‹ Recherches sur les Modifications de la Pression Veineuse Ambulatoire chez les Variqueux (Travail de la Clinique Chirurgicale et du Laboratoire de Chirurgie Expérimentale de l’Hôpital Tastet-Girard, Professeur L. Massé.)Chapitre 36 sur 38 · APPLICATIONS · texte numérisé non relu

APPLICATIONS

L'épreuve de la marche dans la mesure de la pression veineuse représente actuellement le seul test fonctionnel objectif et mesurable de la valeur de la circulation de retour du membre inférieur. Certes, les phlébologues utilisent avec maîtrise les tests de TRENDELENBURG et de PERTHES et les renseignements qu'ils en retirent permettent de mettre en évidence et de localiser avec assez de précision une insuffisance valvulaire. Mais encore faut-il que l'insuffisance veineuse se manifeste sous forme de varices. De plus, les résultats de ces tests sont trop souvent « douteux ».

En ce qui concerne la phlébographie, il est souvent difficile d'interpréter des films, même d'excellente qualité, parce que l’on ignore si les défauts de remplissage des veines par le produit opaque (filling defects) sont bien dus à des lésions organiques. La présence et la compétence des valvules soulève aussi bien des questions. On manque d’éléments de référence solides, surtout dans les cas douteux, les phlébographies réalisées chez des sujets normaux étant trop rares et les variations anatomiques et physiologiques chez ces mêmes sujets étant trop nombreuses. « C'est pourquoi, dit Boyp, il est devenu nécessaire de posséder un test fonctionnel de l'efficience veineuse en plus des informations d'ordre anatomique fournies par la phlébographie. » Cet auteur, ainsi que MooORE, ont déjà réalisé un grand nombre d'examens ainsi couplés pression veineuse - phlébographie et en tirent la conclusion que le test de la marche est « le reflet le plus fidèle de l’état des veines ». Pour MooRE, le premier examen à pratiquer envers

un variqueux est d’abord la mesure de la pression veineuse, : puis, si besoin, la phlébographie ascendante, enfin la phlébographie rétrograde.

L'intérêt du test n’est pas moins grand comme critère thérapeutique que comme moyen de diagnostic. En effet, multiples sont les traitements médicaux et chirurgicaux des troubles veineux, mais il est bien difficile de les estimer à leur valeur exacte. Prenons le cas d’un malade hospitalisé pour ulcère variqueux et pour varices. D'abord le malade reste alité : son ulcère est traité énergiquement : antibiotiques, pâtes dermatologiques, hydrolysats, greffes. On fait un bilan général du malade et on corrige ses déficiences (crase sanguine) s’il y a lieu. Puis après l'intervention chirurgicale, le malade part en convalescence : on lui a ordonné le port d’une bande élastique à mettre le matin avant le lever, on lui a prescrit un traitement médical adjuvant, on lui a donné des conseils d'hygiène. Le malade est guéri, mais quelle en est la raison exacte? L'intervention chirurgicale, la contention, le ( nettoyage » de son ulcère ou les conseils d'hygiène qui ne sont pas négligeables ? La guérison peut d’ailleurs n'être qu'apparente et l'insuffisance veineuse a fort bien pu rester ce qu'elle était. C’est pourquoi la mesure de la pression veineuse ambulatoire avant et après un traitement permet de porter un jugement quasi-irréfutable sur celle-ci. Il faut reconnaître que les mesures pratiquées jusqu à présent avec un recul suffisant et qui ont surtout porté sur l'opération de Gunnar BAUER (ligature de la veine poplitée), sont très défavorables.

Enfin, chez des artéritiques, le test de la marche présente le même intérêt pour savoir si l'intervention a été efficace et suffisante, selon que le temps de retour a été ou non ramené à la normale.

Nous avons parlé des interventions chirurgicales comme exemple, mais le test est également utilisable pour apprécier l'efficacité d’un traitement médical ou thermal.

OE

Il nous semble vivement souhaitable que l'emploi de l'épreuve de la marche, dans la mesure de la pression veineuse du membre inférieur, se généralise. Face au véritable fléau social (1) que représentent les troubles veineux du membre inférieur, il y a là un instrument de recherche, un moyen d'investigation diagnostique et un élément de critère thérapeutique.

N.B. - (1) Aux Etats-Unis, les varices tiennent le 7° rang des 28 maladies chroniques les plus fréquentes. Au Danemark, la fréquence de l’ulcère variqueux est la même que celle du diabète, de la tuberculose osseuse et du cancer. En 194, une compagnie d'assurances d'Oslo, pour 185 cas d’ulcère variqueux, a indemnisé en moyenne 37 jours de maladie pour chaque malade.

Pendant l’année 1954, en France, la Sécurité Sociale a admis à bénéficier de l'assurance longue maladie 3.245 malades, pour ( maladie des veines », contre 2.717 pour diabète ; pendant la même année, elle a versé d2s pensions d'invalidité à 526 personnes pour miladie des veines contre 482 pour diabète.

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