CHAPITRE n
Maladies dans lesquelles la fibrine reste en quantité normale ou diminue, en même temps que les globules restent aussi en quantité normale ou augmentent.
L'augmentation de la fibrine, caractère constant de l'état phlegmasique , est-elle liée à la nature même de cet état, ou bien dépend-elle de l'existence de la fièvre qui l'accompagne? On peut d'autant plus se poser cette question, que dans l'état phlegmasique la fibrine diminue dès que la fièvre cesse , comme dans la tuberculisation pulmonaire elle augmente dès que la fièvre s'allume d'une manière continue. Nous ne craignons pas cependant
d'affirmer que c'est de l'état phlegmasique, et non de la fièvre qui l'accompagne, que dépendait l'augmentation de fibrine dans les cas que nous avons passés en revue j si, dans ces cas, nous avons vu souvent la fibrine croître avec la fièvre, c'est que la violence de celle-ci traduisait la plus grande intensité de l'état pblegmasique. Il est en effet une autre grande classe de maladies aiguës dans lesquelles le pbénomène fondamental est une fièvre aussi intense et souvent plus durable que la fièvre des plilegmasies, et dans lesquelles le sang va cependant se présenter à nous sans augmentation de fibrine, et souvent au contraire avec une notable diminution de ce principe. Ces maladies sont les pyrexies, ou les fièvres proprement dites, et ici l'analyse du sang vient merveilleusement rétablir et confirmer une distinction réelle de nature entre cet ordre de maladies et l'ordre des inflammations. Ainsi donc il faut qu'une pblegmasie entretienne la fièvre , coïncide avec elle , ou s'y ajoute, pour que la fibrine du sang vienne à augmenter.
Mais indépendamment de ces maladies générales qu'on appelle des pyrexies , il en est d'autres que la fièvre n'accompagne plus, qui semblent être toutes locales, et dans lesquelles nous avons souvent rencontré une diminution de la fibrine soit absolue , soit relative aux globules dont la quantité se trouvait augmentée. Ce sont les congestions et les hémorragies cérébrales.
Article premier. — Pyrexies. — Nous rangerons en cinq groupes les faits dont nous avons à rendre compte à propos de l'état du sang dans les pyrexies.
Dans le premier groupe nous comprendrons les faits relatifs à cet état morbide tout particulier qui précède, dans beaucoup de pyrexies, l'invasion du mouvement fébrile, et qui en constitue ce qu'on appelle le prodrome.
Dans un deuxième; groupe nous placerons un (îcrtai'ii nombre de faits relatifs à des pyrexies qui , nées de causes variables et marchant avec des symptômes divers, n'ont pas de places déterminées dans les cadres nosologic[m'.s , et n'ont pas reçu non plus de nom spécial. Il y a là un trouble général qui se traduit par un mouvement fébrile de durée et d'intensité variables, et dont l'état des solides ne saurait rendre raison. Là se trouve un certain nombi e de ces fièvres dont Pinel désignait les unes sous le nom de fièvres inflammatoires, et les autres sous le nom de fièvres bilieuses 5 nous donnerons simplement à ces pyrexies le nom de fièvres continues.
Un troisième groupe renfermera les cas de fièvres typhoïdes proprement dites.
Nous rapporterons à un quatrième groupe les cas de fièvres éruptives (variole, rougeole, scarlatine).
Dans un cinquième groupe enfin trouveront place les fièvres intermittentes.
Dans aucun de ces cinq groupes la fibrine ne présente d'augmentation de quantité , si ce n'est dans quelques cas qui forment une exception qui n'est qu'apparente, et dont on peut se rendre compte-, souvent au contraire la fibrine diminue de quantité, soit d'une manière absolue, soit d'ime manière relative. Les globules peuvent conserver leur état normal ; dans un certain nombre de cas ils augmentent suivant une proportion très remarquable, et ils ne diminuent jamais que parle fait de circonstances dont l'influence vient se surajouter à celle de la maladie.
Il suffit de mettre en parallèle ces résultats généraux, avec ceux que nous a donnés le sang dans les phlegmasies pour saisir tout ce qu'ils oui do diiïérenl. Arrivons inainictiant aux détails.'
^ i"^. — Du sang dans le prodrome des fièvres coud-' nues. — Nous avons examiné ce sang chez huit malades et dans neuf saignées.
Dans aucun de ces cas nous n'avons trouvé la fibrine plus abondante que de coutume : dans trois d'entre eux elle était un peu au-dessous des limites de sa quantité normale , et cependant encore au-dessus de 2 -, dans deux autres cas elle était encore moins abondante, n'étant plus représentée que par 1,8 dans un cas et 1,6 dans l'autre. Les globules au contraire ne furent trouvés , dans aucun cas , au-dessous de leur chiffre physiologique, et plus souvent même ils le dépassèrent , de manière à donner les chiffres i36,4, 127,9, 142,75 i43,5, et jusqu'à 157,7. L'individu qui offrit ce dernier chiffre n'avait que 1,6, en fibrine; il entra à l'hôpital dans tm état d'abattement musculaire des plus prononcés; après plusieurs jours de repos ses forces se relevèrent, il se trouva mieux, et alors nous le fimes saigner de nouveau. Un changement notable s'était opéré dans son sang : la fibrine avait augmenté, en restant toutefois encore au-dessous de son chiffre normal, et marquait 2,1; les globules, si abon-^ dants, étaient descendus de i57,5 à 129,3 ; les matériaux solides du sérum étaient tombés de 96,5 à 88,9. Ces matériaux, d'ailleurs, dans tous les cas, se maintinrent assez haut, entre 84,1 et 96,5-, l'eau fut par conséquent toujours peu abondante, ne dépassant jamais la quantité moyenne, et s'abaissant au-dessous de celle-ci par des intermédiaires jusqu'à 744,2, l'un des chiffres les plus bas que nous ayons rencontré pour l'eau.
I" TABLEAU
Rapport proportionnel des différents principes du sang dans le prodrome des fièvres continues.
tn « •a
DATE
DU SÉnUM
de
FieniNE.
EAU
l'inyasion
organiques.
inorganiq.
i^^ cas. .
2^ cas. . .