‹ Recherches sur les monuments cyclopéens et description de la collection des modèles en relief, composant la galerie pélasgique de la Bibliothèque MazarineChapitre 11 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ils furent forcés de s’entourer de clôtures murées el fortifiées, pour se mettre à l’abri des autres peuplades qui ne vivaient que de rapines. Telle est l’origine des premières sociétés, et celle des mots ■no'kis et civitas (réunion de citoyens, cité, ville). La fondation des premières villes marque donc le passage de la vie nomade et pastorale à la vie civile et politique. Or, l’histoire de l’antiquité grecque et latine nous montre jusqu’à présent quatre cents villes environ cpii sont reconnues comme ayant été murées en blocs de pierre de construction dite cyclopéenne , et qui indiquent les chefs-lieux d’autant de colonies pélasgiques. Chacune de ces colonies, parties successivement sous les auspices des oracles , allait chercher au loin des terres à cultiver et des lieux propres à recevoir des villes, emportant avec elles le feu sacré qu’elles devaient entretenir, et qui ne pouvait être rallumé qu’au foyer métropolitain, à Yiepôv [hier on, lieu sacré, temple) de la colonie mère où il avait été pris.

On voit dans la Bible qu’au temps où Moïse s’approchait avec le peuple hébreu des côtes orientales de la Méditerranée, c’est-à-dire de la Phénicie ou du pays de Chanaan, il y avait dans ce pays un peuple nombreux et puissant qui inspira un grand efi’roi aux Hébreux. «C’était, est-il dit, une contrée peuplée d’habitants très- « forts, couverte de grandes villes fermées de murailles. « On y avait vu des hommes qui étaient comme des « monstres, les fils d’Énac, de la race des géants, auprès « desquels les Hébreux ne paraissaient que comme des « sauterelles1. » Hébron, Saron, Macéda, Dor, etc. étaient

1 Bible, Nombres, cbap. xiii, v. 20, 33 el 34.

k MONUMENTS CYCLOPÉENS.

des villes habitées par ce peuple puissant. C’est peu de temps avant ou après qu’apparurent en Europe les illustres étrangers fondateurs de Sicyone, Argos, My cènes, Dodone, Delphes, et d’un grand nombre d’autres villes dont les murs, bâtis en blocs irréguliers de pierre de roche, sont encore existants de nos jours. Ces villes sont certainement ce que l’histoire peut citer de plus ancien en Europe ; elles remontent au temps où la race d’Enac , après avoir couvert la terre de Chanaan de grandes bourgades fortifiées, envoya des colonies dans les contrées occidentales. Les solides constructions des villes primitives du pays de Chanaan, assises encore sur leurs bases, effrayaient quiconque voulait les attaquer, même au temps du roi David. Nous voyons, en effet, ce monarque poète exprimer jusqu’à deux fois, dans ses Cantiques, le peu d’espérance qu’il avait de s’en rendre maître sans un secours particulier de Dieu : « Qui me «conduira, disait-il, au milieu de la contrée dont les «villes sont défendues par de forts remparts? Qui m’ai- «dera à pénétrer jusque dans ITdumée?» Qais dedacet me in civitcitem mnnitam ? Qais dedacet me uscjae in Idamœam1? Grotius et Vossius pensaient que ces Enacim furent la tige primitive de laquelle provenaient les Inachides des Grecs; mais ils n’ont pas même soupçonné que leur opinion pût être appuyée et fortifiée par le témoignage de nombreux monuments survivant à cette haute antiquité, et qui sont les mêmes dans les deux pays. Selon le P. Pezron, Moïse était contemporain d’Inachus, et ce dernier partit de Phénicie avec sa colonie

1 Bible, psaume lix , v. i o el n; cvii , v. 10 et u.

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