‹ Recherches sur les monuments cyclopéens et description de la collection des modèles en relief, composant la galerie pélasgique de la Bibliothèque MazarineChapitre 19 sur 214 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

qu Horace 1 avait en vue dans cette expression : latulenta radere palma, «nettoyer avec un balai de palmier « rempli de boue. » Elles en font aussi usage pour allumer le feu de leurs fourneaux, comme ventilateurs, et ils sont parfaitement semblables à ceux que tiennent les prêtresses qu’on voit représentées sur des vasos grecs.

Mais mon attention avait été vivement attirée par la vue du vieux mur au pied duquel nous avions trouvé notre palmier; je crus y reconnaître l’autel même de la déesse dont la montagne portait le nom, et, dès ce moment, je conçus le sujet du problème historique qui depuis n’a pas cessé de m’occuper. Je fis part de mon idée à mes compagnons de voyage. L’architecte mexicain, après avoir cru apercevoir dans le monument de l’ara Circes la même construction que celle des monuments de l’histoire perdue de son pays , convint aisément avec moi que cet autel avait été, à la vérité, restauré par les Romains, mais fondé à une époque beaucoup plus reculée; et une inscription par nous observée ensuite, sur d’anciens blocs voisins de la via Appia, nous apprit que cette restauration avait été faite sous le règne des Antonins; il voulut aussitôt lier ce monument antique avec ceux du Mexique : mais, en homme savant et judicieux, il fut obligé d avouer que les antiquités mexicaines ne pouvaient s’interpréter par aucune page d’histoire écrite bien constatée, tandis qu’il en était tout autrement de l’autel qui s’offrait à nos yeux. Je ferai remarquer, en passant , que c’est encore le même argument d’impossibilité qui se reproduit dans les circonstances

1 Liv. II, sat. iv, v. 83.

actuelles, où les recherches de M. d’Orbigny semblent ramener à la même question.

Mes deux compagnons de voyage finirent par se réunir à mon opinion , et par considérer la chose sous le point de vue de l’histoire des Pélasges , les premiers , ou du moins les plus anciens habitants historiquement connus de cette contrée. Nous cherchâmes à vérifier nos conjectures, et nous en reconnûmes de plus en plus la justesse en visitant sur le même mont l’enceinte sacrée de Circé la cyclopéenne , Ki'pxy icep) t>?s yrjs, comme dit Plutarque1, représentée par le modèle n° 1 de la collection pélasgique; les diverses constructions du bourg San-Felice, puis les constructions de la ville de Fondi, et de beaucoup d’autres villes par nous reconnues pour pélasgiques dans les excursions fréquentes que nous fîmes ensemble, sous le point de vue archéologique, et particulièrement à Ferentino et à Alatri.

Non contents de cette première visite au sommet du mont Circé , nous y retournâmes plusieurs fois, n’y rencontrant jamais que quelques bouviers venus des marais Pontins sur le mont pour y chasser les chevreuils comme on le faisait anciennement, ainsi que le dit Polybe. Ces animaux y sont attirés par la manne dont sont chargées les feuilles des arbres de la forêt située au pied de la montagne; cette manne se forme principalement sur le feuillage du fraxinas ornas , où elle se perle , et où on la recueille ; mais bien peu de ces chasseurs gravirent le sommet du pic , et j’en donnerai pour preuve le squelette d’un sanglier par nous trouvé au fond d’une

1 En son traité : Que les bêtes ont l’usage de la raison , OEuv. Mor.

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