SIXIEME ET DERNIER ARTICLE
Corollaires déduits de notre observation sur les MÉTASTASES LAITEUSES.
I. Le lait une fois sécrété et gorgeant les mamelles , peut être refoulé à l’intérieur par une cause qui déplacerait la fluxion fixée d’abord sur ces organes.
IL L’affaissement des seins succédant tout-àcoup à leur engorgement évidemment laiteux , l’humeur laiteuse peut se devier vers 1 emonc— toire extérieur que sa susceptibilité naturelle ou morbifique dispose le plus à cette action.
III. Si le lait refoulé à l’intérieur ne se dirigeait pas vers un des émonctoires , il pourrait se porter vers le système ou l’organe qui deviendrait accidentellement le siège de la fluxion, à moins que le fluide résorbé ne fût immédiatement transmis dans tout l’organisme; ce qui entraînerait, d’abord, une sur-excitation generale, dont l’effet serait relatif aux dispositions
particulières du sujet, et aux circonstances dans lesquelles il se trouverait.
IY. Les membranes se'reuses étant formées d’un lacis lymphatique , et d’ailleurs très-susceptibles d'influences sympathiques , on conçoit qu’elles peuvent être disposées à recevoir l’humeur laiteuse subitement déplacée des mamelles. La présence de ce liquide dans un système qui lui est étranger, sa décompostion successive , expliquent naturellement les lésions vitales ou organiques qui peuvent en résulter.
Y. Le péritoine étant, dans une partie de son étendue, contigu à l’utérus dont les rapports sympathiques sont si marqués avec les mamelles, c’est aussi la séreuse le plus ordinairement affectée.
YT. Les différens degrés de densité du péritoine, variant à raison de sa situation dans la même cavité , on pourrait facilement concevoir l’affection quelquefois exclusive de l’une ou l’autre portion du péritoine proprement dit , ou de l’épiploon , par exemple 5 ce qui expliquerait assez l’opinion d’OssiANDER , qui, ayant été plus souvent dans le cas d’observer la lésion de ce
dernier organe , qualifie de fièvre d’épiploon ce qu’on a coutume d’appeler vaguement fièvre puerpérale.
Bichat dit, page 523, système séreux de son anatomie générale, « que les portions divci ses des membranes séreuses ne sont point organisées de même j que l'épiploon ne ressemble point au péritoine , et que la portion intestinale du péritoine est beaucoup plus fine que la portion hépatique , etc. »
Page 524, « souvent le péritoine est malade en totalité , que l'épiploon reste intact et réciproquement. »
"VII. L’exhalation et l’absorption étant les deux facultés dominantes de ce système , il n’est point étonnant que le travail sécrétoire des mamelles ait une influence marquée sur lui.
Par l’effet du concours d’action des organes sécrétoires, les systèmes glanduleux et séreux doivent avoir la plus grande corrélation entr’eux.
VIH. M. le Docteur Gastellier aurait tort d’inférer la rarete de lésion du péritoine de sou insensibilité aux irritations qui résultent de son
pincement ou de son tiraillement dans l’étranglement des hernies abdominales, ou bien de la distension de cette membrane dans la grossesse.
A la vérité, la hernie e'tranglëe s’accompagne assez rarement de la péritonite, à moins de dispositions particulières, d’influence atmosphérique ou d’un contact irritant de trop longue durée.
Si le vénérable Docteur Gastellier n’avait pas perdu de vue le précepte qu’il nous a donné sur le grand inconvénient de trop généraliser les idées , il n’aurait pas exclusivement déduit pareille conséquence } il aurait tenu compte des actions sympathiques et matérielles dans l’état donné où se trouve la femme.
Pour concevoir l’existence de la péritonite, il suffit donc d’admettre les causes cpii altèrent spécialement les fonctions des membranes séreuses.
Pendant notre séjour à Paris, l’hiver 1816, M. le Professeur Dupuytrin redoutait l’opération de la hernie, parce que la constitution de l’air disposait facilement à l’inflammation du péritoine. Du moins cette opération, par cette cause meme, avait- elle alors des suites fâcheuses.
À l’autopsie cadavérique des ope're's , on trouvait le péritoine généralement enflammé, sérieusement altéré, sans qu’on pût rien trop attribuer à l’étranglement lui-même auquel on avait remédié. A celte époque , les femmes en couche étaient très-exposées à la péritonite.
IX. Le très-petit nombre de vaisseaux sanguins qui entrent dans la composition des membranes séreuses , et qui sont pour ainsi dire étrangers à leur structure, ne peut exclure l’existence de la plilegmasie de ce système. Les communications qui existent entre le système artériel et les membranes séreuses, au moyen des exhalans, suffisent bien pour la développer.
C’est alors que la distension du système séreux produit les plus vives douleurs 5 effet propre à tous les tissus de nature serrée et fibreuse.
Il est vrai de dire que le caractère particulièrement lymphatique , de ce système , détermine souvent des plilegmasies lentes que Bichat (page 517, Système séreux , Anatomie generale ) , conseille de ranger dans une classe autre que celle des plilegmasies.