LA RACINE
Je distribuerai les racines en deux groupes : i° celles qui sont dépourvues de formations secondaires; elles constituent la majorité ; a<> celles qui en présentent, et s'accroissent diamétralement.
Mais toutes ces racines ont un caractère commun : elles offrent dans leur structure primaire, outre leurs faisceaux libériens et ligneux normaux, des vaisseaux et des tubes criblés de seconde formation que l'on trouve disséminés dans le conjonctif central.
Ces éléments conducteurs supplémentaires de la racine des Monocotylédones ont été signalés bien des fois, sinon complète-
(j) J'ai étudié, à cet effet, les bulbilles d'une espèce appartenant à la flore indigène de la Réunion, la Hotte /D. Hoffa. sp. nov 1. Les bulbilles axillaires de la HolTe sont bien distincts de ceux du D. balbifera c;ui croit dans la même région. Ils sont compactes, de couleur gris brun, jamais globuleux comme ceux du D. balbifera, mais de forme variable, bilohés, cubo'ides ou paraliélipipédiques, limités par des faces plus ou mois planes ou courbes, séparées par des arêtes vives
Ces bulbilles tombent sur le sol et servent à reproduire la plante. Sur le milieu de la face ou des faces opposées au hile se trouve une petite excavation d'où naît la jeune plante.
Cette espèce est vivace par son rhizome très-petit qui, notons-le, a la même structure anatomique que les bulbilles. Elle croit dans les lieux incultes et escarpés.
30 RECHERCHES SUR LES MONOCOTYI.EDONES
ment étudiés ; je crois donc devoir donner, au préalable, un résumé historique des principales opinions émises à leur sujet.
Dès 1840, Lestiboudois (t) observe dans la racine du Dracœna Draco que, pendant que les faisceaux primitifs se constituent, de nouveaux faisceaux se développent en grand nombre au centre. Ceux-ci sont, d'après lui, parenchymateux, arrondis, et contiennent un vaisseau central. Quelquefois, dit-il, un de ces faisceaux du centre « se soude à l'extrémité d'un faisceau extérieur ».
L'auteur décrit une disposition semblable dans Y Aloe fraticosa, et rencontre des vaisseaux centraux analogues dans le Yucca aloifolia.
Mais, poursuivi par son idée de l'accroissement interne des Monocotylédones, Lestiboudois, remarquant que l'apparition des faisceaux centraux est postérieure à la formation des faisceaux vasculaires externes, se contente de voir dans ces faits une preuve que la croissance diamétrale des racines se fait intérieurement.
En 1866, M. Van Tieghem (2) trouve dans la racine de quelques Aroïdées (Philodendron micans, Monstera repens, Tornelia fragrans), des vaisseaux ordinaires et des vaisseaux cribreux disséminés dans la partie centrale et isolés dans le tissu fibreux. Mais il les l'attache directement aux files radiales externes des éléments du bois et du liber.
Wossidlo (3) signale également dans les racines du Dracœna rabra des faisceaux vasculaires isolés et disséminés dans le parenchyme central.
Dans une note publiée en i88j, M. Van Tieghem (4) appela l'attention sur la formation, dans la racine, d'un second bois primaire superposé au liber, à développement centrifuge, et qu'il nomma le métaxylème. Ces faisceaux de métaxylème ont, d'après lui, les caractères suivants : il prennent naissance aux dépens de certaines cellules conjonctives situées au bord interne des faisceaux libériens, disposées en files longitudinales, et qui se différencient par élargissement, épaississent en t et lignification de
(1) Lestiboudois : Loc. cit., p. 16?.
(a) Van Tieghem : Structure des Arotdées, p. 119, ifo, i5i.
(3) Wosaidlo : Loc. cit., p. V}.
(4) Van Tieghem : Bal. Soc. flot. (Séance du il Mars i88;).
A ACCROISSEMENT SECONDAIRE il
leur membrane, en autant de vaisseaux. Ces faisceaux vasculaires, alternes avec les faisceaux vasculaires à développement centripète, se développent en direction centrifuge.
Parmi les Monocotylédones, M. Van Tieghem examine surtout l'Iris et l'Eriopkorum, chez lesquels il ne trouve qu*un seul vaisseau de métaxylème au bord interne du liber.
Ces notions introduites dans la science par M. Van Tieghem expliquent, à mon avis, la structure des racines de bon nombre de Monocotylédones arborescentes où les larges vaisseaux du conjonctif central, généralement très nombreux, présentent les caractères que je viens de rappeler, et sont, par conséquent, des vaisseaux de métaxylème.
En 1893, parurent des observations de M. Cerulli (1) sur les groupes de vaisseaux et de tubes criblés du conjonctif central de la racine des Monocotylédones. D'après cet observateur, les gros vaisseaux sont répandus uniformément dans le parenchyme médullaire chez le Dasylirion et le Yucca; tandis que dans les genres Cordyline et Dracœna, ils sont tous réunis à la partie périphérique du parenchyme médullaire, et la partie centrale constitue une véritable moelle. Cependant, dans quelques espèces de Dracœna, ajoute-t-il, on trouve des tubes criblés unis aux gros vaisseaux épars cà et là dans le conjonctif médullaire.
De l'étude des racines du Dasjdirion longifolium et de quelques Yucca, M. Cerulli conclut que les grands vaisseaux qui existent dans le cylindre central de la racine de bon nombre de Monocotylédones n'ont rien de commun avec les faisceaux des rangées externes, mais que ce sont des formations anormales qui ont leur origine dans le parenchyme médullaire par différenciation directe et par fusion de cellules conjonctives superposées en séries longitudinales.
L'auteur ne s'occupe pas du développement des groupes de tubes criblés, isolés dans le conjonctif ou accompagnant les vaisseaux médullaires des Dracœna,
Telles sont les notions que l'on possède actuellement sur les particularités de la structure primaire des racines des Monocotylédones arborescentes.
(1) Cerulli •lrelli : Contributions allô studio délia strattara délia radies nelle Monoeoliledoni (Atti délia reale Accad. dei Liacei, 3 Aprile 189a).
ES SUIt LES MONOCOTVLÉDONES
Je vais maintenant commencer l'exposé de mes propres recherches sur ces racines dont je ferai doux groupes, ainsi que je l'ai dit au début de ce chapitre.