiologie et la biochimie de ces substances des travaux qui ont contribué à remettre leur étude à l’ordre du jour.
Les recherches sur les corps gras retirés des insectes sont bien réduites et bien dispersées; l’un des plus anciens mémoires publiés à ce sujet est celui de BARRUEL (1831) sur la graisse des pucerons
du rosier. Cet auteur n’a pas vu les curieuses particularités des
beurres d’Aphidiens et a seulement souligné quelques caractères de solubilité intéressants.
L'huile de Hannetons est connue depuis déjà fort longtemps; on à considéré à l’origine sa production comme un moyen propre à encourager la lutte contre les vers blancs, mais les essais réalisés en grand n’ont pas été rémunérateurs. D’après BLANCHARD (1877) « on a extrait des hannetons une huile bonne à divers usages. ». Cette huile est mentionnée dans le dictionnaire de WITTSTEIN (1851). Tout récemment, E. Kopp a fait une étude détaillée d’une huile extraite, non plus des larves, mais des imagos du hanneton; il en a déterminé les constantes physiques et chimiques que je citerai plus loin.
LASSEIGNE avait retiré, dès 1844, une « huile fixe » du ver à soie. GÜSSMANN à apporté quelque lumière sur la composition de la graisse de Cochenilles (1853) et sur celle de Cantharides (1854). La graisse de Cochenilles a été ultérieurement l’objet des études de LIEBERMANN (1885), de RAIMANN (1885) et de HUERRE (1911). Ce dernier auteur a réalisé une étude particulièrement détaillée des acides non-saturés parmi lesquels il a établi la présence des acides Oléique et Linoléique. LIEBERMANN avait montré antérieurement que la fraction saturée des acides gras est formée d’acide Myristique.
C. SCHALL a signalé, en 1893, dans l'huile de fourmis rouges l'existence d’une substance fort remarquable au point de vue chimique, mais fort énigmatique au point de vue physiologique : il s’agit d’un carbure d'hydrogène de la série saturée qu'il a caractérisé comme étant le undécane normal CH'-(CH)"- CH.
La même année, RAPHAEL DUROIS à attiré l’attention sur une huile qu'il avait obtenue dans le Sud-Algérien aux dépens des œufs d’Acridiens (4. peregrinum OL). Malheureusement il ne donne dans sa note en dehors d’un dosage de Phosphore, aucune des constantes physiques et chimiques qui auraient pu fixer la physionomie de cette huile; il indique seulement quelques réactions colorées tout à fait dépourvues d'intérêt.
Les huiles d’Acridiens ont pris ces temps derniers une cerlaine importance industrielle : les matériaux d’où on les extrait
peuvent être réunis en quantité considérable; le produit obtenu
a été préconisé comme huile de graissage pour les moteurs d’avions.
LEWKOWITSCH a publié, en 1906 et 1907, des analyses de l'huile de Chrysalides de vers à soie; c’est encore une huile qui intéresse l’industrie et dont l'emploi a été proposé en savonnerie: LEWKOWITSCH a montré que cette huile possède un indice d’iode assez élevé et qu'elle renferme une proportion importante de substances insaponifiables parmi lesquelles il a signalé du Choliestérol.
MENoOzz1 et MorEscH1 (1908) ont étudié plus spécialement ce même insaponifiable; ils en ont retiré deux hydrocarbures et un Stérol qu'ils ont considéré comme différent du Cholestérol et auquel ils ont donné le nom de Bombystérol.
D’autres études ont été faites sur l'huile de Chrysalides de vers à soie; la plus remarquable est celle de TsuyJimoTo (1908). Cet auteur a obtenu des acides hexa et tétrabromés; il a établi la présence des acides Palmitique, Oléique, Linolénique et Isolinolénique, ainsi que d’un isomère de l’acide Linoléique. D’autres analyses de la même huile ont été données plus récemment par DESVERGNES (1920).
À côté de ces recherches chimiques, il faut citer d’autres travaux plus spécialement physiologiques; ils sont assez nombreux : TICHOMIROFF (1885) a étudié les corps gras dans l’œuf du ver à soie et leurs variations au cours du développement; VANEY et Conte (1908) ont poursuivi des études analogues; VANEY et Mar- NON (1906), BATAILLON et CoUvREUR (1892), KOTAKA et SERA (1908), Mile CHEVALLARD (1928) se sont occupés de la biochimie du ver à soie.
Parmi les Lépidoptères, on connaît encore la graisse de Myelobia smerintha Hübn., papillon du Brésil, objet d’une étude détaillée de H. THoms (1913) et celle des Zygènes décrite par Roccr, en 1916.
NORMANN a signalé (1913) une graisse particulière qu'il a extraite de petits Diptères du genre Chironomus.
Pendant la guerre, divers auteurs allemands ont recherché
les moyens de se procurer les corps gras dont leur pays était
Le
privé. RABow (1915) a préconisé à cet effet le Hanneton et ENGEL
(1915) les larves de diptères carnivores (Calliphora).
Tout récemment (1929), TsuyimotTo a publié des travaux remarquables sur diverses huiles d'insectes nouvelles; il a ainsi décrit une huile de ver luisant, une huile de sauterelles (Oxya japonica Will) et une huile de grillons (Acheta mitrata Burmeist.) Chez ces deux derniers insectes il a trouvé de l'acide Li-
nolénique.