‹ Recherches sur les microbes anaérobiesChapitre 11 sur 23 · Annales de l’Institut Pasteur, 1891, p · texte numérisé non relu

Annales de l’Institut Pasteur, 1891, p

gique et chimique, dure environ jusqu'à la cinquième ou sixième culture sur gélose inclinée. Alors commence le deuxième stade : les cultures aérobies liquéfient tardivement, difficilement et incomplètement les cubes de blanc d'œuf; le lait en apparence intact n’est digéré que le 5° ou le 6° jour; la gélatine continue à se liquéfier rapidement. Bientôt le pouvoir tryptique tend à s’effacer; mais alors les repiquages en milieux anaérobies peuvent encore, d’abord au premier, plus tard au deuxième ou troisième passages, retrouver leurs caractères primitifs et donner les cultures anaérobies de reconstitution. L'inoculation des cultures aérobies du deuxième stade tue les animaux d’une toxhémie de moins en moins convulsive puis, en dernier lieu, d’une cachexie toxique, rappelant l’athrepsie.

Enfin survient le troisième stade. Le pouvoir tryptique a disparu, caséine et blanc d'œuf restent intacts même en culture anaérobie; la gélatine pendant longtemps encore est transformée en une matière gommeuse, puis n’est plus digérée. Les animaux supportent alors 2 à 3 cc. de culture vivante; ils accusent d’abord un amaigrissement notable, plus tard un malaise passager.

Le pouvoir pathogène spécifique a donc disparu bien avant la propriété de digérer la gélatine. Ce point n’est pas sans importance, car Vaillard et Vincent avaient vu (Annales I. P., 91) que l'inoculation des cultures en gélatine âgées de 5 à 6 jours et non encore liquéfiées ne provoquaient aucun symptôme tétanique chez le cobaye et ils s'étaient demandé si la toxine et la diastase qui liquéfie la gélatine n'étaient pas une seule et même substance. Ils avaient d’ailleurs conclu à la non-identité, ce que nos expériences démontrent d’une façon indiscutable.

D'ailleurs le pouvoir pathogène subit comme le reste de la biologie du bacille du tétanos ces variations que nous signalons à chaque pas de son étude. Ainsi Vaillard et Vincent, dans leur mémoire des Annales de l'Institut Pasteur de 1891 (pages 8 et 9) écrivent : « Nous avons extrait des terres de surface par la culture des bacilles absolumentidentiques par leurs caractères morphologiques faisant comme lui des spores rondes et terminales, mais dépourvues de pouvoir pathogène. S’agirait-il de tétanos modifié par les agents cosmiques? Cela nous a paru vraisemblable. Nous avons essayé de lui faire récupérer l’activité perdue sans y réussir jusqu'ici ».

Ce curieux fait biologique était à rapprocher de la perte progressive des caractères de différenciation, perte qui caractérise le 3° stade.

La disparition du pouvoir sporogène, la diminution de la motilité, qui surviennent également au 3° stade, continuent cette neutralisation du germe.

La perte du pouvoir sporogène du bacille de Nicolaïer peut se rapprocher de la perte inverse de la sporulation du bacille du charbon, qui ne sporule plus dès qu'on le prive légèrement d'oxygène. Elle est dans la biologie du bacille du tétanos un phénomène banal, ainsi que le démontrent les expériences de Vaillard et Vincent dans leur mémoire souvent cité (Annales de l'Institut Pasteur, 1891). « Le bacille du tétanos croit même très rapidement à la température de 42 ou 43°, Mais alors la plupart des bacilles ne produisent plus de spores; ils apparaissent comme des bâtonnets granuleux et peu colorables, des filaments démesurément longs ou des bacilles présentant des formes renflées, arrondies en poires, en fuseau, etc., il ne s’est produit cependant aucune atténuation appréciable (Page 5) ».

La valeur de l’anaérobie de reconstitution et de la sporulation aérobie est identique à la valeur des mêmes cultures de nos autres germes.

Le bacille du tétanos en anaérobie de reconstitution fait retour au type anaérobie initial. Signalons que dans un de nos essais, un tube de lait de 1 1/2 diamètre et 7 1/2 hauteur ensemencé avec des spores a donné une culture abondante. Nous sommes habitués à ces irrégularités biologiques du bacille de Nicolaïer.

La sporulation aérobie par contre, peut créer des races nouvelles. Aïnsi un tube de sporulation aérobie de mai 1906 est repiqué sur différents milieux aérobies sans succès le 15 mai 1907. Mais un tube cacheté né de ce tube est repiqué positivement sur laits 11/2 diamètre, 8 hauteur, et 1 1/2 diamètre, 7 hauteur; bouillon gélatine 1 1/2 diamètre, 8 hauteur ; eau fibrine 1 1/2 diamètre, 9 hauteur. Un tube de bouillon gélatine 1 1/2 diamètre 10 hauteur est resté négalif.

L'aérobiose avait donc été fixée par la sporulation.

5° Ainsi donc le bacille du tétanos se trouve dépouillé une à une

de toutes ses propriétés fermentatives, biologiques et pathogènes. À ce moment, il semblerait qu'il fût impossible de retrouver chez ce bacille neutre un point commun, une preuve d'identité avec le bacille anaérobie, dont nous l'avons fait dériver. Cette preuve existe; elle réside dans la conservation de l’agglutinabilité par le sérum antitétanique. Fait curieux, cette propriété biologique est la dernière à disparaître.

La perte du pouvoir agglutinatif du sérum mérite d’être précisée :

Le sérum de l’homme atteint de tétanos n’a, nous le rappelons, aucune propriété agglutinative sur le bacille; le sérum de cheval ou d'âne normal agglutine à 1 p. 100 ce microbe. Quant au sérum antitétanique, il agglutine à un taux qui atteint jusqu’à 1 pour 50000 (Macé, Traité de Bactériologie, 1901).

Au cours de l’aérobisation, nous allons assister à la disparition progressive de cette propriété spécifique; nous avons recours à la mensuration, procédé classique, pour étudier ce phénomène.

Nos expériences ont été faites en recherchant ce phénomène sur lamelles et dans les cultures, et en comparant l’action du sérum antitétanique et du sérum ordinaire. (Nous avons utilisé à son défaut du sérum antidiphtérique.)

Sur lamelles, les meilleurs résultats s’obtiennent en utilisant les cultures sur bouillon. Les cultures sur lait donnent des préparations peu nettes; de même l’émulsion dans du bouillon neuf d’une culture sur gélose se prête moins bien à de telles recherches.

La culture vivante doit être préférée à la culture formolée, qui perd assez rapidement ses réactions.

Voici quelques résultats. Le 15 mai 1907, nous recherchons l'agglutination d’une culture en bouillon de bacillogène âgée de 24 heures ; le bouillon est trouble, avec un léger dépôt que l'agitation du tube fait disparaître.

L'examen de la culture au microscope révèle l’absence de tout amas. L'addition à une goutte de culture d’une goutte de sérum spécifique donne une agglutination massive immédiate avec amas occupant tout le champ du microscope. À un pour dix, agglutination en une demi-heure. En 2 heures, le mélange à 1 pour 400 donne encore d’abondants amas avec quelques bacilles libres. A 1/500 on ne constate plus que quelques amas tardifs.

Le taux de 1/400 supérieur au taux d’agglutination (1 p.100) par

le sérum normalindique bien dans cette expérience la conservation de principes spécifiques dans la culture de bacillogène.

Les repiquages sériés en bouillon bas nous fontassister à la diminulion puis à la disparition du pouvoir agglutinatif. Lorsque le taux descend au-dessous de 1 p. 100, il reste, malgré cette diminution, plus élevé avec le sérum antitétanique qu'avec le sérum ordinaire.

Ainsi le 12 avril 1907, nous mensurons l’agglutinabilité d'une culture de bacillogène âgée de 4 jours. Sur lamelles, vérification préalable de l'absence d'amas. Voici les résultats :

Un mélange d'une goutte de culture et d’une goutte de sérum antidiphtérique donne un début d'agglutination immédiat et une agglutination nettement positive après un quart d'heure, quoique quelques bacilles restent libres. Au 1/10, même après 1 h. 15 tous les bacilles sont libres.

Au contraire, le mélange d’une goutte de culture à une goutte de sérum antitétanique donne une agglutination lotale massive immédiate. Un mélange au 1/10 donne quelques amas après 30 minutes et agglutine totalement en 4 h. 10, contrairement au mélange à 1/10 étudié précédemment et fait avec le sérum antidiphtérique.

Le 18 avril 1907, une culture de 48 heures de bacillogène en bouillon bas donne une agglutination immédiate avec le sérum antitélanique, à parties égales. A 1/5 quelques amas apparaissent après 1 heure; à 1/10 résultat négatif.

Les cultures en bouillon bien développées, addilionnées d’une quantité de sérum à une dose supérieure à la dose nécessaire pour l'agglutination s'éclaircissent tout d'abord pour redevenir rapidement troubles. Les tubes de bouillon additionnés de sérum antitétanique en forte proportion avant l'ensemencement donnentuneculture d’abord en dépôt; mais rapidement la totalité du milieu se trouble.

On conçoit assez quelle est l'importance de ces expériences. Nous avons beau accumuler preuves et contrôles; ilest toujours possible d'incriminer une cause d’erreur passée inaperçue. Mais à cette dernière expérience, une telle hypothèse s'évanouit. Il reste au bacillogène et au bacille une réaction commune, biologique et spécifique. Aucune argumentation ne saurait l'atteindre. Elle est la preuve de la rigueur de nos recherches sur l’aérobisation. Nous

avons pu, plus haut, établir pour le vibrion septique des faits identiques.

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