QUATRIÈME ARTICLE
Explications piiysiologico-pathologiques des PHÉNOMÈNES PROPRES AUX MÉTASTASES.
Notre observation na rien qui ne puisse être physiologiquement expliqué , d'après même les principes les plus sévères. — Comment on peut rendre raison du déplacement métastatique d'un fluide sur tel ou tel système d'organe , fluxion préalablement établie.
— Ce qu'on doit penser de la fièvre de lait , de la péritonite , ou de la fievre puerpérale.
Après avoir démontré, par une analyse rigoureuse, que les humeurs évacuées par les différens émonctoires de notre malade, contenaient évidemment du lait, viendrait-on nous opposer l’impossibilité d’expliquer physiologiquement l’existence des métastases? L’erreur serait grande. On aurait d’ailleurs perdu de vue les considérations que nous avons établies daboid, considérations contre lesquelles il serait difficile
( Si )
d’arguer victorieusement. Nous citerions en notre faveur le jeu facile à concevoir des fluxions, dont les métastases d’humeurs ne sont que la conséquence nécessaire , puisque celles-ci , au préalable , supposent toujours un mouvement vital qui porte une humeur d’un lieu dans un autre.
Nous nous abstiendrons d’entrer, à ce sujet, dans des définitions cpii ne feraient que répéter ce que le célèbre Barthès, notamment, a si heui eusement exprime dans son ]\Xéivioire sur les fluxions. ZN' o us nous contenterons simple-' ment de rendre sommairement raison des différentes éjections de Madame M.***, en y ajoutant toutefois quelques réflexions qui nous ont paru découler de la nature meme de l’objet qui nous occupe.
Serait-ce donc imaginer des explications, que de présenter exactement ce que nos yeux ont si bien observé P
Pourrions-nous, en effet, rapporter à autre chose qu aux fluxions vitales, les diverses évacuations dont nous avons été témoins P
La pi cuve en est bien dans cette succession
d’aecidens survenus à la malade qui est le sujet de notre observation. En voici succintement l’histoire :
Les seins de madame M.*** s’étaient manifestement gorgés de lait, lorsque, tout-à-coup, l’irritation déplacée sur son estomac, détermina, avec l’alFaissement sensible des mamelles, le vomissement de matières blanches , aigres , caillées, tachant le linge et le plancher, ainsi que du véritable lait. Et pour ne plus laisser aucun doute sur le déplacement du mouvement fluxionmaire et de la déviation humorale qui en est la suite, l’utérus et la vessie deviennent, à leur tour, le nouveau siège de l’émission d’une humeur absolument analogue à celle que les seins et l’estomac ont d’abord produite.
En conséquence, se refuserait-on à admettre cette impulsion communiquée aux humeurs déviées sur le système auquel peut aboutir 1 action vitale, considération faite des dispositions particulières de ce système à être affecté , corrélations en partie expliquées par les sympathies d’organes et la nature spéciale de la maladie ?
L’opinion que nous émettons est heureuse-
ment appuyée de celle d’un physiologiste ce'lèbre dont on ne contestera sans doute pas les lumières. C’est de Dumas dont nous parlons. Voici ses propres expressions au sujet cl’une métastasé d’urine. Le rapport est exact avec l’objet qui nous occupe : « Si dans le temps que les mouvemens de jluxion étaient encore fai blés , incertains , mal assurés , que les traînées cT oscillations n étaient pas suffisamment établies jusque sur V estomac ( il est question d’un vomissement d’urine), on eut porté une vive irritation sur quelqiC autre organe , il n’est pas douteux que la force de celui-ci prédominant sur la force de l’estomac , les mouvemens ne se fussent arrangés , coordonnés d’une manière nouvelle , et que l’urine n’eut été chassée par l'organe dont une irritation violente aurait étendu la sphère d’attraction. » (Principes de physiologie, T. 4, 3.e partie, page 543).
Cette explication est précisément celle que les divers phénomènes que nous a présentés notre malade, nous ont naturellement fait concevoir, avant que nous ayons songé à l’autorité de l’illustre Dumas.
En effet, ce genre de métastase contre lequel
on veut bien concevoir une si déraisonnable prévention , malgré l’accession favorable de béai coup de Médecins, n’est point autre chose cpie cette fluxion, que ce principe d’irritation déplacée , qui entraîne secondairement avec lui , une humeur qui serait par là même déviée de sa voie naturelle par des vaisseaux destinés à cette opération ?
Cette déviation humorale serait alors d’autant plus favorable , qu’elle serait un moyen plus naturel d’élimination pour ces humeurs qui peuvent devenir si nuisibles par leur masse ou leur degré d’altération, sources consécutives de maladies que la longue expérience du temps est loin de désavouer.
D’où résulte la nécessité de cette médecine dérivative dont les effets heureux sont si souvent constatés, lors même que la routine ou un instinct s’en servent sans autre calcul que celui de l’observation du bien qu’elle opère dans nombre de cas. Est-ce autrement que , par cette espèce de tradition, nos accoucheurs et nos sage -femmes continuent d’user, par exemple, de ce fameux sel de duobus , en si grande vénération chez les accouchées pour faire passer leur lait?
On nous concevrait mal , si l’on s’imaginait que nous pussions toujours être l’apologiste de cette dérivation exclusivement appliquée aux humeurs qu’il conviendrait de diriger dans certains cas vers le lieu le plus convenable • on ne pourra pas supposer que nous ne fassions pas abstraction des simples métastases d’irritation, de ces fluxions purement vitales qui , malgré leur mobilité, n’ont rien qui puisse les faire pi ecisement comparer aux métastasés d humeurs , n ayant de commun avec elles que l’irritation primitive des solides.
Cette explication simple des phénomènes que nous avons observés, a , d’ailleurs , une puissante garantie dans ces deux célèbres aphorismes sur lesquels se fonde pour ainsi dire toute la médecine.
i. Duobus laboribus (i) simili obortis non eodern tamen in loco /vehementior obscurcit alterum.