PREMIERE PARTIE
« ports de la construction de ses remparts avec celle « des villes primitives de la Grèce, dont Cyriaque d’An- « cône fournissait des moyens de comparaison dans ses « dessins ? »
Quoique j’eusse bien le sentiment et, pour ainsi dire, la conscience de ma découverte, je n’étais pas cependant préparé à répondre aux objections, ni en état d’ouvrir une discussion sur ce sujet, et encore moins de la soutenir. Je pris le parti de me taire ; je priai même le chevalier d’Agincourt de n’en parler à personne, surtout au célèbre Visconti que je rencontrais souvent chez notre savant ami l’abbé Monsacrati, et enfin d’oublier une idée paraissant plus bizarre que réelle. Néanmoins, je poursuivis secrètement mes recherches, et recueillis sur les lieux mêmes, pendant neuf ans, toutes les notes susceptibles d’étendre l’idée de la théorie tenue soigneusement renfermée en moi seul, jusqu’à l’an 1800, époque de mon retour en France.
Dans ce temps précisément, l’académicien Dupuis venait de lire à l’Institut de France deux mémoires, dont le premier avait pour objet de prouver qu’on devait à l’antique nation pélasge la civilisation de presque toutes les contrées de l’ancien monde, et particulièrement de la Grèce, de l’Italie et de l’Espagne; mais il manquait à Dupuis les moyens de faire reconnaître à des signes matériels, certains, et tels que les désirait le comte de Caylus, quels étaient les monuments contemporains des rois pélasges; ces signes que le comte de Caylus recherchait avec raison, mais qu’il n’avait point saisis en parcourant la campagne de Rome, étaient précisé-
ment ceux que j’avais découverts. Ce docte archéologue n’avait pas conçu la moindre idée des conséquences fournies par la nature même des constructions cyelopéennes, quoiqu’il eût visité les plus anciennes villes ruinées de la Grèce, et qu’il y eût nécessairement acquis l’habitude de leurs divers styles, dont les modèles en relief sont exposés aujourd’hui dans la collection pélasgique de la bibliothèque Mazarine.
Les études grecques semblaient prendre de la force; l’académicien Larcher travaillait à publier la seconde édition de sa traduction d’Hérodote, quand un autre académicien, le baron Guilhem de Sainte-Croix, vint apprendre à ses deux confrères (Dupuis et Larcher), qu’un botaniste voyageur était nouvellement arrivé de la Sabine et du pays originairement grec des Herniques , et qu’ après avoir employé les neuf années de son séjour en Italie à comparer les murs de toutes les villes de ces régions bien historiquement pélasgiques, il les avait trouvés d’une construction géométriquement différente de celle de tous les murs étrusques, romains et goths élevés successivement les uns sur les autres. Cet observateur, ajoutait- il, avait toujours remarqué que ce genre de murailles se trouvait servir de substruction dans tous les remparts où la succession des temps avait superposé différents styles d’architecture, et il se croyait autorisé à conclure de là que ces murailles ne pouvaient être, en Grèce principalement, que la construction poétiquement nommée cyclopéenne par Euripide et par les traditions mythologiques de Pausanias, mais que l’on appellera pélasgique, pour parler le langage de l’his-