‹ Recherches sur les monuments cyclopéens et description de la collection des modèles en relief, composant la galerie pélasgique de la Bibliothèque MazarineChapitre 12 sur 214 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

un peu avant l’entrée des Hébreux dans la terre de Chanaan. Quant à l’identité des Phéniciens et des Cha nanéens , les suffrages réunis de Pausanias, Hornius , Bochart, Grotius, Vossius, Gurtlerus, Michaëlis et de Vence, laissent sur cela fort peu de doutes.

On ne trouve pas, il est vrai, littéralement écrit dans la Bible que la race d’Enac, qui fonda les villes nombreuses de la Phénicie ou du pays de Chanaan, villes murées et fortifiées par des hommes d’une force extraordinaire, ait remonté vers l’Asie Mineure. Mais, d’abord, comme d’un côté la mer et, de l’autre, des déserts ne laissaient que deux voies praticables à une nation populeuse, de laquelle se détachaient continuellement des masses de colons , et qui fut forcée de quitter en grande partie son séjour primitif aux approches du peuple conduit par Moïse, il est de toute probabilité que les peuplades chananéennes prirent leur route les unes vers le sud et les autres vers le nord.

Les premières passèrent en Afrique où, selon l’opinion de saint Augustin, saint Jérome, Procope, Hornius, etc. elles fondèrent la plupart des villes de la côte septentrionale jusqu’aux colonnes d’IIercule. Eusèbe dit 1 que les Chananéens , qui avaient fui à l’approche des fils d’Israël, allèrent s’établira Tripolis comme étant une contrée de la portion échue à Cham.

Les colonies, au contraire, qui se dirigèrent vers le nord, allèrent peupler l’Asie Mineure et la Grèce. Ce qui confirme cette conjecture, c’est que ces peuplades, dans leur marche, imposèrent souvent leurs noms pa-

1 Dèmonstr. ivanij. liv. Il, chap. xxvi à xxxin.

6 MONUMENTS GYCLOPÉENS.

tronymiques aux lieux où elles s’arrêtaient, et même à ceux où elles ne faisaient que passer. Le nom de Casius, que portait une montagne sur les confins de l’Arabie et du pays de Chanaan, et sur laquelle était un antique temple de Jupiter, se trouve donné à un autre mont à l’extrémité septentrionale de la Phénicie. Saron, nom d’une ville de Chanaan, fut la première appellation de la ville de Træzène dans le Péloponnèse; le golfe d’Argos en fut primitivement appelé Saronique. La colonie qui vint fonder Argos avait probablement fait sa première station sur le mont Argæus de Cappadoce; le nom d’Inachus , premier roi d’Argos , fut aussi le nom du premier roi de Sinope en Paphlagonie, soit que, dans sa marche , ce chef ait laissé là une colonie qui l’aura compté comme son premier roi, soit qu’un autre chef inachide fût venu s’y établir. L’antique ville de Dor, sur la côte phénicienne, envoya sans doute la colonie qui fonda la Doride en Asie Mineure, et ensuite la Doride de Macédoine.

Homère et, après lui, tous les historiens déclarent l’oracle de Dodone d’origine pélasgique :

Zeü âva, Actiûcôvats , UsAacryixè , rrjAÔOi vatcov ,

Awà&vrjs (xehécov hvcr-^eifiépov

0 Jupiter, roi dodonéen, pélasgique, qui habites au loin, qui règnes à Dodone exposée au souffle de l’aquilon 1.

Ce sont les Phéniciens qui fondèrent Dodone chez les Thesprotes , en Épire , selon Hérodote 2. D’où cet

1 Iliade, liv. XVI, v. 233.

2 Hist. liv. II. S 54 à 58.

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