C. — LE VIBRION SEPTIQUE (PASTEUR
Nous allons retrouver dans l'étude du vibrion septique les mêmes faits que dans l'étude du bacillus perfringens ; certaines expériences faites avec ce germe ne diffèrent de celles faites avec le bacille d'Achalme que par la désignation du microbe. Avant de relater notre contribution personnelle, il importe de rappeler les grands caractères classiques de cette bactérie.
1, — Le vibrion septique, dont Pasteur lui-même fixait les caractères biologiques dès 1887, est un des microbes les plus anciennement connus. Très répandu dans les milieux extérieurs, il se trouve en abondance sous la forme de spores dans la terre des jardins, dans la vase de certaines eaux. Absorbé avec les légumes, il se rencontre dans l'intestin; fait singulier, il envahit rapidement après la mort le sang des animaux morts d'infection par la bactéridie charbonneuse. Il est désigné en Allemagne depuis les travaux de Koch et Gaffky sous le nom de bacille de l'œdème malin.
Son aspect microscopique est le suivant : bâtonnets longs de 3 à 15 p, larges de 0,6 à 1 , droits ou flexueux et ondulés, le plus souvent de longueur inégale, se groupant volontiers en streptobacilles et formant ainsi de longs filaments sinueux bien différents de la bactéridie charbonneuse. Les bâtonnets sont mobiles; le mouvement n’a pas la vivacité de celui du bacille d'Eberth; c’est un mouvement d’ondulation, de reptation, comme un serpent dans l'herbe (Pasteur); ce mouvement disparaît rapidement par le contact de l'air, aussi les classiques recommandent de le chercher non sur les bords de la préparation où la mobilité s’atténue rapidement, mais en plein centre des lamelles.
Dans les examens faits non avec les sérosités animales, mais avec les cultures, on trouve de nombreuses spores isolées ayant l'aspect morphologique ordinaire des spores et leur réfringence bien connue. De plus l'examen fait reconnaître un grand nombre de spores développées au sein des bâtonnets, soit à leur partie médiane, soit à une de leurs extrémités, car la spore est toujours unique ; elle déforme le bacille qui se trouve renflé à sa terminaison
sans que l'aspect rappelle pourtant la baguette de tambour du bacille du tétanos. Dans les humeurs animales, le bacille in vivo ne sporule pas. Les spores se colorent par les procédés ordinaires,.
Le vibrion septique prend facilement les colorations classiques, il garde le Claudius et conserve le Gram. Besson recommande d'utiliser le violet de gentiane phéniqué, de laisser le colorant agir pendant 5 minutes avant le passage dans la solution iodée.
Nous n’insistons pas sur la coloration des cils toujours délicate.
Le vibrion septique est d'après les auteurs classiques un anaérobie strict; il pousse entre 13° et 43°, mais sa culture est surtout facile à 37°.
Le bouillon troublé dès la dixième heure laisse pulluler le germe; dès que la culture est âgée de 24 heures, il se forme à sa partie déclive un dépôt fait de spores, de bacilles sporulants et de bacilles altérés.
Avec les classiques, nous pouvons recommander comme milieux de choix les milieux organiques, bouillon additionné de liquide d’ascite, de sérum, de jus de viande filtré à la bougie, d’'hémoplase, le sérum et l'hémoplase pure.
Le lait est coagulé et digéré. Le sérum n’a pas la transparence du sérum exsudé dans les cultures de bacille d'Achalme, il est louche; de même le coagulum, moins abondant, moins rétracté, semble beaucoup moins dense.
En tubes Liborius de gélose profonde, le bacille se développe sous l'aspect de colonies nuageuses isolées dont les contours se fondent peu à peu dans le milieu.
La culture sur pomme de terre ne donne pas de culture apparente. Le sérum solidifié, le blanc d'œuf en tube d'eau blanc d'œuf cacheté sont rapidement digérés.
Le vibrion seplique appartient à la classe des bactéries tryptobutyriques d'Achalme. Il digère la gélatine, liquéfie par une trypsine l’albumine, la fibrine et la caséine; fait fermenter le maltose en donnant un mélange d'acide acétique et d'acide butyrique. L'amidon n’est pas sacharifié,
Nous résumerons rapidement les propriétés biologiques.
Pasteur à décrit la septicémie expérimentale aiguë des animaux due au vibrion septique. Chauveau et Arloing lui ont rapporté la
septicémie gangréneuse, l'érysipèle bronzé, c'est-à-dire la gangrène gazeuse foudroyante de l'homme. Ces affirmations restent encore vraies pour la majorité des faits; mais quelques travaux récents et en particulier la thèse de Legros (gangrènes gazeuses) nous ont appris l'existence de la bactérie septique aérobie dont nous reparlerons plus loin.
Davaine a montré que le cobaye et la souris succombent à un milllonième de goutte de sérosité septique. Le lapin, le rat blanc, le mouton, la chèvre et le cheval sont très sensibles; pour certains auteurs le chat le serait moins. Le rat d'égout présente un abcès simple au point d'inoculation et ne succombe que par l’inoculation de doses très élevées de culture.
A l’autopsie des animaux sensibles, le poil hérissé pendant la vie se détache de la peau sans effort; un œdème gazeux, fait d’une sérosité œdémateuse, est collecté au point d'inoculation; il imbibe les tissus voisins, soit au sein même du foyer, soit dans les divertiéules qui en partent en fusée dans tous les sens; de nombreuses bulles de gaz fétide viennent donner la signature dela fermentation putride des tissus. Pendant la durée de survie de l'animal, le bacille reste cantonné au point de développement du phlegmon gazeux, mais la septicémie survient rapidement après la mort, surtout si on laisse le cadavre quelques heures à l’étuve à 37°. Comme pour le bacille d’Achalme, les spores n'existent pas pendant la vie, elles apparaissent rapidement dans les cadavres surtout s'ils sont mis à l’étuve et dans les pipettes de sérosité prélevée au niveau du foyer après la mort ou même pendant la vie : ces pipettes sont fermées à la lampe et mises à l’étuve.
De nombreux travaux ont été faits sur les toxines du vibrion
septique, l'immunisation et la sérothérapie.
* Les travaux de Roux et Chamberland, de Besson ont fixé les propriétés des toxines; Besson a étudié les propriétés chimiotaxiques négatives de la toxine et signalé l’innocuité des inoculations de spores pures. La toxine active de Leclainche et Morel, obtenue par culture du vibrion septique en bouillon Martin et simple décantation, tue le lapin en injection sous-cutanée à la dose de 5 à 6 cc. en injection intraveineuse à la dose de 5 à 6 gouttes.
D'après Leclainche et Vallée, on peut préparer un vaccin pour le vibrion septique d’après la méthode imaginée par Arloing,
Cornevin et Thomas pour le charbon symptomatique. Du sang d'un animal mort de septicémie est recueilli dans des pipettes scellées et mis à l'étuve à 37° 5 jours. Ensuite, selon le procédé d’Arloing, le contenu des ampoules est desséché; il constituera un vaccin.
La vaccination du cobaye a été obtenue par Roux et Chamberland par trois injections, faites de 3 jours en 3 jours, de 40 cc. de culture en bouillon chauffée 10 minutes à 110°. Les mêmes auteurs ont obtenu l'immunité par 7 ou 8 injections au cobaye d'un centimètre cube de sérosité d'œdème septique filtré sur porcelaine. Besson l'obtient par inoculation successive de doses d’abord minimes (un dixième de goutte) progressivement augmentées de sérosité septique intégrale.
Leclainche par des inoculations intraveineuses puis intramusculaires de sérosité virulente puis de cultures en bouillon Martin à l'âne, animal presque réfractaire, a obtenu un sérum dont l'effet est trop peu prolongé pour être vraiment utilisable. Signalons une propriété importante du sérum de Leclainche; il agglutine en quelques minutes les cultures jeunes de vibrion en bouillon Martin à une dose variant de 1/30° à 1/3000°. Nous donnerons à la fin de nos recherches une progression de vaccination du cobaye par les cultures aérobisées de Vibrion septique.
IT. — Expériences originales. — Nos expériences sur le vibrion septique seront rapportées dans l’ordre adopté pour l'étude du bacille d'Achalme.
1° Le premier point à signaler est la mensuration de l'anaérobiose.
a+ MENSURATION DE L'ANAÉROBIOSE PAR CULTURE EN GAMME ASCENDANTE DE PRESSION. — Nous rappelons que celte mensuration se fait en tube de lait ou de bouillon de 1 em. 1/2 de diamètre et 5 centimètres de hauteur. Les tubes sont achalmisés à des pressions variables. Dans ces conditions, tous les tubes à pression inférieure à 36,5 c’est-àdire à vide supérieur ou égal à 40 centimètres donnent en 24 heures une culture abondante. Entre la pression de 36,3 et 46,5, c'est-à-dire avec un vide de 40 à 30 centimètres, la culture se développe en 2 à 5 jours; elle est d'autant plus tardive et d'autant
moins abondante que la pression est plus forte. Quelques tubes même ne donnent lieu qu'à un développement histologique.
b. MENSURATION DE L'ANAÉROBIOSE PAR CULTURE EN ÉCHELLE DE HAU- TEUR. — Nous avons déjà dit que sur lait crémeux, il ne saurait être question de diamètre ou de hauteur; tout tube de lait crémeux est un tube cacheté; le vibrion septique s’y développe abondamment. Le lait écrémé, ensemencé à la pipette dans la profondeur avec 7 à 10 gouttes d’une culture anaérobie, donne en 24 heures une culture abondante avec digestion du lait, à condition que le tube contienne une hauteur de liquide de 9 à 10 centimètres au moins pour un diamètre de 4 cm. 1/2. L'eau peptonée et le bouillon donnent de beaux résultats au-dessus de 15 centimètres; des résultats satisfaisants au-dessus de 12 cm. 1/2; entre 11 centimètres et 12 cm. 1/2, les cultures sont inconstantes et faibles ; il s’agit bien entendu de tubes à diamètre de 1 cm. 1/2.
L'eau blanc d'œuf et l’eau fibrine donnent de belles cultures avec des colonnes de liquide de 11 à 15 centimètres.
Dans toutes ces cultures, le bacille se développe avec les propriétés chimiques, digestion de l’albumine de l'œuf, de la caséine, etc.
2% Il est facile de passer de la mensuration de l’anaérobiose à l'adaptation de la vie aérobie. On y arrive soit par gamme ascendante de pression, soit par culture en tubes profonds de hauteur progressivement décroissante.
a. AÉROBISATION PAR CULTURE EN GAMME ASCENDANTE DE PRESSION. — Si on ensemence dans des tubes de bouillon ou de lait de 1 cm. 1/2 diamètre et 5 à 6 centimètres hauteur, une culture de vibrion septique en tube d'Achalme fermé à une pression de 40 centimètres, et qu’on les achalmise à pression variable, on obtiendra aisément de belles cultures avec une pression de 43 centimètres par exemple. De 5 en 5 jours la même opération sera refaite, et on arrivera ainsi à une culture vraiment aérobie en lait ou bouillon de 1 cm. 1/2 diamètre et 6 centimètres hauteur. Pour cette expérience, il est de beaucoup préférable d'utiliser le lait écrémé au bouillon, qui quelquefois peut laisser mourir le germe. Les repiquages sont faits
comme toujours à la pipette avec une quantité suffisante de
culture.
b. AÉROBISATION PAR CULTURE EN ÉCHELLE DESCENDANTE DE HAUTEUR. — La méthode consiste à attendre le plein développement du tube de culture, puis à le repiquer dans un tube où la colonne de liquide a A centimètre de hauteur en moins. On peut procéder plus rapidement mais moins sûrement en mensurant l’anaérobiose de chaque tube profond et en utilisant en série le tube de hauteur minima
obtenu.
Prenons un tube de lait profond 1 1/2 diamètre, 10 hauteur,
abondamment développé; de à en 5 jours repiquons en série dans des tubes à colonne 1 1/2-9, 1 1/2-8, etc., nous oblenons aisément une culture repiquable de vibrion septique en lait 1 1/2 diamètre, 3 hauteur.
Prenons un tube d’eau blanc d'œuf de 15 centimètres dehauteur et de 1 cm. 1/2 de diamètre. En 5 jours le vibrion septique y a pullulé. Ensemençons avec ce tube initial un tube 11/2-14, il s'y développe une riche culture; 4 à 5 jours après, ce deuxième tube sert à ensemencer un troisième tube et ainsi de suite; on arrive alors au tube 1 1/2-2 centimètres et dans ce tube le blanc d'œuf est digéré, le vibrion septique sporule; bref, rien n’est modifié de la bactérie primitive.
L'eau peptonée et le bouillon ordinaire étaient pour le bacille d'Achalme de piètres milieux. Pour le vibrion septique un repiquage de 3 en 3 jours fait aisément passer du tube 1 1/2-14 au tube 1 1/2-3 vraiment aérobie.
Le vibrion septique accoutumé à la vie aérobie, après quelques passages sur les tubes de culture à colonne basse finit par donner sur gélose inclinée des cultures d'abord pauvres, puis de plus en plus abondantes. Ces cultures présentent les aspects suivants. Au début, on voit se développer sur la gélose quelques colonies isolées ayant de 1 à 5 millimètres de large, peu saillantes, arrondies, à contours précis, humides, presque crémeuses, d’une teinte opaline ou bleutée (voir fig. 7).
Plus tard, ensemencé dans le liquide de condensation que l’inclinaison du tube étale ensuite à la surface de la gélose, le vibrion donne des cultures couvrant la surface de la gélose en nappe sail-
lante, humide, opaline ou bleutée. Les cultures sont identiques, mais plus belles sur gélose sang et sur gélose hémoplase.
Dans toutes ces expériences d’aérobisation, le vibrion septique est resté identique à lui-même, c’est-à-dire un microbe à fonction chimique trypto-butyrique, sporulant abondamment dans les milieux neutres, tuant au début les animaux de phlegmon gazeux avec septicémie agonique. La suite de son aérobisation va nous montrer d'importantes modifications. Car le vibrion septique évoluera comme le bacille d’Achalme en trois phases; la première que nous venons d'étudier, phase d'intégrité des fonctions chimiques et biologiques; la deuxième, où les fonctions chimiques et biologiques tendent à disparaître dans les cultures aérobies mais se régénèrent dans les cultures anaérobies; la troisième, où en dehors d'artifices spéciaux le bacille semble devenir un microbe sans importance n'ayant plus du vibrion septique que le nom.
Il nous faut relever cependant quelques particularités qui appartiennent en propre à l’aérobisation du vibrion septique. Les voici :
«. Sans doute à cause de la facilité d'obtention des cultures sur gélose inclinée, les fonctions chimiques sont gardées intactes jusqu'à la deuxième, troisième et même cinquième génération sur gélose inclinée.
&. Le pouvoir chimique résiste plus longtemps à l’aérophilie que le pouvoir pathogène.
y. Il est facile d'obtenir plusieurs générations successives de culture sur gélose inclinée.
Précisons maintenant quelques points de détail.
Dans la première étape se produit, fait biologique de la plus haute importance, une dissociation entre l’atténuation rapide du pouvoir pathogène et la conservation des fonctions chimiques. Après quelques générations, le vibrion septique peut devenir inoffensif. Ainsi le 19 mai 1906 nous inoculons à une souris blanche 2 cc. du tube S.103, culture de 24 heures en lait profond digéré. Ge tube S.103 était un repiquage d’une culture en gélose inclinée V.851 ayant donné une de nos plus belles nappes bleutées. Le 25 mai 1906, cette souris reçoit à nouveau 14 ce. du tube V.13 lait
digéré; elle a parfaitement résisté aux deux inoculations. Le seul phénomène constaté a été l'immobilité de la souris pendant quelques heures après l'injection. Une autre souris a reçu le 25 mai 1906 une inoculation de 2 ec. de bouillon contenant en dilution la moitié d'une culture sur gélose inclinée. Elle a guéri bien que le tube de gélose inclinée eût été obtenu par repiquage du tube S.105, tube aérobie d’eau blanc d'œuf, à digestion rapide.
La perte des fonctions chimiques débute après la 4° ou à° culture sur gélose inclinée obtenue en série. Elle est reculée si on intercale entre les tubes de gélose inclinée quelques passages en lait bas ou en eau blanc d'œuf. D'abord on obtient des réactions chimiques moins franches, tardives, atténuées, incomplètes, comme certains tubes de culture où le lait n’a perdu son apparence normal que le 6° ou le 10° jour; puis le pouvoir chimique se supprime, le blanc d'œuf garde ses arêtes, l’eau qui l'entoure devient seulement un peu louche. À ce moment les repiquages parallèles sur milieux anaérobies régénèrent les fonctions chimiques classiques; c'est le stade des anaérobies de reconstitution.
Dans les cultures sur gélatine nous retrouvons le même phénomène, que nous avons signalé en étudiant l’aérobisation du bacille d'Achalme. Le pouvoir de digestibilité de la gélatine dure pendant tout le 2° stade et ne s’atténue pour disparaître que pendant le 3e. Ainsi le 7 septembre 1906 nous repiquons sur gélatine inclinée un tube eau blanc d'œuf anaérobie non digérée et la gélatine est liquéfiée en 48 heures; nous pourrions citer de nombreux exemples de ce phénomène.
Cependant le vibrion septique continuant son évolution d'aérobisation arrive à l’étape de neutralité. Les inoculations à la souris même répétées provoquent à peine un léger malaise, dû plus à la distension des tissus qu’à la nature du germe rapidement phagocyté; bientôt elles paraissent indifférentes. Le lait, l'eau cube de blanc d'œuf paraissent intacts, quoique l'examen sur lamelles montre de nombreux bacilles fins, étroits, allongés, avec quelques formes courtes et trapues, au milieu d'un grand nombre de formes normales. La mobilité est conservée longtemps, encore qu’'atténuée.
En dernier lieu la gélatine n'est plus digérée; ainsi les tubes 120 V. el 742 V. eau œuf anaérobie et eau œuf aérobie non liquéfiées repiqués sur gélatine n'ont pas digéré cette substance.
Il était évident & priori, c'est un fait que nous avons établi, que la reconstitution en anaérobie pourrait ne pas se manifester à la première génération et reparaître plus tard. Ainsi à la fin du 2° stade, souvent un tube eau blanc d'œuf cacheté ensemencé avec un tube de lait intact présente un développement abondant mais non tryptogène. Repiquons ce tube en série : le 2° tube cacheté d’eau blanc d'œuf louchira, le 3° donnera une culture tardivement tryptogène, le 4° sera une véritable culture de reconstitution. Tant il est vrai que tout réside dans l'adaptation au milieu, avec perte ou acquisition progressive de propriétés et de fonctions, dont aucune n’est fonction intégrale du bacille même.
Le même phénomène de reconstitution tardive se retrouve dans les repiquages anaérobies en lait cacheté. Un tube de lait cacheté gardé en armoire, pour démontrer la perte du pouvoir chimique, est retrouvé digéré 15 jours après. Fréquemment nous avons obtenu des reconstitutions chimiques de 4° et 5° générations.
Nos expériences ont précisé la valeur de la sporulation aérobie et de l’anaérobie de reconstitution.
L'anaérobie de reconstitution, comme pour le bacille d’Achalme, fait retour au type anaérobie. Nous avons indiqué avec l'étude de ce premier germe quelques précautions de technique sur lesquelles nous ne reviendrons pas.
Voici quelques expériences :
Le tube Vs 110 du 10 maï 1906 est un tube anaérobie de reconstitution obtenu par repiquage en eau blanc d'œuf cacheté d'un tube de gélose inclinée Vs 881 du 4 mai. Le 15 mai 1906 la digestion du blanc d'œuf est presque achevée. Ce jour-là il est repiqué sur le tube S 198 gélose inclinée qui donne en 48 heures une belle nappe homogène. Mais le 30 mai 1906 tous les repiquages sur gélose inclinée échouent.
Le 4 mai 1907 nous repiquons avec le tube Vs 110 des tubes de gélose inclinée qui restent négatifs et un tube de lait cacheté, qui se développe abondamment en 2 jours. Ce tube cacheté est repiqué sur V 7.5.5 eau œuf aérobie 1 1/2 diamètre, 41/2 hauteur (négatif); V 7.5.6 lait aérobie 1 1/2 diamètre, 11 hauteur (positif); V 7.5.7 gélose inclinée (résultat négatif); V 7.5.8 lait aérobie 1 1/2 diamètre, 3 hauteur (négatif). Un tube de lait 1 1/2 diamètre 7 1/2 hauteur a donné par exception une culture tardive maigre le 15° jour. En
résumé l'anaérobie de reconstitution avait la même mensuration d’anaérobiose que le germe anaérobie initial.
La sporulation aérobie du vibrion septique produit facilement des races nouvelles. Selon notre terminologie, le vibrion septique devient alors l’aérovibrion septique. En voici la démonstration :
Le tube Vs n° 2 du 9 mai 1906 vient du repiquage en eau blanc d'œuf du tube de gélose inclinée V 880, sixième génération sur gélose inclinée de vibrion septique. Ce tube est repiqué le 7 mai 1907 sur les tubes suivants : gélose inclinée, lait cacheté, eau œuf 4 1/2 diamètre, 14 hauteur; lait 1 1/2 diamètre, 8 1/2 hauteur; lait 1 1/2 diamètre, 4 hauteur; eau œuf 1 1/2 diamètre, 6 hauteur. Dans tous ces tubes, développement abondant de vibrion avec toute sa puissance chimique, digestion du blanc d'œuf, digestion de la caséine, etc. Les tubes de lait bas ont eu toutefois un développement tardif. Mais le tube de gélose inclinée a pu être repiqué en série à l’üse sur gélose inclinée et bouillon bas.
Le tube Vs 805 du 25 avril 1906 est une culture de troisième génération en eau blanc d'œuf. Il est repiqué avec succès sur eau œuf aérobie 1 1/2-12 et sur lait cacheté le 5 mai 1907. Le 6 mai le lait cacheté est repiqué avec succès sur VA lait 1 1/2-5 1/2, V2 lait 4 1/2-3, V3 lait 1 1/2-9, V4 bouillon gélatiné 1 1/2-8. Le microbe s'y développe avec ses caractères spécifiques; la culture se poursuit en série et donne sur gélose inclinée les belles nappes homogènes que nous avons décrites précédemment.
Le 1° mai 1906, Vs 805 avait donné de belles cultures sur gélose inclinée dont il ne faut pas tenir compte.
Ainsi le vibrion septique a pu garder son aérobisation, et donner des repiquages positifs, même par réensemencement direct des spores, ,
Trois points méritent encore d'être étudiés; le premier a trait à l'aérobisation obtenue par les cultures en culot de gélatine; le deuxième se rapporte à nos expériences en tubes étroits ; le troisième bien plus important pose la question de l'emploi des cultures aérobisées pour l’immunisation et la vaccination des animaux contre le vibrion septique.
La culture en culot de gélatine peut, comme nous l'avons déjà affirmé, servir à l’aérobisation soit par simple vieillissement, soit
par culture en séries de tubes de plus en plus bas. Ainsi le 12 septembre 1906 nous mensurons l’anaérobiose d’un tube Liborius de gélatine de 1 1/2 diamètre, 4 hauteur liquéfiée par le vibrion septique. Elle nous donne les résultats ordinaires; cultures avec digestion du lait en colonne de 1 1/2 diamètre, 9 1/2 hauteur; cultures négatives en lait 1 1/2 diamètre, 6 hauteur. Le 2 octobre 1906, culture positive sur lait 1 1/2-6, le 9 octobre sur lait 1 1/2-4, le 13 octobre on descend 1 1/2 diamètre 2 1/2 hauteur et le 45 octobre un repiquage sur gélose inclinée donne une culture en nappe homogène, selon le type précédemment décrit. Le 22 octobre nous faisons une série de repiquages sur tous milieux; tous sont positifs. Le microbe a gardé, à ce moment, chimisme et pouvoir pathogène.
Voici maintenant un exemple d’aérobisation par culture en série sur tubes Liborius de gélatine :
Un tube de vibrion septique en gélatine Liborius de 1 1/2 diamètre et 4 hauteur s’est développé abondamment le 12 septembre 1906. Il est repiqué le 13 octobre sur un tube de gélatine de 1 1/2 diamètre et 3 hauteur, et ce deuxième tube donne d'emblée des repiquages positifs sur lait de 3 à 4 centimètres de hauteur. Le 22 octobre 1906, le deuxième tube est repiqué sur un troisième tube de gélatine Liborius et cette troisième culture est d'emblée absolument aérobisée, car elle donne sur gélose inclinée de belles nappes homogènes.
4° Nous ne voulons pas à propos du tube étroit rapporter toutes les expériences qui pour le vibrion septique sont analogues aux expériences faites avec le bacille d'Achalme.
Signalons seulement la suivante.
Le 26 octobre 1906, nous faisons une série de repiquages avec un tube de lait cacheté, où s’est développé le vibrion septique. Or nous constatons que sur bouillon, la hauteur utile de liquide est de 12 cm. 1/2 pour un diamètre de 1 em. 1/2, de 9 centimètres pour un diamètre de 1 centimètre, de 6 centimètres pour un diamètre de 1/2 centimètre.
Sur lait, il faut, comme nous l'avons établi, avec un diamètre de 4 cm. 1/2 une hauteur de 9 cm. 1/2, tandis que le diamètre de 1 centimètre permet la culture jusqu’à 7 centimètres de hauteur.
50 Mais l'immunisation des animaux retiendra plus longtemps notre attention; encore que la rareté des affections à vibrion septique, et les procédés antérieurs cités à l'étude générale du germe diminuent de beaucoup l'intérêt de cette étude.
Nous avons pu, grâce à la rapide déchéance du pouvoir pathogène, utiliser les cultures en lait profond digéré de 4° à 5° repiquage.
La souris n’est tuée qu'avec des doses considérables. Ainsi le 16 mai 1906 une souris blanche reçoit 2 cc. de lait digéré, et ne meurt que le 9 juin, 24 heures après une deuxième inoculation de 4 ce. La souris $ reçoit le 16 mai une inoculation de 3 ce. de lait digéré et meurt le 9 juin, ayant reçu la veille une nouvelle dose de 3 CC.
Le cobaye est particulièrement facile à allobi-vacciner contre le vibrion septique. Il supporte admirablement 1 ce. d'une culture dans les conditions énoncées plus haut, alors qu'une dose deux fois plus forte serait mortelle. Les injections suivantes se font de 4 en 4, ou de 8 en 8 jours, en ayant soin de surveiller le poids de l'animal qui ne doit pas baisser entre deux injections. Après 8 à 10 injections à doses progressives, on inocule des cultures anaérobies en bouillon, puis le lait à doses croissantes de 1 à 20 gouttes. Mais souvent on peut d'emblée injecter une forte dose de culture virulente. Ainsi voici la progression utilisée dans la vaccination du cobaye n° 84.
Il a reçu les doses suivantes de culture en lait profond digéré (1 1/2-15) âgée de 15 à 30 jours, et repiquée en conséquence.
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Le 21 juillet il recevait une injection de 1 cc. de culture anaérobique virulente en bouillon gélatinée âgée de 8 jours; restait blotti dans la cage jusqu’au 23 et guérissait absolument.
6° Grâce à l’amabilité du prof. Leclainche, nous pouvons décrire une expérience qui démontre spécifiquement l'identité du vibrion septique et de notre vibriogène septique, c'est-à-dire du vibrion aérobisé déchu de ses fonctions fermentatives et de son pouvoir pathogène.
Dans leurs belles recherches sur la sérothérapie des affections dues au vibrion septique, Leclainche et Morel (Annales de l'Institut Pasteur, 1901) ont montré que le sérum antisepticémique agglutinait à un taux considérable les cultures de vibrion septique. Or ce pouvoir agglutinatif est la dernière propriété que garde le vibriogène septique; de même, nous le verrons plus loin, le bacillogène du tétanos garde comme dernière propriété l’agglutinabilité par le sérum antitétanique.
Voici quelques-unes de nos expériences :
Elles ont été faites soit avec des émulsions en bouillon neuf de cultures sur gélose inclinée, soit avec des cultures vivantes en bouillon. Les cultures formolées et les cultures sur lait se prêtent mal à ces expériences.
a.) Si on additionne un tube de bouillon, contenant 6 cc. de ce milieu, de 1 cc. de sérum antisepticémique et qu'on l’ensemence avec un vibriogène récemment obtenu, le bouillon reste clair au lieu de se troubler uniformément et après 48 heures laisse se déposer des flocons denses qui se dissolvent mal dans le liquide par agitation. Sur lamelles, amas et bacilles libres.
b) Si on additionne une culture trouble bien développée de vibriogène en bouillon de 1/10° de sérum spécifique, la culture s'éclaircit incomplètement et des flocons difficilement émulsionnables se déposent au fond du tube.
Ces expériences ne réussiront que tant que persistera à un taux suffisant la propriété agglutinative. Or cette propriété facile à mesurer décroît assez rapidement,
Le 6 juin 1907 nous mensurons l'agglutinabilité d'un tube de culture en bouillon de vibriogène et nous obtenons les résultats
suivants, après contrôle d'absence d’amas dans la culture :
À 1/2, agglutination massive immédiate.
À 1/10, agglutination massive en 5 minutes.
A 1/50, agglutination par petits amas en 30 minutes ; à ce moment, il ne reste plus de bacilles libres.
Comme contrôle, nous examinons l’action du sérum antidiphtérique sur notre culture.
A 1/2, agglutination massive.
A 1/10, pas d’agglutination après 10 minutes. Quelques petits amas rares au milieu des bacilles libres et mobiles après une heure. Le pouvoir agglutinatif du sérum de Leclainche et Morel est donc spécifique. Avant de disparaître, il se maintient très longtemps au taux de 1/2, nouvelle analogie, comme nous le verrons, avec l'action du sérum antitétanique sur le bacillogène du tétanos.
Nos expériences de contrôle nous ont montré que le sérum normal de cheval avait un pouvoir agglutinatif sur le vibrion septique : ce fait ne nous paraît pas avoir été signalé dans les traités classiques; il est à rapprocher de l’action immunisante, inconstante d’ailleurs (Leclainche et Morel), du sérum ordinaire de cheval contre les affections à vibrion septique.
IIT. — Rapports du vibrion septique et de la bactérie septique aérobie de Legros. — A la suite de cette étude de l’aérobisation du vibrion septique, nous voulons préciser les rapports qui peuvent exister entre le vibrion septique aérobisé et la bactérie septique aérobie de Legros, dont l'existence est aujourd’hui reconnue par tous les bactériologues. L'intérêt de ce parallèle est facile à saisir; car il est de la plus haute importance pour nous de pouvoir affirmer que la bactérie septique de Legros peut être considérée comme une forme d’aérobisation spontanée du vibrion septique ou d’un anaérobie voisin. Entrons dans la discussion exacte :
Entre le vibrion septique aérobisé au premier stade et la bactérie septique aérobie, existent quelques différences des fonctions biologiques, chimiques et pathogènes; elles sont importantes, mais non fondamentales.
La mobilité du germe de Legros est considérable : « Les mouvements (thèse, p. 28) sont rapides, comparables à ceux de jeunes
LR)
bacilles d'Eberth ». Au point de vue de l’aérobiose, signalons ce fait. « Nous l'avons maintenu, dit Legros, pendant 6 mois et une série de 15 passages successifs dans des conditions de vie strictement anaérobie sans voir varier au bout de ce temps ses aptitudes primitives ». Il serait capital si nous n'avions vu que la sporulation aérobie du vibrion septique crée une race nouvelle fixée dans son degré relatif d'anaérobiose.
Nous passons rapidement sur le voile qui se forme en 16 à 20 heures à la surface des cultures en bouillon de bactérie septique aérobie. Malgré la digestion commune de l'albumine de l'œuf, avec formation d'HS et d’ammoniaque, etc., malgré la réduction commune des nitrates, nous notons dans les fermentations des hydrates de carbone d'importantes différences. Alors que le vibrion septique digère le blanc d'œuf en présence de la glycérine, ce qui veut dire qu'il ne fait pas fermenter la glycérine (Achalme, loco citato), la bactérie de Legros attaque, il est vrai lentement, cet hydrate de carbone. La glycose et le galactose fermentés par le microbe de Legros sont respectés par le vibrion de Pasteur, de même l’amidon, etc. Ce sont là les plus gros écueils à la thèse d'identité. Les sérosités organiques non coagulées recueillies aseptiquement sont très favorables à la bactérie aérobie, indifférentes ou même peu utilisables (Achalme) par le vibrion. La virulence est moindre. L'inoculation au cobaye de la bactérie septique aérobie en culture donne une tuméfaction passagère du membre inoculé, en culture mixte une escarre locale assez limitée et à cicatrisation rapide. Il faut ajouter à la culture un autre germe pathogène pour tuer de septicémie les jeunes cobayes. Seule l'addition d'acide lactique au cinquième reproduit le phlegmon gazeux avec ses désordres épouvantables.
Le passage en série par le cobaye ne dispense pas après six passages de l'addition d’acide lactique; le lapin succombe rarement après inoculation sous-cutanée. Mais nous avons vu s’atténuer rapidement la virulence du vibrion septique aérobisé. En résumé, la bactérie septique aérobie de Legros peut être considérée comme une forme atténuée par l'aérobisation sinon du vibrion septique dont elle diffère par les fermentations produites, au moins d'un anaérobie voisin de ce vibrion.