‹ Recherches sur les monuments cyclopéens et description de la collection des modèles en relief, composant la galerie pélasgique de la Bibliothèque MazarineChapitre 16 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

monté d’une gerbe de blé dont il n’est pas nécessaire d’expliquer l’allégorie à ceux qui auront saisi les premières vues générales de notre exposition.

Les deux branches de palmier-éventail qui se voient au bas du même frontispice en terminent le langage allégorique; je les y ai placées comme un emblème et comme le souvenir de ce qui a donné occasion à la découverte, dont je vais raconter ici l’histoire, laquelle se rattache aux plus importantes circonstances de ma vie.

Je partis pour Rome au mois d’octobre 1791; on voit assez par cette date que mon retour en France ne devait pas être aussi prochain que j e croyais alors pouvoir l’espérer; en effet, il n’eut lieu que neuf ans après. Le cardinal de La Rocbefoucault , à qui, avant de quitter Paris, je fis part de mon prochain voyage, m’offrit obligeamment sa recommandation auprès de son ami le cardinal de Bernis, ambassadeur à Rome. A mon arrivée dans cette ville, M. de Bernis parla de moi au souverain Pontife Pie VI, lequel me plaça, avec une attention qui méritera toujours ma reconnaissance, dans une abbaye de chanoines réguliers; j’en devins le sousbibliothécaire, en même temps que j’étais nommé directeur du jardin de botanique, créé par l’abbé Monsacrati, savant antiquaire lucquois, qui avait rempli plusieurs nonciatures.

Mis à l’abri de tout besoin par le bienfait de cette hospitalité , je partageai mon temps entre les occupations de mes deux faciles emplois, les courses que je faisais pour l’étude de la botanique et celle des mono

ments de l’architecture des anciens. J’avais dans ma jeunesse étudié la botanique et herborisé avec M. de Jussieu, et j’avais été porté à acquérir quelques connaissances dans l’art des constructions par les soins de mon frère aîné, qui fut de bonne heure architecte. Parvenu alors à l’âge auquel on se rend compte des motifs de la confiance qu’on peut avoir dans les témoignages les plus reculés de l’histoire ancienne, j’avais cru remarquer que la plupart des anciens historiens s’étaient peut-être occupés trop exclusivement des hommes, et pas assez des choses. Leur lecture me laissait toujours le regret de ne pouvoir ouvrir les chroniques originales où ils avaient puisé; j’aurais préféré à toute autre découverte, les livres, depuis longtemps perdus, dans lesquels Acusiiaüs d’Argos transcrivait simplement les généalogies que son père avait trouvées gravées sur des marbres déterrés dans ses possessions. Ces chroniques étaient pleines de faits abrégés, mais positifs, tandis que les histoires ne contiennent souvent que les opinions de l’historien , qui veut sans cesse raisonner et juger dans son propre sens. Aussi ai-je toujours goûté davantage la lecture des antiquaires; Varron , Denys d’Halicarnasse , Pausanias , m’ont fait préférer ce que leur science a de critique positive à tout ce que l’histoire contemporaine a de vain, quand ses auteurs veulent ne nous occuper que des hommes de leur temps, et ce quelle a de romanesque lorsqu’ils nous les représentent à leur gré plus méchants ou meilleurs qu’ils ne l’ont été. Laissons les hommes qui passent, me disais-je; cherchons à connaître les grands monuments de pierre; ils sont impé-

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