PREMIERE PARTIE
citerne, et qui n’y aurait sans doute pas été abandonné si le sentier du plateau eût été plus fréquenté. Il ne reste sur ce plateau que faire et quelques débris d’un temple, et, auprès, une citerne dans laquelle les eaux qui découlaient du toit, étaient conduites par un petit aqueduc en briques, dont il subsiste encore deux arcades retrouvées en 1 8 1 a par M. de Prony. Presque tous les blocs de la cella ont été précipités du haut du mont vers le rivage pour être embarqués et employés aux travaux des marais Pontins, Mais le grand mur de revêtement de la roche, composé de constructions cyclopéennes et de toutes les restaurations des divers âges, est demeuré debout pour perpétuer, aux yeux de l'observateur, les preuves comparées de leurs époques et même de leurs dates successives. La principale façade de ce mur a quarante-cinq mètres de longueur sur douze de hauteur; elle est composée de trois retraits comme les soubassements des temples d’Alatrium, d’Alba Fucensis, de Segnium, et d’autres dont les trois étages sont de construction pélasgique, surmontés d’un temple romain en pierres carrées. Nous remarquâmes dans les restaurations faites de siècle en siècle augrand mur de l’ara Circes , toutes les sortes de maçonneries décrites par Vitruve, toujours insérées postérieurement ou ajoutées au mur primitif. Cette construction en blocs irréguliers nous rappela celle de l’autel de Junon deFaleri, reconnue comme œuvre pélasgique; Ovide1 la caractérise par ces mots : Ara per antiquas facta sine arte manus.
Autel fait sans art par des mains antiques ,
1 Les Amours, iiv Ht, élég. XIII, v. 10.
et Pausanias 1 , par ces deux mots : àpyüv ’XiOôàv, « en « pierres sèches et non taillées. »
Avant de faire connaître à Rome l’idée que j’avais conçue, je voulus la communiquer au chevalier d’Agincourt, et recevoir sur cela ses conseils. Il ne partagea nullement mon idée: «Comment, me disait-il, «aurait-on tardé jusqu’à vous à révéler le secret de fo- « rigine pélasgique d’une construction que tout le monde «a reconnue pour romaine, c’est-à-dire pour celle que «Vitruve a décrite sous la dénomination d 'incertum? « Comment le comte de Caylus ne l’ aurait-il pas fait « considérer comme pélasgique , ainsi que la construc- « tion des murs d’Argos, de My cènes , et de tant d’autres «villes qu’il a observées dans son voyage du Levant, «quand, au contraire, en parlant des aborigènes de l’I- « talie et des Pélasges de la Grèce , ce savant voyageur « exprimait en ces termes les motifs de son incertitude : « On sait que les Pélasges ont existé ; on trouve des ouvrages « qu’ils doivent avoir construits : mais comment en distinguer u les dates générale et particulière? Comment oser étendre « et proposer des conjectures quand on ne peut s’appuyer sur « aucune différence ? Comment Fréret et l’abbé Barthé- «lemi auraient-ils fait remonter à l’Egypte l'art de cons- « truire en blocs de pierres ? à l’Egypte , où l’on n’a «jamais découvert les murs d’une seule acropole sem- « blable à celles dont la Grèce et les environs de Rome « sont couverts? Comment enfin l’abbé Bartbélemi, qui « a observé attentivement Palestrina pour en étudier la « célèbre mosaïque, n’aurait-il pas été frappé des rap- 1 Liv. III, chap. xxn.