‹ Recherches sur les matières grasses des insectesChapitre 5 sur 55 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Propriétés, Caractères et Composition des Graisses d’insectes

Les caractères organoleptiques, physiques et chimiques des corps gras retirés des insectes offrent une grande diversité; je

vais mefforcer d'en donner un aperçu synthétique.

COULEUR. — 1° Huiles. — On sait que les glycérides purs sont incolores, mais on sait aussi que les huiles naturelles ne sont jamais constituées par des glycérides purs : indépendamment des autres éthers, alcools, hydrocarbures, phosphatides, qu’elles peuvent contenir, elles renferment presque toujours des Lipochromes. Les huiles d'insectes obtenues par extraction au moyen de dissolvants sont généralement colorées; la teinte la plus fréquente est le jaune plus ou moins intense, tournant quelquefois à l’orangé : les huiles d’Ergates faber L., de Tenebrio molitor L.. de Pyrausta nubilalis Hübn., de Cetonia aurata L., de Cossus ligniperda F., de Balaninus elephas GyIl., de Gastrophilus intestinalis Deg., etc., vont du jaune pâle au jaune d’or.

Les huiles de Lépidoptères extraites à l’éther ont fréquemment une couleur verte plus ou moins foncée (T'haumetopæa pityocampa Sch., Malacosoma franconica Esp. etc.) Il en est de même des huiles de Chrysomélides. Cette coloration est évidemment en relation avec le régime phyllophage et avec la chlorophylle dont est bourré le tube digestif. Si l’on remplace pour l'extraction l’éther sulfurique par l’éther de Pétrole (bouillant au-dessous de 80°) on obtient généralement des huiles dépourvues de cette coloration verte et teintes en jaune-orangé.

Un certain nombre d'huiles sont rouges ou rougeûtres: l'huile de Crematogaster scutellaris OI. est rouge; celle d’Asura conferta Walk. est rouge-orangé.

20 Graisses. — Dans quelques cas J'ai obtenu des graisses d’un blanc pur (Oryctes nasicornis L.); le plus souvent, elles

sont colorées : celle de chrysalides de Pieris brassicae L. en jaune-

en (ce

orangé; celle de larves de Doryphoras en vert. De nombreuses sraisses mi-solides, à consistance pâteuse, sont colorées en vert quand elles ont été extraites à l’éther sulfurique (Saturnia Pernyi Guer. par exemple, etc.)

Les beurres d’Aphidiens sont plus ou moins colorés suivant les espèces : Pemphigus utricularius Pan. et P. cornicularius Pass. fournissent des produits d’un blanc jaunâtre; Aphis rumicis F. est d’un brun noirâtre : cette teinte peut être éliminée en

traitant par le noir animal la solution alcoolique bouillante.

ODEUR. —— Beaucoup d'huiles d'insectes sont inodores (Ergates faber L., Pyrausta nubilalis Hübn.) ; celle de Gastrophilus intestinalis Deg. a une odeur rappelant celle de lhuile de pieds de bœuf; celle de Thaumetopæa pityocampa Sch. est douée d’une odeur vireuse, désagréable, surtout intense quand elle à été fraichement préparée et s’atténuant à la longue. D’autres (Crematogaster scutellaris O1.) sont piquantes; l'huile de Blattes possède une odeur pénétrante et repoussante; celle de Cossus ligniperda F. dégage une odeur âcre comparable à celle de la créosote; l'huile de chrysalides de vers à soie préparée par LEWKOWITSCH avait une odeur rappelant celle des huiles de poissons. Dans beaucoup de cas (Leptinotarsa decemlineata Say., par exemple) les huiles ou les graisses d’insèctes ont une odeur herbacée rappelant celle du foin. La graisse de Pemphigus a une odeur butyreuse assez prononcée; elle dégage, quand elle a été saponifiée et traitée par un acide, une odeur très intense d'acides gras volatils (Butyrique et ses homologues).

CONSISTANCE. —— Les corps gras que j'ai retirés des insectes sont souvent liquides à la température ordinaire (Huiles d'Ergates faber L., Cetonia aurata L., Pyrausta nubilalis Hübn., Cossus ligniperda F., etc.), parfois de consistance pâteuse ou butyreuse (Colaspidema atra O.), d’autres fois véritablement concrets (Rhynchophorus palmarum L.). Les graisses d’Aphidiens ont des points de fusion assez élevés; elles sont dures à la température

ordinaire et ont une consistance qui rappelle un peu celle de la bougie.

Tete.

REFRINGENCE. — Les indices de réfraction des huiles d’insectes atteignent parfois des valeurs élevées chez les Lépidoptères (1) : Saturnia pyri Sch. 1,4800, Thaumetopæa pityocampa Sch. 1,4828, Vanessa urticae L. 1,4783. Dans d’autres cas ils sont plus faibles : Ergates faber L. 1,4686, Pyrausta nubilalis Hübn. 1.4710, Ephestia figulilella Gg. 1,4716.

INDICES D'IODE. — Cette constante fondamentale varie dans de très larges mesures depuis 1,5 (Pemphigus) jusqu’à 164,5

(Saturnia pyri Sch.) en passant par tous les intermédiaires.

INDICES DE SAPONIFICATION. — Les plus élevés s’observent chez les Aphidiens: 265,7 chez Aphis rumicis F. Beaucoup

d'huiles d'insectes ont des indices de saponification allant de 190 à 200.

INSAPONIFIABLE. — C'est Ergates faber qui m'a fourni le chiffre le plus faible (0,75 p. 100). D’autres insectes sont beaucoup plus riches (8,5 p. 100 chez T'haumetopæa pityocampa Sch., 12,5 chez Heliotaurus menticornis Reitt.) (2).

CONSTITUANTS DES CORPS GRAS CHEZ LES INSECTES. 1° Acides saturés (Série CH”0).

L’acide butyrique CH°-(CH°)"- COOH et son homologue en C' l’acide caproïque existent très probablement dans les beurres d’Aphidiens; je ne les ai pas isolés, mais leur présence est rendue très vraisemblable par l'indice de REICHERT-MEIssL élevé que fournit le beurre de Pemphigus.

Même remarque pour les acides caprylique et caprique dont la présence doit être déduite avec beaucoup de vraisemblance de l’indice de POLENSKE donné par le même Pemphigus.

L’acide laurique CH'-(CH°)"- COOH qui constitue une portion importante du beurre de Coco, du suif de Tangkallak, de

la graisse de Litsœa sebifera, ete. existe aussi chez les Pemphigus

(1) Valeurs ramenées à 15°.

(2) Je ne donne ici qu'un résumé très bref des principaux caractères chimiques. Ces données seront largement développées dans la suite.

né ja

où j'ai pu établir sa présence en l'isolant et en le caractérisant par son point de fusion et son poids moléculaire (200). Il ford 143900:

L'acide myristique CH'{CH')"-COOH existe en abondance dans la graisse de cochenilles (Coccus cacti L.) où il a été trouvé par LIEBERMANN (1885). On sait que parmi les végétaux il se trouve en forte proportion dans le beurre de muscade, dans la graisse de Virola venezuelensis et le beurre de Dika.

L'acide palmitique CH'-(CH°)"- COOH a été signalé par Tsuyimoro (1908) dans l'huile de chrysalides de vers à soie. C’est un acide des plus répandus dans le règne animal et qui existe certainement chez un grand nombre d'insectes.

L'acide stéarique CH'(CH)"-COOH se trouve dans l'huile de Pyrausta nubilalis Hübn., dans la graisse de Cantharides, etc.

Les termes supérieurs de cette série n’ont pas encore été signalés dans les graisses d'insectes (je laisse entièrement de côté tout ce qui a trait aux cires). Il serait intéressant de rechercher l'acide arachidique chez les larves de Coléoptères qui se nour-

rissent de graines d’arachide.

2° Acides non-saturés (Série C'H"°0*.

On a décrit un certain nombre d'acides palmitoléiques 1isomères où la fonction éthylénique occupe une place variable dans la chaîne carbonée : acides hypogéique, gaïdique, physétoléique et lycopodique. J'ai signalé la présence dans l'huile de Pyrausta nubilalis Hübn. d’un acide correspondant à la formule C"H"0° qui fournit par le permanganate alcalin un dérivé hydroxylé identique à celui obtenu par LJUBARSKY (1898) en oxydant les acides de l'huile de phoques (acide physétoléique).

L’acide oléique normal CH'-(CH°)'- CH=CH - (CH )'- COOH est un des constituants les plus répandus des huiles animales et végétales. Il y avait done lieu de s’attendre à le trouver dans les huiles d'insectes; j'ai pu établir sa présence dans un certain nombre de cas, mais il est à peu près certain qu'il existe chez un très grand nombre d'espèces. HUERRE l’a trouvé (35 p. 100) dans la graisse de Cochenilles; THOMS dans celle de Myelobia smerintha Hübn.; TsuJIMOTO dans l'huile de chrysalides de vers à

soie; je l'ai caractérisé au moyen de son dérivé dihydroxylé dans

lo

l'huile de Doryphoras (Leptinotarsa decemlineata Say.). 11 existe aussi dans l’huile de Pyrausta nubilalis Hübn. dans la proportion d'environ 40 p. 100. On a signalé un certain nombre d'acides isooléiques (ac. pétrosélinique). Je n'ai pu établir si les huiles d'insectes renferment de semblables composés.

Acides de la série C'H”*0*.

L’acide linoléique

CH-(CH)- CH = CH - CH°- CH = CH-(CH°)'- COOH possède deux liaisons éthyléniques, l’une entre C° et C, l’autre entre C' et C". Il est très remarquable de constater que cette dernière fonction occupe le même point de la molécule que la fonction unique de l'acide oléique. Sa constitution est connue depuis les travaux de BEbroRp et de GocpsoBEL (1906). Il peut être considéré comme de l’acide oléique qui posséderait une fonction éthylénique supplémentaire entre le sixième et le septième atome de carbone.

L’acide linoléique existe dans la graisse de Cochenilles où il a été découvert par HUERRE (1911); Tsuyimoro pense qu'il est présent dans l’huile de chrysalides de vers à soie. Il existe très probablement chez de nombreuses huiles demi-siccatives de Lépidoptères.

Acides de La série C'H""O.

L’acide linolénique

CHECHOCH=CH-CHRCH=CH-CH- CH —= CH - (CH) COOH

renferme trois fonctions éthyléniques. Beaucoup d’auteurs pensent qu’il existe deux acides linoléniques isomères. Ces acides sont faciles à caractériser par leur dérivé hexabromé insoluble dans l’éther, soluble dans le benzène, fondant à 178-180° et contenant 63,3 p. 100 de Brome.

On a souvent considéré l'acide linolénique comme faisant défaut chez les animaux; il existe pourtant selon HOLDE en minime quantité dans la graisse de cheval (1,69 p. 100). Il manque

chez un assez grand nombre d'huiles d'insectes : les larves xylo-

phages de Cérambycides (Ergates faber., etc.), celles de Cossus, de Pyrausta nubilalis Hübn., etc. n’en fournissent pas trace. En revanche, il est assez abondant chez beaucoup de Lépidoptères phyllophages dont les huiles donnent des quantités notables de dérivés hexabromés (Saturnia Pernyi Sch., Pieris brassicae L., Thaumetopæa pityocampa Sch., etc.). Il existe aussi chez les Coléoptères de la famille des Chrysomélides (Colaspidema atra OI, Leptinotarsa decemlineata Say.) et chez certains Orthoptères (Dociostau-

rus maroccanus Thunb.).

3° Hydrocarbures.

Les huiles et graisses d’insectes n’ont pas encore fourni de type contenant comme les huiles de Sélaciens une proportion énorme d'hydrocarbures; toutefois la présence de quantités moins considérables de ces produits n’est pas douteuse. J’ai déjà cité le undécane trouvé par C .ScHALL en 1893 dans l'huile de fourmis roues et les carbures signalés par MENOzz1 et MoRrEscHI dans l'huile de chrysalides de vers à soie (Octoeicosane C°H" fondant à 62°5 et autre composé fondant à 41-42°). J’ai constaté qu'un certain nombre d’huiles de Lépidoptères (Thaumetopæa pityocampa Sch.) fournissent des proportions élevées d’insaponifiable en grande partie insoluble dans l’anhydride acétique, ce qui montre

la présence d'hydrocarbures.

4° Alcools à chaînes cycliques.

Le Cholestérol existe dans beaucoup d'huiles d'insectes: LewkowirscH l’a signalé dans l'huile de vers à soie; il est facile à caractériser par ses réactions colorées et à doser par sa combinaison avec le digitonoside. La présence de Phytostérol affirmée par Tsuyimoro (1908) est beaucoup plus douteuse; ce serait an produit introduit sans modification dans l’organisme chez les végétariens. MENOZZI et MoREscHz avaient signalé chez le ver à soie un Stérol nouveau; il semble bien en définitive que ce composé

doive être considéré comme identique au cholestérol.

op 5° Alcools acycliques.

En dehors de la glycérine qui est un constituant fondamental des corps gras, les alcools à poids moléculaire élevé existent surtout dans les cires (dont je ne tiens pas compte dans cette étude). Ils paraissent être présents dans les huiles de Lépidoptères riches en insaponifiable.

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