PREMIÈRE PARTIE
rissables comme les roches sur lesquelles leurs bases reposent, et ne sont pas sujets aux erreurs, soit de l’historien qui a recueilli de faux récits, soit du copiste ex posé si souvent à se tromper.
Le champ des études historiques me parut si vaste à Rome, que j’éprouvai d’abord la nécessité de borner les miennes à l’examen des caractères d’antiquité que présentaient ses murs comparés à ceux des villes environnantes, et à imaginer les moyens de retracer leur connexion avec les origines des divers peuples étrangers leurs fondateurs, suivant les récits de l’histoire. Les matériaux grossiers composant ces murs me semblaient devoir révéler des faits imparfaitement indiqués par ces mêmes récits, et les rendre palpables à un siècle révoquant en doute les traditions écrites , pour peu que leur antiquité dépasse 1 âge des Olympiades. Je pensai qu’on pourrait obtenir l’assentiment général, si l’on parvenait à les fixer et à les faire concourir à un même but par quelques formules empruntées à la lithologie même des monuments. L’idée en était pour le moins singulière. Or, c’est au sommet du mont Circé que je devais me trouver frappé de la première idée raisonnée du genre de recherches dont je m’occupe depuis plus de quarante ans.
Pendant que je laissais aller mon imagination à ces rêveries historiques , j’avais été admis dans la société intime de l’abbé Monsacrati où se trouvaient réunis des savants de toutes les classes, entre autres le duc Francesco Gaetani , le chevalier d’Agincourt, ancien ami de ma famille, connu par son Histoire de la décadence de
l’art. A cette société venaient se joindre des Romains qui cultivaient les sciences exactes , tels que l’abbé Scarpellini et autres, que le cabinet d’instruments d’astronomie du duc Gaetani réunissait journellement, et dont la typographie domestique favorisait les publications littéraires. J’avais jusque-là cultivé la botanique d’après la méthode naturelle; cette méthode était encore absolument inconnue à Rome; je me trouvais muni du seul exemplaire du Généra Plantaram, de mon respectable ami M. de Jussieu, qu’on pût consulter dans cette ville. Je proposai, un jour, au cardinal de Remis et au duc Gaetani de planter leurs jardins selon la méthode naturelle, ce qui fut accepté , et nous nous mîmes en devoir de rechercher des plantes pour chaque classe.
Il nous fallait au moins un palmier pour en marquer la classe, et c’était le cliamœrops humilis que nous voulions de préférence, comme plus facile à se procurer. On n’en connaissait pas un seul à Rome. Le duc Caetani nous ayant appris qu’il croissait en grand nombre dans les rochers de son ancienne terre du monte Circello, nous résolûmes d’y faire aussitôt un pèlerinage; pour mieux déterminer mes compagnons à exécuter ce projet, je leur fis valoir la célébrité homérique du mont Circé. « Qui « sait, nous dit alors le duc Caetani , si vous n’y trouverez « pas encore la demeure de la déesse , bâtie en pierres « bien taillées jusqu’au poli, suivant Homère? Corradini «a bien assuré, dans son Latium, qu’il n’en restait plus «aucun vestige; mais j’ai ouï dire à des chasseurs qu’il « existait des murs qui paraissaient bien plus anciens que « ceux des Romains sur le plateau du pic culminant de