‹ Recherches sur les matières grasses des insectesChapitre 40 sur 55 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Graisses d’Hémiptères

SECTION 1. — Beurres d’Aphidiens

Les Aphidiens constituent parmi les Hémiptères et même parmi les insectes en général, un groupe singulier qui occupe une place très spéciale. On a beaucoup écrit sur leur cycle évolutif et sur leur reproduction parthénogénétique. Au point de vue biochimique, ils se sont fait remarquer déjà comme d’actifs producteurs de substances cireuses (Eriosoma lanigerum Hausm.) qu'ils excrètent en longs filaments d'aspect cotonneux. En revanche, on ignorait à peu près tout de la constitution de leurs graisses de réserve. À part un travail très ancien et très imprécis de BARRUEL (1831) je n’ai trouvé aucun document sur cette question. IT faut dire que sa solution présentait des difficultés assez considérables, particulièrement en ce qui concerne l'obtention de matériaux d'étude en quantité suffisante.

De patientes recherches m'ont permis de constater que tous les Aphidiens que j'ai étudiés (6 espèces) mettent en réserve des produits très semblables les uns aux autres : ce sont des substances solides, à indices d’iode très faibles et indices de saponification très élevés, qui possèdent une tendance remarquable à se présenter sous une forme cristalline très caractéristique (voir les photographies). L'aspect cristallin est très différent suivant le dissolvant employé : l’éther donne des rosaces formées d’aiguilles rayonnantes, limitées par un contour polygonal; l'alcool donne de longues aiguilles feutrées et entrelacées.

La grande analogie entre les produits fournis par les Aphidiens vivant sur des plantes botaniquement très différentes m’a d’abord quelque peu surpris; il semble à première vue que des insectes récoltés sur le térébinthe, le rosier, le sureau et la fève doivent avoir une alimentation très différente et par suite des graisses de réserve de composition variée. À la réflexion cepen-

dant, il semble que ces différences ne sont peut-être pas aussi ac-

cusées qu'elles le paraissent : si les habitats sont au point de vue systématique très éloignés, les sucs des plantes dont se nourrissent les Aphidiens présentent peut-être une certaine uniformité de composition (richesse en sucres par exemple) qui expliquerait la similitude des produits élaborés.

Les larves de Coléoptères et de Lépidoptères xylophages produisent des huiles analogues quel que soit le bois ingéré (pin d'Alep, pommier, chêne, etc.). Par un processus comparable dans son uniformité, les Aphidiens qui sont tous au régime suceur met-

tent en réserve des produits doués de caractéristiques très sem-

blables.

Page 1