‹ Recherches sur les métastasesChapitre 20 sur 50 · CINQUIEME ARTICLE · texte numérisé non relu

CINQUIEME ARTICLE

Faits à V appui de notre observation.

Pour ne laisser aucune prise aux cloutes qu’on chercherait cà élever contre notre observation, nous consacrerons cette partie cle notre Me-* moire a une somme cle faits analogues à ceux qui nous sont propres.

Heureux cle citer les autorités les plus respectables en faveur d une vérité aussi incontestable que celle que nous désirons démontrer, nous aurons probablement contribué à triompher d oppositions contraires à l’établissement d’une doctrine désormais inséparable de la vraie médecine.

C est, sans cloute, faute de s’entendre, d’observer les choses sous leur véritable point de

vue, qui! paraît si difficile d’entrer en conciliation.

Apiès avoir acquis tant de lumières, libres,

comme nous le sommes, cle préjuges, éclairés par une saine philosophie , devrions-nous encore obéir à des préventions si nuisibles aux véritables intérêts de la science ? Et tel est cependant l’empire de celles-ci, que des hommes du plus grand mérite y sont encore en but! Aveuglement d’autant plus fâcheux, que pareille autorité est toujours invoquée par les fauteurs des opinions que l’on veut faire valoir : aussi certaines doctrines prévalent-elles souvent au préjudice de la thérapeutique la plus rationnelle.

La doctrine opposée aux métastases humorales en est certainement une preuve , si nous établissons leur existence sur des faits bien constatés , dussent-ils faire exception cà l’ordre ordinaire des choses.

Nous pourrions citer à l’appui des métastases le raisonnement de l’illustre physiologiste Dumas, sans admettre, toutefois, l’explication qu’il donne des déviations humorales : « Pourquoi ne pas admettre , dit-il, que les humeurs puissent se développer subitement par l'effet d'une combinaison spontanée dans un lieu oit les élémens sont rassemblés P Quelle raison de croire ce développement impossible , si nous avons des

faits qui nous en constatent la réalité P Et doiton nier gratuitement des faits bien observés , plutôt que de renfermer dans les bornes d'une sage restriction , Vidée de la formation des humeurs par la seule action des organes sécrétoires. » (Principes de physiologie des sécrétions, T. 18, cliap. 3, page 477 (1).

Malgré l’étrangeté même de l’explication que Dumas donne de ces phénomènes , qu’au résultat il reconnaît aussi bien que nous , il est clair qu’il se récrie contre l’incrédulité [des Médecins qui se refusent à admettre des faits qui , pour être rares, n’en sont pas moins de toute évidence.

(1) Cette opinion paradoxale qui n’établit pas moins la présence de. la même humeur dans tous nos tissus , dans toutes les voies excrétoires pour en débarrasser l’organisme, s’appuierait d’une autre opinion de Bichat, à-peu-près anologue, que nous devons rapporter, afin qu’elle ne serve pas d’argument contre nous, si, par elle, on voulait contester les métastases humorales : La même glande , sans changer de tissu , dit Bi — Chat , en changeant seulement de modifications dans scs forces vitales , peut être la source de fluides dijfèrens. Je crois même que cela peut aller au point que le sein , par une sensibilité analogue à celle du foie , sépare la bile en nature. Pourquoi ne le sécréterait— il pas , comme il sépare d'autres fluides si dijfèrens du sein? (Système glandulaire, page 63i, édition de M. Mingault. )

On a, sans doute, lieu d’être surpris d’une pareille proposition qui tendrait à isoler les propriétés vitales de la matière organique, en leur attribuant, exclusivement, la faculté d’ini-

Ne veulent-ils pas, d’ailleurs, ainsi que nous l’avons dit, qu’il n’y ait précisément de faits véritables que ceux qu’expliquent les systèmes qu’ils ont reconnus ou admis } comme si des cas imprévus n’infirmaient pas, tous les jours, la généralisation trop absolue de ces systèmes que la précipitation de notre jugement rend si souvent incomplète?

« Celte fureur de tout généraliser , dit M. le Docteur Gastellier ( Controverses médicales), a donné naissance dans tous les genres à un nombre infini de systèmes et d'erreurs

prcssionncr Iss solides de manière à faire se’cre'ter la même humeur par quel organe que ce fût, sans e'gard à la destination pat liculière de celri-ci.

Si la sensibilité’ organique faisait tout, à quoi servirait donc cette varie'te' de tissus et d’organes? Qu’aurait eu besoin la nature de varier autant la texture des diflerens systèmes ou des organes ?

Au total, nous aimons à le redire, ces deux modes d’explications, qui prouvent évidemment que les meilleurs esprits peuvent errer, justifient positivement, d’une autre part, la réalité de cet état pathologique qu’il n’est plus meme possible de mettre en question, tant les phénomènes qu’exposent ces deux habiles physiologistes sont identiques avec ceux que nous avons observés.

Indépendamment de toutes ces explications, tout se réduit donc , à dire , que telle ou telle humeur, le lait ou le pus, par exemple , peut être rejeté par un émonetoire quelconque , ou hien indifféremment rassemblé dans les interstices de quel système que ce soit.

qui se contredisent sans cesse. Selon nos gens à sj sternes , un homme de génie pris parmi eux , 'voit tout d'un coup- d'œil , e£ toutes les lois de la nature sont subordonnées à la science qui bouleverse tout. »

Doutons, au surplus, si les preuves ne sont pas irréfragables } mais nier avec opiniâtreté, c’est s’abuser soi-même ou chercher à abuser les autres.

Ces considérations établies, nous allons exposer, de suite, les faits cjue nous avons recueillis dans les écrits des Médecins dont l’autorité est la moins contestable. Seulement, pour ne pas les multiplier indéfiniment, nous en excepterons ceux qui se trouvent consignés dans Soemmering ( de morbis 'vasorum absorbentium : Pars pathologica) , ouvrage qui renferme le plus de preuves réunies à l’appui de la question en faveur des métastases.

Son travail est trop connu pour qu’il ne soit pas facile cl’y recourir.

Il doit nous suffire d’y ajouter les témoignages que nous avons acquis pour compléter les siens. J oules les especes de métastasés humo-

raies confirmant le même principe, nous aurons le droit d’en déduire les mêmes conséquences, par les divers exemples que nous avons à citer.

Nous citerons, en conséquence, les propres observations d’Ambroise Paré, de Lanfranc, Haller, IIunter, Selle, Stoll, Lorry, Bordeu, Mascagny, Walter, Meckel, Daarwin, Leclerc, Dumas, Lorentz, Smf.llie, Saunders, Assalini, Assolant, Ernikshank, Buttner, Zeviani, Marangoni, Hufeland, Balmes, Marchelli de Gênes , Châtelain , Chapotain , PoRTAL, AlIBERT, NySTEN , DüPUYTRIN, ChARmeil père , et Capiomont.

Pour le lait, nous signalerons particulièrement Smellie, Yigarous, Selle, Haller, Bordeu, Lorry, Leclerc, Dumas, Meckel, Walter, Balmes, Baltiiazar, Assolant, Alibert, PoRTAL, GasTELLIER, HüFELAND, LeNS , CHA- TELAIN, Chapotain, Petit, Reydelet, Marchelli de Gênes.

Smellie ( Observations sur les accouche mens) , a observé que des selles claires, mêlées de lait qui s’est coagulé dans les intestins, lont souvent disparaître la turgescence des mamelles des femmes qui cherchent à laire passer leur lait.

Haller (Elémens de' physiologie , tome 7, pages n, 23), dit avoir trouvé, plusieurs fois, du lait dans des ulcères survenus à des femmes dont les seins étaient gorgés de lait.

Leclerc ( Histoire naturelle de l'homme malade ), a été témoin du vomissement d’une grande quantité de matières laiteuses très-fermentées, par suite de suppression de lait et de lochies, trois jours après les couches.

Daarwin ( Zoonomie , T. i.er, mouvemens rétrogrades , section 20 , page 592 ) , dont on révoquerait à tort l’autorité , a vu , le deuxième jour des couches, une violente diarrhée véritablement laiteuse, cesser spontanément. Pendant toute sa durée, elle intervertit tellement l’action des mamelles, qu’elles ne rendaient plus une goutte de lait.

Le Docteur Hufeland, dont la célébrité est justement établie, a soigné une jeune femme qui a long-temps rendu des crachats et des selles évidemment laiteuses, à la suite d’une suppression de lait, qui avait également donné lieu à plusieurs apostêmes de matière vérifiée laiteuse. ( Réjlexions sur les métastases de lait et sur

la fièvre puerpérale , par le Doteur Hufeland, page 5o, 4-e observation du T. i.er des archives de Fart des accouckemens , recueillies dans la littérature médicale étrangère par Scifwerghaenser).

Le Docteur Balmes , Médecin au Puy , immédiatement après une suppression de lait et de lochies, a vu rendre des selles laiteuses, ainsi qu’un gros kiste également rempli de matière semblable à du lait. ( Fièvre hectique laiteuse pendant laquelle furent rendues des hjdatides par les selles et le vomissement ).

Le Docteur Assolant, Médecin à la Yallade, a observé une évacuation copieuse de matières évidemment laiteuses, par l’efTet de légers purgatifs administrés dans une suppression de lait et de lochies. ( Observation sur la fièvre puerpérale et sur les engorgemens laiteux ).

Si l’on pouvait douter du caractère particulier de la croûte de lait, nous citerions, k ce sujet, les propres expressions de M. le Docteur Àlibert. ( Croûte de lait , du Dictionnaire des sciences médicales, tome 7, page 5oo). On sait si M. Alibert mérite d’être cité comme autorité en fait de maladies de la peau. « Cette éruption ,

dit cet habile Médecin, s’opère sur la peau par de très-petites vésicules , cVoh suinte une humeur ichoreuse , d’une couleur blanche , quelquefois grisâtre. Celte humeur se condense et se concrète en écailles squammeuses ou furfur acées , qui ne ressemblent pas mal aux feuilles roussâtres que forme le lait desséché , lorsqu'il est exposé longtemps dans un vase à V action du feu. La croûte de lait est humide et abondante y elle a une odeur fade et nauséabonde , assez analogue a celle clu fromageaigri. »

Bourdon a vu, dans sa pratique, une jeune femme rendre alternativement du lait par les seins et par de petites pustules qui lui venaient a la cuisse, au pubis et sur les grandes lèvres. Ces pustules ont ètë remplacées par une sueur laiteuse fixée à la cuisse malade. ( Journal des sac ans , juin 1684).

Marchelli, de Gênes ( Memor. délia socieL med. demulazione , T. 2 , page 71 ), a donné ses soins à une femme qui eut un dépôt à la jambe, dont il tira un fluide reconnu laiteux, a l’analyse qui en fut faite. Cette congestion était le résultat d’une suppression subite de lait.

Nous avons dit plus haut que M. le Docteur IIufeland avait e'galement vu succéder un pareil dépôt à diverses évacuations laiteuses.

Le Docteur Balthasar ( Observation sur une métastase de lait ), a soigné une nourrice, d’un abcès à la jambe qui rendait, par intervalle, une matière caractérisée laiteuse. Elle fut guérie par le sévrage de son enfant. ( Journal de médecine année 1787, T. 75, page 44)*

Yigarous ( Maladies des femmes , fièvre puerpérale , T. 2 , p. 394) } — Bordeu ( Œuvres complètes , édit, de Richerand , T. 2, p. g56 ) ; — Lorry ( de prœcipuis morborum rpulationibus , p. 247)} — le Docteur àlibert {Annales de chimie ) } — le Docteur Châtelain ( Bulletin de la société de médecine d'émulation , n.° 11), produisent des exemples qui leur sont propres, d’urines laiteuses, exemples qu’on ne peut raisonnablement désavouer } ce qui vient parfaitement appuyer les faits que nous donnons nous-mêmes, et que nous garantissons.

Bien entendu, que nous n’admettons pas en notre faveur, les cas cités par M. Ciiapotain ( Topographie de Clsle de France , 1812), et Vlrzf.r ( Journal de physique , février 1812)-

Le premier ne produit rien à son avantage, puisque l’urine de la jeune créole citée , n’a donné , à l’analyse, que de la fibrine, de la gélatine et de l’albumine.

L’urine laiteuse analysée par M. Yurzer n’oflre pas un meilleur témoignage , puisqu’on ne peut pas supposer que l’urine d’un homme ait pu donner du véritable caséum ainsi qu’on le dit.

Le Docteur Harles, observation sur une ascite lactée , d'une clés mamelles , rapporte le fait d’une juive, à l’une des mamelles de laquelle il survint un énorme dépôt indolent, à la suite de la suppression du lait qui remplissait abondamment ses seins, et qui n’avait été évacué par aucune voie. La tumeur ouverte à sa partie la plus déclive, par une simple ponction, donna six pintes d’un liquide pourvu de tous les caractères physiques et chimiques du lait, ( Annales générales de médecine dAltembourg. Bibliothèque médicale , T. 35, page 237).

Le Docteur Gardien ( Traité des maladies clés femmes) , cite un exemple qui lui est propre d une fistule formée au sein à la suite d’un petit

apostême, qui rendait de temps à autre du véritable lait.

Richter ( Chirurgie ) , avait" déjà produit un exemple d’un dépôt laiteux à la mamelle.

Sans établir une corrélation parfaite entre ces derniers faits et celui du Docteur Harles , il nous semble cependant, qu’ils ont assez de ressemblance pour que nous puissions en tirer les mêmes conséquences.

Le fait rapporté par M. Harles , prouve surtout bien évidemment que les stases de lait, dans le tissu cellulaire des seins , ont la plus grande conformité avec celles qui se forment partout ailleurs. Nous opposerait-on que la disparité de siège de ces tumeurs impliquerait contradiction à la similitude d’effets, la formation de ces dépôts étant également le résultat de la suppression du lait , le tissu cellulaire devenant aussi le foyer de la collection ? Les déviations ne peuvent-elles pas avoir lieu , par le même mécanisme, de près comme de loin, lorsque les mêmes dispositions s y trouvent ?

Pour écarter toute idée de métastases, suffirait-il de dire, ainsi que MM. Gardien, ( maladies des femmes en couches) , Murat et G asc, (article puerpéral du Dictionnaire des sciences médicales) que la rupture des vaisseaux galacto-

pliores a pu seule produire l’épanchement dans les mamelles P Et notez que MM. Murat et Gasc, qui ignoraient l’observation du Docteur Harles , 11e parlent encore, au sujet de l’observation du Docteur Gardien, que de simples stries de lait. Que diraient-ils donc de l’ascite laiteuse du Docteur Harles P Ne serait-elle encore cpie le produit de la rupture d’un seul vaisseau lactifère, ou bien ne faudrait-il pas supposer le déchirement d’une multitude de ces vaisseaux pour expliquer l’existence d’un foyer de six pintes d’humeur véritablement laiteuse.

L’explication , nous l’avouerons , paraîtrait bien mécanique dans un temps où l’exhalation a constitué ses droits, fondés, d’une part, sur la texture organique, de l’autre, sur les propriétés particulières que la vie lui a départies,

1 existence des vaisseaux galactophores n’étant , rien moins encore que prouvée.

Mais tel est l’effet de la prévention, qu’elle nous aveugle au point d’attester des faits controuvés , ou de nier ceux qu’on lui oppose quand ils ne peuvent entrer dans ses vues !

Les contradictions qui s accumulent chez des

Médecins de l’école moderne , relativement à un objet qu’ils eussent moins contesté, s’ils ne se fussent pas laissé prévenir ou s’ils eussent mieux approfondi les choses, nous déterminent, pour confirmer les preuves que nous donnons des • métastases , à opposer précisément quelques-uns de ces Médecins à eux-mêmes.

C’est revenir , à la vérité , sur ce que nous avons déjà dit en partie, mais du moins, réunissons ici des faits dont le rapprochement est entièrement à notre avantage.

MM. Murat et Gasc (article puerpéral, T. 46, page 1 o3 , du Dictionnaire des sciences médicales) , donnent comme caractère propre à la péritonite puerpérale dont ils consacrent l’espèce, des selles d'une odeur fade et aigre , de consistance peu liée , de couleur d'un blanc jaunâtre , des urines louches , à sédiment d'abord filandreux , qui se précipitent en forme de masse d'un blanc mat.

Page 1 2 ( article cité ) , ils disent également que le lait chez les femmes qui ne peuvent pas nourrir, passe par le torrent de la circulation pour être éliminé sous forme de sueurs , d'urines , etc. , témoignages que ces Messieurs fortifient de citations qu’ils font , sans les révo-

quer en doute, des observations de Doublet, de Lepelletier et de Pajol de Castres.

L’observation de Doublet , est relative à des urines blanches qui succédèrent à un dépôt formé vers la région iliaque après une suppression de lait.

Celle de Lepelletier concerne une paracentèse qui , également à la suite d’une couche , produisit six pintes de liquide blanchâtre.

Une autre de Pajol de Castres, fait mention d’un apostème sur le bas-ventre, qui, dans pareille situation , fournit une verrée de matière sero-laiteuse.

M. le Docteur Gardien , ainsi que nous l’avons déjà dit, a-t-il moins avoué ces sortes de lochies qui , d’après ses propres expressions , ont une couleur blanchâtre qui tache le linge , à-peu-près comme on le voit dans ceuoc qui recouvrent les seins des accouchées lorsque le lait coule en abondance ?

N’admet -il pas aussi des sueurs à odeur aigre , l'hjpostase blanchâtre et fdandreuse des urines , les dévoiemens avec des caillots blanchâtres ?

MM. Fournier-Pescay et Bégin ( article nour-

mr.E, Dictionnaire des sciences médic., p. 29.5), n’ont point hésité de dire que le lait, ainsi que l’urine et la bile, pouvaient se répandre dans les tissus où leur couleur et leur odeur les font reconnaître.

MM. Fournier-Pescay et Yaidy, (fièvre de lait, page 3y8, article fièvre, du Dictionnaire des sciences médicales ) , sont bien près de penser que le lait s’évacue avec la matière des locliies.

Nous citerons finalement, en faveur de l’opinion que nous émettons nous-mêmes , le témoignage du Docteur Broussais, que nous avons déjà rapporté.

Dans son traité des Phlegmasies chroniques , T. 2, page 490, ce grand observateur dit positivement que l’exhalation qui résulte du péritoine dans la péritonite puerpérale , suite de la suppression du lait, contient les élémens de cette humeur: qu’elle a tout le caractère d’un fluide gélatineux très-acidifiable.

L’opinion que M. Broussais émet sur l’existence des métastases, dans la doctrine qu’il professe, ajoute d’autant plus à ce qu’il dit de la péritonite puerpérale, sans qu’il soit un seul instant en opposition avec lui-même.

Nous nous sommes déjà expliqués, ailleurs, sur l’erreur dans laquelle on peut tomber, en confondant le case'um pur avec l’albumine , en conséquence de la parfaite analogie qui existe entre ces deux matières.

On serait alors dispensé de donner foi à ce fait observé par MM. Alibert, Portal et Gastellier , d’une jeune fille de neuf ans dont le llux leucorrliéique a produit du caséum à l’analyse.

Nous sommes conduits par là, à opposer les mêmes difficultés à MM. Dupuytrin, Gasc et Desserein ( Dissertations sur la maladie des femmes en couche , connue sous le nom de fièvre puerpérale, par Gasc, Dessereix, 1812), en leur contestant qu’ils n'aient pu attester que l’existence de l’albumine dans l’humeur de toutes les péritonites puerpérales qu’ils ont analysées, comme si d’une analyse aussi incomplète que celle qu’ils ont faite, on devait en déduire l’impossibilité de la présence du lait dans quelques cas de cette dernière espèce de maladie.

IIermbstardt , habile chimiste allemand , avait depuis longtemps reconnu dans quelques-unes des humeurs provenant des péritonites puerpé-

raies, que lui avait fait analyser Selle, une matière grasse, butireuse, mêle'e de flocons blanchâtres qui avaient les plus grands rapports avec des caillots de lait, notamment par l’odeur aigre qui s’en exhalait.

Le tome IV ( page 186 du Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales), rapporte qu’on a trouvé une substance évidemment grasse dans la matière concrète d’une humeur lactescente contenue dans le péritoine d’une vache morte après avoir fait son veau. Cette matière déposerait-elle en faveur de la possibilité d’une résorption de lait? Toutefois, nous ne pensons pas que M. Joun, auteur de l’analyse, puisse être autorisé à dire que cette substance est plutôt le produit de l’organisation altérée, que celui de la matière laiteuse résorbée?

Continuons par les propres assertions de MMles Docteurs Petit et Lens.

On se rappellera, aisément, les citations que nous avons faites du Docteur Petit dans le premier article de notre Mémoire. Il est ici question d’une opinion trop évidemment con-

tradictoire à celle qu’il avait avancée d’abord', pour que nous ne rapportions pas, à ce sujet, le propre langage de l’auteur qui désavoue, par cela même, ce qu’il avait dit contre les métastases laiteuses. Le paragraphe est extrait de l’article Dépôt du Dictionnaire des sciences médicales, page 460 : « Si ce n’est pas le lait qui produit les maladies laiteuses , à quelle cause faut-il donc les rapporter? P our quoi différencier aient-elles jusqu à un certain point des maladies analogues qui surviennent à toute autre époque de la vie ? Pourquoi } surtout , dans celles de ces maladies qui sont accompagnées ou se terminent par un épanchement ou une collection de liquide , la matière qui forme cet épanchement ou cette collection humorale , a-t-elle , sinon dans la plupart des cas , du moins dans un assez grand nombre , une si grande analogie avec le lait , que l’analyse le plus soigneusement f aite , y a quelquefois démontré plusieurs des principes constitutifs de cette humeur ?

D’une autre part , voici textuellement les expressions du Docteur Lens , relativement aux urines laiteuses : ( Bibliothèque médicale , septembre 1817. Notice sur une urine particulière , page 73o.) * L'étude des urines laiteu

ses ou lactiformes ne doit pas être séparée de celle des autres fluides de V économie animale , que Von a vu quelquefois revêtir V aspect du lait , ou même en posséder toutes les propriétés physiques et chimiques. Elle se lie. également à la doctrine des déviations et des métastases. »

Nous nous dispenserons de recourir à l’article Métastase du Dictionnaire des sciences médicales, par le Docteur Pieydelet. Il abonde trefp en notre sens pour que cette simple mention ne suffise pas à notre cause.

Nous eussions seulement désire' que le choix de ses exemples de métastases , eût toujours été sévère. On pourrait, sans doute, lui contester que la jeune femme créole, dont il cite l’observation , due à M. Corvisart , ait succombé à une métastase laiteuse par l’effiet d’une suppression de lait , parce que son cadavre a présenté une pleuro-péripneumonic. ( Métastase laiteuse , Dictionn. des sciences médicales, T. 33, p. cp ).

M. le Docteur Gastellier ( Maladies aiguës des femmes en couche ) , en rapportant les choses les plus vraies , les plus fa\ orables à la doc-: trine des métastases laiteuses, diminue malheureusement aussi dans quelques cas, la confiance

que l’on devrait naturellement accorder à des laits, que des invraisemblances viennent ensuite ébranler.

Combien nous aurions à déplorer ces contradictions apparentes , si une juste appréciation de choses ne venait, enfin, démêler la vérité de l'erreur !

Ces exemples remarquables de métastases laiteuses , qu'un pyrrhonisme insoutenable pourrait seul contredire, reçoivent, d’ailleurs, leur confirmation de la multiplicité attestée des déviations humorales de toute espèce.

L’analogie devant être ici particulièrement consultée , qu’on nous permette de citer des exemples de métastases d’une autre nature que celle qui est l’objet de notre observation. Nous les puiserons aux sources les moins contestables.

Occupons-nous , d’abord , des métastases purulentes. Un cas bien remarquable , qui s’est précisément offert à mon père et à nous , nous donne le moyen de confirmer l’existence de cette espèce de métastase , à l’appui de laquelle nous en ajouterons d’autres. Ainsi, aurons-nous encore recours à notre propre expérience. Puisset-elle contribuer à entraîner la conviction !

Pour préparer le lecteur à l’exposition du fait qui nous concerne, nous emprunterons d’abord, cl l anatomie pathologique du Docteur Cruveilhier , un cas qui met, en toute évidence, la résorption du pus , en masse , par les vaisseaux lymphatiques, résorption que l’on contestera d’autant moins , que l’ouverture du cadavre a été faite sous les yeux de M. le Professeur Dupuytrin.

Semblable chose avait déjà été observé par SoEMMERING , WALTER, AsSALINI , SAUNDERS ,

Cruiskshanck , Mascagni , Mukel , etc.

Nous transcrirons les expressions mêmes du Docteur Crtjveilhier ( Anatomie pathologique , transformations , produits organiques. T. 2 , page 200 ).

II est question d’une énorme tumeur, située à la partie supérieure et interne de la cuisse , se prolongeant dans le bassin : M. le Professeur Dupuytrin fit V ouverture du cadavre en présence de MM. Asselin et Petit, médecins à r Hôtel-Dieu , et d'un grand nombre d'élèves. A peine eut-il divisé la peau dans une certaine étendue , qu'il vit se former des points blancs sur l'une et V autre lèvre de l' incision. Surpris de ce phénomène , il dissèque , avec le

plus grand soin , la peau qui recouvre la tumeur , et 'voit le tissu cellulaire entasse 7 parcouru par des lignes blanchâtres , dont quelques-unes étaient grosses comme des plumes de corbeau. Ces lignes étaient évidemment des 'vaisseaux absorbans. En effet , lorsqu'on poussait le liquide depuis l'origine de ces 'vaisseaux jusqu’ au corps lymphatique , on n'éprouvait aucun obstacle ÿ mais la dirigeait-on en sens inverse , aussitôt se manifestaient des nodosités , séparées par des enfoncemens circulaires qui répondaient aux 'valvules, et le liquide ne pouvait pas circuler. Les corps lymphatiques étaient aussi bien injectés par le pus , qu'ils l'auraient été par le mercure , dans les préparations les plus délicates. C'était du 'véritable pus , il en avait l'opacité , la couleur blanche et la consistance. Les 'vaisseaux lymphatiques , poursuivis au-dessus de la tumeur jusques dans le bassin , étaient remplis de pus jusqu auprès des corps lymphatiques de la région lombaire ; mais ces corps lymphatiques et le canal thorachique n'en présentaient aucune trace. »

Cette observation , recueillie à THotel-Dieu, en 1810, met hors de doute , dit M. Cruveilhier , l'absorption du pus soupçonnée de-

Mo )

puis longtemps , mais jamais aussi bien démontrée. »

Après l’exposition d’un fait aussi positif, on peut lacilement croire à la possibilité de celui cjui nous est propre , et que nous allons immédiatement rapporter.

JI.e Observation de métastase qui nous est propre , confirmée par V analyse chimique.

II s’agit d’un chef de bataillon, blessé, en 1 797 1 aux lignes de Wissembourg , actuellement chanoine de la Cathédrale de Metz.

M. Potot, pendant le cours d’une fracture très-grave à la cuisse , avait eu plusieurs apostèmes qui n’avaient rien offert de particulier, lorsqu’un jour un dépôt tout formé nous présenta un exemple remarquable de résorption évidente.

Mon père, alors Chirurgien en chef de l’hôpital militaire d’instruction de cette ville, allait un malin en faire l’ouverture, quand, avant de lever l’appareil, le blessé mit, sous nos yeux, son pot de chambre dans lequel il avait uriné, pendant la nuit, une assez grande quantité de matière absolument semblable à du pus. ?ious ne songions point encore à en préjuger, bien que le blessé n’éprouvât plus de douleurs vers le lieu

où devait se trouver le foyer, lorsqu’en découvrant la partie malade, nous ne trouvâmes plus de collection. Que devions-nous en conclure? Le phénomène nous parut trop évident pour ne pas rester convaincus d’une véritable métastase de pus, déviée sur les voies urinaires dont le malade ne s’était jamais plaint.

La résorption nous paraissant manifeste, nous songeâmes de suite à l’analyse chimique, pour en conclure définitivement.

Eu conséquence, le peu de pus qui restait de l’abcès , dont nous fîmes à dessein même l’ouverture, fut soigneusement recueilli et comparé à la matière purulente urinée : ils avaient tous deux les mêmes propriétés physiques.

Produits à l’analyse de feu Alexandre, Pharmacien de deuxième classe à l’hôpital militaire de Metz, tous les caractères du pus y ont été reconnus^ plus, dans la matière pissée, les principes propres à l’urine.

Des urines ordinaires , assez limpides , avaient de suite succédé, comme si rien n’était, à cette espèce d'humeurs.

Rappelons d’autres cas de métastase

puru-

lente, sans omettre ceux surtout qu’une longue expérience a fournis à notre illustre Paré.

Le Médecin en chef d’armées, feu le Docteur Lorentz, a donné deux observations qui lui sont propres, l’une d’un abcès considérable à l’aisselle, dont la résolution parfaite dans une nuit, a été immédiatement suivie de selles évidemment purulentes } l’autre d’un vomissement de pus à pleine bouche, à la disparition également subite d’un apostème au bras, qui était en parfaite maturité comme le premier. ( Mémoire sur les métastases , T. 5, page 5oo, du Journal de médecine , rédigé par De Horne ).

M. Gastellier a vu un dépota la jambe, prêt à s’ouvrir, disparaître tout-cà-coup , et s’accompagner, en même temps, de vomissemens et de selles purulentes. Toute apparence de dé- ^pôt n’existait plus. L’idée d’une opération redoutée produisit ce phénomène. ( Journal de médecine de MM. Corvisart, Leroux et Boyer. Pluviôse, an XI).

On trouve dans la bibliothèque germanique (T. 5, page i45, article Métastase), le fait suivant: « Ernckshank a vu un crachement de pus chez un homme qui avait une fistule à

l anus. Ce crachement cessa aussitôt que la fistule fut guérie par l'opération. »

De IIaen , Hoffmann et Kirkland parlent de plusieurs cas semblables.

Buttner , à Berlin , s’est assure' que des selles purulentes avaient succédé, à plusieurs reprises , à la suppression d’une suppuration abondante d’un abcès à la main. Ce mouvement immédiatement alternatif était manifeste. ( Observations clune métastase purulente. Bibliothèque médicale ).

Belloste (le Chirurgien d'hôpital, chap. u page 366), fait aussi mention d’un cas remarquable de métastase de pus par les selles, qui offre cà-peu-près les mêmes circonstances que celles de l’observation de Paré, que nous rapportons plus bas.

Un coup de feu a l’avant-bras se compliqua d un aposteme considérable dont l’humeur parut entièrement resorbee comme on se disposait à l’ouvrir. « Ce bénéfice imprévu dit Belloste, engagea M. Malinas , l'un des Chirurgiensmajors de l armée d'Italie et maître chirurgien à Lyon, tres-habile de son métier , à visiter immédiatement le bassin du blessé dans lequel la véritable matière de l’abcès se trouva

sans aucun mélange , que d'un peu d’excrémens qui rC étaient nullement confondus avec le pus , et à mesure qu'il s'engendrait un nouvel amas de matières dans le membre indisposé , il se faisait peu - ci - peu de nouvelles évacuations de pus pàr les selles : enfin les plaies guérirent et la diarrhée cessa , n ayant plus de cause pour l'entretenir. »

Scçlret a soigné, d’un empyême, un de ses pareils ( a finis meus) , qui rendait alternativement du pus par la plaie faite à la poitrine, ainsi que par les voies urinaires , sans que cellesci fussent aucunement affectées. « Materiâ pariim per njulnus , par Uni per xias urinarias expur gala. ( Armameniarium chirurgicum , part, secund . , observ. 5a, p. 70, francofur ii). »

Dans d’autres cas d’empyême, il parle de métastase par l’expectoration. ( Ouvrage cité , pages 70, 78, 84).

Volpi, vit disparaître tout-à-coup une collection purulente , placée sous le muscle sacrofémoral par le pissement d’un kilogramme d’un liquide évidemment purulent.

M. le Docteur Capiomont , Chirurgien principal des armées, actuellement Cliirurgien-major

à l'école d’artillerie et du génie de Metz , a adressé au Conseil de santé , l’observation d’un bubon en pleine maturité, à la résorption subite duquel succéda aussitôt l’éjection d’une urine tout-à-fait purulente , sans qu’il y ait eu la moindre affection des voies urinaires.

L’officier de l’école, sujet de l’observation, fut tellement surpris de son accident, qu’il appela plusieurs de ses camarades pour être témoins d’un cas aussi extraordinaire.

Hunter ( Traité des maladies vénériennes ) , cite un cas assez évident de résorption. « J'ai vu à Lisbonne , dit cet auteur, un officier qui avait un bubon en pleine suppuration et sur le point de s'ouvrir j la peau était mince et enflammée , on y sentait une fluctuation manifeste j je me proposais de l'ouvrir , mais comme le malade devait s’embarquer le lendemain pour l'Angleterre , je crus à propos de différer cette opération. On mit à la voile: dès qu'il fut à bord , la mer devint bientôt si houleuse et le temps si mauvais qu'oti ne put lui rien faire. Il eut le mal de mer et vomit beaucoup , et lorsque les accidens se calmèrent , il se trouva que le bubon était entièrement disparu .

Nous terminerons les citations relatives à cette espèce de métastases , par deux autres laits consignés dans les œuvres de notre illustre Paré.

Malgré les préjugés de son temps , il est difficile de se refuser à une assertion aussi respectable que la sienne. En dépit des détracteurs de la doctrine des métastases, les deux observations que Paré rapporte, doivent contribuer, sans doute, à confirmer l’existence de ces déviations humorales , contre la vérité desquelles la prévention seule pourrait encore s’élever.

Les deux observations données à ce sujet, par Paré , attestent des vomissemens et des selles de matières évidemment purulentes , rendues à plusieurs reprises , par l’effet de la résorption de pus contenu dans de véritables foyers.

Au dire de cet illustre observateur, l’un des cas qu’il cite a eu pour témoins Houlier , Docteur régent de la faculté de Paris , Germain Chevet et maître Rasse, Chirurgiens distingues.

L’opinion de Paré sur cette espèce de métastase, est si remarquable, et en même temps

si judicieuse pour le siècle où il vivait, qu’on nous saura gré de rapporter son propre langage.

Il s’agit de l’observation qui fut à la connaissance du Docteur IIoulier , Œuvres d’Aiwbroise Paré, 17^ livre , de plusieurs opérations de chirurgie. Discours de rautheur , du sang et pus qui peuuent estre euacuez par les veines , chap. 5i , page 63g.

« Maistre Rasse disait qu'il était impossible que la boiïe ( le pus ) peust prendre un si lôg chemin pour estre évacuée : joint quelle ne pouuait passer par les veines sans quelle ne fust meslée auec le sang , et partant quelle pouuait plustost venir du mezetere ou des intestins , et non du bras , ou de quelque autre pars. Je disais au contraire qu'elle venait du bras à raison que lorsque ses ulcères jettoyent grande quantité de sanie , il n'en sortait nullement par en bas. V

M. IIoulier estait de mon pariy , disant que les anciës auoyët laissé par escrit telle chose se pouuoir faire : et ce qui nous mettrait d'accord , serait que lorsque le dit de la Croix serait mort , qu'on regarclast en son

corps s'il y avait quelque aposthème ou ulcère. Il mourut et fis ouuerture de son corps en la présence des susdits : et ayant regardé et examiné toutes les parties internes , ne fust trouué aucun lieu d'où la boue ( le pus ) pouuait sortir , dont fust coclu de tous , que ladite boiïc procédait du bras , estât xacuée par les selles et urines , adioustant que telle chose n’estait pas impossible , parce que nostre corps est confluxible et transpirable. »

Que répondre raisonnablement aux réflexions de Paré P Nous pensons qu’il a convenablement réfuté l’opinion de ceux qui attribuent, dans pareil cas , l’éjection du pus , hors des voies excrétoires, à des altérations organiques formées précisément vers l’émonctoire d’où part l’humeur rejetée, sans tenir compte du pus évidemment résorbé dans l’endroit où siège le mal principal. Ainsi donc , la rapidité avec laquelle se fait l£résorption et l’excrétion de l’humeur résorbée ,1a difficulté même qu’il y aurait à croire que celle-ci passât en aussi peu de temps par tout le torrent de la circulation du sang, ne suffiraient-elles pas pour ébranler, du moins, les objections que l’on voudrait faire Contre la doctrine que Paré soutient avec tant de raison, et que de nombreuses observations justifient f

Cette manière si naturelle d’envisager un phe'nomène, que tant de Médecins rendent presque inconcevable par le vague de leurs explications , justifie bien le jugement qu’a porté, sur ce grand Chirurgien, l’auteur d’un ouvrage remarquable, intitulé : Recherches critiques et historiques sur la chirurgie en France. « Il porta dans son art , dit-il de Paré , le goût de la simplicité qui va droit aux principes , qui les abrège , qui ouvre des routes faciles. Véritablement né pour le vrai , il le démêlait souvent parmi tout ce qui le déguisait ou le cachait aux autres. »

En effet , ses oeuvres entières ne cessent de déposer en faveur de cette assertion que l’expérience confirme chaque jour en son honneur.

Pour infirmer 1 existence des métastases purulentes, notamment, nous ne pensons pas qu’on vienne nous opposer ce raisonnement que MM. Fournier-Pescay et Bégin ( article Nourrice , page 298, du Dictionn. des sciences médicales), réduisent en expression abrégée d’un des points de la doctrine du Docteur Broussais: « Lors~ qu'une irritation se développe dans une partie clu corps , toutes les autres parties tendent clès-lors à devenir le siège d’une irritation

semblable qui y produira les mêmes alterations , et qui donnera naissance aux mêmes produits. *>

Cette généralisation qui exprime , selon M. Broussais , cette tendance que tous les tissus ont à l’imitation , principe que MM. Fouiumer- Pascay et Bégin sembleraient présenter contre notre opinion, n’est sans doute applicable, et c’est ainsi que l’entend probablement M. le Docteur Broussais, qu’à ces irritations entièrement indépendantes de cet état pathologique qui entraîne la résorption d’une humeur sécrétée.

Le mot imitation que M. le Professeur Broussais emploie pour rendre cette similitude de mouvemens et de produits communiqués à tous les tissus, ne pourrait donc être relatif qu’aux altérations vitales ou organiques des systèmes généraux qui, partageant la même texture, fournissent les mêmes produits , parce que les propriétés vitales y sont également modifiées.

C’est ainsi qu’une irritation traumatique pouvant se déplacer sur une autre partie d organisation également cellulaire, y déterminerait les mêmes produits de sécrétion que ceux qui

existaient dans le premier lieu d’où s’est déplacée la fluxion. Il n’y aura conséquemment point, ici, de métastase d’humeurs, puisque, des deux parts, la même humeur pourrait être également produite.

Dans le même tissu , il n’y aurait donc métastase de pus, que si les vaisseaux lymphatiques n’avaient évidemment charrié le fluide que par suite d’un déplacement de fluxion qui n’aurait pas donné le temps au dernier siège de produire lui-même la matière qui s’y trouve toutà-coup déposée, disparition manifeste de celle qu'offrait le siège primitif du mal.

La suppuration d’une plaie quelconque est arrêtée : une phlegmasie interne se déclare , dirat-on que celle-ci est la conséquence rigoureuse du déplacement du pus? non} on raisonnerait mal, parce que, généralement parlant, on ne peut concevoir ici que l’existence d’une métastase d’irritation, à moins, cependant, que le pus déplacé en masse, ne puisse être charrié dans l’organe qui est devenu le dernier siège de la fluxion, et déterminer des accidens successifs par la résorption successive elle-même de la matière résorbée , ainsi que le prouve bien évi-

demment les observations de Paré, de Belloste, et autres.

Il est entendu que cette résorption suppose une disposition particulière dans le système, ou l’organe qui le reçoit, pour que des accidens plus ou moins graves puissent se développer, joint à ce que l’humçur déviée peut y apporter par son caractère plus ou moins vicié , ainsi que par la durée de sa présence.

C’est donc parce que MM. Fournier-Pescay et Bégin , ainsi que bien d’autres , ne veulent voir que la métastase d'irritation , sans chercher à concevoir celle d’humeurs, qu’ils en ont argué contre des faits que notre propre observation nous fait attester nous-mêmes.

Il est clair, comme nous l’avons déjà dit, que cette loi d’imitation ne fera jamais qu’une humeur quelconque épanchée quelque part , le lait par exemple, puisse être le produit d’un système autre que celui de l’organe destiné à sa sécrétion, et M. Broussais ne l’a point entendu autrement dans ces sortes de cas. Sa pensée a été forcée, son opinion mal interprétée } Ln’a sans doute voulu rapporter cette loi d’i-

mitât ion qu’à la tendance des solides à se communiquer des altérations organiques de la même nature , quelque soit la différence des systèmes. C’est ainsi, par exemple, que le cancer est transmissible à tous les genres de tissus.

Ce serait également à tort, nous le répétons, que l’on se prévaudrait contre nous, de ce principe évidemment faux de Bichat, erreur qui lui est échappée, qu’il suffit des modifications des forces vitales pour produire, hors de l’organe destiné à telle ou telle sécrétion, une humeur semblable à celle qu’il est particulièrement destiné à sécréter , supposition faite que la sensibilité devienne partout ailleurs analogue à celle de l’organe.

Les propriétés vitales pourraient -elles être indépendantes de la matière organique ? n’en sont-elles pas, au contraire, le produit rigoureux ? L’exécution de telle ou telle fonction ne suppose-t-elle pas, nécessairement, l’état particulier de la texture ?

En consignant ce qui est relatif aux métastases de pus , nous ne pouvons omettre de citer l’article pyogénie du Dictionnaire des sciences

médicales , par le Docteur G. B. Montfalcon. L’autorité de ce Dictionnaire nous en impose l’obligation.

Si M. Montfalcon partage l’opinion la plus ge'néralement reçue contre les métastases d’humeurs, comment peut- il avouer le fait d anatomie pathologique que nous avons cité du Professeur Dupuytrin , en admettant, toujours au préalable, l’existence de l’inflammation, sans laquelle il ne peut concevoir la présence du pus où il se trouve en dernier lieu.

Que M. Montfalcon s’explique donc avec moiris d’équivoque. Prétend-t-il dire que cette métastase est réelle, mais quelle suppose seulement l’occasion de l’inflammation ou simplement de l’irritation de la partie où elle s’établit } ou bien veut-il que le pus, s’il n’entend parler que de cette espèce de métastase, ne soit que le produit du dernier système irrité. Comment expliquerait-il, dans ce dernier cas, le fait du Professeur Dupuytrin !

La condition expresse de la nécessité de l'inflammation préalable , à moins qu on ne parle que de l’irritation précisément convenable pour déterminer la métastase , ne nous paraîtrait pas

motivëe , puisque dans les exemples des selles et des urines purulentes que M. Montfalcon cite de Belloste, de Sculret et de Volpi, (p. 327, article cite'), ces déjections n’existent que momentanément, sans qu’il y ait eu le moindre signe d'affection vers les intestins et la vessie , ainsi que notre propre observation et celles de Paré le constatent évidemment.

On se rappelle que Paré prouva positivement, par l’autopsie cadavérique , que les sellés purulentes de l’individu dont il transmet l’histoire, n’étaient aucunement le résultat d’ulcérations, ou d’une phlegmasie intestinale , état pathologique qu’on avait cru devoir lui opposer pour expliquer la nature de cette sorte de déjection qui , comme dans l’observation de Belloste , coïncidait avec les alternatives de suppuration du membre blessé.

L’obligation que nous nous sommes imposée de rappeller les faits les plus remarquables de métastases humorales , à cause de leur parfaite analogie avec ceux que nous devons à notre propre expérience , nous détermine à compléter l’énumération que nous venons de faire, par plu-

sieurs autres exemples relatifs à des humeurs differentes : ce qui généralisé conséquemment le principe de l’existence des métastases. Le nombre et l’autorité de nos preuves sont, sans doute, incontestables. Nous citerons, successivement, des exemples de métastases d’urine et de bile.

Haller cite un cas de vomissement d’urine qui lui a été garanti par le Docteur Konig, Médecin à l’hôpital de Berne. « Laweria ilia olim per suum morbum notissima aliquoties urinant 'vomitu redclidit. » (Elemeinta physiol. 22, page 371).

Lorry dit en toutes lettres : « Nulîus alius Tiumor adeo evidentem ejfficit metaptosim alque urina , qua ubi retenta fuerit , nausea , voniituque homineni ita afficit , imo sudor ipse prolicetur urinant redolens. (De præcipuis mor-

BORUM MUTATIONIBUS ET CON VERSIONIBUS, p. 209, HALLE EDENTE).

Dumas, convaincu qu’il n’y a pas d’organes sécrétoires qui n’aient évacué des humeurs de toutes espèces , parle de personnes qui ont rendu , par les selles , des matières sensiblement chargées d’urine , pendant qu’elles 11e rendaient pas une seule goutte de cette humeur par

les voies urinaires. Ce célèbre physiologiste cite d’autres cas d’urines rejetées par les organes de la salive, des narines, des poumons, etc. (Principes de phjsiologie , T. 4, sect. 3, page 54a).

Feu le Docteur Nysten dont on ne peut contester l’autorité, fournit, de sa propre expérience, l’observation d’une demoiselle qui vomit, plusieurs fois, de l’urine, à la suite d’une rétention de cette humeur. Il donne la preuve de ce qu’il avance dans l’analyse qu’il a faite de cette matière vomie dans laquelle il a évidemment trouvé de l’urée.

Il avait également reconnu ce principe immédiat des animaux dans la sérosité de l’abdomen des hydropiques dont les urines étaient supprimées.

On se gardera de confondre ce fait avec celui que Nysten désavoue lui-même, parce qu’il avait été la dupe d’une femme artificieuse qui, à l’hospice de la Charité à Paris, avait simulé un vomissement d’urines et de matières fécales qu’elle avalait à l’inçu de tout le monde. Celte histoire n’a conséquemment aucun rapport avec le fait qu’il affirme en ces termes : « La personne chez laquelle , il a été observe (le vomissement) et

dont fai analysé les matières 'vomies , est^ par sa naissance et ses 'vertus , au-dessus de tout soupçon j elle compte dans sa famille plusieurs Médecins très-connus , et a toujours 'vécu au milieu de ses parens , dont elle recevait les soins les plus assidus. s> (Note additionnelle

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