‹ Recherches sur les métastasesChapitre 24 sur 50 · IIYDRO- PÉRICARDE CONSÉCUTIFS A UN ANÉVRISME ACTIF DU CŒUR · texte numérisé non relu

IIYDRO- PÉRICARDE CONSÉCUTIFS A UN ANÉVRISME ACTIF DU CŒUR

LE TOUT CONFIRMÉ PAR l’ AUTOPSIE CADAVERIQUE.

Bordeu s’était déjà plaint et même moqué de cette habitude où sont quelques hommes de l’art de voir des inflammations partout où se présentent, sur les cadavres, des injections sanguines. Antoine Petit, l’un des plus grands praticiens de l’école de Paris, et qu’on ne peut pas soupçonner d’avoir méconnu la réelle et véritable importance de l’anatomie, s’en est expliqué non moins librement.

Observ . sur les Catarrhes , par Cabanis, page i5.

J jES beaux faits en médecine sont si rares, le diagnostic si difficile à établir dans nombre de cas, que le médecin ne saurait apporter trop de soins et de scrupules pour augmenter la somme des moyens qui sont en son pouvoir, ajfin d’enrichir le domaine de l’art auquel il s’est consacré.

Il est sans doute re'tribuable envers l'humanité, pour prix de la dette qu’il a, en quelque sorte, contractée, de ses remarques et de ses observations , puisque c’est par elles que la science peut s’élever à l’exactitude rigoureuse que Ton a lieu d’attendre du progrès des lumières.

S’il ne nous était pas possible de dépasser certaines bornes tracées par l’impuissance même de notre art , du moins , en accumulant les faits , en les recueillant avec choix et discernement, parviendrions - nous à en tirer des déductions que l’expérience n’invoquerait plus en vain.

Il est profitable, du moins, pour l’bumanité, d’être conduit, par l’évidence des symptômes physiques et’ vitaux, à reconnaître les ressources sur lesquelles nous devons compter, ou l’impuissance de nos secours, pour ne pas agir inutilement ni même inconsidérément.

L’observation que nous présentons a cela de remarquable, qu’elle justifie le jugement que nous avons porté plusieurs mois avant la mort de l’individu qui en est le sujet, lorsqu’elle confirme le précepte de faire toujours concorder le genre de médication avec la nature du mal

que l’on a juge, en repoussant, toutefois , ces prescriptions trop souvent obligées par une condescendance coupable pour des conseils que l’on craint de fronder, pour certains consultans qui imposent, et dans l’intérêt du fruit que l’on peut retirer de ses concessions obséquieuses.

Ici , heureusement , n’avons-nous pas dérogé à cette règle de salut, conséquemment avonsnous fait en sorte de nous pénétrer, avant tout, de ce principe de notre Bâillon : Anlequam de remediis statuatur , primüm constare oportet , quis morbus et quœ morbi causa : alioqui inutiles opéra , inutile consilium.

M. le colonel H***, âgé de 48 ans, cheveux gris, face très-colorée, d’une taille un peu audessous de la moyenne , gras , trapu , d’une constitution avec prédominance sanguine, irascible , d’une santé que de nombreuses et pénibles campagnes dans les troupes légères n’avaient point altérée, sans rhumatismes ni goutte, malgré l’influence des bivouacs, des privations, des plaisirs et de la bonne chère, se reposait enfin, en 1812, au sein de sa famille, d’une activité qu'il n’était pas permis à tout le monde de conserver , lorsque de nouveaux changemens, opérés en 18 i5, vinrent encore le rendre aufra-

eas des armes, pour le ramener définitivement au repos.

Ce nouveau genre de vie, depuis cette époque, avait nécessairement trop changé les dispositions de son corps et de son esprit, pour ne pas produire un changement dans son être. Agité par des impressions fortes et diverses, sollicitées par les temps et des circonstances cpii lui étaient aussi particulières, nécessairement en proie à cet ennui insupportable qui accompagne l’inaction, après une continuelle activité , et qui succède à la satisfaction qu’on avait eue d’être quelque chose, n’était-il pas, par cela même, exposé à devenir la victime d’une affection organique que sa nécroscopie a signalée être un hydro-

péricarde consécutif à une maladie du cœur

En effet, en perdant de vue ce que l’ouverture du cadavre a démontré , le colonel H.*** , environ six mois avant la maladie de quatre mois dont il est mort , éprouve , de temps à autre, des lassitudes, des suffocations, des agitations plus fortes et plus fréquentes pendant la nuit. L’ennui et la mélancolie le tourmentent} des insomnies le fatiguent } des enfans cliarmans le dislrayent à peine des soucis qu’il se crée la plupart du temps, sans qu’il ait à accuser la

fortune de ne pas suffire à ses besoins : il était riche. Son caractère devient sombre et impatient, et il sent déjà l’impossibilité d’en réprimer les effets. Une toux nerveuse et périodique s’accompagne , sans autre chose qu’un sentiment d’embarras vers la poitrine, de petites vomiiurations muqueuses qu’un ipécacuanlia soulage sensiblement deux fois. Sa respiration devient assez habituellement grasse ; il s’affecte facilement; sa face, assez ordinairement colorée, s’injecte quelquefois davantage en se nuançant d’une teinte légèrement bleue.

Quel jugement devions -nous porter sur un pareil état? Que faire pour prévenir une situation qui , par sa durée , devenait allarmante ? Quel caractère donner à cette espèce de prédisposition qui n’était pas encore une maladie, puisque l’individu continuait à sortir et à manger passablement ?

L’estomac ne paraissait nullement affecté, et les digestions n’avaient pas encore été, un seul instant, troublées, malgré quelques ingurgitations que nous ne pouvions cependant que blâmer, tant il nous était difficile d’avoir un empire absolu sur les volontés du malade.

Après avoir prescrit un régime débilitant, fait

pratiquer des saigne'cs et appliquer des sangsues, sans en avoir éprouvé d’effets évidemment salutaires , nous rappelant l’existence antécédente d’une dartre vive sous l’aisselle , devions-nous tenter les stimulans diaphorétiques P Mais la crainte, à côté de cela , d’accroître , probablement , l’excitation du système sanguin ! Néanmoins , dans l’espèce d’incertitude où nous étions pour ainsi dire plongés, nous cédâmes à la dernière opinion. En conséquence, un vésicatoire fut employé, au préalable , comme dérivatif, et on usa, durant une quinzaine, de boissons légèrement diaphorétiques chaudes, et de potions dans lesquelles on fît entrer une dose très-modérée d’ammoniaque. Le résultat en fut une légère diaphorèse qui dissipa., en grande partie, l’embarras du système pulmonaire, sans que le mouvement de la circulation du sang devînt sensiblement plus actif qu’il ne l’était auparavant.

Nous étions disposés , 'toutefois , à supprimer, à temps , cette espèce de stimulation que nous avions pensé devoir provoquer.

Une vingtaine de jours de calme assez sensible, nous inclinait à reprendre le même moyen, lorsqu’un nouveau retour des accidens qui s’étaient déclarés, nous fit définitivement éloigner

une médication que nous n’avions pensé essayer que pour satisfaire , en quelque sorte, le malade, en dissipant ses inquiétudes assez fondées sur l’existence d’un vice dartreux qu’il s’imaginait exister.

Le pouls n’avaît pas cessé de paraître régulier. Le cœur était paisible , du moins ses pulsations n’avaient-elles rien de tumultueux. Le malade ne s’était jamais plaint de palpitations. Nous nous rappelons très -bien, cependant, que les mouvemens du cœur avaient cela de remarquable, qu’ils s’étendaient sous une large surface, sans se faire précisément plus sentir vers le lieu ordinaire. Il semblait qu’il y avait, là , quelque chose de sourd et d’embarrassé. Toutefois, le malade n’y rapportait-il aucune sensation pénible, si ce n’est une pesanteur déjà manifeste vers le sternum. Mais, enfin, le mal s’accroît, les symptômes s’augmentent de manière à devenir de plus en plus affiigeans, et à contraindre le malheureux colonel à ne plus quitter sa chambre.

Vers le mois de février, des syncopes s’ajoutent, à d’assez longs intervalles, à la vérité, aux accidens dont nous avons parlé. Le malade éprouve des étouffemens à perdre haleine, des

anxiétés pénibles les accompagnent, lorsque le pouls marque, de temps à autre, quelques irrégularités } il semblait même que cette situation prît une espèce de périodicité.

Il est cependant notable que le malade ne ressentait encore aucune douleur dans la région où paraissait résider le désordre. Le trouble n’était, pour ainsi dire, qu’interiçittent , si ce n’est l’embarras, le sentiment de pesanteur que nous avons signalés sous le sternum, et vers le contour du diaphragme.

L’état actif du sujet indiquait le renouvellement des sangsues sur la région opprimée. Les émulsions , ainsi que les boissons légèrement acidulées , furent prescrites. Nous en éprouvâmes un soulagement du moins momentané. Les selles étant devenu rares ,' avec l’apparence d’un peu d’engouement dans le ventre , nous provoquâmes quelques légères évacuations. L’eau de Seltz , que le malade prenait avec beaucoup de plaisir, avait été essayée : elle le fatiguait, sans produire le résultat légèrement purgatif qu’il en obtenait en bonne santé. Ce n’était pas cependant, que ses fonctions digestives ne se lissent d’ailleur sassez bien 5 à part, toutefois, quelques

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intervalles d’inappétence pour les alimens qu’il reprenait ensuite, avec une modération dont nous n’avions pas toujours à nous louer, malgré la sévérité de nos prescriptions.

Les alimens les plus, légers, les crèmes de riz, la semouille, le poisson, etc., constituaient sa nourriture. Les boissons alcooliques , le café, déjà, depuis longtemps lui avaient été' interdits.

Des accès de toux s’étant renouvelés avec d’abondantes déjections muqueuses, par le haut et par le bas , nous renouvelâmes, une fois, l’administration de dix-huit grains d’ipécacuanlia, de l’effet duquel nous eûmes encore à nous louer momentanément, sachant bien, toutefois, le ménagement avec lequel nous devions en user.

L’oximel scillitique employé quelques jours pour exciter l’appareil pulmonaire , diminua sensiblement l’expectoration des glaires épaisses qui fatiguaient le malade : moins abondantes, elles étaient aussi moins visqueuses.

Le catarrhe pulmonaire, pouvait bien fixer notre attention et déterminer l’usage des moyens qui devaient spécialement agir sur l’organe qui en paraissait le siège ; mais trop de raisons mili-

taient déjà en faveur d’une affection du cœur, de l’hydro-péricarde lui-même , pour que nous ne dussions pas agir avec la plus grande réserve.

Le quinquina cependant, car il faut tout dire, avait été employé, en petite quantité, pour rompre- l’espèce de périodicité des accès , lorsque les poumons nous parurent d’abord plus particulièrement affectés, quand nous pensions trouver dans l’état du malade quelque chose de plus vital qu’organique.

Telle est l’incertitude dans laquelle on se trouve quelquefois plongé par le conflit des symptômes et les oppositions qui paraissent exister entr’eux , qu’on se voit, quelquefois foi ’cé de tenter des moyens qu’une connaissance positive de la maladie ferait indubitablement rejeter. Toujours est-il vrai, cependant, que les essais faits avec ménagement , conduisent à connaître la vérité, lorsque des lumières positives et une juste défiance de soi-même interdisent, d’ailleurs, toute prévention ou obstination à croire réellement à ce que l’esprit peut se figurer.

En conséquence d’une sur-excitation évidente, le quinquina fut interdit.

Convaincus de toute l’évidence du mal, préjugeant une affection précordiale, sans pouvoir précisément en déterminer le caractère, nous proposâmes une consultation , et M. le D.r M.****, fut accueilli.

Examen fait de la situation du sujet, nous nous arrêtâmes, d’abord, à un traitement tempérant, aux émulsions, à la limonade légère et au petit lait, dernière boisson que le malade aimait beaucoup , à quelques potions édulcorées avec le sirop de gomme, ou le sirop pectoral anglais.

Nous allons sommairement exposer la situation dans laquelle se trouvait alors le malade: l’amaigrissement n’était pas encore très-sensible} — la face colorée n’avait conséquemment pas le le caractère qui annonce une dégénération séreuse ou lymphatique } — les yeux légèrement paillés} — la tête libre} — orthopnée, par accès, qui l’obligeait à se lever de son lit lorsqu’il était couché } — de courtes syncopes quand il était debout, qui se renouvellaient deux ou trois fois le jour} — le pouls médiocrement fort, seulement un peu intermittent ou irrégulier au mo-

ment des paroxismes} — un simple sentiment de pesanteur le long du sternum et vers le diaphragme } — les mouvemens du cœur assez sourds, occupant tou jouis un espace assez étendu 5 — le malade ne se plaignant pas de palpitations } — les digestions faciles sans la moindre douleur , cependant des intervalles d’inappétence, ainsi que nous l’avons déjà observé } — quelques accès de toux précipités , avec expectoration de mucosités filantes, quelquefois striées de légers filets de sang • — il évacuait aussi des mucosités par le bas , mais moins souvent } — la respiration, d’ailleurs, assez facile - — des selles assez régulières , sans dévoiement } — les urines un peu rares , quelquefois chargées , le plus souvent rouges, déposant, sensiblement, de l'acide rosacique -, — des nuits , par momens , très-pénibles par des suffocations qui lui arrivaient plus particulièrement dans la position horizontale } — des réveils en sursauts 5 — point d’infiltrations apparentes aux membres, ni à la poitrine } — le malade se couchait sur les deux côtés sans s’en plaindre.

Comme on le voit, l’état du sujet devait nous déterminer à user de moyens tempérans. Nous y y oignîmes, cependant, l’usage des eaux de Seyds-

chust , continuées trois ou quatre jours, pour évacuer ces mucosités filantes dont le séjour augmentait l’anxiété du malade. Les selles étaient en effet doucement provoquées. Ces eaux minérales faisaient rendre des paquets de glaires qui ne contenaient pas plus de vers , qu’elles ne prenaient de teinte bilieuse, malgré quelque peu d'excitation vers la région hépatique.

A un soulagement assez marqué, résultat sans doute aussi des moyens que nous venions d’employer, succéda, un jour, un tel redoublement d’anxiété, de suffocations , d’oppression pénible vers le sternum et le diaphragme, que nous nous déterminâmes , de suite , à l’application des sangsues, sur la région précordiale. L’application en fut renouvelée, le lendemain, avec une amélioration manifeste. La perte de sang avait été assez forte pour qu’on l’évaluât à celle qu’aurait pu produire une bonne saignée. Toutefois devions-nous être assez circonspects pour ne pas évacuer trop de sang. La complication catarrhale, nos présomptions qui militaient déjà en faveur d’un hydro-péricarde , quelques conjectures que nous puissions faire sur la coincidence d’un anévrisme , devaient nous déterminer à ne pas être prodigues d’une humeur dont la dimi-

nation peu mesurée pouvait ajouter à la maladie , en augmentant la diathèse séreuse ou lymphatique.

Les forces vitales, réparties dans les organes, indiquent-elles tellement leur excès ou leur privation sensible, pour que Ton puisse toujours leur opposer, infailliblement, une médication débilitante ou tonique j et la possibilité, à-lafois , du conflit de la débilité et de la tonicité en plus ou en moins dans différens systèmes ou appareils, n’autorise-t-elle pas , quelquefois, des légers essais, pour arriver au point le plus favorable ? Heureux si le caractère évident de la maladie pouvait sûrement commander la médication la plus salutaire !

Cependant, les indications que nous pouvions tirer des antécédens et de la situation actuelle du malade, devait nous incliner davantage vers la méthode tempérante , à laquelle nous avons toujours été forcés de revenir.

L’espèce de périodicité des accès de suffocation etdelypothimie persévérant, un de nos confrères put penser, un jour, qu’une potion de quinquina édulcorée avec du sirop d’orgeat , pourrait

peut-être bien , en quelque sorte , enrayer le mal ; mais la sur - excitation , qui en fut le résultat, dut en proscrire l’usage, ainsi que nous avions déjà été à même de nous en convaincre nousmêmes.

Cette fois, les suffocations et l’anxiété furent tellement fortes et répétées le soir, la sensation de pesanteur et de constriction si prononcée vers le sternum et la circonférence du diaphragme, que nous fumes obligés de renouveller , la nuit même, les sangsues, après avoir appliqué trois larges ventouses. Un heureux effet, en suivit presqu’immédiatement l’application, mais l’affection n’en prit pas moins un caractère de plus en plus grave. La jactation redoubla et les pieds parurent s’œdématier pour la première fois : la face restait, néanmoins colorée. Le coucher en supination paraissait encore supportable; mais, déjà, le malade se couchait assez péniblement sur le côté gauche , de manière à laisser présumer qu’il pouvait y avoir aussi une collection du côté droit du thorax.

L’orthopnée plus marquée qu’elle n’avait été encore par accès, le forçait à se lever de son lit pour pencher ensuite la tête en avant. Le

pouls devenait sensiblement intermittent quoiqu’assez fort et non fébrile le plus ordinairement. De temps en temps le malade éprouvait de petites douleurs, irritation peut-être bien déterminée, comme nous étions autorisés à le penser , par l’inobservance du régime que nous avions prescrit. Les urines qui étaient devenues assez abondantes en conservant leur dépôt rosacique, rendaient, cependant, la situation du malade plus supportable, du moins jusqu’à ce que leur surabondance discontinua.

Le malade devenait de plus en plus inquiet et irascible. A quelques alternatives d’espérance, succédait bientôt le découragement le plus pénible, état plus particulièrement propre aux affections du cœur. Un rien l’impatientait, ou le mettait dans des accès d’humeur dont son bon cœur et le retour sur lui-même le rendaient honteux} mais tel était, indépendamment de lui , l’influence du mal physique sur son esprit.

L’indispensable nécessité de le calmer, pom 11e pas accroître son mal , rendait facile les soins et les ménagemens que lui portaient des païens et des amis si disposés à lui rendre ses maux lo plus tolérables possibles.

Les médecins sentaient eux-mêmes, quelles que fussent son humeur et ses impatiences , qu’ils devaient faire, en quelque sorte, abnégation d’un amour-propre qui ne doit s’offenser que lorsque la confiance qu’ils ont lieu d’attendre est réellement blessée.

Les symptômes se soutenaient à-peu-près au même point , avec quelques intervalles de mieux apparent, ce qui soutenait l’espoir du malade } puis , au retour des accidens , se lassait sa patience, lorsque le gonflement des jambes s’accroissant, s’étendant même jusqu’aux cuisses, nous nous déterminâmes à employer, selon les effets qu’ils produiraient, la digitale pourprée et l’acétate cl’ammoniaque. Nous eûmes même encore recours à l'oximel scilîitique, en usant, toutefois, de ces moyens actifs avec la plus grande réserve. En cela, nous ne pensions pas être en contradiction avec nous-mêmes, puisque des circonstances dilférentes s’étaient présentées.

Il y avait déjà vingt jours que le D.r M.**** faisait ses visites concurremment avec nous, quand, de concert, nous crûmes devoir tenter cette dernière médication , dans le dessein d’agir sur le système absorbant, afin d’augmenter les urines, et débarrasser, d’autant, le péricarde que

nous avions lieu de croire distendu par une collection séreuse. Nous étions loin de méconnaître le principe du mal, iïiais fallait-il, du moins, chercher à débarrasser le malade du liquide qui l’opprimait sensiblement.

L’œdème des tégumens du côté droit du thorax, lieu où nous présumions aussi du fluide, indiquait, sans doute, également une semblable prescription , pour obtenir du moins une déviation de sérosité , 'pensant bien que l’hydropisie n’était point essentielle, à en juger aussi par les symptômes qui avaient précédé les signes de l’épanchement. Nous le pensâmes ainsi } nous ne présumions pas , d’ailleurs , réveiller l’irritation d’une péricardite, puisque aucuns des principaux symptômes qui caractérisent, du moins en apparence, cette maladie, 11e s’étaient manifestés, à moins d’une péricardite chronique dont nous ne pouvions guères supposer que la possibilité.

Dès le principe de l’infiltration des tégumens du côté droit du thorax, lorsque l’embarras précordial parut redoubler, nous fîmes faire, sur la poitrine, de larges onctions de pommade d’Autenrich , dont nous augmentâmes la dose de tartre stibié, pour produire de larges et abondantes pustules. L’eflet en fut prompt et très-

douloureux à l’extérieur, avec dérivation en apparence sensible. Le soulagement eut malheureusement une courte durée. La maladie continuait sa marche déplorable, à quelques intermittences près, sur lesquelles nous ne pouvions plus fonder d’espérances.

En administrant les stimulans, nous savions sans doute, qu’il fallait en ménager les doses, pour ne pas trop donner d’activité à la circulation du sang, qui n’avait alors que trop de tendance à s’émouvoir. Nous nous réduisions, le plus ordinairement, au petit lait et à la tisane de réglisse légèrement nitrée, à de légers bouillons aux herbes, auxquels nous ajoutions, de temps à autres, une quantité modérée de sousacétate de potasse.

Les selles étaient assez généralement régulières, pour que nous ne jugeassions pas à propos d’user inconsidérément de purgatifs ou de drastiques, malgré le cas particulier qu’en fait la classe encore trop nombreuse de ces Médecins stercoraires , qui ne cessent exclusivement d’invoquer la médecine humorale, comme si la science rationnelle de nos temps n’avait pas fait justice de ces Purgons insatiables.

Nous usions quelquefois de purgatifs, mais toujours avec le plus grand ménagement. Notre foi dans les hydrogogues n’était pas tellement robuste, que nous dussions perdre de vue quelques légères douleurs de ventre que le malade ressentait, cependant à d’assez longs intervalles, sans que les fonctions digestives en fussent affectées. C’est dans ce principe que nous modérions aussi l’emploi des autres stimulans, convaincus que l’hydro-péricardef n’était point essentiel.

Nous remarquerons, toutefois, qu’à la suite des indigestions que se donnait le malade, par une gloutonnerie que nous ne pouvions pas toujours réprimer, il éprouvait, pendant quelque temps, de l’inappétence : ses boissons, le peu d’alimens liquides qu’il pouvait prendre, passaient alors avec difficulté} mais les choses reprenaient ensuite leur cours ordinaire, sans que l’estomac s’en ressentît nullement. Il n’e'tait point douloureux au toucher.

Il est de fait, d’ailleurs, que la présence des alimens dans l’estomac ne produisait aucun trouble sensible dans la respiration, malgré la surcharge et la distension de ce viscère. Nous ne parlons aussi que de l’état le plus ordinaire de l’alimentation.

Sans que le pouls devînt fébrile, à part cependant son accélération dans quelques circonstances d'excitation, il donnait une intermittence plus manifeste qu’elle ne l’avait été encore, quand on s’était arrêté assez de temps à l’examiner.

De plus fréquentes insomnies nous avaient forcés de lui administrer de légers hypnotiques.

Nous savions très-bien, d’ailleurs, avec quelle réserve nous devions user de ce moyen, qui, tout en forçant le sommeil, ralentit les sécrétions, s'il ne les suspend même, source alors de congestions. Aussi nous contentions-nous, autant que possible, de potions faites avec de l’eau de laitues et du sirop de coquelicot , qui opéraient suffisamment.

Si la degeneration séreuse devenait de plus en plus évidente, du moins depuis que les extrémités inférieures s’étaient infiltrées davantage, les suffocations paraissaient-elles moins pénibles, le coucher plus supportable.

La susceptibilité du sujet s’augmentait néanmoins, lorsque la plus grande crainte de la mort

le poursuivait au milieu même de ses songes.

Nous devons noter, comme indice remarquable, observé par des praticiens estimés dans les collections aqueuses du péricarde sur-tout, que, par une nuit des plus pénibles , il avait pensé se noyer dans un lac où il nageait difficilement.

Cependant à travers tous les maux dont on pouvait apprécier la gravité, des alternatives de bien duraient quelquefois jusqu’à quatre jours. Du moins le malheureux pouvait-il goûter quelque repos, et se faire, par fois, illusion sur un état aussi déplorable que le sien.

Les choses en étaient, à ce point, avancées, un mois et demi (au commencement de mai), depuis la première visite du D.r M.**** lorsqu'une nouvelle consultation eut lieu; mais qu’eût -on pu ajouter au fâcheux pronostic que nous avions depuis longtemps porté , à moins de s’aveugler ? Cependant le dernier consulté voulut promettre plus que nous. Son opinion devenait, en quelque sorte , plus pondérable que la nôtre , aux yeux de ceux qu’imposent l’autorité d’un long exercice et l’assurance qu’on se donne. Cette assurance imperturbable triomphe si souvent du caractère inquiet de ceux qui nous consultent, qu’ils ont rarement besoin d’un vrai talent pour fixer leur caprice et entretenir leur con/iance.

Une marche franche et consciencieuse honore du moins le Médecin qui, pour ne pas flatter obséquieusement tous les goûts , ne peut espérer aussi d'obtenir toutes les faveurs des emplois ou de la fortune.

Encore du mieux-être apparent, pour ceux qui n avaient pas sondé toute la profondeur du désordre, avait sans doute fait éclater un espoir contre lequel nous nous étions prononcés , à moins de ces cas extraordinaires qui laissent, pour ainsi dire , croire aux miracles.

On voulut continuer de provoquer les urines , mais la sur-excitation qui s’en suivit, plus que jamais, obligea de suspendre les stimulans des voies urinaires, dont la sécrétion augmentée soulageait bien pour quelque temps le malade, en favorisant la résorption du liquide que contenaient le thorax et le péricarde. Les urines devenaient, en effet , sensiblementplus copieuses j mais les choses reprirent bientôt leur cours ordinaire.

Un accident grave, qui faillit enlever toutà-coup' fc malade, qui avait, jusqu’alors, conservé l’intégrité de ses facultés intellectuelles , entraîna une amélioration dont la durée ne s’é-

tait pas encore prolongée aussi longtemps dans lesjj intervalles de calme qu’il avait eus. Cette durée fut de sept à huit jours. Cette crise fut simplement le résultat cl’une indigestion dont les suites furent des plus alarmantes : efforts violons pour vomir, vomissemens, en effet, des matières ingérées, syncopes répétées, anéantissement, délire, congestion évidente au cerveau, froid des extrémités , pouls presqu’éteint.

Le peu de connaissance qui restait au moribond, car il paraissait à toute extrémité, lui fit entrevoir, cependant, une fin si prochaine, qu’il s’empressa de demander les sacremens et d’appeler ses enfans pour leur faire ses derniers adieux.

Le vomissement ayant été favorisé autant que la position du malade le permettait, par la conviction que nous avions d’abord acquise de l’indigestion par les déjections du haut et du bas, après douze heures d’agonie apparente, le malade revint sensiblement à lui, pour renaître, plus que jamais, à l’espoir de son rétablissement 5 amélioration qu’après cinq à six jours il signalait déjà de convalescence. C’en était au jfoint que le malade dormait dans toutes les positions du corps. Les urines, prodigieusement abondantes,

remplissaient, chaque vingt - quatre heures, deux ou trois pots de chambre. La diminution des extre'mitës inférieures en était telle que le malade pouvait marcher dans son appartement, Iorsqu’avant cet accident cela lui était devenu impossible. Le côté droit de la poitrine restait cependant sensiblement œdématié. Cette situation inespérée était pourtant l’œuvre d’une indigestion , d’une perturbation extrême.

Pour être moins alarmés sur l’état du malade, pouvions-nous nous bercer d’une espérance si insidieuse dans semblable situation ? Nous nous rappellions l’observation que nous a donnée du grand Frédéric, l’illustre Zimmermann.

L expérience des plus habiles jrraticiens ne dépose-t- elle pas, en pareil cas, en faveur du doute, apres de si frequens retours des mêmes a< cidens , et un dépérissement de plus en plus manifeste P Nous ne devions , conséquemment, rassurer personne : les vœux seuls n’étaient pas interdits.

Nos craintes ne se justifièrent malheureusement que trop , malgré l’application des vésicatoires aux jambes, dont on espérait plus de succès pour la filtration des eaux , que nous n’en

attendions nous— memes , redoutant, dailleuis^ la gangrène qui est assez souvent le résultat de ces topiques dans les affections cachectiques de cette espèce.

Les jambes coulèrent, en effet, mais les forces se débilitèren de plus en plus , et le martyre d’une aussi longue et déplorable maladie , paya le tribut que des syncopes et des suffocations pouvaient lui faire acquitter beaucoup plutôt.

A peu-près i5 jours avant sa mort, les vésicatoires ne fournissaient plus de sérosités; ils étaient livides. Les extrémités inférieures avaient acquis un volume considérable. Les bout scs s é taient tellement infdtrées que nous fumes obligés d’y faire de legeres mouchetures , poui diminuer la gêne qu’elles causaient. #

Le coucher, sur le côté gauche, était devenu impossible par le danger de la suffocation. Le côté droit, sensiblement œdémateux, faisait tu-

meur d’une manière manifeste, et offrait beaucoup de dureté dans l’épaisseur de ses tégumens. Les mouvemens du cœur étaient de plus en plus embarrassés, confus et sourds. Le pouls paraissait évidemment plus irrégulier et intermittent qu’il 11e l’avait encore été, La jactation était

extrême. La respiration , qui n 'était cependant difficile que par intervalles, le forçait à se faire placer sur un fauteuil , pour être remis bientôt dans son lit, par suite du besoin qu'il éprouvait de changer sa position qu’il ne pouvait garder que momentanément. Ses forces paraissaient épuisées , à en juger aussi par la difficulté qu'il avait de se mouvoir. La face, qui continuait d'être rouge, se vergetait alors.de bleu, ainsi que scs lèvres , particulièrement au moment des plus grandes anxiétés qui l’agitaient. Le sousdélire était manifeste , bien qu’il conservât , d’ailleurs, toute sa raison pour parler et répondre à tous ceux qui l’approchaient. Il ne se faisait plus illusion sur sa situation. Une insomnie désolante , lorsque le sommeil eût été si à desirer ne lui aurait pas donné un instant de' repos, si les hypnotiques n’étaient venus à son secours : ils engourdissaient sa sensibilité. Mais au point ou nous en étions , n’était-ce pas un bienfait? Toute stimulation n’était-elle pas interdite et pour le repos du corps et celui de l’esprit?

Ce qui ajoutait cruellement à ses maux, ce qui en annonçait cependant le terme prochain . c’était de larges taches d’un rouge livide sur toute 1 étendue de 1 extrémité abdominale gauche , sur

le bassin et la région lombaire du même côté. L’extrémité du nez et des oreilles offrait une pareille décomposition.

Seulement deux jours avant sa mort, le malade avait cessé de dévorer les alimens qu’il exigeait impérieusement, lorsqu’on avait l’air de lui résister.

Enfin, 12 heures d’anéantissement, dans toutes ses facultés intellectuelles, précédèrent heureusement sa fin , qui eut lieu après six mois , à-peuprès , d’indisposition et quatre mois de maladie réelle. Il expira à six heures du soir le 1 7 juin 1820.

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