‹ Recherches sur les monuments cyclopéens et description de la collection des modèles en relief, composant la galerie pélasgique de la Bibliothèque MazarineChapitre 18 sur 214 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

«la montagne; il en est même fait mention dans les « titres de possession de mes ancêtres. »

Nous partîmes, don Pedro Marquez, architecte mexicain, Pedro Perez, architecte pensionnaire du roi d’Espagne à Rome, et moi, pour aller faire une herborisation dans le charmant séjour de l’ancienne île de Circé; alors, quittant la voie Appia à Cisterna, baronnie du duc Caetani, nous nous dirigeâmes vers le lac maritime de Fogliano, digne encore de la réputation qu’il avait au temps de Licinius Murena. Le duc, qui en était possesseur, nous y fit recevoir dans le casino que son père avait fait bâtir et décorer à fresque de toutes les vues des villes péiasgiques dont il était seigneur, à l’occasion d’une partie de chasse et de pêche que le roi de Naples lui avait demandée. De là, nous suivîmes les bords de la mer en côtoyant les tamuletti, et nous arrivâmes au port des anciens Circéens, converti avec le temps en une piscine anciennement possédée par Sergius Orata. On ne trouve sur le mont Circé qu’un bourg appelé San-Felice, dont la population est à peine de huit cents âmes. Ce bourg appartenait autrefois aux Caetani. Les armoiries de ces neveux de Boniface VIII s’y trouvent encore sculptées sur l’arcade de la porte principale; on les voit aussi sur l’enceinte du tombeau de Cecilia Metella, près de Rome, et sur les bandes ondées qui en blasonnent l’écusson; ces armoiries sont là pour perpétuer le souvenir de la domination de cette ancienne famille sur tout le rivage d’Antium et de Gaeta que les Caetani ont possédé, et dont ils tirent leur origine et leur nom.

En indiquant, par la dénomination de tumuletti , les

MONUMENTS CYCLOPEENS.

collines de sable que la mer amoncelle sur toute cette côte, la langue italienne a retenu la même propriété d’expression qui n’avait pas permis à Virgile ni à Tite- Live de caractériser le mont Albanus, formé de cendres et de scories mobiles, par le même mot qu’ils employaient pour désigner des monts formés de roches primitives. J’ai acquis quelque confiance en cette remarque depuis que l’abbé Delille l’a adoptée dans ses notes sur Virgile. Ces tumuletti admettent et retiennent les eaux de la mer dans les grands bassins qu’elles s’v creusent, et où elles se mêlent à celles de l’Amazenus et de l’Ufens. Sur les berges élevées de ces tumuletti, le botaniste trouve diverses plantes originales de l’Afrique. J’éprouve quelque regret à passer sous silence les résultats de notre herborisation; mais il y a trop longtemps que je ne suis plus botaniste, et d'ailleurs mon sujet actuel est l’histoire d’une découverte plus intéressante, quoiqu’elle ait été d’aboi’d regardée comme imaginaire.

Après avoir, depuis le rivage , péniblement gravi la côte pendant ti’ois heures et demie, nous parvînmes au point culminant du promontoire, élevé, suivant M. de Prony, de cinq cent vingt-sept mètres au-dessus du niveau de la mer. Arrivés là , notre attention fut d’abord fixée par le superbe aspect qui s’offre à la vue; ensuite, regardant à nos pieds, nous rencontrâmes subitement l’espèce de palmier qui faisait l’objet de notre voyage, au pied d’un reste de construction antique. Le chamærops, qui croît en abondance sur ce mont, est employé, par les ménagères circéennes, à former ces balais aplatis

Page 1