‹ Recherches sur les Modifications de la Pression Veineuse Ambulatoire chez les Variqueux (Travail de la Clinique Chirurgicale et du Laboratoire de Chirurgie Expérimentale de l’Hôpital Tastet-Girard, Professeur L. Massé.)Chapitre 27 sur 38 · RÔLE DE LA CONTRACTION MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

RÔLE DE LA CONTRACTION MUSCULAIRE

Faisons tout d’abord une mention spéciale pour le diaphragme dont le fonctionnement est rythmique et dont le rôle est prépondérant dans l'inspiration : en s’abaissant, il accroît la cavité thoracique. Il agit en outre sur les veines abdominales en reflouant les viscères et en augmentant la pression intrapéritonéale. Le sang se trouve ainsi aspiré d'un côté et refoulé de l’autre.

Tout muscle squelettique qui se contracte, se raccourcit et durcit. I] comprime ainsi les veines qu'il contient et celles qui se trouvent à son voisinage. Le sang ainsi chassé est canalisé à sens unique grâce aux valvules. Lorsque le muscle se relâche, il se produit un appel sanguin qui ne peut provenir que de l’amont, car les valvules empêchent tout mouvement rétrograde.

L’anatomie du membre inférieur, en particulier, est admirablement conçue pour promouvoir le retour veineux dans l'exercice. Les muscles sont étroitement engainés dans des aponévroses inextensibles et leurs variations de volume se feront aux dépens des veines qu'ils contiennent ; quand ils se contractent, leur partie la plus large, ( équatoriale », leur « ventre », se déplace dans une direction proximale par rapport à la racine du membre, comme on peut le voir sur le triceps sural lorsqu'on se tient sur la pointe des pieds. Ce mouvement produit un massage ( vers le haut » des veines profondes.

À cette phase « systolique » de la contraction musculaire fait suite une phase « diastolique » correspondant au relâchement du muscle, lors de laquelle se fait l'appel sanguin ; les veines profondes sont à ce moment vides de sang et

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leurs parois, après avoir été comprimées, reprennent leur forme normale, cette réplétion entraîne une pression négative. Cette action de ( pompe aspirante musculaire » («pump out action ») a pu être mesurée au niveau du membre inférieur. BARCROFT et DORNHURST demandent à un sujet de placer sa jambe dans un système clos, dont on peut mesurer les variations de pression, et d'effectuer un certain nombre de contractions musculaires, dont la force est mesurée au dynamomètre. [] y a une diminution de volume à chaque contraction et une augmentation à chaque relâchement. Si on place autour de la cheville un manchon pneumatique, afin de créer un obstacle au courant sanguin, on constate qu'une pression de 90 à 100 mm de mercure permet encore des variations de volume normales. Ce que les auteurs interprètent en disant que les muscles de la jambe sont capables d’aspirer normalement le sang veineux malgré une résistance de 100 mm de mercure.

Dans une physiologie un peu simpliste, on peut concevoir au membre inférieur un groupe « musculo-veineux » fémoral et un autre musculo-veineux tibial. La ténotomie qui diminue l’action des muscles de la jambe, et l’ankylose du genou qui diminue l’action du quadriceps, entraînent une hyperpression veineuse à l'exercice (BoyD et coll.).

La veine poplitée représente un conduit valvulé entre les deux groupes. Le creux poplité est comme le pli du coude, l’aisselle, le pli de laine, un type de confluent veineux ; là se donnent rendez-vous et convergent les veines tibiales, les veines péronières et les collatérales de la veine pophitée selon des combinaisons très variables et parfois en un lacis veineux inextricable (plexus sural de BRAUNE). Les mouvements de flexion et d'extension du genou, suivant qu'ils tendent ou relâchent l’aponévrose poplitée, compriment le plan veineux, ou au contraire, créent autour de lui une atmosphère de faible pression qui favorise l'appel du sangidans la veine principale.

Le retour veineux se fait facilement si les contractions des différents groupes musculaires sont rythmées, intermittentes, de courte durée et se font segment par segment. Mais si tout le membre se trouve en état de contraction au même moment, ou si les contractions de groupes musculaires différents se suivent l’une l’autre avec une grande rapidité, les veines profondes pourraient se trouver comprimées simultanément, ce qui conduirait à un blocage de la circulation veineuse. Afin de prévenir une telle éventualité, il existe un deuxième système veineux qui, lui, est superficiel, et par suite n'est pas soumis à la compression musculaire. Ainsi, la circulation de retour a la possibilité de contourner un groupe musculaire en état de contraction et, passant outre, de se Jeter dans une veine profonde en aval.

Précisons plus anatomiquement ces données.

De la direction des valvules dans les branches anastomotiques, HOUZÉ a déduit qu'au pied le sang va des veines profondes aux veines superficielles et des veines plantaires aux veines dorsales. Au repos, les veines de la plante se remplissent ; dans l’appui sur le sol, les espaces intermétatarsiens et les orifices de l’aponévrose s’élargissent, et le pied exprime, chasse le sang dans le réseau dorsal. Le sang peut alors se rendre dans les veines profondes de la jambe par le jeu des anastomoses, ou dans les veines superficielles qui sont en continuation directe avec l’arcade dorsale superficielle. La saphène externe naît de la marginale externe, chemine sur la face externe de la jambe, puis passe en arrière pour aller se jeter à la partie supérieure de la poplitée. Elle présente plusieurs anastomoses avec la saphène interne : une à la partie inférieure de la jambe, une autre, moyenne, audessous des jumeaux, une troisième enfin, supérieure ou ascendante, qui naît dans sa partie terminale, remonte sur la face postérieure de la cuisse, puis passe en avant, s’accole à la saphène interne et s’y ouvre à une hauteur variable ; ses valvules empêchent que le sang y reflue de la saphène

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interne. La saphène interne ou grande saphène naît à la face interne du pied, passe en avant de la malléole et longe la face interne de la jambe, du condyle interne, puis de la cuisse, pour s'ouvrir dans la veine fémorale commune, après avoir perforé le fascia cribriformis et décrit une courbe au-dessus du ligament d’Allan Burns. Les deux veines ont un certain nombre d'affluentes, la saphène interne reçoit à sa partie terminale des veines qui n'appartiennent plus au membre inférieur : sous-cutanée abdominale, honteuse externe et circonflexe iliaques. Des deux veines, c'est surtout la saphène interne qui communique par des perforantes avec le système veineux profond de la jambe. Ces perforantes peuvent être, soit des voies neutres, avalvulées (la plupart pour KLOTZ), soit des veines avec valvules conduisant le sang de la profondeur à la superficie, pour une faible part, les plus nombreuses pour POIRIER et CHARPY, conduisant le sang de la superficie à la profondeur. Ces mêmes auteurs ont d’ailleurs constaté que pour certaines anastomoses, la veine saphéno-tibiale postérieure par exemple, les valvules pouvaient avoir des orientations variables selon les individus.

À la cuisse, la saphène interne présente peu ou pas de communicantes, la plus constante étant une perforante avec la veine fémorale.

POIRIER et CHARPY rapportent également deux expériences intéressantes. Si on injecte un liquide coloré, sur le cadavre, dans la portion pédieuse de la saphène interne, l'injection remplit toutes les veines profondes de la cuisse et de la jambe jusqu'au talon ; si on pousse l'injection par les veines tibiales postérieures, on remplit toujours le système de la saphène interne jusqu'au même niveau. Ce qui montre avec quelle facilité la circulation de la saphène interne

est dérivée vers le réseau veineu profond.

Lorsque les veines intramusculaires sont vigoureusement et longtemps comprimées, la charge de ramener le sang veineux est donc dévolue au réseau superficiel, et ses veines auront tendance à se dilater ; ce qui serait, pour F. Jones Woop, à l'origine des « varices des athlètes ». Les dilatations vemmeuses du bras chez certains travailleurs de force ont probablement la même origine. Pour que de telles dilatations du système veineux superficiel soient possibles, encore faut-il qu'il soit entraîné à des dilatations importantes et brusques, et que l’afflux sanguin artériel soit, lui aussi, rapide et suffisant. Et, appliquant son interprétation jusqu'au pesage, K. HASEBROEK écrit : « C’est aux veines superficielles que l’on reconnaît un bon cheval de course. »

On peut également expliquer l’origine des varices des personnes sédentaires qui exercent leur métier debout, par l'action de la pesanteur qui s'oppose au retour du sang veineux. Les veines profondes ne peuvent en effet se dilater beaucoup parce qu'elles sont enchâssées dans les muscles, eux-mêmes engainés dans des aponévroses inextensibles. C’est encore le réseau veineux superficiel qui supportera le poids de la masse sanguine et aura tendance à se dilater.

Les muscles du membre inférieur effectuent bien constamment des contractions pour maintenir l'équilibre de l'homme debout, même immobile, mais ces contractions sont faibles, et bien que leur action ne soit pas négligeable, elle est insuffisante pour assurer un retour veineux suffisant. Lorsqu'un sujet reste trop longtemps en station debout immobile, le sang a tendance à stagner dans les parties basses du corps, il en résulte un déficit de l'irrigation des parties hautes, d’où sensation de vertige, d’éblouissements et même lipothymie (FABRE et ROUGIER) : c’est la classique perte de connaissance du jeune soldat trop longtemps au garde-à-vous.

De même, lorsque le système musculaire est entièrement en repos, relâché, le sang a tendance à s’accumuler à la

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périphérie. Il en est ainsi dans le sommeil chez l'homme et chez les animaux qui dorment couchés. La mimique familière du réveil a pour effet de ramener le sang veineux vers le cœur : s’étirer pour que l’extension maximum et les contractions musculaires chassent le sang veineux des membres, bâller pour créer une aspiration thoracique et une compression abdominale dont le résultat sera également un accroissement de l'apport veineux au cœur.

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